
“Un silence suivit, volant bas comme un oiseau blessé.”
A New York dans les années 40, Grady Mc Neil, une jeune fille de bonne famille de 17 ans, renonce à un voyage en Europe en famille, pour vivre le temps d’un été une histoire d’amour avec Clyde Manzer, un jeune gardien de parking…
“Grady sentit un rire irrépressible monter en elle, une joyeuse agitation qui semblait envahir la blancheur du ciel d’été étendu devant elle comme une toile vierge sur laquelle elle pouvait dessiner les premiers élans imparables de la liberté.”
Quelques mots d’abord sur l’édition de ce texte :
Commencé en 1943 alors que Truman Capote n’avait que 19 ans, repris en 1949, après publication d’un roman (Les domaines hantés) et d’un recueil de nouvelles (Un arbre de nuit), puis de nouveau abandonné et considéré inachevé par son auteur, ce court roman a été redécouvert dans une vente aux enchères en 2005. La petite histoire dit même que Capote aurait voulu détruire ce texte, qu’il croyait l’avoir fait, mais que celui-ci a en fait été conservé par son concierge.
L’édition française au Livre de poche comporte une préface de Charles Dantzig qui a le mérite de situer Capote dans son temps, de nous faire croiser Harper Lee, Carson McCullers et Norman Mailer, mais une préface au ton horripilant. Charles Dantzig y raconte la vie de Truman Capote en émaillant son récit de réflexions amères, sans qu’on sache s’il les attribue à Truman Capote ou s’il ne s’agit pas plutôt de considérations personnelles. Un exemple : “A la fin de l’année, il n’a plus d’amies à New York, elles sont allées se marier ailleurs, l’une avec William Saroyan, l’autre avec Charlie Chaplin : l’amitié des femmes avec les homosexuels cesse avec leur mariage, pour reprendre une fois qu’elles ont élevé leurs enfants et ont besoin d’un animal de compagnie qui parle pour faire des courses ou prendre le thé.” (j’ai trouvé ça agaçant, mais en même temps je dois dire que le ton biographique me paraît souvent extrêmement chiant, ce qui n’est pas du tout le cas ici !)
Quant à la postface, signée Alan U. Schwartz, l’avocat de Capote, elle apporte un éclairage sur la fin de sa vie et sur les conditions dans lesquelles ont été édités les textes posthumes.
Ce que j’ai pensé du roman :
Tour d’abord, il ne s’agit pas véritablement d’un roman inachevé. Il a un début, un milieu, une fin, une histoire qui se tient. Si quelque chose était inachevé, c’était la relecture de Truman Capote et sa réécriture. Ensuite, il ne s’agit pas d’un fond de tiroir destiné aux seuls fanatiques de Capote, mais d’un court roman qui mérite tout à fait d’être lu par tout un chacun.
“Les plus petits détails de la cuisine sautèrent soudain aux yeux de Grady, une horloge invisible égrena chaque seconde, un fil rouge monta dans le thermomètre, des taches de lumière pareilles à des araignées grouillèrent sur le rideau, une goutte d’eau parfaitement immobile demeura suspendue au robinet de l’évier.”
L’histoire de Grady et Kyle est vouée à l’échec. L’accent est mis sur la différence sociale, sur la liberté qu’il faut à Grady pour choisir ce garçon qui déplaira à sa famille, mais c’est surtout sur le profil psychologique de Grady qu’insiste Capote (un peu trop peut-être ?), sur ses relations difficiles à sa mère, sur son destin d’enfant non désirée, tout juste bonne à remplacer un frère mort, lui-même substitut d’un oncle décédé. Mais à mesure qu’on avance dans le récit, que la canicule s’abat sur New York, un vertige s’empare de Grady, Clyde laisse apparaître ses propres fêlures, et la suite de l’histoire ne se laisse pas deviner si facilement. Il y a une réelle montée dramatique, de superbes accélérations soudaines du récit, un style riche, très chargé en métaphores (un peu trop peut-être ?), qui crée une atmosphère de manière particulièrement convaincante. Bref, ce texte n’est peut-être pas parfait mais il se lit avec un réel plaisir (accompagné de la voix de Billie Holiday) et peut même servir de porte d’entrée à l’oeuvre de Capote. Justement, comme c’était pour moi une première rencontre avec cet auteur, je crois que je vais être mainteant obligée de lire ses livres suivants dans l’ordre chronologique !
La traversée de l’été / Truman Capote, traduit de l’anglais par Gabrielle Rolin titre original : Summer crossing), préface de Charles Dantzig, postface de Alan U. Schwartz, Le livre de poche, 2008, 151 p., ISBN 978-2-253-12112-1
D’autres avis chez Lilly, Erzébeth, Kathel, Karine, Laurence, Uncoindeblog, les ratsdebiblio, Lau, Agnès, Papillon…

Vous ne pensiez quand même pas que j’en avais fini avec le Challenge Vivaldi !? Le mouvement des saisons est un éternel recommencement et ce challenge est destiné à durer, durer, durer…