Les petits ruisseaux font les grands albums

Emile et Edmond sont deux petits vieux à la campagne, passant le temps entre les parties de pêche, les jours de marché, la tournée au bistrot, les chiffres et les lettres à la télé. Leur vie paraît paisible et solitaire. Mais l’un des deux, Edmond, a un double secret : il peint des nus d’après des photos de charme et il a des aventures avec des femmes rencontrées par une agence matrimoniale. A Emile qui vient de découvrir son secret, il expose ainsi sa philosophie de la vie : “Vivre seul, se lever avec le soleil, se coucher avec les poules, ça va un moment. Et puis ça mine. Moi j’ai envie de me coucher avec une poule et de me réveiller avec une poule…”. Puis Edmond meurt, subitement. Ses confidences et la vue de ses tableaux ont troublé Emile. Depuis, il a des visions : il ne peut s’empêcher d’imaginer nues toutes les femmes qu’il rencontre…

Dans le village des “Petits ruisseaux”, la vie n’est pas toujours facile : on chôme, on érémise, on boit un peu plus que de raison. Tous s’ennuient à répéter inlassablement les mêmes tâches quotidiennes. Et les vieux semblent condamnés à ressasser de vieux souvenirs en parlant à une photo.  Mais la mort d’Edmond va être un déclic pour Emile. Et c’est à une véritable renaissance que le lecteur assiste dans cet album dominé par les couleurs printanières.  

Il y a du déspespoir dans la vieillesse d’Emile, pas loin de commettre l’irréparable. Mais il y a aussi une formidable envie de vivre et d’aimer encore.  

Un album plein de tendresse et d’humour, à s’offrir pour conjurer la peur de vieillir.

Les petits ruisseaux : sex, drug, and Rock’n roll / Rabaté, Futuropolis, 2006, ISBN 2-75480-016-6

Publié dans:  on 28 avril 2008 at 7:20 Laisser un commentaire
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Le cahier bleu après la pluie

Louise est une charmante québécoise vivant à Paris. Elle habite un appartement sans rideau, dans le 15e, face au métro aérien. Un jour, sortant de sa douche, elle est aperçue dans le plus simple appareil par un homme qu’une panne de métro a immobilisé face à sa fenêtre. Dans les jours suivants, elle rencontre deux hommes différents, débutant une liaison avec chacun d’eux. Mais le lecteur ne comprendra le lien entre ces deux hommes que dans la troisième et dernière partie de la BD, quand l’histoire tournera au drame…

Je me suis donnée du mal dans le résumé qui précède, pour préserver la part de mystère que recèle cette histoire de chassé-croisé amoureux. La construction du récit est intéressante, en trois parties, la deuxième étant consacrée à la lecture par Louise du journal de Victor, le fameux cahier bleu. Mais je ne vous cache pas que cette BD ne m’a pas totalement convaincue. J’ai eu un peu de mal à croire dans la psychologie des personnages, par ailleurs assez peu sympathiques. Reste le plaisir de voir Paris dessiné de manière très réaliste par André Juillard, avec des couleurs douces, un dessin fin et élégant.

Mais cet album a su en convaincre d’autres, puisqu’il a obtenu en 1995 l’Alph-art du meilleur album à Angoulême, le Prix Spécial du Jury au festival de Sierre, ainsi que le 1er Prix du Festival de Charleroi.

Le cahier bleu / André Juillard, Casterman, 1994, ISBN 2-203-38867-6

Malgré mes petites réserves sur “Le cahier bleu” (petite déception due au fait que je m’attendais à découvrir un authentique chef d’oeuvre), j’avais été suffisamment séduite par les dessins, pour avoir envie de retrouver André Juillard. C’est chose faite avec “Après la pluie”, suite au “Cahier bleu” imaginée par Juillard quatre ans après.

Hélas c’est encore une déception. En fait cet album n’a rien d’une suite. On ne retrouve Louise et Victor que pendant les 5 premières pages. Victor expose ses photos dans une galerie. Un homme prénommé Abel lui en achète une, prise à Florence, parce qu’il y a reconnu Tristan, son meilleur ami disparu un an plus tôt. Sur la photo, son ami est avec Clara, une femme dont ils étaient tous les deux tombés amoureux, et un enfant. Abel part donc mener l’enquête dans la région de Florence. Cette enquête n’aboutit bien sûr que dans les dernières pages de l’album, mais d’une manière assez artificielle, puisqu’une affaire très compliquée nous est alors révélée par le dialogue de 2 personnages. Or rien dans le récit qui précède ne préparait ces révélations, d’où une certaine frustration pour le lecteur.

Comme dans l’album précédent, les personnages sont faux et manipulateurs, et finalement assez peu sympathiques. Juillard aime toujours autant dessiner les corps, éventuellement nus, les déshabillages… Ses personnages féminins se ressemblent tous un peu. Dans cette histoire un peu compliquée, il y a de la violence, des meurtres, une tentative de viol, une scène d’amour… bref un scénario peut-être un peu trop dense pour un seul album.  Et puis surtout, pour le lecteur qui attendait une suite au “Cahier bleu”, il reste l’impression d’avoir été berné pour des raisons purement commerciales.

Après la pluie / André Juillard, Casterman, 1998, ISBN 2-203-38906-0  

Publié dans:  on 26 avril 2008 at 11:00 Commentaires (3)

L’enthousiasmante vie de Pahé

Tout commence à Yaoundé au 21e siècle, quand Pahé, alors trentenaire, est contacté par un éditeur de BD européen qui lui propose de raconter sa vie dans une bande dessinée prévue en 3 tomes. Pahé s’installe alors à sa table à dessin et commence par le commencement. Il nous présente Bitam, la petite ville du nord du Gabon où il a vu le jour dans une famille pour le moins nombreuse, entouré des dix femmes de son père et de nombreux frères et soeurs. Peu après sa naissance, sa mère quitte son père en l’emmenant ainsi que ses 4 soeurs. Puis c’est l’entrée à l’école, toujours à Bitam, et la découverte du français, le fang étant sa langue maternelle. Arrive ensuite le premier voyage en avion, pour rendre visite à deux grandes soeurs à Libreville, puis le voyage à Tours chez sa soeur Rose, qui y poursuit des études de médecine. Il y reste plusieurs années, jusqu’à ce qu’elle décroche son diplôme et qu’ils rentrent au Gabon, à Libreville, alors qu’il vient d’avoir 7 ans. Plus tard, après la mort de sa mère, il revient en France faire sa rentrée en 6e, cette fois chez sa soeur Florence.

Pour le lecteur français, la première partie en France est un pur régal. On y découvre la France des années 70 vue par un enfant qui vient d’un autre monde. Il découvre par exemple les HLM et leur confort moderne, la nourriture en abondance, et toute une “culture” nouvelle, entre Claude François et la mère Denis. Mais après le retour au Gabon, c’est le même regard étonné et un brin étranger que Pahé porte sur son propre pays. Et c’est tout aussi réjouissant pour le lecteur. On devine qu’après ça, Pahé ne sera plus jamais vraiment chez lui nulle part. D’ailleurs, malgré l’humour et l’autodérision omniprésents, on sent que la vie a été dure pour Pahé, surtout à l’école publique gabonaise décrite comme un camp militaire, mais aussi plus tôt dans la solitude du HLM français, ou plus tard à l’école mixte de Libreville fréquentée par les blancs et où il reste encore quelqu’un de différent.

Dans un style qui rappelle les bd de notre enfance, cette bd est une autobiographie qui suit la chronologie des événements. Mais de temps en temps, le récit marque une pause, à chaque coup de fil de l’éditeur. C’est ainsi, grâce aux conversations de Pahé et de son éditeur, qu’on apprend un peu de ce qui nous attend dans les tomes 2 et 3. La fin du premier tome est pourtant assez surprenante. On a retrouvé le présent de l’écriture et Pahé se rend à un festival de BD au Congo, l’occasion pour lui de nous montrer l’administration africaine et ses travers. De toute évidence, Pahé a envie de parler d’autre chose que de sa petite vie. Il aimerait aussi nous montrer l’Afrique d’aujourd’hui. Je suppose que les deux volumes à venir mêleront ces deux aspects.

Enfin, une jolie idée : à la fin de l’album quelques pages de photos nous permettent de confronter les protagonistes de cette histoire dessinée à leur image réelle.

La vie de Pahé. T.1, Bitam / Pahé, Paquet, 2006, ISBN 2-88890-133-1 

Merci à Lau(renceV) de m’avoir permis cette belle découverte en glissant cet album dans mon colis du swap Afrilire.

Le 2e volume vient de paraître ; alors bien sûr, je vais me le procurer au plus vite.

 

Publié dans:  on 20 avril 2008 at 6:48 Commentaires (1)
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Je ne suis pas née un 17 avril

Ce n’est pas non plus Noël, que je sache !

Mais alors, que faisait ce colis ce soir dans ma boîte aux lettres ???

 

Il venait d’un pays voisin.

Je l’ouvre :

C’est mon swap Afrilire qui est arrivé !

Tous ces cadeaux ! Je n’en crois pas mes yeux !

Ma swapeuse m’a beaucoup trop gâtée…

Dans le colis, une enveloppe contient une carte postale.

Ma swapeuse est Lau du blog Autour de Lau.

Elle me dit le plaisir qu’elle a eu à confectionner mon colis.

Mais ce n’est rien à côté du plaisir que j’ai à déballer tout ça.

Un paquet plus souple que les autres contient l’objet fait main annoncé par la carte

Et là, je suis franchement épatée !

Dans mon questionnaire, j’avais confié mon goût pour les calepins.

Et ma swapeuse m’en a confectionné un au nom d’Afrilire !

Mais jamais je n’oserai écrire sur ce magnifique papier !

Ou alors je ferai des collages, peut-être un herbier du swap…

En tous cas, je vous tiendrai au courant…

Dans le colis, il y a aussi :

Un beau marque-page représentant des livres

Et

Un marque-page représentant des lionceaux.

Et là, je sais ce que vous pensez. Vous vous dites :

 “Cette Levraoueg est vraiment nulle en photo ; ils sont flous ses lionceaux”

Mais vous vous trompez ! Mon talent de photographe n’est pas du tout en cause.

Figurez-vous que les lionceaux marchent sur le marque-page !

Oui oui, ils bougent et ne se laissent pas immobiliser, même par un APN ! 

C’est un marque-page magique… un marque-page belge…

En tous cas je n’en avais jamais vus de pareils !

Et si la panthère noire bave légèrement,

C’est que dans mon colis il y a aussi

 

Du chocolat belge africain !

 Et si vous regardez bien la 2e photo,

Vous apercevrez un petit paquet doré,

Qui lui aussi contenait un délicieux chocolat belge.

Mais je n’ai pas eu, tout à l’heure, la présence d’esprit de le photographier seul.

Et à l’heure qu’il est, il n’est déjà plus présentable.

Et puis bien sûr, parce que nous sommes entre lecteurs, dans le colis, il y a des livres !

Ma PAL s’est dangereusement enrichie de 4 livres,

Très bien choisis par ma swapeuse.  

Sur chacun d’eux, un petit post-it m’explique de quoi il s’agit.

Une bande dessinée d’un dessinateur gabonais

Un roman policier d’un auteur malien dont l’action se passe en pays dogon

Un thriller politique se déroulant au Brésil par un auteur angolais

Un recueil de nouvelles mêlant récit de voyage et fiction

Par un ethnologue écrivain français explorant le Cap-Vert

Que dire après cette interminable énumération, si ce n’est

Merci Merci Merci

Merci à Lau(renceV) pour son coli épatant !

Et merci à Bladelor pour l’organisation de ce swap !

De mon côté, je n’ai pas encore envoyé son paquet à ma swapée

Mais il est prêt.

Publié dans:  on 17 avril 2008 at 9:26 Commentaires (10)
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Spleen

Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle…

Et la mer, toujours compatissante, adopte la triste humeur du ciel.

 

Depuis quelque temps, un travail supplémentaire me prive presque totalement de lecture.

Imaginez : je venais de commencer un roman policier. Ca démarrait lentement. Peut-être à cause de l’auteur qui, au début du roman, peinait un peu à mettre la situation en place. Peut-être à cause de moi, qui ai toujours un peu de mal à redescendre sur terre après une lecture enthousiasmante. Je venais de lire Bounine et Tourguéniev. Difficile après de telles pointures, de retrouver le tout venant de la littérature contemporaine. Le style de Marinina, ou plutôt son absence de style, me dérangeait. Mais au bout de 150 pages, je m’étais fait une raison et j’avais appris à apprécier le reste. Un roman policier, pour moi, c’est avant tout un regard sur une société. Et sur la société russe contemporaine, Marinina a de toute évidence beaucoup de choses à m’apprendre. Puis un roman policier c’est aussi, souvent, une énigme à résoudre au fil de la lecture. Au bout de 150 pages, notre inspectrice était enfin sur une piste sérieuse. J’étais accroc.

C’est alors que ce travail supplémentaire m’est tombé dessus. C’était prévu, mais je n’en avais pas mesuré l’ampleur. Me voici donc condamnée à poursuivre ma lecture 5 minutes par ci, 5 minutes par là, le plus souvent sous un abribus. J’aurais mieux fait de mettre mon blog en pause. Il se passera probablement encore une semaine ou deux, avant que je ne sois en mesure de vous donner des nouvelles de Marinina.

Mais aujourd’hui, après une séance de travail fructueuse dans un café avec vue sur la mer, ma bonne humeur était revenue. 

 Et le ciel et la mer ont bien voulu accorder leur humeur à la mienne.

 

Publié dans:  on 5 avril 2008 at 8:19 Commentaires (1)