Comment j’ai cru devenir libraire

Moi vivant

C’est l’histoire d’un blog de dessin d’humour qui est devenu une bd. C’est aussi l’histoire d’une fille qui arrive à Rennes et trouve un boulot de libraire dans une grande surface culturelle. D’abord elle est toute contente.

Toute contente

Puis après elle est toute malheureuse.

Toute triste

Entre les deux c’est la dure loi des petits boulots, avec les tâches ultra répétitives et les tout petits chefs nuls. J’imagine que ça rappelle des souvenirs à tout le monde, non ? Sauf que ça se passe dans une librairie. Et on aimerait tant que les librairies soient des temples du savoir, de la culture, de la connaissance… En tous cas Leslie Plée y croyait. Elle n’avait pas vu la différence entre une vraie librairie et ces endroits où on vend du livre comme on vendrait de la bière. Elle était donc un peu naïve !

En lisant cette BD, on n’apprend pas grand chose qu’on ne savait déjà. Mais ça ne fait rien, c’est tout de même une bd très sympa ! Je me demande d’ailleurs si je n’ai pas préféré le reste, c’est-à-dire tout ce qui ne concerne pas la librairie. Par exemple quand elle trouve un appartement, quand elle va chez la psy, quand elle prend l’autobus… Elle croque très bien le quotidien. J’ai pas mal ri au début. Mais après j’ai trouvé ça triste…

A la fin, elle démissionne et elle est de nouveau toute contente. J’étais un peu déçue qu’elle nous fasse le coup du happy end. Comme s’il suffisait de claquer la porte d’un petit boulot pour que le monde change…

Happy end

Pour moi la vraie fin, c’est son livre qui arrive dans un carton, ses anciens collègues qui vident le carton et ses anciens chefs qui font une “opé Leslie Plée” avec séance de dédicace à la librairie. Et ça c’est plus triste que tout !

Moi vivant, vous n’aurez jamais de pauses ou Comment j’ai cru devenir libraire / Leslie Plée, J.-C. Gausewitch, 2009, 95 p., ISBN 978-2-35013-157-3

P.S.1 Je me suis quand même mis un dessin de côté pour les jours où je n’aurai pas le moral :

Tu as de la chance

P.S.2 Vous saviez que Leslie Plée faisait le Challenge Jane Austen ? La preuve ici !

La Reine des lectrices

La Reine des lectrices

Découvrant par hasard un bibliobus dans la cour intérieure du palais royal, la reine d’Angleterre emprunte un premier livre avant de se découvrir une véritable passion pour la lecture…

Le début de ce très court roman est à mourir de rire. La toute première scène est un pur régal pour le lecteur français, car elle met en scène notre Président lors d’un dîner avec la Reine d’Angleterre décidée à le faire parler de Jean Genet. Tandis que le malheureux bien embarrassé et demeuré muet cherche des yeux sa ministre de la Culture qui pourrait lui venir en aide, nous découvrons grâce à un petit retour en arrière comment la Reine en est venue à s’intéresser à la littérature…

Deux livres auront suffi pour faire de la Reine une mordue de lecture. Au départ, il lui faudra un conseiller pour la guider dans ses choix. Elle jettera son dévolu sur un employé des cuisines du Palais, lui-même grand lecteur mais exclusivement de littérature gay. Puis elle découvrira le pouvoir magique qu’ont les livres de se recommander les uns les autres. De la lecture qui isole à celle qui permet de mieux comprendre les autres, c’est tout un cheminement que va faire la Reine, se découvrant au passage une sensibilité qu’elle ignorait, se sentant devenir meilleure lectrice, découvrant le plaisir de la relecture, s’ouvrant aux classiques et s’autorisant petit à petit à prendre la plume pour noter une citation, oser un commentaire et peut-être écrire à son tour…

“Le bibliothécaire de Windsor était l’une des nombreuses personnes à avoir vanté à Sa Majesté les charmes de Jane Austen, mais le fait que tout le monde lui dise qu’elle allait adorer ses livres l’en avait plutôt détournée. (…) Ce fut seulement lorsqu’elle eut progressé dans sa compréhension tant de la littérature que de la nature humaine, qu’ils acquirent enfin leur charme et leur relief.”

Difficile d’en dire plus sans en dire trop. Sachez seulement que tout grand lecteur ne peut que se reconnaître dans l’évolution de la Reine et que l’humour décapant d’Alan Bennett rend la lecture de son parcours absolument jubilatoire. Pour être tout à fait honnête, le roman ayant démarré trè fort, il y a eu à un moment un léger fléchissement d’intérêt pour la lectrice que je suis, un léger ennui à peine sauvé par la pirouette finale. Mais qu’importe, ce petit roman mérite d’être lu, ne serait-ce que pour rire un peu (croyez-moi les dialogues d’Alan Bennett ne peuvent vous laisser indifférents), et pourquoi pas réfléchir avec la Reine à tout ce que la lecture nous apporte…

La Reine des lectrices / Alan Bennett, traduit de l’anglais par Pierre Ménard (titre original : The Uncommon Reader), Denoël (Denoël & d’ailleurs), 2009, 173 p., ISBN 978-2-20726012-8 

Quelques noms d’auteurs lus par la Reine pour finir de tenter les plus récalcitrants : E. M. Forster, Sylvia Plath, Henry James, Dickens, Thomas Hardy, les Brontë, Jane Austen, Proust…

Beaucoup de blogueurs de lecture sont déjà tombés sous le charme de ce petit roman. Parmi eux Ys, Cuné, Amanda,  Keisha… et tous les autres ici.

Alain Delon est une star au Japon

Alain Delon est une star au Japon

“Dans le noir de sa chambre, l’acteur dormait et rayonnait comme un morceau de kryptonite.”

Un matin, alors qu’Alain Delon se balade tranquillement dans Paris à vélib, il est enlevé par deux jeunes japonais qui vont le séquestrer au fin fond de la Creuse…

C’est donc Alain Delon le personnage principal de ce roman. Alain Delon, l’acteur, le vrai, le seul, l’unique ! Ou plutôt son fantasme comme échappé de l’écran pour échouer dans le roman de Benjamin Berton. C’est l’Alain Delon que nous connaissons tous, même et surtout si nous le connaissons peu. L’Alain Delon de quelques films d’action, quelques rôles de séducteurs, quelques apparitions télé au cours desquelles la star évoque volontiers ses états d’âme, et enfin l’Alain Delon de quelques faits divers, quelques histoires de famille et de recherches en paternité. C’est un Alain Delon tout en idées reçues. Et en cela le titre du roman annonce très bien la couleur.

Voici un roman que l’on aborde comme une blague de potache. Ce que l’on peut craindre devant ce genre de livre, c’est que l’idée de départ, aussi bonne soit elle, soit la seule idée que le roman développerait pendant des pages et des pages avant de la dissoudre à la fin dans un ultime baillement du lecteur. Eh bien, ce n’est pas le cas ici. Le roman apporte son lot de rebondissements, ses personnages secondaires faisant leur apparition les uns après les autres et une fin très habile et assez surprenante.

J’ai bien aimé quelques digressions, quelques réflexions sur notre société comme le petit topo d’Alain Delon sur l’incurie administrative ou les réflexions du narrateur sur l’école à la française. J’ai bien aimé également l’usage que Benjamin Berton fait des notes en bas de pages. Jouant souvent sur l’ambiguité entre fiction et ouvrage documenté sur l’acteur, la culture japonaise ou le parler de la Creuse, elles deviennent par moments un moyen de tourner en dérision le grand homme. Enfin j’ai franchement ri en lisant les passages les plus fantaisistes, comme le rêve de Delon libéré par De Gaulle et son armée, ou la vache Clarabelle se pâmant devant une photo de l’acteur.

C’est un roman qui arrachera forcément quelques sourires (à choisir dans une large palette) même au lecteur le plus ronchon. C’est aussi un roman très malin, qui du cinéma aux mangas, en passant par la téléréalité et les superhéros, Amélie Nothomb et le sudoku, passe en revue pas mal d’aspects de la culture populaire. Une très bonne surprise !

Alain Delon est une star au Japon / Benjamin Berton, Hachette Littératures, 2009, 280 p., ISBN 978-2-01-237822-3

Benjamin Berton (1974-….) a obtenu le Goncourt du premier roman en 2000 pour “Sauvageons” . “Alain Delon est une star au Japon” est son cinquième roman, après “Classe affaires”, “Pirates” et “Foudres de guerre”.

Merci à Babelio pour m’avoir envoyé ce roman dans le cadre de Masse critique !

D’autres avis sur Babelio

Masse critique

 

Publié dans: on 3 juillet 2009 at 12:45 Commentaires (8)
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Anna Karénine / Bernard Rose (1997)

Anna Karenine par Bernard Rose

A peine la lecture d’Anna Karénine achevée, j’ai visonné la dernière adaptation cinématographique du roman, celle de Bernard Rose avec Sophie Marceau dans le rôle d’Anna. Je m’étais préparée à être déçue et plutôt critique, car j’imaginais bien qu’un film ne pouvait qu’appauvrir un roman de cette dimension (”dimension” étant à prendre dans tous les sens du mot). Mais j’ai finalement été agréablement surprise.

 Anna et Vronski au bal

Malheureusement pour moi, mon DVD d’occasion est couvert de rayures et saute justement au moment de la rencontre entre Anna et Vronski (Grrrr…). Impossible donc de capturer leur premier échange de regards ! Je n’ai pas grand chose à dire des interprètes. Je dois confesser que jamais je n’ai apprécié Sophie Marceau dans aucun de ses rôles. Elle ne m’est pas du tout antipathique, mais je trouve qu’elle parle faux, qu’elle ne se laisse pas oublier derrière les personnages qu’elle incarne. Je ne l’ai donc pas non plus appréciée ici. Comme Anna est un personnage très mystérieux, je crois que j’aurais préféré une actrice encore inconnue pour l’incarner. Quant aux autres interprètes, s’ils ne sont pas inconnus, ils l’étaient de moi, et je les ai tous trouvés très bien.

Anna et son mari  Alexis au champ de courses

Les décors et les costumes du film m’on paru parfaits (mais je ne suis pas capable de juger s’ils sont fidèles à la réalité de l’époque). Les demeures sont de vrais palais, aux escaliers monumentaux, aux dorures impressionnantes… C’est un peu chargé, mais au moins on prend pleinement conscience du mileu dans lequel évoluent Anna et Vronski. La musique de Tchaïkovski me paraît aussi plutôt bien choisie (sauf peut-être sur le générique de fin, qui sort le spectateur de sa rêverie de manière un peu brutale, après une fin qui se veut ouverte comme dans le roman). Il n’y a pas vraiment de plans inoubliables, à part un peut-être, celui de la tempête de neige au coeur de laquelle se retrouvent Anna et Vronski en descendant du train. Bernard Rose n’y va pas de main morte avec la vapeur et la neige. Il en fait même des tonnes, mais j’avoue que j’ai plutôt aimé ça. Et il me semble que pour une illustrer une passion, un peu de démesure ne nuit pas.

Anna sur un quai de gare

Enfin, il y a dans ce film quelques partis pris très intéressants et fidèles beaucoup plus à l’esprit du roman qu’à sa forme. Par exemple le début est très surprenant, car le film s’ouvre sur un cauchemar de Lévine, faisant de lui non pas le personnage le plus important, car l’histoire d’Anna et Vronski est ensuite beaucoup plus développée, mais un personnage central, sorte de pilier du film. Très suprenante également cette voix off qui est celle de Lévine s’exprimant à la 1ère personne. Dans le roman, Lévine est un personnage dont nous suivons le parcours grâce au narrateur omniscient. Mais il peut difficilement échapper au lecteur que Lévine porte la voix de l’auteur. Aussi cette trouvaille de la voix off me semble une excellente idée. Là où Bernard Rose va un peu loin à mon sens, c’est en assimilant totalement Lévine à Tolstoï, en lui faisant signer le roman à la fin du film. C’est assez malin car la signature de Tolstoï laisse apparaître la ressemblance entre son prénom et le début du nom de Lévine, mais c’est aussi un peu exagéré, car cela tend à laisser penser qu’il s’agit simplement d’un roman autobiographique.

Levine et Kitty à la patinoire

Je me demande quand même un peu ce que parvient à saisir de ce film le spectateur qui n’aurait pas lu le roman. Mais pour celui qui l’a lu, c’est un excellent moyen de prolonger le plaisir de lecture !

Anna Karénine / d’après Léon Tolstoï, réalisé par Bernard Rose, avec Sophie Marceau, Sean Bean, Alfred Molina, 1 DVD TF1 vidéo, 2000.

Publié dans: on 28 juin 2009 at 7:24 Commentaires (8)
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Ombre et lumière

Anna Karénine

“Toutes les familles heureuses se ressemblent.
Chaque famille malheureuse, au contraire, l’est à sa façon.”

En Russie, dans les années 1870, une femme mariée quitte tout (mari, enfant, respectabilité sociale) pour vivre une passion tragique avec un jeune et bel officier : voilà en général ce que l’on sait du roman de Tolstoi avant même de se plonger dedans. Mais ce grand et gros roman réserve en fait bien des surprises à son lecteur…

“Tout était sens dessus dessous dans la famille Oblonskï.”

Anna Karénine n’est pas là au début du roman. En bon lecteur qui en a lu d’autres, on ne s’en étonne pas tant que cela, car Flaubert nous a déjà fait le coup (rappelez-vous le début de Madame Bovary où c’est Charles qu’on rencontre en premier). Mais chez Tolstoï l’arrivée de l’héroïne est différée d’une centaine de pages. Au début du roman, c’est avec le frère d’Anna, Stépan Oblonskï, que nous faisons connaissance. Celui-ci s’est montré infidèle envers Dolly, son épouse. Ce n’est pas la première fois mais c’est une fois de trop pour Dolly, qui envisage de quitter son mari. Anna est donc attendue pour raisonner Dolly et ainsi sauver le mariage de son frère (c’est d’ailleurs assez amusant qu’elle vienne réparer un mariage avant de détruire le sien). En l’attendant, nous faisons aussi connaissance avec Kitty, la jeune soeur de Dolly, une ravissante jeune fille de 18 ans et de ses deux prétendants : Lévine et Vronski. Mais je ne vous présente là que quelques uns des personnages principaux, car c’est en fait une multitude de personnages que nous rencontrons dans ces cent premières pages (alors même que nous ne savons pas encore reconnaître ceux qui seront vraiment importants). Et c’est bien sûr à travers eux toute une société que l’on découvre, celle des aristocrates de Moscou ou de Saint-Pétersbourg et des grands propriétaires terriens.

Anna est très différente d’Emma. Pourtant elles ont des points communs. On devine au début dans la vie conjugale d’Anna une forme d’insatisfaction. Mais il ne s’agit pas chez elle de désoeuvrement. Elle ne cherche pas à tromper l’ennui dans des aventures multiples ou de vaines distractions. Elle ne cherche rien d’ailleurs. Mais la vie lui apporte comme par surprise l’intensité qui lui manquait, les sentiments extrêmes qui conviennent à son tempérament. Elle vit une passion folle et lui sacrifie tout. Mais jamais ce n’est une passion heureuse. Dés le début de son histoire avec Vronski, Anna semble se noyer. Angoissée, cauchemardeuse, hantée par les pensées suicidaires, elle paraît perdue. C’est un très beau personnage, même si elle devient à la fin absolument insupportable.

L’histoire d’amour tragique d’Anna n’est pas la seule histoire du roman. Nous suivons particulièrement deux histoires en parallèle, celles de deux couples : Anna et son amant, Kitty et son mari. D’ailleurs Anna n’est peut-être pas le personnage principal du roman. En tous cas, elle partage la vedette avec Lévine. Celui qui nous est présenté au début comme un brave garçon débarquant de sa campagne pour demander celle qu’il aime en mariage (celui sur qui le lecteur ne parierait pas un kopeck) s’avère finalement être un personnage très attachant, sorte de porte-parole de l’auteur pour exprimer ses théories sur bien des sujets, celui avec lequel il partage sans doute une même vision de la famille et de la vie en général.

J’ai fait de ce roman une lecture égoïste, sans trop me soucier de ce qu’avait voulu écrire Tolstoï (mais je pense sincèrement que c’est ainsi qu’il faut lire). Je me suis passionnée pour les deux histoires d’amour parallèles, pour tous ces personnages dont la psychologie nous est décrite si finement, pour ces gestes minuscules, ces sourires, ces intonations sur lesquels Tolstoï s’attarde, mais je ne me suis guère intéressée aux considérations politiques et religieuses. Le pire pour moi aura été ces longs passages de réflexions agricoles de Lévine que j’ai, bien évidemment, lus en diagonale. Et pourtant j’ai adoré ce personnage de Lévine, ses questionnements sur le sens de la vie, sa recherche du bonheur… J’ai aimé aussi beaucoup la relation que Tolstoï entretient avec ses personnages. Il semble tous les comprendre, les aimer (sauf peut-être le mari d’Anna). Jamais il ne les juge. Avec lui le lecteur pénètre leurs pensées, leurs sentiments, leurs âmes (pour employer un mot cher à Tolstoï). Ce ne sont jamais des archétypes, mais des personnages complexes souvent pris au piège de leurs contradictions. Et puis ces personnages ne sont pas figés. Ils évoluent et l’idée que l’on se fait d’eux se transforme à mesure que l’on avance dans le récit. Ils sont tout simplement très humains. Enfin il y a toutes ces scènes d’anthologie : la demande en mariage refusée de Lévine, le bal où ce qui se joue entre Anna et Vronski nous est montré à travers les yeux de Kitty, la tempête de neige et de passion qui réunit Anna et Vronski sur un quai de gare, une course de chevaux à l’érotisme torride, une chandelle qui s’éteint et plonge Anna dans une hallucination suicidaire, la terrible fin d’Anna, etc. etc. Un roman à lire absolument !

Anna Karénine / Léon Tolstoï, commentaires de Marie Sémon, préface d’André Maurois, Le livre de poche (Classique), 2008, 1021 p., ISBN 978-2-253-09838-6

D’autres avis sur les blogs de lecture : Karine, Emma, Romanza, MarcF.

Challenge ABC 2009

Comme Romanza avait eu la bonne idée de proposer ce roman pour le défi Blog-o-trésors, cela me permet de faire d’une pierre deux coups !

Blog-o-trésors

Message des hommes vrais au monde mutant

Message des hommes vrais

“Certains jours, le sable était si chaud
que j’entendais littéralement mes pieds grésiller
comme des hamburgers dans une poêle.”

L’héroïne de ce roman à la première personne est une américaine de cinquante ans. Elle est médecin et travaille en Australie à la réinsertion d’Aborigènes de sang-mêlé aux conduites suicidaires. Un jour, elle est invitée à se rendre à un meeting d’Aborigènes. Mais une fois sur place, elle est enlevée par une tribu inconnue de tous et contrainte de vivre et marcher avec elle dans le désert pendant trois mois…

Comme ce livre n’a pas toujours été très bien accueilli par les enchaînés, je l’ai abordé avec un peu d’appréhension. Mais je me suis dit : “Eh bien, Marlo, tu es quelqu’un qui sait s’adapter. Ça ne vaut pas le coup de te flanquer un ulcère.” Et j’ai commencé par le commencement.

Dans sa préface, Marlo Morgan présente son récit publié à compte d’auteur comme une aventure vécue qu’elle aurait romancée pour éviter des ennuis aux principaux protagonistes de l’histoire. Mais juste après cette préface, un rectificatif le présente comme une fiction inspirée d’une expérience vécue. Comme le roman que je propose moi-même dans le cadre de la Chaîne des livres a connu le même parcours, je serais mal placée pour tenir rigueur à Marlo Morgan de cette tentative de supercherie. J’y vois là un phénomène très américain. Aux États-Unis un auteur a plus de mal à trouver un éditeur et un public pour un roman que pour un témoignage. J’ai d’autant plus de mal à comprendre cette situation, que personnellement je préfère la fiction. J’ai donc fait abstraction de la polémique et me suis plongée dans le roman.

Oui mais voilà : qui dit roman dit véritable travail d’écrivain. Or la dame ne sait pas du tout écrire ! J’ai expédié la lecture de ce récit en deux temps trois mouvements (une heure peut-être). Je n’irai pas jusqu’à prétendre que j’en ai lu chaque ligne de la première à la dernière (faut pas exagérer non plus, pour ne pas ralentir la chaîne j’ai planté Anna Karénine dans une mauvaise posture, et depuis elle me réclame à cor et à cri), mais enfin je suis allée jusqu’au bout de ce “cheminement vers l’Être”.  En ce qui concerne le message que tente de véhiculer cet ouvrage, disons en deux mots que l’aventure de Marlo Morgan lui aurait ouvert les yeux sur notre monde moderne (n’est-ce pas révolutionnaire ?). Il serait temps, selon elle, qu’on revienne aux vraies valeurs et qu’on songe un peu à l’avenir de la planète (mais hélas n’est pas Paasilinna qui veut !). Et c’est ce message que le Vrai-Peuple lui aurait demandé de transmettre aux pauvres mutants que nous sommes. A lire donc comme un recueil de clichés, tant sur le fond que sur la forme. J’avoue que j’ai un peu ricané en lisant, que l’Unité divine me pardonne. Allez, une petite citation pour finir, pour que vous perceviez mieux tous les bénéfices que l’héroïne a retirés de son aventure et pour que vous ricaniez avec moi :

“J’étais remplie de gratitude devant les objets les plus hétéroclites : le rasoir qui me permettait de me raser les aisselles, le sommier qui me soulevait sur ses minuscules roulements à billes, les rouleaux de papier-toilette.”

Message des hommes vrais au monde mutant / Marlo Morgan, traduit de l’anglais par Caroline Rivouer (titre original : Mutant message down under), J’ai lu (Aventure secrète), 2008, 240 p., ISBN 978-2-290-33991-6 

chaîne de livres 2009

Lu dans le cadre de la Chaîne des livres, ce récit était proposé par Karine, et a déjà été lu par Bladelor, Doriane, Hathaway, Stephie, Fashion, Yueyin (? je n’ai pas trouvé son billet) et Isil.

P.S. Je demande au Grand-Tout l’apparition d’une tablette de chocolat, aux amandes si possible. J’ajoute la formule magique : “c’est pour mon plus grand bien et le bien de toute vie”. Et je promets de l’accueillir “avec gratitude et une sincère reconnaissance” (j’avoue que je ne saisis pas bien la nuance entre gratitude et sincère reconnaissance, mais je sais que le Grand-Tout aime qu’on lui dise les choses ainsi) !

Publié dans: on 23 juin 2009 at 9:12 Commentaires (18)

Leur adolescence brillait trop fort

La traversée de l'été

“Un silence suivit, volant bas comme un oiseau blessé.”

A New York dans les années 40, Grady Mc Neil, une jeune fille de bonne famille de 17 ans, renonce à un voyage en Europe en famille, pour vivre le temps d’un été une histoire d’amour avec Clyde Manzer, un jeune gardien de parking…

“Grady sentit un rire irrépressible monter en elle, une joyeuse agitation qui semblait envahir la blancheur du ciel d’été étendu devant elle comme une toile vierge sur laquelle elle pouvait dessiner les premiers élans imparables de la liberté.”

Quelques mots d’abord sur l’édition de ce texte :

Commencé en 1943 alors que Truman Capote n’avait que 19 ans, repris en 1949, après publication d’un roman (Les domaines hantés) et d’un recueil de nouvelles (Un arbre de nuit), puis de nouveau abandonné et considéré inachevé par son auteur, ce court roman a été redécouvert dans une vente aux enchères en 2005. La petite histoire dit même que Capote aurait voulu détruire ce texte, qu’il croyait l’avoir fait, mais que celui-ci a en fait été conservé par son concierge.

L’édition française au Livre de poche comporte une préface de Charles Dantzig qui a le mérite de situer Capote dans son temps, de nous faire croiser Harper Lee, Carson McCullers et Norman Mailer, mais une préface au ton horripilant. Charles Dantzig y raconte la vie de Truman Capote en émaillant son récit de réflexions amères, sans qu’on sache s’il les attribue à Truman Capote ou s’il ne s’agit pas plutôt de considérations personnelles. Un exemple : “A la fin de l’année, il n’a plus d’amies à New York, elles sont allées se marier ailleurs, l’une avec William Saroyan, l’autre avec Charlie Chaplin : l’amitié des femmes avec les homosexuels cesse avec leur mariage, pour reprendre une fois qu’elles ont élevé leurs enfants et ont besoin d’un animal de compagnie qui parle pour faire des courses ou prendre le thé.” (j’ai trouvé ça agaçant, mais en même temps je dois dire que le ton biographique me paraît souvent extrêmement chiant, ce qui n’est pas du tout le cas ici !)

Quant à la postface, signée Alan U. Schwartz, l’avocat de Capote, elle apporte un éclairage sur la fin de sa vie et sur les conditions dans lesquelles ont été édités les textes posthumes.

Ce que j’ai pensé du roman :

Tour d’abord, il ne s’agit pas véritablement d’un roman inachevé. Il a un début, un milieu, une fin, une histoire qui se tient. Si quelque chose était inachevé, c’était la relecture de Truman Capote et sa réécriture. Ensuite, il ne s’agit pas d’un fond de tiroir destiné aux seuls fanatiques de Capote, mais d’un court roman qui mérite tout à fait d’être lu par tout un chacun.

“Les plus petits détails de la cuisine sautèrent soudain aux yeux de Grady, une horloge invisible égrena chaque seconde, un fil rouge monta dans le thermomètre, des taches de lumière pareilles à des araignées grouillèrent sur le rideau, une goutte d’eau parfaitement immobile demeura suspendue au robinet de l’évier.”

L’histoire de Grady et Kyle est vouée à l’échec. L’accent est mis sur la différence sociale, sur la liberté qu’il faut à Grady pour choisir ce garçon qui déplaira à sa famille, mais c’est surtout sur le profil psychologique de Grady qu’insiste Capote (un peu trop peut-être ?), sur ses relations difficiles à sa mère, sur son destin d’enfant non désirée, tout juste bonne à remplacer un frère mort, lui-même substitut d’un oncle décédé. Mais à mesure qu’on avance dans le récit, que la canicule s’abat sur New York, un vertige s’empare de Grady, Clyde laisse apparaître ses propres fêlures, et la suite de l’histoire ne se laisse pas deviner si facilement. Il y a une réelle montée dramatique, de superbes accélérations soudaines du récit, un style riche, très chargé en métaphores (un peu trop peut-être ?), qui crée une atmosphère de manière particulièrement convaincante. Bref, ce texte n’est peut-être pas parfait mais il se lit avec un réel plaisir (accompagné de la voix de Billie Holiday) et peut même servir de porte d’entrée à l’oeuvre de Capote. Justement, comme c’était pour moi une première rencontre avec cet auteur, je crois que je vais être mainteant obligée de lire ses livres suivants dans l’ordre chronologique !

La traversée de l’été / Truman Capote, traduit de l’anglais par Gabrielle Rolin titre original : Summer crossing), préface de Charles Dantzig, postface de Alan U. Schwartz, Le livre de poche, 2008, 151 p., ISBN 978-2-253-12112-1

D’autres avis chez Lilly, ErzébethKathel, Karine,  Laurence, Uncoindeblogles ratsdebiblio, LauAgnès, Papillon

saisons

Vous ne pensiez quand même pas que j’en avais fini avec le Challenge Vivaldi !? Le mouvement des saisons est un éternel recommencement et ce challenge est destiné à durer, durer, durer… 

Bêêê ! Bêêê !

Ken Loach swapMon colis du Ken Loach Swap est arrivé ! Je vous rappelle les règles : le colis devait contenir un film de Ken Loach en DVD, un roman social britannique et une surprise. Regardez plutôt l’amoncellement de paquets avant déballage ! 

 

Déballons !

Je déballe tout ces petits paquets et je vous montre :

Le vent se lèveJ’avais confié à ma swapeuse dans mon questionnaire, que bien qu’ayant vu plusieurs films de Ken Loach, je n’avais pas encore vu celui que certains considèrent comme son chef-d’oeuvre, celui qui lui a valu une Palme d’or. Ma swapeuse a donc tenu à combler cette lacune, ce qui me ravit, en m’envoyant Le vent se lève.

SlamPour le roman social britannique, elle me dit dans sa carte avoir eu du mal à choisir. Elle a pourtant fait un très bon choix, car je suis  impatiente de découvrir Nick Hornby que je n’ai encore jamais lu avec Slam, qui est je crois son dernier roman.

 

Et c’est à partir de là que tout se gâte ! Car sous l’influence évidente de Ken Loach et de son esprit révolutionnaire, ma swapeuse a ensuite envoyé valser le règlement du swap. C’est ainsi que j’ai pu déballer toutes sortes de petits paquets qui contenaient des marque-pages à l’effigie du Che ou de Karl Marx, un carnet couvert de citations incitant à la paresse, le tout à peine adouci par un stylo couvert d’un troupeau de moutons (à moins que ce ne soient des ouvriers en grêve déguisés en moutons, allez savoir !).

Plein de surprises

“L’homme n’est pas fait pour travailler, la preuve c’est que cela le fatigue” Voltaire

“Le travail est un mal nécessaire à éviter” Mark Twain

Le stylo vu de près

Mais ce n’est même pas fini, car il y a encore le gros paquet ou the big surprise, à savoir le plus beau SLAT que j’aie jamais vu, un sac magnifiquement assorti à mon fauteuil vert dans lequel j’ai déjà préparé ma PAL de vacances. Admirez !!!

Le plus beau SLAT du monde !

Récapitulons !Merci à Isil,

 

la swapeuse qui ne sait même pas compter jusqu’à UNE surprise !

 

Merci à Cryssilda,

 

la parfaite organisatrice !

 

Looking for EricPS1 Pour me mettre dans l’ambiance du swap, je suis allée voir le dernier Ken Loach, grâce aux billets gagnés chez Flannie (elle avait organisé un jeu auquel j’ai gagné, alors que je n’y avais même pas vraiment participé !  si c’est pas un signe de chance…). Et il est pas mal ce film ! C’est-à-dire que c’est vraiment du Ken Loach, avec les préoccupations sociales qu’on lui connaît, son goût pour le collectif, la solidarité… mais sans l’esprit de sérieux qu’on lui reproche parfois. Aussi étonnant que cela puisse paraître, c’est un Ken Loach devant lequel on rit ! Merci donc aussi à Flannie !

PS2 J’ai failli oublier de vous parler du cadeau bonus ! Il y avait dans mon colis du swap un petit paquet qui n’était pas jaune comme les autres mais qui était blanc et couvert d’un post-it portant la mention : cadeau bonus. C’est ce paquet que j’ai ouvert en premier ce qui m’a mise en joie pour la séance de déballage. :D  Il contenait un livre que je désire lire depuis toujours, un livre qui a fait l’objet récemment sur les blogs de billets si élogieux que mon envie de le lire en a été décuplée. ;) Il s’agit de ”Message des hommes vrais au monde mutant”, livre qu’Isil devait m’envoyer dans le cadre de la Chaîne des livres. Je vous mets la photo en grand pour que vous puissiez déchiffrer le post-it et voir ainsi combien ma swapeuse est perfide ! 

Le cadeau bonus

Encore merci Isil, tu m’as fait mourir de rire !

Merci Isil !

Publié dans: on 20 juin 2009 at 6:26 Commentaires (17)
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Prix des lecteurs du Télégramme : les résultats

7e Prix des lecteurs du Télégramme

Les déferlantes

 Le 7e Prix des lecteurs du Télégramme a été attribué à Claudie Gallay pour Les déferlantes.

Il paraît qu’il y a eu 1200 votants et que près de 1000 (à savoir 80%) ont voté pour Les déferlantes !

Je ne vous cache pas, que c’est un peu ce que je redoutais… Mais ce prix m’aura tout de même permis de lire des livres qui m’ont plu, alors c’est bien là l’essentiel !

Les annéesDans la ville des veuves intrépidesLe soldat et le gramophoneFleurs de tempete

Ajout du 20 juin : Une interview de Claudie Gallay par le Télégramme est disponible en vidéo ici !

Pour ma part, suite à des délibérations en commentaires, je décerne à Annie Ernaux un prix hautement prestigieux : le Levraoueg d’or de l’autobiographie 2009 !

Publié dans: on 19 juin 2009 at 12:00 Commentaires (10)

Orgueil et préjugés / Robert Z. Leonard (1940)

O&P par Leonard

J’ai poursuivi ce week-end mon petit Challenge Jane Austen en visionnant l’adaptation cinématographique d’”Orgueil et préjugés” réalisée par Robert Z. Leonard en 1940. On y trouve Laurence Olivier dans le rôle de Darcy et Greer Garson dans celui d’Elizabeth (et curieusement Aldous Huxley en co-scénariste).

Elizabeth et Darcy

J’ai trouvé ce film délicieusement rétro. Son début est un peu déconcertant pour qui connaît bien le roman, car le film commence dans un magasin où Mrs Bennet est venue choisir des robes pour ses filles. C’est donc une scène qui n’existe pas dans le roman, une pure scène d’exposition qui permet de présenter Mrs Bennet et ses filles et d’annoncer l’arrivée des nouveaux voisins. Mais ensuite, même si  l’adaptation a continué de prendre quelques libertés avec le roman, elle m’a paru lui être tout de même assez fidèle. Tous les personnages principaux y sont, leurs caractères sont respectés et les scènes les plus connues s’y trouvent. Les principales modifications m’ont paru être des raccourcis purement pratiques. La fin est tout de même sensiblement différente de celle du roman. Plus positive, c’est une fin heureuse pour tout le monde, un happy end qui n’oublie personne. C’est donc une comédie romantique, qui n’oublie pas de nous faire rire, notamment en se moquant des travers des personnages les plus ridicules ou antipathiques.

Lady Catherine

J’ai apprécié quelques effets comiques plus spécifiquement cinématographiques, comme la musique qui ponctue chaque arrivée de Lady Catherine. Certains plans, exagérément léchés, jouant à fond la carte du romantisme, m’ont paru un peu ridicules. Mais j’y vois un second degré très austenien, un côté satirique qui n’est pas pour me déplaire, comme l’illustre le plan ci-dessous où l’on assiste aux retrouvailles de Jane et Bingley.

Jane et Bingley

Bref, j’ai passé un très bon moment de cinéma. J’ai tout de même une petite réserve à formuler, une réserve qui ne concerne pas vraiment cette adaptation, mais plutôt la spectatrice que je suis. Mais avant de m’expliquer, je conseille aux plus fanatiques de Jane Austen de ne pas lire le paragraphe qui suit.

J'suis toute penaude

Je crois que j’en ai un peu assez d’O&P (et là je tremble en écrivant cela, qu’une foudre bloguesque ne s’abatte sur moi !). J’ai lu le roman (une fois seulement pourtant), vu la série BBC de Langton, et vu le film de Leonard, et voilà que je sature. J’avais pourtant prévu de voir aussi le film de Joe Wright et la version Bollywood avant de passer à une autre oeuvre d’Austen, mais je crois que je vais changer mes plans. En ce moment je suis plongée dans un grand et long roman absolument génial qui n’a rien à voir avec Jane Austen, si ce n’est qu’il se passe au 19e s., qu’on y donne des bals et que de charmantes demoiselles y rêvent de mariage (ça fait pas mal de points communs finalement !).  Ça explique peut-être cet effet de saturation que j’ai ressenti devant les ombrelles et les robes froufrouttantes du film de Leonard. Tout d’un coup, j’ai eu envie de livres ou films un peu plus rock’n roll que l’univers austenien, d’héroïnes jeunes ou moins jeunes, mais surtout plus indépendantes, peut-être plus modernes. Bizarre, non ?

Orgueil et préjugés / réalisé par Simon Langton, scénario de Aldous Huxley et Jane Murfin d’après le roman de Jane Austen “Pride and prejudice”, avec Greer Garson et Laurence Olivier, Metro-Goldwyn-Mayer 1940, 113 mn, 1 DVD Sélection classique

Les avis d’Isil et Schlabaya.

Challenge Jane Austen