Le roman d’Oxford

Le narrateur à la première personne, un espagnol d’une trentaine d’années, a vécu et enseigné à Oxford. Il nous raconte dés la première phrase du roman, que depuis son départ d’Oxford « deux sur trois sont morts ». De qui parle-t-il ? Mystère ! Mais il s’ensuit un récit au passé qui nous apportera certainement la réponse…

Le début du roman ma tout de suite déplu. J’ai trouvé cette entrée en matière avec ce mystère artificiel vraiment très très lourde, sans charme, sans grâce. Je me suis immédiatement rendue au dernier chapitre qui commence par ces mots : « Deux sur trois sont morts depuis mon départ d’Oxford ». Comme c’est habile ! Et le dernier chapitre nous donne les noms des deux morts, morts de mort naturelle, bien entendu. Rien de mystérieux donc.

Le style de ce roman est également d’une grande lourdeur. Les phrases sont longues, longues, avec de multiples parenthèses, des insertions entre tirets, des appositions entre virgules, et aucune musicalité, en français du moins. Ce qui est raconté présente  également assez peu d’intérêt (à moins que vous n’envisagiez d’aller enseigner à Oxford). C’est une succession d’anecdotes, peut-être la retranscription pure et simple des souvenirs de l’auteur. Je n’ai donc pas pu (dernier chapitre excepté) dépasser la page 50 (page à laquelle il est permis par le règlement de la Chaîne des livres de jeter l’éponge).

Un petit extrait, choisi absolument au hasard pour l’exemple, d’une phrase et une seule :

« Et étrangement, quelquefois, revécut en moi un certain Mr Branshaw dont personne ne se souvenait ni n’avait la moindre idée, ce qui – chaque matin que je m’entendais parler ainsi : Bonjour, Mr Branshaw ! – me faisait me demander si le don de Will de se mouvoir dans le temps ne s’étendait pas aussi à l’avenir (peut-être le plus immédiat, celui qui recouvrirait les jours qui lui restaient à vivre) et si, installé dans les années quatre-vingt-dix, il n’était pas en train de saluer quelqu’un qui n’était pas encore venu à Oxford et qui peut-être, où qu’il se trouvât, ignorait encore qu’il lui faudrait vivre dans cette cité inhospitalière et conservée dans le sirop, selon la formule déjà ancienne de l’un de mes prédécesseurs. » Ouf !

Je dois préciser tout de même que Javier Marias est considéré par beaucoup comme un grand écrivain espagnol contemporain. Et je suppose donc que ses autres écrits sont plus susceptibles d’intéresser leur lecteur que celui-ci.

Le roman d’Oxford / Javier Marías, traduit de l’espagnol par Anne-Marie Gerninet et Alain Keruzoré (titre original : Todas las almas, Folio, 2006, 329 p.

Javier Marías (1951-…) est espagnol. Il a vécu et enseigné à Oxford.

10/25

Livre lu dans le cadre de la Chaîne des livres. Ce roman était proposé par Lune de pluie, qui n’étant plus disponible a depuis déserté  la Chaîne,  avant que son blog ne soit supprimé par son hébergeur (cf commentaire de Bladelor).

Message personnel : Ys, je suis vraiment désolée ! Cette chaîne m’avait pourtant paru être une excellente idée, mais…

No et moi

Alors que j’envisageais, dans le cadre du Challenge du 1%, de lire le dernier roman de Delphine de Vigan, j’ai décidé de commencer par un de ses romans précédents qui a connu un grand succès et qui est maintenant disponible en poche : « No et moi ».

« J’ai enfilé mon plus beau jean et le tee-shirt que j’avais acheté chez Pimkie, mes grandes bottes, ma veste noire, je m’étais lavé les cheveux le matin pour qu’ils soient plus soyeux, dans le miroir j’ai observé mon reflet. J’étais toute petite : j’avais des petites jambes, des petites mains, des petits yeux, des petits bras, j’étais une toute petite chose qui ne ressemblait à rien. »

Lou est une jeune fille de 13 ans dite intellectuellement précoce et donc déjà en classe de seconde. Elle vit avec des parents endeuillés par le décès de sa petite soeur, sa mère ne parvenant pas à sortir de la dépression dans laquelle ce drame l’a plongée. Elle entre dans un nouveau lycée et à la faveur d’un exposé sur les sans abris, elle rencontre No une jeune fille à la rue…

Roman à la première personne dont la narratrice est une jeune fille de 13 ans, « No et moi » m’a paru être un roman pour adolescents. Si je l’avais lu en tant que tel, je l’aurais certainement apprécié et j’aurais même pu envisager de l’offrir à une petite fille de 10-12 ans. Malheureusement ce roman est publié dans une collection pour adultes, sans mention spéciale, et c’est ce qui explique la déception qui a été la mienne à sa lecture. J’ai trouvé ce roman extrêmement naïf, tout au premier degré, et d’une grande pauvreté narrative. Comme nous ne quittons pas le point de vue de l’héroïne, ceux des adultes qui l’entourent nous restent impénétrables. L’adolescence d’aujourd’hui est dans ce roman dépeinte à grands renforts de marques (Converse, Eastpack, etc.) ou de références aux nouvelles technologies (SMS, MSN & Cie). Nous y suivons les questions existentielles d’une ado qui se demande comment on fait pour embrasser un garçon avec la langue. Bref, un roman qui illustre bien la tendance au jeunisme et à l’appauvrissement du roman contemporain. Il a reçu le Prix des libraires 2007, élément d’information qui m’a également plongée dans une grande perplexité. En revanche, bien que sélectionné, il n’a pas eu le Goncourt des lycéens qui a cette année là été attribué au Rapport de Brodeck de Philippe Claudel (mais à mon avis, il aurait eu ses chances si le Goncourt des collégiens existait !).

Comme tout est relatif, c’est malgré tout un joli roman pour très jeune lecteur (ou plutôt lectrice). Mais pour la suite, j’ai un petit peu peur que tous les romans de Delphine de Vigan se ressemblent, avec un sujet de société pour point de départ, les sans-abris pour « No et moi », la souffrance au travail pour « Les heures souterraines »… Mais nous verrons !

No et moi / Delphine de Vigan, Le livre de poche, 2009, 248 p., ISBN 978-2-253-12480-1

Delphine de Vigan est l’auteur de Jours sans faim (2001), Les jolis garçons (2005), Un soir de décembre (2007), Les heures souterraines (2009).

Les avis enthousiastes de Clarabel, Lily et Gambadou, ceux plus mesurés de Joëlle et Keisha, et celui négatif de Malice.

Bonne année

Savez-vous que ce qu’on fait le 1er janvier,
on le fait toute l’année ?

Depuis que j’ai eu connaissance de cette superstition, je suis particulièrement attentive à l’emploi du temps de cette journée cruciale. Et le pire c’est que j’imagine que renversant cette maxime, on peut en conclure que ce qu’on ne fait pas le 1er janvier, on a peu de chances de le faire souvent dans l’année. Prenons donc un exemple au hasard et imaginons quelqu’un qui aime lire. Eh bien le 1er janvier, même s’il est épuisé par la soirée de la veille, même si un déjeuner de famille l’attend, même si, rêvons un peu, l’occasion de faire un bonhomme de neige se présente… dans tous les cas, il lui faudra lire au moins quelques pages au cours de cette journée, s’il ne veut pas connaître une année pauvre en lecture. Avouez que ça fait réfléchir, non ?

Pour ma part, bien que loin de toute connexion, j’ai décidé que ce 1er janvier allait être l’occasion de commencer à en finir avec ce blog. « Commencer à en finir » signifie que j’imagine pour ce blog une fin tout en douceur, sans claquement de porte. Je suis en ce moment en pleine organisation du Challenge du 1%, challenge destiné à durer jusqu’en juillet prochain. Donc bien sûr le suivi du challenge continue. Je suis également engagée dans une chaîne des livres destinée à durer des années et des années, et bien sûr je ne l’abandonne pas.

Malgré tout, j’en ai un peu assez de ce blog.  Il correspond à une période où je voulais reprendre pied dans la lecture après une période sans, et où j’étais donc prête à toutes les expériences pour trouver mes nouveaux goûts en matière de lecture.  Et je suis allée loin dans ces expériences, jusqu’à un Harlequin !  Mais aujourd’hui, en lectrice rétablie je n’ai plus besoin de cette béquille et mon blog ne me ressemble plus. Alors j’ai d’abord envisagé d’y faire quelques travaux, revoir les catégories, les tags, changer son apparence, son titre, détruire certains billets, mais je suis bien trop flemmarde pour tout ça. Le mieux, me semble-t-il, c’est d’ouvrir un nouveau blog.

Voici comment je l’imagine : rien de bien extraordinaire,  des billets de lecture, toujours des challenges parce que j’adore ça,  des films aussi, au moins des adaptations, mais le tout à un rythme pas trop soutenu. Depuis la rentrée, j’ai repris l’habitude de lire sans écrire sur ce que je lis. Dans certains cas je me dis que j’écrirai un billet plus tard, quand j’aurai pris du recul. Dans d’autres cas, je ne tiens pas particulièrement à garder trace de cette lecture et ne vois donc pas la nécessité d’écrire un article tiède sur un roman peu emballant. Ce sera donc un blog avec un peu de temps entre chaque billet, aucun stakhanovisme de la lecture et encore moins de l’écriture.

Mais surtout, différence essentielle pour moi, je n’y commenterai plus que des livres que j’aurai choisis moi-même sans répondre à l’incitation de qui que ce soit. C’est pourquoi la chaîne des livres va rester ici. C’est pourquoi surtout je ne veux plus recevoir de livres d’éditeurs. C’est pourquoi également je souhaite changer de pseudo et de boîte mél, parce que depuis le Challenge du 1% ma messagerie est constamment encombrée de toutes sortes de méls publicitaires, mais aussi de méls d’invitation à la soirée truc, au petit-déj’ bidule chouette, au speed dating de lecture machin chose et que j’ai vraiment envie de fuir tout ça. Les acteurs du marché du livre ont bien trop tendance à considérer les blogueurs de lecture comme des lecteurs-sandwichs. Ma nouvelle adresse électronique ne sera donc pas apparente sur mon nouveau blog, mais bien sûr vous l’aurez, quand je viendrai me réinscrire à vos challenges ou déposer des commentaires sur vos billets.

En fait je crois que vous ne serez pas trop dépaysés, car je pense que mon nouveau blog ressemblera très vite à l’ancien. Mais j’ai malgré tout envie d’une nouvelle maison, d’un nouveau décor.

Aujourd’hui donc, mon nouveau blog vient de s’ouvrir sans moi (enfin j’espère !). Et dés demain, je pourrai vous rendre visite sous ma nouvelle identité bloguesque et me réinscrire à mes challenges en cours.

TRES BONNE ANNEE 2010

Publié dans:  on 1 janvier 2010 at 8:00 Commentaires (57)
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Le club des incorrigibles optimistes

A Paris, au début des années 60, un jeune garçon de 12 ans fait la connaissance d’un groupe d’immigrés venus de l’Est, qui se retrouve dans l’arrière salle d’un café pour y jouer aux échecs. Sur la porte de cette salle, où l’on croise aussi Sartre et Kessel, on peut lire cette inscription : Club des incorrigibles optimistes.

Deux histoires principales s’imbriquent dans ce roman : d’abord l’histoire de Michel, un garçon de 12 ans, de sa vie de famille entre ses parents issus de milieux sociaux très différents, son grand frère communiste très vite appelé à gagner l’Algérie, et Cécile la petite  amie de son frère dont il se rapproche, et puis l’histoire de ces immigrés venus de Pologne, de Hongrie… ou de Russie, qui ont dû fuir leurs pays brusquement, leurs familles, et se retrouvent à Paris dans la misère.

« Ils avaient choisi la liberté en abandonnant femme, enfants, famille et amis. C’est pour cette raison qu’il n’y avait pas de femmes dans ce club. Ils les avaient laissées au pays. Ils étaient des ombres, des parias, sans ressources, avec des diplômes non reconnus. »

Voici un roman face auquel je me sens assez partagée. C’est une sorte de roman feuilleton, porté par un seul narrateur à la première personne, mais parvenant à donner vie à plusieurs personnages, dont on suit les destinées avec un réel intérêt. On sent ce roman gorgé des souvenirs de l’auteur, qui reconstitue le décor de son adolescence, celui de la France du début des années 60, de la Guerre d’Algérie et des débuts du rock’n'roll. C’est un roman habilement construit, avec un fond historique et politique, un ton plaisant et non dénué d’humour. Les thèmes qu’il aborde, ceux de la lutte des classes, de la fin du communisme, des régimes totalitaires, du sort des exilés, des déclassés, tout cela m’intéressait.  Alors pourquoi suis-je partagée ? Certainement en raison de l’écriture, ou plutôt de son absence, qui m’a tout de même rendu la lecture  de ces 750 pages par moment assez pénible. C’est d’ailleurs un roman beaucoup trop long, qui peine à démarrer. Les histoires d’école et de baby foot d’un garçon de 12 ans auraient certainement pu être plus courtes. Mais une fois qu’on a vraiment fait connaissance avec Igor, Sacha (au bout de plus de 400 pages  en ce qui le concerne), Léonid et les autres, on trouve alors à ce roman un vrai souffle et des histoires fortes qui nous emportent.

Le club des incorrigibles optimistes / Jean-Michel Guenassia, A. Michel, 2009, 756 p.

Les comptes rendus de Noryane (que je remercie pour le prêt), Clarabel, Laurence (dont je partage assez l’avis), Amanda, Catherine… Je manque de temps pour lister tous les billets, mais je vous renvoie à la page du Challenge du 1%, où vous en trouverez encore une dizaine.

9/71%

Challenge du 1% : 6e et dernier bilan pour 2009

La fin de l’année approche. Ce qui me donne  l’occasion de faire un dernier petit bilan du Challenge du 1% littéraire 2009. Dernier bilan pour cette année, car je vous rappelle que le Challenge durera jusqu’au 31 juillet 2010.

Nous sommes maintenant exactement 80 inscrits. Mais seulement 72 blogueurs challengent réellement. Les 8 retardataires vont-ils s’y mettre en 2010 ? Nous le saurons au prochain épisode !

Deux challengeuses ont dépassé les 3% : Amanda et Esméraldaé. Cinq autres challengeuses ont atteint ou dépassé 2% : Aurore, Laurence, Leiloona, Mango et Stephie. Enfin vingt autres challengers ont atteint ou dépassé 1% :  Antigone, Antoine, Brize, Canel, Catherine, Constance, Dominique84, Fashion, Gambadou, George, Kallikrates, Kathel, Keisha, Lau(renceV), Levraoueg, Naina, Pagesàpages, Restling, Sylire et Val. Ce sont donc en tout 27 challengers qui peuvent considérer avoir bouclé leur challenge.

Enfin regardons quels sont les titres les plus lus par les participants au Challenge :

  • Ce que je sais de Véra Candida / Véronique Ovaldé (Ed. de l’Olivier) -> 14 challengers
  • Le club des incorrigibles optimistes / Jean-Michel Guenassia (A. Michel) -> 11 challengers
  • Les heures souterraines / Delphine de Vigan (JC Lattès) -> 11 challengers
  • Le jeu de l’ange / Carlos Ruis Zafon (R. Laffont) -> 11 challengers
  • Nouveaux Indiens / Jocelyn Bonnerave (Seuil) -> 10 challengers

Pour plus de détails, je vous renvoie à la page du Challenge.

BON CHALLENGE

ET BONNES FETES DE FIN D’ANNEE

Publié dans:  on 17 décembre 2009 at 9:06 Commentaires (13)

Challenge du 1% : nouveautés de langue allemande

Vous aimez la littérature allemande et vous vous demandez quelles sont les nouveautés de langue allemande parues en France en cette rentrée ? En voici donc une petite liste pour vous donner des envies de lecture intégrables au Challenge du 1% littéraire 2009 :

1. Adalina / Silvio Huonder (La dernière goutte) -> premier roman allemand

Présentation de l’éditeur :

Adalina“Une force mystérieuse pousse Johannes Maculin, artiste berlinois, à retourner sur les lieux de l’enfance, une petite ville suisse enserrée dans un paysage grandiose. Que s’est-il passé il y a vingt ans ? Quels secrets inavouables retiennent Maculin prisonnier d’un amour de jeunesse ? Personne n’échappe bien longtemps aux fantômes du passé. Pour Maculin, le fantôme qui le hante se nomme Adalina. Banalité de la perversité serait un sous-titre idéal pour ce roman construit comme une intrigue policière.

Le récit d’une histoire d’amour tragique et d’un deuil impossible.”

2. A ma fenêtre / Luc Bondy (C. Bourgois) -> roman allemand

Présentation de l’éditeur :

A ma fenêtre« « Le soir, j’allais me coucher tôt et je me levais de bonne heure pour réfléchir à ce qui m’arrivait. Les juges du Jugement dernier se perdront en conjectures sur mon existence, ils n’auront sans doute jamais vu d’hommes à la fois aussi dépourvus de conscience et emplis d’inquiétude. Je remplace mes actes par des effleurements. Je laisse les fruits de l’imagination venir vers moi. Certains naissent dans ma poitrine, dans mon âme, c’est plus qu’une journée de travail: ce sont des soupirs déçus, une éternelle alternance entre le lever et le coucher, des grimaces devant le miroir et l’attente du retour de Séraphine, pour autant qu’elle ne se sera pas fait renverser dans la rue ou qu’elle n’aura pas offert à son ami malade trois heures de la soirée qui nous appartient… »

Luc Bondy va et vient avec maestria entre le présent du narrateur et les différentes strates du passé. Un portrait drôle et désabusé de notre temps, une réflexion sur la disparition de l’art théâtral et les beaux fruits de l’inactivité. »

3. Un amour exclusif / Johanna Adorjan (Presses de la cité) -> premier roman allemand

Présentation de l’auteur :

Un amour exclusif“Ce livre raconte l’histoire de Vera et István, deux Juifs hongrois survivants de la Shoah, qui ont fui les émeutes de Budapest en 1956, ont trouvé refuge au Danemark et se sont donné la mort à Copenhague en 1991. C’est l’histoire d’un amour hors du commun. L’histoire de mes grands-parents.”

4. Le bois de Klara / Jenny Erpenbeck (Actes Sud) -> roman allemand

Présentation de l’éditeur :

Le bois de Klara« Dans les années 1920, Klara hérite d’un joli bois au bord d’un lac, un petit paradis près de Berlin-Est. Près de cent ans plus tard, Jenny Erpenbeck enquête sur le destin de ce bois (où elle a passé tous les étés de son enfance) et des personnes qui s’y sont installées successivement, loin d’une vie berlinoise de plus en plus tumultueuse. Lieu de détente et de distraction à l’ombre de la prise de pouvoir de Hitler, abri pendant la guerre, pâturage pour les chevaux de l’Armée rouge, théâtre d’exodes et de retraites, le bois de Klara finit par représenter un enjeu immobilier important après la chute du Mur.

Par petites touches puissantes et poétiques, Jenny Erpenbeck restitue le sort de ce refuge auquel ses hôtes passagers resteront intimement liés. »

5. De quoi sommes-nous faits / Thomas Hettche (Grasset) -> roman allemand

Présentation de l’éditeur :

De quoi sommes nous faits« Encore un peu ivre du décalage horaire, Niklas Kalf traverse New York avec sa femme Liz pour se rendre à un dîner. La guerre en Irak est imminente et la ville lui semble prise dans une fièvre étrange. Au cours de cette soirée, on lui raconte l’histoire sanglante d’une adolescente qui a tué un homme à Central Park. Le couple rentre à l’hôtel, à la fois troublé et obsédé par ce fait divers, et passe une nuit agitée. Lorsque le jour se lève enfin, prêt à effacer cauchemars et angoisses, Liz, enceinte, a disparu … Des coups de téléphone menaçants font bientôt comprendre à Niklas que l’enlèvement de sa femme n’est pas sans rapport avec ses propres recherches sur Eugen Meerkatz, émigré juif allemand dont il écrit la biographie. Seul dans un pays qui lui est étranger, il décide de partir sur les traces de la disparue… »

6. Les enfants de Vienne / Robert Neumann (L. Levi) -> roman autrichien (écrit en anglais en 1946 et réécrit en allemand en 1974)

Présentation de l’éditeur :

Les enfants de Vienne« Vienne. Hiver 45. Six enfants sans âge ont traversé la guerre tant bien que mal. Dans la cave d’une maison à demi effondrée, ils se sont arrangé un semblant d’existence. Yid et Goy sont experts en trafics et larcins, Eva se prostitue occasionnellement. Avec Ate, une ancienne chef de section des jeunesses hitlériennes, et Curls, ils veillent sur une petite fille malade au ventre terriblement gonflé. Lorsque le révérend noir américain H. W. Smith débarque dans leur étrange abri, « ce qu’il voit et entend là, il ne le croit pas ». Pendant une poignée de jours, au gré de conversations hallucinées, chacun se raconte. Alors, quand Smith promet de les arracher à leur misère, de les emmener loin, vers la vraie vie, un espoir magnifique illumine un instant ce grotesque royaume.
Bouleversant huis clos en trois actes, Les enfants de Vienne est aussi une parabole crue sur la déshumanisation et l’absurdité engendrées par la guerre et le fascisme. Après la catastrophe, tout est détruit, corrompu – y compris la langue. Extraordinaire jongleur de mots, Robert Neumann, excelle à restituer le chaos d’une époque pas tout à fait révolue. »

7. La femme de midi / Julia Franck (Flammarion) -> roman allemand

Présentation de l’éditeur :

La femme de midi« En 1945, Stettin est occupée par l’Armée Rouge. Parmi les fugitifs dans une petite gare allemande se trouvent Alice et son fils de sept ans, Peter. Quelques instants plus tard, Alice abandonne son enfant sur le quai pour ne plus revenir… »

8. Fleurs de chagrin : l’histoire d’un été / Gerda Mucker-Frimmel (Les Petites vagues) -> roman autrichien

Présentation de l’éditeur :

« Pendant quatre ans, Johanna la Viennoise et Jean-Marie l’Alsacien échangent une correspondance passionnée. Ils ont dix-sept ans et se croient amoureux l’un de l’autre. Bavarde dans ses lettres mais maladivement timide dans la vie, quand Jean-Marie propose des retrouvailles, Johanna accepte de le voir, non sans terreur. Son amie Alma propose une excursion à quatre dans les montagnes autrichiennes ; aussi vive et extravertie que Johanna est calme et renfermée, Alma est accompagnée de William, un ado anglais envoyé en séjour linguistique. Les rêves et espoirs de Johanna et de Jean-Marie s’effritent alors sans bruit tandis qu’ils escaladent des sommets alpins. Rien ne se produit comme ils l’avaient imaginé, à commencer par leur rencontre. »

9. Le goût des pépins de pomme / Katharina Hagena (A. Carrière) -> roman allemand

Présentation de l’éditeur :

Le goût des pépins de pomme« A la mort de Bertha, ses trois filles, et sa petite-fille, la narratrice, se retrouvent dans leur maison de famille, à Bootshaven, dans le nord de l’Allemagne, pour la lecture du testament. Un roman sur le thème du testament et de l’oubli.

10. L’héritage / Fritz Werf (Apogée) -> nouvelles allemandes

Présentation de l’éditeur :

L'héritage« Fritz Werf ne tourne jamais longtemps autour de son sujet. Quelques lignes lui suffisent pour entrer, sans préambule, dans telle ou telle scène et paysage où virevoltent avec aisance des personnages, proches, étranges, sympathiques ou pathétiques, dont il sait capter le quotidien, l’histoire et les coups de folie avec efficacité. Dans les sept nouvelles qui composent L’Héritage, les êtres qu’il décrit sont influencés et traumatisés par leur passé. Il leur rend hommage avec gravité, ne se séparant jamais de ce ton ironique qu’il cultive avec sagesse. »

11. Jésus m’aime / David Safier (Presses de la cité) -> roman allemand

Présentation de l’éditeur :

Jésus m'aime« Marie est abonnée aux échec sentimentaux. Alors qu’elle vient de saboter son premier mariage, elle rencontre un charpentier plein de qualités. Doux, sensible et généreux, Joshua a tout de l’homme idéal. A un détail près: il lui déclare être Jésus. Marie pense tout d’abord avoir une fois de plus affaire à un tordu. Mais il n’est pas donné à tout le monde de marcher sur l’eau…

Après le succès de Maudit Karma, son premier roman, David Safier confirme son talent pour la comédie avec Jésus m’aime, une réjouissante histoire d’amour, de famille et de tolérance. Du divertissement à l’état pur ! »

12. Leçons particulières / Alain Claude Sulzer (J. Chambon) -> roman suisse de langue allemande

Présentation de l’éditeur :

Leçons particulières« Avant la chute du communisme, Leo, un étudiant qui a fui un pays de l’Est est accueilli en Suisse par un couple qui accepte de l’héberger. Martha, une mère de famille de 34 ans, accepte de lui donner, tout aussi gracieusement des cours d’allemand. Dans cette langue qu’il maîtrise à peine il s’entend avouer pour la première fois qu’il a abandonné sa fiancée au pays. Mais cette trahison ne sera pas la dernière. Alors qu’il est devenu l’amant de Martha, il prend en secret des cours d’anglais pour pouvoir rejoindre son frère au Canada. L‘amour qui est pour Martha une révélation qui va bouleverser sa vie, n’est pour lui qu’un bonheur fugitif, qui n’a pas de place dans ses rêves d’avenir.

Pour Alain Claude Sulzer, l’amour est inséparable de la trahison, car toujours l’un aime plus que l’autre. Avec  le roman met dénonce aussi l’égoïsme de celui qui émigre et qui, obnubilé par le but qu’il s’est fixé, utilise froidement ceux qui l’aident sans se préoccuper de leurs sentiments. »

13. Un soupçon légitime / Stefan Zweig (Grasset) -> nouvelle autrichienne inédite

Présentation de la librairie Décitre :

« Un soupçon légitime est l’histoire d’un homme dont les passions vont causer le malheur de son entourage.
John Limpley s’installe à la campagne avec son épouse et adopte un chien, Ponto. Adulé par son mare, l’animal se transforme en tyran… jusqu’au jour où il est délaissé, lorsque la jeune femme tombe enceinte. Le drame qui va suivre est d’autant plus tragique qu’il reste inexpliqué. Dans cette nouvelle angoissante, inédite en français, on retrouve le style inimitable de Zweig et sa finesse dans l’analyse psychologique.
Comme dans Lettre d’une inconnue ou Le joueur d’échecs, il dépeint avec virtuosité les conséquences funestes de l’obsession et de la démesure des sentiments. »

14. Le soupirant / Charlotte Link (Presses de la cité) -> roman allemand

Présentation de l’éditeur :
Le soupirant« Depuis qu’une inconnue est morte à ses pieds après s’être défenestrée, Leona reste traumatisée. Hantée par ce drame, elle se lie d’amitié avec Robert, le frère de la victime. C’est dans ces circonstances que Wolgang, son mari, choisit de la quitter. Profondément déprimée, Leona succombe peu à peu au charme du ténébreux Robert. Mais que sait-elle, au juste, de celui que Wolfgang surnomme ironiquement son « soupirant » ?Une fois de plus, Charlotte Link distille l’angoisse par touches subtiles, dans un crescendo inquiétant, et livre un roman au suspense insoutenable. »

15. Mes taupes / Günter Eich (Circé) > recueil de textes allemand

Présentation de l’éditeur :

Mes taupes« Cet ouvrage rassemble deux textes de l’auteur, parus successivement en 1968 et 1970. Des textes assez brefs où se mélangent poésie, fragments d’essai et histoires courtes. La taupe montre l’absurde. »

16. Les tortues / Veza Canetti (J. Losfeld) -> roman autobiographique autrichien écrit en 1938

Présentation de l’éditeur :

Les tortues« Eva Caïn vit avec son mari Andreas dans une villa aux abords de Vienne. Un soir, en rentrant, elle voit hissé à leur balcon un drapeau arborant la croix gammée. Nous sommes en 1938, et ce symbole annonce l’arrivée de Pilz, un officier allemand venu s’installer chez les Caïn. Les époux apprennent qu’ils ont un mois pour quitter l’Autriche. Ils se réfugient chez le frère d’Andreas où tous assistent, impuissants, à la montée du nazisme et aux violences quotidiennes de l’occupant. La voisine Hilda monte alors un extravagant projet : fuir en aéroplane avec l’aide des SS eux-mêmes… Dans ce roman dense, puissant et parfois ironique, Veza Canetti entraîne le lecteur dans un univers où tout jugement est exclu. Parallèlement à un témoignage essentiel sur notre histoire, l’auteur raconte ici la douleur de l’exil. À travers l’image d’une tortue que l’héroïne sauve des mains d’un artiste local qui grave sur leurs carapaces des croix gammées, Veza Canetti laisse deviner la réalité d’un futur tragique avec d’autant plus de force. »

17. Une fois deux / Iris Hanika (Les Allusifs) -> roman allemand

Présentation de l’éditeur :

Une fois deux« 127 secondes : c’est le temps que dure la conversation téléphonique scellant la rencontre de Senta, apprentie galeriste, et de Thomas, informaticien dans la quarantaine, après que ces derniers se soient aperçus dans un café du quartier de Kreuzberg à Berlin. Encore une histoire d’amour ? C’est ce que laisse présager leur rencontre-coup de foudre dans un café. Mais la suite de l’histoire, à travers les longs monologues intérieurs de Senta, met en scène les résistances intérieures des personnages, à la fois émus, surpris et effrayés d’être confrontés respectivement à the man I love et à la femme idéale. De l’analyse scientifique du sanglot à l’urinothérapie, des fouilles archéologiques sous l’ancien no man’s land qui séparait la RDA de la RFA, au mode d’emploi pour un quickie (un rapport sexuel rapide), un véritable arsenal est convoqué pour dynamiter leur relation, découpée au scalpel avec un humour désopilant. »

18. Le voyage à Bordeaux / Yoko Tawada (Verdier) -> roman allemand

Présentation de l’éditeur :

Le voyage à Bordeaux« Romancière japonaise écrivant alternativement en allemand et en japonais, sans jamais se traduire elle-même d’une langue à l’autre, Yoko Tawada ne cesse de traquer le mystère de la différence des langues et des civilisations, dans un va-et-vient constant entre Orient et Occident. Dans ce nouveau roman, elle s’invente un double, Yuna, Japonaise venue comme elle étudier en Allemagne et résidant à Hambourg. Yuna souhaite changer d’horizon : son amie Renée lui propose de se rendre à Bordeaux pour y apprendre le français en logeant dans la maison laissée vacante par son beau-frère, Maurice. Accueillie par celui-ci, Yuna découvre Bordeaux, mais parcourt surtout au fil des pages le labyrinthe de ses souvenirs faits de multiples rencontres, d’amitiés durables ou éphémères. Sur son carnet, les idéogrammes de sa langue maternelle lui servent encore de fragile aide-mémoire… »

BONNES LECTURES !

Présentation de l’éditeur :

« 

Publié dans:  on 10 décembre 2009 at 8:03 Commentaires (19)

Le plus considérable des luxes

BW

« Je pars.
Toujours il dit Je pars, je me tire. »

Alors que la rentrée littéraire me faisait sombrer petit à petit dans un ennui sans fond, ce livre m’a réveillée. J’appelle ça un livre parce que je ne sais pas ce que c’est. Pas un roman, pas un essai, pas vraiment un récit. Un dialogue peut-être, avec le lecteur pour témoin, ou une biographie à deux voix.

BW c’est Bernard Wallet, le fondateur des éditions Verticales. Il a failli perdre la vue. Pendant les 15 jours qu’a duré sa cécité, il a parlé à Lydie Salvayre, sa compagne, lui a plus ou moins raconté sa vie. Le livre est né dans ce laps de temps. C’est finalement une sorte de portrait que Lydie Salvayre nous livre, mais le portrait d’un homme constamment en mouvement, toujours sur le départ, très souvent en colère.

La complicité entre celui qui parle et celle qui écrit est plus que touchante, tout comme l’admiration, l’amour qu’elle lui porte. Le dispositif d’écriture, avec les insertions  « je l’écris ? », « écris-le » m’a au début plutôt amusée. Puis  j’y ai vu bien plus qu’un amusement, comme si Lydie Salvayre avait trouvé là la forme parfaite pour écrire ce qu’elle avait à écrire.

« BW déteste l’eau plate.
Écris-le. C’est important.
On ne peut pas éditer des livres, et boire de l’eau dite plate, enfin quoi ! »

Le personnage BW aime la démesure. Il nous fait rire, il nous agace aussi bien souvent. Il prend d’ailleurs un malin plaisir à dire des énormités.

« Car BW aime la grande vie, les grands gestes, les grands horizons, les manières qui en jettent, les chaussures en serpent, les oreillers en duvet de cygne et la littérature qui est, de tous les luxes, le plus considérable. »

BW se veut un personnage d’exception, quelqu’un d’atypique. Il a pourtant fait ce que toute sa génération a fait, à savoir partir sur les routes sac au dos, aller à Katmandou et ailleurs. Le récit de ses voyages aurait pu ressembler à une soirée diapos, quand les anecdotes sont bien plus intéressantes pour celui qui raconte que pour ceux qui écoutent. Mais là encore, le dispositif de Lydie Salvayre sauve le lecteur de l’ennui. Le lecteur est d’ailleurs au coeur du dispositif, son ennui éventuel anticipé. Grâce aux allers et retours entre récit, présent de l’écriture et présent du dialogue,  ce qui s’écrit n’est jamais naïf, jamais au premier degré. Lydie Salvayre se moque parfois de BW, ponctue les paroles qu’elle rapporte de petites incises ironiques, tandis que BW, ne se prenant pas lui-même trop au sérieux, raffole des ruptures de ton.

Dans ce livre il y a donc les voyages de BW, Beyrouth en pleine Guerre du Liban, quelques souvenirs d’enfance (une enfance dont il aimerait se débarrasser), sa formation intellectuelle, ses lectures, et puis l’édition à laquelle il a consacré 30 ans de vie et qu’il est en train de quitter.

« Mais ne t’inquiète pas, dit BW. En bon professionnel du livre, je sais tourner les pages, tu ne ris pas ? Et je pars sans souffrir, puisque mon coeur n’y est plus, ni mes yeux, ni ma tête. »

BW a fondé les éditions Verticales en 1996. Dix ans plus tard, ce sont des querelles de personnes, des rivalités qui le poussent vers la sortie. Mais bien sûr ce n’est pas la seule raison. Le constat qu’il fait sur la situation actuelle de l’édition est très pessimiste. Il pense que les éditeurs actuels, par leur course au profit, sont en train de scier la branche sur laquelle ils sont assis. Il les considère responsables de la mort de la littérature qui est, selon lui, inéluctable.

Enfin il y a de beaux passages sur les gouffres de BW, sa relation à la vie, à la mort. Mais on ne s’épanche pas longtemps dans ce récit. Aussitôt l’interdiction d’aller plus loin tombe comme un couperet.

« Prière de ne pas entrer dans ma mélancolie privée, please ! De plus, le spectacle du déprimé est l’un des plus obscènes. Berk ! Il faut à tout prix dissimuler sa laideur. »

C’est bon signe, quand je truffe un billet de citations. Allez, encore une pour finir :

« J’aimerais tant, dit BW, le regard perdu, être content de vivre, serein d’esprit, imbu de moi comme de toi. « 

J’ai lu BW dans la jubilation et je vous le recommande.

BW / Lydie Salvayre, Seuil (Fiction & Cie), 2009, 205 p., ISBN 978-2-02-099711-9

Lydie Salvayre (1948-…), psychiatre de formation, a déjà beaucoup écrit. Citons pour l’exemple : La compagnie des spectres, Les belles âmes, Portrait de l’écrivain en animal domestique, etc.

Les avis plutôt positifs de Mango et Gambadou, ceux un peu tièdes de George et Lau(renceV), celui tout en détestation d’un certain Michael, et l’abandon d’Esméraldaé.
Le billet en forme d’hommage de Pierre Maury, et celui, exalté, de François Bon.

P.S.1 Personnellement je pense que si quelque chose meurt, ce sera le roman. Mais heureusement les livres inclassables resteront.

P.S.2 Peut-être qu’il faut emporter ce livre sur l’île déserte. Pas pour le lire tranquillement sur le sable, en attendant que ça passe, mais plutôt pour y puiser la force de s’enfuir.

Masse critique de Babelio

Je remercie Babelio et les Éditions du Seuil pour ce livre reçu dans le cadre de l’opération Masse critique (pas sûr que ça plairait beaucoup à BW tout ça ! :) )

J’ai failli oublier :

Livres voyageurs Fidèle à mon habitude, je fais de ce livre un livre voyageur (c’est-à-dire que je le prête à tout blogueur de lecture connu de moi qui en fera la demande en commentaire). (Et ça je pense que ça plairait à BW ! :) )

8/71%

« Car BW aime la grande vie, les grands gestes, les grands horizons, les manières qui en jettent, les chaussures en serpent, les oreillers en duvet de cygne et la littérature qui est, de tous les luxes, le plus considérable. »"Car BW aime la grande vie, les grands gestes, les grands horizons, les manières qui en jettent, les chaussures en serpent, les oreillers en duvet de cygne et la littérature qui est, de tous les luxes, le plus considérable. »

Challenge du 1% : mon bilan rien qu’à moi

Challenge du 1% littéraire 2009

Ça y est, j’y suis ! J’ai lu 1% des romans parus en cette rentrée littéraire. Et ce qui est vraiment dommage, c’est qu’aucun ne m’a vraiment emballée. Pourtant j’en ai bien aimé 5 sur les 7.  Ce n’est pas si mal, mais ce n’est pas l’enthousiasme. Je reviens donc sur les 7 livres lus, dans une tentative de classement du moins au plus apprécié.

Comme un garçonCelui qui m’a le moins intéressée est certainement le roman autobiographique de Pierre-Louis Basse, Comme un garçon, chez stock. Ce n’est pourtant pas un livre antipathique, mais il ne m’a absolument rien apporté.

Le sommeil du caïmanPassons donc plutôt au roman de l’espagnol Antonio Soler, Le sommeil du caïman, chez Albin Michel. J’aurais pu rapprocher ce roman des Mains rouges, dont je parle plus bas, car ce sont deux retours sur le passé à partir d’aujourd’hui, deux récits mêlant petite et grande histoire, un retour sur le franquisme en ce qui concerne ce roman. Sauf que le roman de Soler m’a beaucoup plus ennuyée. J’ai eu l’impression de lire un roman complètement creux écrit par un bon faiseur, mais qui avait à peine de quoi écrire une nouvelle pas bien palpitante et l’a étirée sur 200 pages finalement bien décevantes.

Viennent ensuite deux premiers romans français, chacun reçu de son éditeur, par l’intermédiaire de Chez les filles pour le deuxième.

ContretempsLe premier de ces romans est Contretemps de Charles Marie, Aux forges de Vulcain. Un premier roman plein de fantaisie, d’humour, du sens de la formule comme du sens de l’absurde, mais un roman tout de même un peu vain. Heureusement, un court roman.

Nouveaux IndiensLe deuxième est le roman de Jocelyn Bonnerave, Nouveaux Indiens, au Seuil. Une histoire absolument grotesque, mais racontée avec humour, fantaisie, sens du jeu, par un auteur qui n’a peur de rien et surtout pas du ridicule.

Les mains rougesVient ensuite Les mains rouges du danois Jens Christian Grøndahl chez Gallimard. Il y est question d’un retour sur le terrorisme d’extrême gauche en Allemagne dans les années 70. Mais ce sont aussi des retrouvailles au présent, l’occasion pour deux personnages dans la quarantaine de faire le bilan de leur vie. Sur le moment j’ai été très charmée par ce roman, par la sensibilité de l’auteur, sa douce mélancolie. Mais avec un peu distance, je dois bien reconnaître qu’il n’a rien d’inoubliable.

Viennent enfin les deux romans que j’ai trouvés les plus intéressants de ma petite sélection.

NetherlandLe premier, Netherland de l’américain Joseph O’Neill (en fait le roman est américain mais l’auteur est d’un peu partout) aux Éditions de l’Olivier, est le seul des 7 romans à essayer de penser le monde contemporain. Et ce n’est pas rien ! C’est un roman très intéressant à plus d’un titre, mais pourquoi m’a-t-il autant ennuyée ?

La femme de midiVient enfin le roman qui m’a le plus surprise, La femme de midi de l’allemande Julia Franck chez Flammarion. C’est un roman très classique dans la forme, je dirais même que c’est le roman le plus romanesque que j’aie lu en cette rentrée. Car c’est une véritable saga, un roman à plusieurs personnages, qui dure presque le temps d’une vie, et qui nous raconte l’histoire d’une famille aux prises avec la grande histoire. C’est le genre de roman très narratif qu’on lit avec de la curiosité pour la suite de l’histoire, en s’attachant aux personnages, etc. Un roman donc qui ne révolutionnera pas la littérature du 21e siècle, mais qui a très très bien fonctionné avec moi. C’est-à-dire que je ne l’ai pas lâché. J’en ai également apprécié l’écriture, la sensualité. Et Julia Franck est certainement des 7 auteurs que j’ai lus, celle dont je vais attendre la prochaine parution en français avec le plus d’impatience.

Et maintenant ? Eh bien je continue. J’ai encore un premier roman français reçu des éditions Aux forges de Vulcain, je viens de recevoir un roman français de la rentrée dans le cadre de Masse critique (merci Babelio), j’ai reçu en prêt un gros roman français dont on a beaucoup parlé (merci Noryane), je me suis offert un roman russe, et on vient enfin de me rendre le roman de la rentrée qui me faisait le plus envie, celui que j’avais acheté dés sa sortie, que je venais de commencer, et que je m’étais honteusement fait piquer par quelqu’un qui en plus l’a gardé deux mois, ce qui est absolument scandaleux. Je suis donc en marche vers le 2% !

Publié dans:  on 12 novembre 2009 at 8:05 Commentaires (23)

Le sommeil du lecteur n’est pas celui du caïman

Le sommeil du caïman

« Je ne suis qu’un amoncellement de souvenirs. C’est là ma seule identité. Un archiviste désordonné, plein d’hallucinations et de caprices. Incohérent. L’incohérence est la seule vérité possible, la vérité de l’instant. J’ai mis beaucoup de temps à l’apprendre. »

Il est réceptionniste dans un hôtel à Toronto, au Canada, depuis plus de trente ans et à six mois de la retraite. Arrive alors dans son hôtel un certain Luis Bielsa, un espagnol de soixante-seize ans. Bielsa ne semble pas reconnaître le réceptionniste. Mais le réceptionniste se souvient. Il revoit l’été 1956 à Barcelone. Il avait alors vingt-cinq ans et croyait à la révolution…

« Dans le clignotement du téléviseur apparaît un caïman immobile. Endormi ou mort, il flotte à la dérive au bord d’une mare et un jeune daim s’approche pour boire. Soudain le daim n’est plus qu’un amas de chair, de sang qui teint la couleur ocre de la mare. »

Ce roman est l’histoire d’une trahison et d’une vengeance bien des années plus tard. On le sait dés le début du roman. On n’en sait guère plus à la fin. J’ai trouvé ce roman complètement creux, d’un ennui mortel. Je dois reconnaître à l’auteur un certain savoir faire, mais à quoi bon ?

Il y est bien question également de la mémoire, des fantômes, du souvenir d’une histoire d’amour de jeunesse, des souvenirs traumatisants des prisons franquistes, de la torture et autres joyeusetés, mais rien de bien palpitant. Comme le ressassement de la mémoire, le récit est répétitif, il tourne sur lui-même indéfiniment. Antonio Soler manie très bien la répétition, le style est élégant, mais son roman particulièrement soporiphique.

Le sommeil du caïman / Antonio Soler, traduit de l’espagnol par Françoise Rosset (titre original : El sueño del caimán), A. Michel, 2009, 207 p., ISBN 978-2-226-19396-4

Antonio Soler (1956-….) est l’auteur de Les héros de la frontière (1999), Les danseuses mortes (2001), Le spirite mélancolique (2004), Le chemin des anglais (2007).

Sur le site Rentrée littéraire, on peut lire une longue critique d’un blogueur que ce roman a de toute évidence passionné.

7/71%

Challenge du 1% : premiers romans étrangers

Dans mon dernier bilan du challenge du 1%, j’avais annoncé la publication prochaine sur ce blog de listes thématiques de nouveautés, pour donner quelques idées de lecture à ceux qui en manqueraient. Voici donc une liste de premiers romans étrangers de la rentrée. Certains ont l’air gratiné (un surtout, amusez-vous à chercher lequel ! ;) ) mais ce n’est pas le cas de la majorité de ces premiers romans. A chacun donc de voir ce qui peut lui convenir :

1. Adalina / Silvio Huonder (La dernière goutte) -> premier roman suisse de langue allemande

Présentation de l’éditeur :

Adalina« Une force mystérieuse pousse Johannes Maculin, artiste berlinois, à retourner sur les lieux de l’enfance, une petite ville suisse enserrée dans un paysage grandiose. Que s’est-il passé il y a vingt ans ? Quels secrets inavouables retiennent Maculin prisonnier d’un amour de jeunesse ? Personne n’échappe bien longtemps aux fantômes du passé. Pour Maculin, le fantôme qui le hante se nomme Adalina. Banalité de la perversité serait un sous-titre idéal pour ce roman construit comme une intrigue policière. Le récit d’une histoire d’amour tragique et d’un deuil impossible. »

2. Un amour exclusif / Johanna Adorjan (Presses de la cité) -> premier roman allemand

Présentation de l’auteur :

Un amour exclusif« Ce livre raconte l’histoire de Vera et István, deux Juifs hongrois survivants de la Shoah, qui ont fui les émeutes de Budapest en 1956, ont trouvé refuge au Danemark et se sont donné la mort à Copenhague en 1991. C’est l’histoire d’un amour hors du commun. L’histoire de mes grands-parents. »

3. Dans le berceau de l’ennemi / Sara Young (Belfond) -> premier roman anglais

Présentation de l’éditeur :

Dans le berceau de l'ennemi« Un roman déchirant qui s’appuie sur un épisode relativement méconnu de la Seconde Guerre mondiale : les Lebensborn, ces « haras humains » créés par l’administration du Troisième Reich, afin que des sujets de pure race aryenne procréent pour constituer l’élite du futur empire. »

4. La fenêtre berlinoise / Sasa Ilic (Gaïa) -> premier roman serbe

Présentation de l’éditeur :

La fenêtre berlinoise« Envoyé à Berlin par une ONG de Belgrade, un jeune homme vient recueillir les mots des exilés, ceux que la guerre ou les aléas de l’Histoire ont déplacés d’une nation à l’autre, d’une vie à l’autre. Se laissant guider par le hasard, il va de rencontre en rencontre. Sur un banc d’Alexanderplatz, il croise la destinée de Viktor Greber, vieil homme à la générosité attentive, convoquant le fantôme d’une chanteuse de cabaret des années 30 ou les traits d’un amour disparu dans la tourmente de l’ex-Yougoslavie. Dans les couloirs du métro, il suit la silhouette d’Ana Djadić, une marionnettiste de théâtre qui ne se confie qu’à ses pantins. Saša Ilić capte les pulsations de Berlin et de ces vies invisibles. Pierre après pierre, il fait tomber les murs du silence et de la douleur, et rend leur place aux déclassés, aux oubliés, en ouvrant grand les fenêtres sur leurs existences. »

5. Judy B. / Rose Heiney (Naïve) -> premier roman anglais

Présentation de l’éditeur :

Judy B.« Judy Bishop, 23 ans, tient une chronique de « fille » branchée tous les dimanches dans un journal anglais. Sous le nom de plume Judy B., elle s’invente un personnage mondain et excentrique, folle de garçons, d’alcool et de shopping, complètement à l’opposé de sa vraie vie : Judy est en réalité une jeune femme boulotte, qui vit terrée chez elle et n’a jamais eu de rapports sexuels. Pour elle, cette chronique est une simple corvée alimentaire. Sa vraie passion est la comédie musicale ; étudiante, elle a fait partie d’une troupe de théâtre amateur, mais sa « carrière » a tourné court. »

6. Loving Franck / Nancy Horan (Buchet-Chastel) -> premier roman américain

Présentation de l’éditeur :

Loving Franck« En 1903 à Chicago, l’homme d’affaires Edwin Cheney et son épouse Mamah Borthwick Cheney passent commande de leur nouvelle maison à l’enfant terrible et déjà célèbre de l’architecture américaine, Frank Lloyd Wright. Six années plus tard, la bonne société de Chicago et la presse américaine sont secouées par le plus grand scandale de ce début de siècle : Mamah, tombée entre temps passionnément amoureuse de Frank, quitte Edwin et leurs deux enfants pour suivre l’architecte renommé en Europe. Lui-même abandonne sa femme Catherine et six enfants pour vivre cette passion. (…) Captivante fiction historique documentée par l’autobiographie de Frank Lloyd Wright, par les lettres de Mamah Borthwick et par les très nombreux articles dans la presse de l’époque, Loving Frank mêle tout à la fois intrigue amoureuse, émancipation féminine et une plongée dans l’univers d’un des plus grands maîtres de l’architecture moderne. »

7. Le souffle de l’éternité / Ronlyn Domingue (Archipel) -> premier roman américain

Présentation de l’éditeur :

Le souffle de l'éternité« Nouvelle-Orléans, années 1920. Graziella Nolan éprouve une passion pour Andrew lorsqu’elle est victime d’un accident. En un instant, elle laisse derrière elle son seul et unique amour et son rêve de devenir médecin. Mais Graziella refuse de partir pour l’au-delà et, de son étrange point d’observation, continue à contempler le monde, à la recherche d’Andrew, dont elle a perdu la trace. Au début des années 2000, un jeune couple fait l’acquisition d’un meuble ayant appartenu à Andrew. Le fantôme de Graziella, qui rôdait autour du meuble dans l’espoir de retrouver son fiancé, « s’installe » chez Amy et Scott. Bientôt, Graziella découvre que tous deux traversent une passe difficile… »

8. Le livre des nuages / Chloé Aridjis (Mercure de France) -> premier roman anglais

Présentation de l’éditeur :

Le livre des nuages« Tatiana a quatorze ans quand elle a cette terrifiante vision. Seize ans plus tard, elle revient à Berlin pour étudier, puis pour y vivre de petits travaux, pour rêver un peu, pour être seule. Elle flotte dans la vie, se promène sur un nuage, ne s’implique jamais nulle part. Son obsession, c’est cette ville et son horrible passé, la guerre d’abord, puis le Mur, la coupure. Elle va croiser d’autres fantômes, se mêler à eux dans les rues, le métro encore, les mystérieux souterrains côté Est, nous entraînant à sa suite dans des récits d’une grande poésie, même s’ils sont parfois très noirs. Jusqu’au jour où la violence va frapper. »

9. Un train nommé Russie / Natalia Klioutchareva (Actes Sud) -> premier roman russe

Présentation de l’éditeur :

Un train nommé Russie« Nikita, qui s’évanouit à tout bout de champ comme le prince Mychkine de L’Idiot, ne peut oublier Iassia, son amour de jeunesse, cheveux multicolores, poétesse déjantée qui finira sexy model. Il parcourt la Russie en train et croise toute une humanité – une vendeuse à la sauvette et ses deux enfants, une réfugiée de Groznyi, un philosophe, un membre de la police secrète, un travelo, des gentils, des méchants… et même un prêtre président de kolkhoze. Quand les amis de notre héros lui demandent : “Pourquoi chercher la Russie, puisqu’elle est en toi ?”, il ne sait que répondre et continue sa fuite en avant, comme s’il voulait se fondre dans cet univers matriciel… »

BONNES LECTURES !

Publié dans:  on 9 novembre 2009 at 8:19 Commentaires (18)