Un court roman dont on ne fait qu’une bouchée
Ludmila Oulitskaïa, née en 1943 en Russie, est auteur de romans, nouvelles et scénarios de films. « Sonietchka » est son premier roman, couronné en France en 1996 par le prix Médicis étranger.
« Dés son plus jeune âge, à peine sortie de la prime enfance », Sonietchka s’était plongée dans la lecture. »
Vous l’aurez compris dés la première phrase du roman, le personnage de Sonietchka est une perche à l’identification que Ludmila Oulitskaïa tend à son lecteur (ou plutôt à sa lectrice).
« Pendant vingt années, de sept à vingt-sept ans, Sonietchka avait lu presque sans discontinuer. Elle tombait en lecture comme on tombe en syncope, ne reprenant ses esprits qu’à la dernière page du livre. »
Sonietchka nous est donc présentée véritablement comme une boulimique de lecture, qui ne peut s’empêcher d’associer les personnes de sa vie réelle à des personnages de romans. Remarquons au passage que la traductrice, Sophie Benech, a eu l’amabilité de penser au lecteur français et a agrémenté sa traduction de quelques notes en bas de page qui explicitent certaines des références à la littérature russe, rendant ainsi le roman encore plus accessible. Dommage que ces notes n’aient pas été plus nombreuses, car les références à l’histoire de la Russie auraient tout aussi bien pu mériter quelques explications (la NEP, les camps, la relégation…), de même que la dernière phrase du roman.
Pendant quelques cent pages, nous suivons donc Sonietchka de son enfance dans l’entre-deux-guerres à la fin de sa vie, avec en toile de fond la vie des artistes sous Staline. Sonietchka (ou Sonia, dont on apprend à la fin, dans une note en bas de page, qu’il s’agit du diminutif de Sophia) devient bibliothécaire, doit abandonner ses études de lettres quand la seconde guerre mondiale éclate, se marie avec un artiste peintre, a un enfant, partage son mari avec sa maîtresse puis, redevenue seule, retourne à sa lecture.
D’ailleurs la lecture dans ce roman est toujours associée à la solitude. Ainsi Tania, la fille de Sonietchka, se noie à son tour dans la lecture après avoir rompu avec son premier petit ami :
« Pauvre Sonietchka, dont la belle jeunesse s’était écoulée sur les hauts sommets de la littérature mondiale ! Sa fille, dans son innocence culturelle, ne lisait que de la science-fiction, aussi bien étrangère que russe.
Au fil des pages, c’est un portrait de femme qui se dessine, par petites touches. Sonietchka ne semble pas adhérer à la réalité. Elle est la spectatrice (ou la lectrice) de la vie de ceux qui l’entourent sans vraiment y prendre part. Aucune jalousie, aucun sentiment négatif chez elle. Elle reste heureuse quoi qu’il arrive, simplement, paisiblement heureuse.
Le roman était court, je n’en ai fait qu’une bouchée et c’était délicieux.
Sonietchka / Ludmila Oulitskaïa ; traduit du russe par Sophie Benech, Paris, Gallimard (collection Folio), 2007, ISBN 978-2-07-040426-1
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