Tout commence à Yaoundé au 21e siècle, quand Pahé, alors trentenaire, est contacté par un éditeur de BD européen qui lui propose de raconter sa vie dans une bande dessinée prévue en 3 tomes. Pahé s’installe alors à sa table à dessin et commence par le commencement. Il nous présente Bitam, la petite ville du nord du Gabon où il a vu le jour dans une famille pour le moins nombreuse, entouré des dix femmes de son père et de nombreux frères et soeurs. Peu après sa naissance, sa mère quitte son père en l’emmenant ainsi que ses 4 soeurs. Puis c’est l’entrée à l’école, toujours à Bitam, et la découverte du français, le fang étant sa langue maternelle. Arrive ensuite le premier voyage en avion, pour rendre visite à deux grandes soeurs à Libreville, puis le voyage à Tours chez sa soeur Rose, qui y poursuit des études de médecine. Il y reste plusieurs années, jusqu’à ce qu’elle décroche son diplôme et qu’ils rentrent au Gabon, à Libreville, alors qu’il vient d’avoir 7 ans. Plus tard, après la mort de sa mère, il revient en France faire sa rentrée en 6e, cette fois chez sa soeur Florence.
Pour le lecteur français, la première partie en France est un pur régal. On y découvre la France des années 70 vue par un enfant qui vient d’un autre monde. Il découvre par exemple les HLM et leur confort moderne, la nourriture en abondance, et toute une “culture” nouvelle, entre Claude François et la mère Denis. Mais après le retour au Gabon, c’est le même regard étonné et un brin étranger que Pahé porte sur son propre pays. Et c’est tout aussi réjouissant pour le lecteur. On devine qu’après ça, Pahé ne sera plus jamais vraiment chez lui nulle part. D’ailleurs, malgré l’humour et l’autodérision omniprésents, on sent que la vie a été dure pour Pahé, surtout à l’école publique gabonaise décrite comme un camp militaire, mais aussi plus tôt dans la solitude du HLM français, où plus tard à l’école mixte de Libreville fréquentée par les blancs et où il reste encore quelqu’un de différent.
Dans un style qui rappelle les bd de notre enfance, cette bd est une autobiographie qui suit la chronologie des événements. Mais de temps en temps, le récit marque une pause, à chaque coup de fil de l’éditeur. C’est ainsi, grâce aux conversations de Pahé et de son éditeur, qu’on apprend un peu de ce qui nous attend dans les tomes 2 et 3. La fin du premier tome est pourtant assez surprenante. On a retrouvé le présent de l’écriture et Pahé se rend à un festival de BD au Congo, l’occasion pour lui de nous montrer l’administration africaine et ses travers. De toute évidence, Pahé a envie de parler d’autre chose que de sa petite vie. Il aimerait aussi nous montrer l’Afrique d’aujourd’hui. Je suppose que les deux volumes à venir mêleront ces deux aspects.
Enfin, une jolie idée : à la fin de l’album quelques pages de photos nous permettent de confronter les protagonistes de cette histoire dessinée à leur image réelle.
La vie de Pahé. T.1, Bitam / Pahé, Paquet, 2006, ISBN 2-88890-133-1
Merci à Lau(renceV) de m’avoir permis cette belle découverte en glissant cet album dans mon colis du swap Afrilire.
Le 2e volume vient de paraître ; alors bien sûr, je vais me le procurer au plus vite.









