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Zamiatine (1884-1937) est surtout connu en France pour son roman “Nous autres”, écrit en 1920 mais publié en Russie seulement en 1988, que l’on considère souvent comme la préfiguration du roman d’Orwell, “1984″. Zamiatine est cependant essentiellement un auteur de nouvelles. “Seul” est la première, écrite en 1907.
“Seul” met en scène un étudiant arrêté pour ses activités politiques et seul dans sa cellule. Il n’est cependant pas seul dans la prison. Un jour, le prisonnier de la cellule voisine entre en contact avec lui :
“Soudain toutes les pensées se sont déchirées. Et tout est mort autour : seul le vide – et à l’intérieur tombent les bruits, effilés, étincelants. “Toc-toc ! Toc-toc-toc !” En bas… Là-bas, quelqu’un de vivant, en bas. Près du tuyau cette fois. Le coeur s’est mis à battre comme un fou et se rue à la rencontre.”
Par le tuyau qui va d’une cellule à l’autre, ils vont pouvoir communiquer en s’envoyant des bouts de papier. Ainsi son voisin se présente : il est ouvrier et se nomme Alexandre Tifléïev. L’étudiant lui répond :
“Je suis l’ex-étudiant Biélov. Je suis enfermé, seul depuis trois mois. Content de vous trouver.”
C’est par le biais des petits mots échangés par les deux détenus, que le lecteur apprend quelques éléments sur l’identité de Biélov et les raisons de sons arrestation. Le récit est écrit à la troisième personne, mais le point de vue est celui de l’étudiant dont le narrateur n’ignore aucun état d’âme. Les phrases sont courtes, le rythme saccadé, Nous sommes dans les pensées de Biélov qui ressasse. Il y a bien quelques autres personnages dans la prison, des gardiens en particulier. Mais aucun n’a d’identité propre, tous étant désignés par le pronom (im)personnel “on” :
“On a éteint les lampes. Des pas ont clapoté et pataugé dans le marais pourri du couloir. Un sifflement a claqué, s’est répandu comme un filet d’eau froide. Une serrure a grincé des dents.”
Et puis un jour Biélov va se souvenir de Liélka, qui appartenait au même groupuscule révolutionnaire que lui. Dans sa solitude délirante il va imaginer qu’un sentiment amoureux était né entre eux avant son arrestation. Et par l’intermédiaire de Tifléïev qui reçoit des visites au parloir, il va lui faire parvenir des lettres et recevoir des réponses.
Par bien des aspects, “Seul” ressemble plus à un long poème en prose qu’à une nouvelle. Il n’y a pas véritablement d’histoire, pas de chute, mais juste une situation, un climat oppressant, et un style extrêmement travaillé. On en ressort un peu sonné.
Terminons donc par une citation :
“Maintenant Biélov savait ce qui l’attendait. De longues années sombres qui iraient à pas lents et lourds – dans des fers. Mais cela ne lui chuchotait plus de pensées noires – comme autrefois, et il y avait du courage et de la joie dans son âme : demain arriverait une lettre d’elle, et en elle – son amour.”
Seul / Evguéni Zamiatine, traduit du russe par Bernard Kreise, Rivages poche (Bibliothèque étrangère), 1990, ISBN 2-86930-325-4
Andreï Kourkov (1961-….) est un romancier et nouvelliste ukrainien, connu en France pour “Le Pingouin” (2000), “Le caméléon” (2001), ”Les pingouins n’ont jamais froid” (2004), “Le dernier amour du président” (2005).
Dans ”L’ami du défunt” (1996), il est question d’un homme de 35 ans, au chômage, un mariage en déliquescence, qui décide d’en finir avec la vie. Peu enclin au suicide, il opte pour une solution plus originale : engager un tueur professionnel et commanditer sa propre mort. Mais voilà que le jour de sa mort programmée, il fait la rencontre d’une jeune prostituée débutante. La relation non tarifée qu’il va ensuite entretenir avec elle ressemblera beaucoup trop à de l’amour pour qu’il ait toujours envie de mourir.
“Je n’avais plus envie de mourir. Mon existence continuait, elle venait même d’acquérir un soupçon de sens que j’étais seul à percevoir. J’étais devenu libre de mes choix et celui que j’avais fait deux semaines plus tôt ne me convenait plus. Je voulais vivre.”
Un tueur à gages est cependant toujours à ses trousses. Alors comment se sortir de cette situation délicate ?
Il est impossible d’en dire plus sans gâcher une partie du plaisir de lecture de ceux qui n’ont pas encore découvert ce roman. L’intrigue est d’aileurs assez mince et aurait très bien pu se concrétiser en nouvelle. Mais si ce récit est assez court, c’est bien d’un roman qu’il s’agit, avec ses digressions sur la solitude et le sens de la vie. Il n’y a en revanche pas de grands discours sur la société ukrainienne contemporaine, mais en arrière-plan apparaît une société corrompue, où tout se monnaye, et où l’individualisme règne en maître. La jeunesse ukrainienne y apparaît apolitique et amorale, dépourvue d’idéal.
Le lecteur devine la fin de l’histoire assez vite et pourtant la fin du roman est surprenante sur le plan formel. Le récit s’accélère au cours d’un petit passage au conditionnel commençant par ces mots : “J’ignorais encore que trois mois plus tard…” Ce que le lecteur avait deviné est ainsi expédié en quelques lignes. Et il s’ensuit un épilogue qui achève le roman en beauté.
L’ami du défunt / Andreï Kourkov, traduit du russe par Christine Zeytounian-Beloüs, Points, 2003, ISBN 2-02-055654-5
Alexandre Ikonnikov (1974-…) est un écrivain russe découvert en Allemagne. En effet, parce qu’il ne trouvait pas d’éditeur en Russie, il y a publié en allemand “Dernières nouvelles du bourbier”, son premier recueil de nouvelles. “Lizka et ses hommes” est son premier roman, cette fois publié en russe.
L’histoire de “Lizka et ses hommes” commence en 1939 dans la bourgade de Lopoukhov, petite ville de Russie centrale. Mais très vite nous arrivons en 1970, année de la naissance de l’héroïne. L’enfance de la petite Lizka se déroule donc dans la Russie soviétique, sur fond de guerre froide :
“Comme tous les autres enfants soviétiques, Lizka se réveillait au son de l’hymne national que diffusait la radio, elle mettait son foulard de pionnier et elle se rendait à l’école de Lopoukhov où on lui enseignait, en plus de la lecture, de l’écriture et du calcul, comment démonter une kalachnikov, enfiler un masque à gaz et échapper aux bombes américaines en se terrant dans une cave.”
Son premier amant sera Pacha, l’ouvrier de la chaufferie, et l’expérience ne sera guère concluante :
“- Quoi ? C’est pour ça que les gens se tirent une balle dans la tête, se cisaillent les veines, écrivent de la poésie et ont des insomnies ? pensa-t-elle en revenant chez elle. Non, non et non. Je ne serai amoureuse de personne, jamais !”
Et c’est pour fuir la mauvaise réputation qui allait lui coller à la peau si elle restait à Lopoukhov, que Lizka fait ses valises et part pour la ville de G. faire une école d’infirmière. Voilà pour le premier chapitre d’un roman qui en compte neuf et un épilogue.
“Lizka et ses hommes” est l’histoire d’une jeune fille de la campagne qui débarque en ville, bien décidée à échapper au destin de sa mère et de sa grand-mère. C’est une jeune femme moderne, qui rêve d’amour et de réussite sociale et va prendre sa vie à bras le corps.
Et vous savez où la jeune Lizka va chercher les réponses à ses questions existentielles ? Dans les livres :
“Jusque-là, Lizka avait été une lectrice peu acharnée, mais à présent, que ce fût par désoeuvrement ou parce qu’elle pensait trouver dans les livres quelques-unes des réponses aux questions qu’elle se posait, elle s’était mise à aimer lire des romans. Romans d’amour, d’aventures, romans historiques, policiers, tous la captivaient, l’entraînaient corps et âme dans un autre monde, un monde fascinant, mais, en même temps, aucun ne lui donnait d’instructions pour agir, aucun ne répondait à la question essentielle qui la hantait : comment poursuivre son existence.”
Le roman d’Ikonnikov déborde de la belle énergie de son héroïne. Tout va très vite dans “Lizka et ses hommes”. En quelques pages c’est plus d’un demi-siècle de l’histoire russe que nous parcourons à grands pas, dont ces années où tout a changé. Le style est alerte, le rythme effréné, l’héroïne volontaire. On la suit d’un homme à un autre, d’un logement à un autre, d’un job à un autre, d’une espérance à une autre.
Sous la Perestroïka de Gorbatchev, puis sous Eltsine, Liza va recontrer successivement Semione, un petit escroc, Viktor, le secrétaire du Comité de la ville du Komsomol, Arthur, un conducteur de trolley, Max, un militaire, et finalement Kostia, le poète, qui reprend la narration à la 1ère personne dans le 9e chapitre.
Les hommes de Lizka sont comme les pièces d’un puzzle qui, une fois assemblé, représenterait la Russie d’aujourd’hui. C’est un très court roman, pourtant d’une richesse étonnante, fourmillant de détails sur la vie quotidienne en Russie. Tout ce que je cherchais chez Marinina c’est finalement chez Ikonnikov que je l’ai trouvé. Ce roman m’a emballée. Je cours me procurer son recueil de nouvelles au plus vite.
Lizka et ses hommes / Alexandre Ikonnikov, traduit du russe par Antoine Volodine, Points, 2005, ISBN 2-02-082612-7
J’ai profité d’un petit voyage à la capitale, pour me procurer le deuxième tome de La vie de Pahé introuvable dans ma petite ville. J’avais beaucoup apprécié le premier tome de cette bd prévue en 3 volumes et me réjouissais de découvrir la suite. Mon avis sur ce deuxième tome est mitigé et je vais essayer de m’en expliquer.
Au début du deuxième tome, on retrouve Pahé exactement là où on l’avait laissé à la fin du premier, à savoir à Kinshasa dans un festival de bd. Mais après ces quelques pages situées de nos jours, c’est l’enfant Pahé que nous suivons en France à Villeneuve d’Asq en 1983. Cet épisode de sa vie avait déjà été évoqué dans le premier tome. Il s’agit de son deuxième séjour en France après la mort de sa mère, chez une autre soeur, Florence, pour sa rentrée en 6e. Malheureusement le récit de ce deuxième séjour en France ressemble beaucoup au récit du premier. C’est de nouveau la vie dans un HLM français, avec tous les petits détails visant à nous rappeler également cette époque (les chamallows, Caliméro, Dorothée et Chantal Goya). Parce qu’il n’y avait plus le plaisir de la découverte, ça m’a beaucoup moins amusée que la première fois. J’ai tout de même apprécié les rares moments où Pahé s’attarde sur les différences culturelles sans porter de jugement, sans positionner une culture au-dessus de l’autre (je pense notamment au passage sur la peur du loup des petits français, comparée à la peur du Ngongongo des petits gabonais).
Mais la plupart du temps, le regard que porte Pahé sur la France est très critique. Il dénonce par exemple la façon dont nous considérons les personnes âgées et se moque de notre passion pour les animaux domestiques. Un tour au supermarché est l’occasion pour lui de nous mettre face à notre monde à deux vitesses, avec ses magasins pour pauvres et ses magasins pour riches, les étrangers étant le plus souvent du côté des pauvres. Puis arrive justement la question principale : le racisme, celui de la police en particulier, auquel Pahé est confronté lors de son troisième séjour en France, pour ses études dans une école d’art. Le dessin de la couverture montrant un tag “La France aux français” en fait un des sujets centraux de ce deuxième volume.
Mais il n’y a pas que la France bien sûr dans cet album. En 1985, pour Pahé c’est le retour à Libreville pour redoubler sa 5e. Il y reste jusqu’à un BTS de comptabilité avorté. Ca chauffe pas mal au Gabon en 1990. Mais malheureusement Pahé nous expédie ces événements en trois vignettes qui laissent un peu le lecteur français sur sa faim. En 1993, c’est le troisième séjour en France à Paname, et puis en 1996 le retour au Gabon, où Pahé devient dessinateur de presse, dans un contexte politique où le métier de caricaturiste relève de l’art du funambule.
Ce deuxième album est beaucoup plus politique que le précédent. En cela, d’un certain point de vue il est plus intéressant. D’où vient alors le déplaisir que j’ai par moment eu à le lire ? Probablement de cette France là, celle qu’il nous a montrée dans cet album, cette France que je n’aime pas non plus et dans laquelle je ne me reconnais pas. Car moi qui ai aussi vécu en France ces années 80, je me rappelle d’abord un grand élan d’espoir provoqué par l’arrivée d’une nouvelle tendance au pouvoir, et puis je me souviens aussi de ce que Pahé semble ne même pas avoir vu, à savoir…
Enfin dans cet album, j’ai également senti poindre ici ou là un certain sexisme. Aussi j’en viens à appréhender un peu le troisième volume, que je lirai pourtant certainement, au moins par curiosité et sans doute avec intérêt, comme les précédents, mais plus nécessairement avec toute la sympathie pour son auteur que requiert pourtant la lecture d’une autobiographie.
La vie de Pahé. T.2, Paname / Pahé, Paquet, 2008, ISBN 978-2-88890-242-3
Je viens de recevoir ce livre en cadeau. Je l’ai gagné à un jeu proposé par Babelio dont le résultat est ici. En fait j’avais perdu, mais comme les autres avaient encore plus perdu que moi, finalement Babelio a considéré que j’avais gagné et m’a envoyé le cadeau. Merci Babelio !
Ne reste plus qu’à savoir comment je vais réussir à insérer ce roman dans mon progamme de lecture déjà chargé. Je ne vais quand même pas me lancer dans un challenge des 5 continents…
Que diriez-vous d’un nouveau challenge ?
Cela me semble tout indiqué pour ceux qui ont déjà beaucoup avancé dans leurs challenges annuels, mais aussi pour ceux qui, comme moi, sont en retard, parce qu’ils lisent hors challenge. Ma solution est la suivante : multiplier les petits challenges de manière à multiplier les lectures. Logique, non ?
Voilà pourquoi je vous propose le Challenge Vivaldi. Mais qu’est-ce donc ? Je suis sûre que les petits malins que vous êtes ont déjà leur petite idée, mais pour en savoir plus, cliquez ici. Et bien sûr tous ceux qui veulent participer le peuvent.
Ivan bounine (1870-1953) est un écrivain russe que j’ai découvert par son dernier ouvrage, le recueil de nouvelles “Les allées sombres“. Je le retrouve avec “Elle”, un roman autobiographique publié en 1938, alors qu’il vivait en exil en France. En effet, si j’en crois la quatrième de couverture, “Elle” est inspiré d’un épisode réel de la vie de Bounine : “une longue liaison qu’il considérait lui-même comme un mariage et qui n’avait jamais été régularisée, faute du consentement du père de la jeune femme”.
Le personnage principal de ce roman à la première personne se nomme Alexis Arséniev, nom du double littéraire de Bounine, déjà utilisé par l’auteur dans son autobiographie “La vie d’Arséniev” (1933). Il est jeune, n’a pas encore fait ses études, et dit lui-même sortir tout juste d’une “adolescence monacale”. Dés le début de sa relation avec “elle”, Lika, le père de la jeune fille l’avertit : “Quels que soient les sentiments qui peuvent exister entre vous et ma fille, et à quelque stade de développement qu’ils puissent se trouver, je vous le dis d’avance : elle est, bien entendu, tout à fait libre, mais s’il arrivait qu’elle veuille, par exemple, se lier avec vous de quelque solide lien et qu’elle me demande, pour ainsi dire, ma bénédiction, elle rencontrera mon refus formel.” Alexis devient malgré tout l’amant de Lika peu après cet avertissement. Il s’installe alors à Orel, où il vient de trouver un travail à la rédaction du journal “La voix”. De ce travail nous ne savons pas grand chose, si ce n’est qu’Alexis le trouve indigne de lui. Il le prend cependant pour se rapprocher d’elle, hébergée à la fameuse rédaction par l’éditrice du journal. Ainsi il peut passer toutes ses journées avec elle, et elle vient le rejoindre parfois à son hôtel. De son côté, pour pouvoir rester à Orel, elle s’est mise à étudier la musique.
Au fur et à mesure qu’évolue leur relation, Alexis se rend compte que le père de la jeune femme avait raison. Elle et lui n’ont pas beaucoup de points communs. Son travail, qu’il qualifie de misérable, ne lui permet pas de vivre décemment. Quant à elle, elle a un grand besoin de sorties, de distractions, de bals. Elle aime plaire. Le père de Lika le lui avait dit, qualifiant lui-même sa fille de jolie et assez frivole. Et Alexis souffre cruellement de jalousie.
Puis un jour, le père de Lika arrive à Orel avec Bogolov, un jeune homme riche, spirituel et cultivé, à présenter à sa fille. Pour Alexis, c’est le début d’une séparation qu’il espère provisoire. Il sombre peu à peu dans la neurasthénie : “La séparation semblait particulièrement terrifiante et stupéfiante la nuit. Me réveillant dans les ténèbres, j’étais frappé : comment vivre maintenant et pourquoi vivre ? Est-ce bien moi, celui qui est couché, sans savoir pourquoi, dans l’obscurité de cette nuit absurde, dans une ville de province peuplée de milliers de gens qui me sont étrangers jusqu’à l’invraisemblance, dans cette chambrette à l’étroite fenêtre qui, toute la nuit, se grisaille de la présence d’un diable long et muet ?”
Cette période solitaire est aussi pour Alexis l’occasion de se mettre à écrire. Il écrit et publie des textes qui ne sont pas encore à la hauteur de ses ambitions : “Former en soi de ce que donne la vie, quelque chose de vraiment digne d’être écrit, quel rare bonheur, quel effort spirituel ! Et voici que mon existence de plus en plus passa dans cette nouvelle lutte avec “l’irréalisable”, dans la recherche et la surprise de cet autre bonheur, également insaisissable, dans cette poursuite, dans cette perpétuelle méditation…”
Je ne raconterai pas la suite de l’histoire sentimentale, qui connaît pourtant quelques rebondissements, pour laisser au futur lecteur de ce texte, que vous êtes peut-être, le plaisir de la découverte. L’histoire est cependant assez mince et ne constitue pas l’intérêt principal de ce roman. Bounine excelle à décrire la confusion de ses sentiments, ses moments de désespoir, ses instants d’allégresse, quand le paysage se charge de refléter une humeur fragile et passagère : “La nuit est déjà claire, pure. Et tout est ferme, léger, ravissant : et la neige, et la lune, et les joyeuses lanternes, et les traîneaux sémillants…” C’est encore, comme dans “Les allées sombres”, de l’amour, à la fois romantique et sensuel, mais aussi du temps qu’il est question dans “Elle”, et de la trace que laissent les sentiments perdus. Mais “Elle” est également un roman d’apprentissage, un roman de formation. A la fin du roman, Alexis est devenu un homme libre à qui, selon son expression, rien ne suffit plus.
Elle / Ivan Bounine, traduit du russe par Maurice Parijanine, Stock, Bibliothèque cosmopolite, 1985, ISBN 2-234-01769-6 (épuisé)

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Alexandra Marinina (1957-….) est une criminologue ex-lieutenant de police à Moscou, reconvertie en auteure de romans policiers. Son héroïne récurrente, l’inspectrice Anastasia Kamenskaïa, est apparue dés son deuxième roman “Concours de circonstances” en 1993. On la retrouve ensuite dans une vingtaine de romans, dont seule une petite partie est traduite en français, notamment “La mort pour la mort” (1995), “La mort et un peu d’amour” (1995), “La liste noire” (1995), “Le styliste” (1996), “Je suis mort hier” (1997), “Le cauchemar” (1998), “Ne gênez pas le bourreau” (2005), “L’illusion du péché” (2007). Je découvre donc cette auteure avec un roman choisi un peu au hasard au milieu d’une série.
Dans “Le styliste”, nous suivons deux histoires en parallèle. D’un côté l’intrigue policière : de jeunes garçons tous homosexuels et se ressemblant physiquement disparaissent à Moscou. Ils sont les uns après les autres retrouvés morts d’overdose. De l’autre une histoire vaguement sentimentale : Anastasia Kamenskaïa, bien qu’en couple avec quelqu’un d’autre, renoue, pour les besoins de son enquête, avec un ancien amant devenu paraplégique. En effet, une piste l’a conduite vers une zone résidentielle de la banlieue moscovite habitée par les “nouveaux russes” et notamment par son ancien amant. Comme ce dernier est traducteur pour une maison d’édition spécialisée dans la littérature asiatique, une troisième histoire impliquant la maison d’édition se greffe sur les deux précédentes.
Ces histoires imbriquées devraient rendre le roman palpitant ; je me suis pourtant passablement ennuyée pendant ma lecture. Un surcroît de travail et de fatigue m’ayant imposé de très courtes plages de lecture, j’ai fait du début du roman une lecture hâchée sans parvenir à m’intéresser vraiment à ces histoires. Mais je pensais que mes mauvaises conditions de lecture étaient en grande partie responsables de mon manque d’intérêt. J’ai donc laissé au roman plusieurs chances de m’intéresser davantage, saisissant le moindre rebondissement de l’intrigue comme prétexte à une poursuite de la lecture. Hélas, Marinina ne semble pas s’intéresser elle-même à son histoire policière : à chaque petite avancée de l’enquête, probablement pour ménager le suspens ou faire durer un récit trop mince, Marinina délaisse son intrigue au profit des histoires parallèles, faisant ainsi immédiatement retomber le peu d’intérêt qu’elle venait juste de réveiller chez son lecteur. Je n’ai pas compris grand chose à la construction du roman (je me demande d’ailleurs s’il y en a vraiment une). Il y a 12 chapitres dont le découpage ne semble correspondre à rien. La partie sentimentale est franchement niaise, digne de la collection Harlequin. Le style de Marinina est inexistant. J’ai malgré tout fini par arriver au bout de ma lecture et maintenant je peux le dire : je n’ai pas du tout aimé ce roman. Et je m’interroge sur les raisons du succès de cette auteure en tête des ventes en Russie et abondamment traduite…
Pour ceux qui, comme moi, pensent que la littérature policière est un bon moyen de découvrir un pays et sa littérature, et qui donc seraient intéressés par le roman policier russe, qu’y a-t-il d’autres ? Il y a essentiellement Akounine, mais qui écrit des romans policiers historiques. Il n’a situé à l’époque contemporaine l’action que d’un seul de ses romans, “Altyn Tolobas”, qui sera la lettre A de mon challenge ABC. Mais à part lui et Marinina, que pouvons-nous lire en français ? Si vous avez des pistes, je suis preneuse…
Le styliste / Alexandra Marinina, traduit du russe par Galia Ackerman et Pierre Lorrain, Paris, Éd. du Seuil (Points policier), 2005, ISBN 2-07-078993-0
Je mets fin (jusqu’à la prochaine fois) à la petite pause bd que je m’offre depuis une dizaine de jours. En plus des bd, j’avais emprunté à la bibliothèque un petit roman de Bounine qui n’était pas prévu, mais devant lequel je ne vais pas résister (d’autant plus qu’il est épuisé). Il me reste un billet à écrire sur le roman policier russe que j’ai traîné comme un boulet pendant des semaines. Et l’écriture du billet s’avère être aussi une terrible corvée. J’espère tout de même m’en acquitter ce week-end.
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C’était la lettre M de mon challenge ABC et seulement la 4e lecture des 26 prévues. Je me disperse, je lis hors challenges, et je commence à douter de terminer mes défis de lecture avant la fin de l’année. Je viens seulement de donner une apparence définitive à ma liste. J’avais eu beaucoup d’états d’âme pour l’établir. La lettre Z m’avait posé bien des problèmes (je l’avais évoqué ici). Finalement mon choix s’est arrêté sur un roman d’Evgueni Zamiatine. Il restait la lettre U qui me laissait insatisfaite. Je viens seulement de trouver aujourd’hui le recueil de nouvelles de Brady Udall et mets donc, je l’espère, enfin un point final à cette liste.
Et pourtant, même si je suis loin d’être sûre de finir mon challenge ABC 2008, ma liste pour 2009 est déjà commencée !