Un homme est mort

Il s’appelait Edouard Mazé.

Il est mort à Brest le 17 avril 1950. Il a reçu une balle en pleine tête, balle tirée par la police alors qu’il manifestait avec d’autres ouvriers travaillant à la reconstruction de Brest, ville détruite par les bombardements.  

La bd de Kris et Davodeau commence la veille de la manifestation, sur un bateau au large de la rade de Brest. René Vautier revient d’Irlande où il a tourné un documentaire. Il a reçu une lettre de ses camarades cégétistes de la Section brestoise du bâtiment. Ils sont en grève depuis un mois, avec les dockers, les traminots et le ouvriers de l’arsenal. Ils lui demandent de venir filmer la grande manifestation prévue pour le lendemain. Ils voudraient un petit film d’une dizaine de minutes, à usage interne, pour former les autres militants. C’est en fait le lendemain de la manifestation et de la mort de Mazé que son film commence. Et la bd nous en raconte le tournage, puis les projections sur les piquets de grève.

“C’est curieux quand y’a un type qui part : d’un côté, ça fout une tristesse terrible, et de l’autre, ça rend ses camarades plus unis et plus forts… C’est une connerie, la mort.”

Comme Vautier manque de matériel, il n’a pu que prendre des images muettes. C’est donc au montage qu’il choisit d’ajouter une bande-son : il va lire en voix off un poème qu’Eluard a écrit en hommage à Gabriel Péri (résistant fusillé par les Allemands). Naturellement,  il remplace le nom de Péri par celui de Mazé.

“Un homme est mort qui n’avait pour défense que ses bras ouverts à la vie

Un homme est mort qui n’avait d’autre route que celle où l’on hait les fusils

Un homme est mort qui continue la lutte contre la mort contre l’oubli

Car tout ce qu’il voulait nous le voulons aussi

Nous le voulons aujourd’hui…”

Une très belle et indispensable bd, qui fait revivre un film dont il ne reste rien, et perpétue la mémoire des luttes ouvrières.

Et à la fin de l’album, un dossier tout aussi indispensable. Il y est question du mouvement social de mars-avril 1950, de la reconstruction de Brest, puis de René Vautier, cinéaste militant, et enfin de la genèse de l’album.

Un homme est mort / Kris et Etienne Davodeau, Futuropolis, 2006, ISBN 2-75480-010-7

On en a également parlé en bien chez Sylvie, chez Nicolas et chez Leunamme.

Publié dans: on 29 juin 2008 at 12:22 Commentaires (3)
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Ma bibliothèque en couleurs

Sur les conseils d’une amie,

à qui je fais coucou si elle passe par là,

j’ai tenté ce matin une petite réorganisation

de ma bibliothèque. 

Je m’étais levée beaucoup trop tôt,

 pour un samedi chômé.

Il fallait bien que je m’occupe… 

C’est incroyable,

 ce goût immodéré que j’ai pour les livres blancs.

J’en ai pas mal de noirs aussi.

Par contre,

je suis très pauvre en bleus et en verts.

 

Justement,

 je comptais faire un tour en librairie

aujourd’hui.

Je vais peut-être

choisir mes livres autrement

à l’avenir. 

Bon, maintenant je vais ranger tout ça !

Publié dans: on 28 juin 2008 at 11:53 Commentaires (4)
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1958-2008 : ces 50 ans qui ont changé notre vie

 

Quelle déception ! Et surtout quel ennui !

Voici un ouvrage qui nous propose de parcourir les cinquante premières années de la Ve République en les regardant par le petit bout de la lorgnette, c’est-à-dire en s’intéressant à la petite histoire plutôt qu’à la grande, et en se focalisant sur ce qui a changé dans notre vie quotidienne depuis 1958. Ces intentions avaient tout pour me séduire, mais hélas…

J’ai choisi ce livre dans la liste proposée par Babelio croyant recevoir ce que dans le jargon des bibliothèques on appelle “un usuel”. J’ai en effet un faible pour ces ouvrages qui se veulent utilitaires, qui sont faits pour nous apporter une réponse à une question ponctuelle, mais dans lesquels on peut aussi entrer sans rien chercher, pour le plaisir de se perdre dans un labyrinthe de mots, de faits, de dates, d’idées… J’aime les dictionnaires, même (et surtout) les plus fantaisistes, les encyclopédies, les chronologies, les almanachs… et je m’attendais à recevoir un des ces livres aux multiples entrées et aux multiples lectures possibles. J’espérais un de ces livres inépuisables, dans lesquels on aime à se replonger encore et encore et dans lesquels on apprend énormément de choses.

Au lieu de cela, j’ai reçu un ouvrage qui ne propose aucune entrée possible, mis à part le feuilletage. Si l’ayant feuilleté une première fois, on se souvient par exemple que l’invention du minitel y figure mais qu’on en a oublié la date, on n’a même pas un index à sa disposition pour la retrouver. Si au moins des chemins de lecture nous étaient proposés à l’intérieur de l’ouvrage, on pourrait le feuilleter plusieurs fois selon des axes différents. Par exemple, ayant remarqué qu’il y avait dans ce livre des informations concernant le cinéma, on pourrait être tenté de parcourir cinquante ans d’histoire du cinéma. Mais même ça, ce n’est pas possible, les différentes rubriques n’étant pas positionnées au même endroit d’une page à l’autre. Les titres des mini-articles qui composent chaque page sont comme surlignés en jaune, en orange, en vert… mais ces couleurs sont distribuées au hasard sans qu’il soit possible d’en suivre une d’un bout à l’autre de l’ouvrage.

Et si on fait malgré tout l’effort d’entrer dans l’une des pages de l’ouvrage pour découvrir les faits retenus pour l’année à laquelle se consacre la double page, on se rend compte que la plupart des mini-articles ne sont en fait que des énumérations, ce qui s’avère donc vite lassant, souvent même absolument illisible, et pire encore, sans aucun intérêt (car une liste qui n’est pas exhaustive n’a aucun intérêt) : liste des films sortis cette année là, liste des émissions de télé nées cette année là, liste des morts de l’année, etc. Et on comprend alors mieux pourquoi il n’y a pas d’index : tout simplement parce que celui-ci aurait été au moins aussi long que l’ouvrage proprement dit.

Comme il n’y a qu’une double page pour chaque année, l’essentiel du travail des deux auteurs a été de sélectionner les événements à recenser. Cette sélection ne pouvant qu’être subjective, on aurait pu s’attendre à ce que les auteurs assument cette part de subjectivité en adoptant un ton singulier, en portant un regard qui leur soit propre sur ces années qui, pour au moins une partie d’entre elles, sont aussi les leurs. Au lieu de cela, on a un ton d’une platitude et d’un ennui incommensurables. Car à force de vouloir donner dans le consensuel, on n’intéresse plus personne.

Comme je serais bien mauvaise, si je n’essayais pas de mettre en avant ne serait-ce qu’un point positif, je dirais que j’ai bien aimé une des rares rubriques récurrentes clairement identifiable : “Le mot de l’année”.  Et comme moi aussi j’aime les listes, voici en partant de la fin, quelques uns des mots retenus pour cette rubrique : RSA, Bravitude, Chikungunya, Sudoku, Blog, SRAS, Euro, AZF, RTT…

Mais il y a tellement mieux, si on s’intéresse aux mots de l’actualité ! Je songe à ce formidable ouvrage publié par Gallimard Jeunesse et intitulé “Les 1000 mots de l’info”. Théoriquement destiné aux adolescents, cet ouvrage peut tout à fait ravir les adultes curieux dans mon genre, mais aussi les parents de jeunes adolescents qui se trouvent souvent dépourvus face aux questions suscitées par exemple par le journal télévisé. C’est en outre un ouvrage fort bien illustré, avec un index à la fin, un mode d’emploi au début, et toutes sortes de rubriques offrant ces portes d’entrée que j’ai cherchées en vain dans “1958-2008″. Mais c’est aussi un ouvrage de 360 pages (mon édition de 2003), alors que “1958-2008″ prétend raconter 50 ans en 120 pages.

 

A qui s’adresse “1958-2008″ ? Espérant ratisser large, la quatrième de couverture nous dit “un livre pour toutes les générations”. Comme on n’y apprend pas grand chose, je dirais plutôt qu’il joue avec la nostalgie qui finit par nous gagner tous, l’âge venant. C’est donc, selon moi, un livre qui s’adresse à ceux qui ont traversé ce demi-siècle.

En conclusion, si vous connaissez quelqu’un qui a cinquante ans cette année (et que vous ne l’aimez pas beaucoup), vous pouvez toujours le lui offrir.

livres, critiques citations et bibliothèques en ligne sur Babelio.com

Publié dans: on 22 juin 2008 at 11:25 Commentaires (4)
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Challenge Vivaldi : été

Hier, 21 juin 2008, c’étaient l’été et la fête de la musique. Nous avons célébré ces deux événements sur nos blogs, dans le cadre du Challenge Vivaldi, en publiant le compte rendu d’un ouvrage comportant dans son titre le mot “été”. Pour cette première saison :

Arlette a lu  Un été pour mémoire de Philippe Delerm

MarcF a lu Le bel été de Cesare Pavese

Martine a lu L’été en pente douce  de Pierre Pelot

Et moi-même j’ai lu La mort en été de Yukio Mishima

Nous étions 8 inscrits à ce challenge, 4 à avoir participé. Mais peut-être les autres sont-ils juste un peu en retard dans leur lecture (c’est au moins le cas de PetiteMarie) ? Ils ont donc un délai supplémentaire, jusqu’au 23 septembre, date de la deuxième saison du challenge. Au fur et à mesure que les comptes rendus arriveront, ils seront recensés ici, sur la page de ce blog consacrée au Challenge Vivaldi.

Rendez-vous donc le 23 septembre, pour un billet automnal.

La mort en été

“C’était au plus haut de l’été,

il y avait de la colère dans les rayons du soleil”.

“La mort en été”  est un recueil de dix nouvelles de Mishima publié en 1943. De longueurs, de thématiques, et de styles assez différents, c’est un peu artificiellement que ces nouvelles sont réunies en recueil. Néanmoins la mort en est le thème le plus récurrent : on flirte avec l’idée du suicide (La mort en été), on pratique le seppuku, suicide rituel japonais (Patriotisme), on doit survivre au décès de ses enfants (La mort en été), ou encore on assiste à la fin d’un vieillard (Le prêtre du temple de Shiga et son amour). L’amour, dans ce qu’il a de plus passionnel et douloureux, en est également un des thèmes majeurs. Enfin les traditions séculaires subsistant dans le Japon moderne y sont également à l’honneur : les acteurs de kabuki (Onnagata), les geishas (Les sept ponts), le seppuku (Patriotisme), les coutumes funéraires (La mort en été).

De ce magnifique recueil, je retiendrai surtout trois nouvelles, la plus terrible d’une part et mes deux préférées d’autre part,  c’est-à-dire les deux nouvelles que j’ai eu envie de relire avant d’écrire ce billet, l’une grave et l’autre légère.

La plus forte et la plus marquante des nouvelles du recueil est sans aucun doute “Patriotisme. La nouvelle s’ouvre sur le suicide d’honneur du lieutenant Shinji Takeyama, immédiatement suivi de celui de Reiko, femme soumise. Comme ils étaient mariés depuis six mois, c’est cette période de bonheur que la nouvelle relate brièvement, avant d’en venir à l’épisode de la mutinerie, qui est la cause du geste du lieutenant. Mais cet événement ne nous est raconté que du point de vue de Reiko qui, seule chez elle, se prépare à mourir. Puis, après une dernière étreinte, arrive le geste final, dont aucun détail sordide ne nous est épargné. Effroyable ! D’autant plus effroyable d’ailleurs, qu’on ne peut lire cette nouvelle sans songer au seppuku que s’infligea Mishima lui-même. Je ne vous cache pas avoir lu les pires paragraphes en diagonale et je n’ai pas l’intention de relire cette nouvelle de sitôt.

Venons-en donc à mes deux nouvelles préférées. Tout d’abord, j’ai apprécié la nouvelle qui donne son titre au recueil : “La mort en été. Alors qu’elle est à la plage avec les trois jeunes enfants de son frère, une femme se noie avec les deux aînés. Malgré l’horreur de l’événement et la douleur qui doit être la sienne, le père appelé à rejoindre sa femme après le drame ne songe qu’à sauvegarder les apparences. Surtout ne trahir aucune émotion, car aux yeux de ce Japonais, il n’y a rien de pire que d’exprimer ses sentiments, rien de plus honteux que d’exposer avec impudeur sa douleur en public. “Elle glissa un regard vers son mari et fondit en larmes. Il ne tenait pas à ce que le directeur le vît poser la main sur l’épaule de sa femme pour la réconforter. Ce serait pire que de laisser surprendre les plus intimes secrets d’alcôve.“  Quant à la mère des enfants, elle ne parvient pas à dissiper le sentiment de culpabilité qui l’amène à ressasser des idées suicidaires…

J’avoue enfin avoir un faible pour la nouvelle la plus légère et la plus amusante du recueil : “La perle. Quatre amies sont invitées par une cinquième pour fêter ses 43 ans autour d’un gâteau d’anniversaire accompagné de thé. La maîtresse de maison porte une bague ornée d’une perle. Mais juste avant l’arrivée des invitées, la perle se désolidarise de la monture de la bague et se retrouve posée négligemment sur le plat de service du gâteau. Puis au cours du goûter, la perle disparaît. Une des invitées l’a-t-elle subtilisée ou avalée par mégarde ? Et surtout, comment les quatre amies, pas si amies que cela d’ailleurs, vont-elles parvenir à préserver leur réputation, si chère à leurs yeux ? Vous ne serez sans doute pas étonnés, si je vous dis que “La perle” est un petit bijou de finesse et d’humour, qui en dit long sur le savoir vivre d’une certaine bourgeoisie japonaise.

La mort en été / Yukio Mishima, traduit de l’anglais par Dominique Aury, Gallimard (Folio 1948), 2007, ISBN 978-2-07-038036-7

Ce recueil de nouvelles a été lu pour célébrer l’été dans le cadre du Challenge Vivaldi.

 Il a également été lu et apprécié par Fantasio.

Un coup d’aile à deux euros

challengeabc2008 

“Le soir, la pluie cessa de façon imprévue.

Quelqu’un s’était brusquement ravisé et avait fermé les robinets.”

Connaissez-vous les Folio 2€ ? Dans cette chaîne de magasins qui étaient autrefois des librairies et ne vendent plus aujourd’hui que quelques malheureux bouquins noyés dans un océan technologique, ils attendent souvent les LCA dans nos genres sur des présentoirs disposés près des caisses, comme les bonbons attendent les enfants dans les supermarchés. Arrivé près de la sortie avec une pile de livres déjà beaucoup plus haute que prévue, on se dit qu’on n’est plus à deux euros près, ni surtout à cent pages près, et on cède à la tentation. C’est en tous cas exactement ce qui m’est arrivé. J’y ai vu l’occasion de compléter mon challenge ABC avec les lettres Y et N qui manquaient encore. Y comme Yourcenar. Je ne l’ai jamais lue, mais je la suppose d’un classicisme ennuyeux à mourir, Alors d’accord pour lui donner une chance de me faire dire que je me suis trompée, mais pas avec un pavé. N comme Nabokov. La lettre N n’a l’air de rien comme ça, mais en fait les auteurs en N ne courent pas les rues. Alors pourquoi pas renouer avec Nabokov, pas lu depuis des années, avec deux petites nouvelles ? Et voilà comment je me suis fait avoir par cette collection. Mais on ne m’y reprendra plus.

Dans “Un coup d’aile” dans sa version à deux euros, on trouve en fait deux nouvelles : “Un coup d’aile” et “La Vénitienne”. Dans le Folio plus cher intitulé “La Vénitienne et autres nouvelles”, on trouve également ces deux nouvelles, mais aussi les autres nouvelles de jeunesse de Nabokov. Ces nouvelles (ou du moins les deux que j’ai pu lire) datent des années vingt, c’est-à-dire de l’époque où Nabokov vivait en exil à Berlin. Elles ont été écrites en russe, comme toutes les premières oeuvres de Nabokov, qui est ensuite passé à l’anglais. “Un coup d’aile”  a été publiée dans une revue russe en 1924. Mais “La Vénitienne” est restée inédite jusqu’en 1990, quand les nouvelles de jeunesse de Nabokov ont pour la première fois été réunies en recueil. Toutes ces informations figurent dans le petit Folio 2€ (et j’ose espérer qu’elles sont exactes), et ce malgré l’absence de préface ou postface, et avec au début de l’ouvrage une pauvre présentation de Nabokov pouvant convenir à n’importe quelle autre oeuvre. Ce qui est en revanche plus instructif, ce sont deux petites notes en bas de page à la fin de chacune des nouvelles, qui nous permettent de situer ces textes dans l’oeuvre de Nabokov. Il serait donc injuste de dire que l’éditeur n’a pas fait son travail. Et pourtant, l’éditeur s’est permis de publier ces textes et d’en écrire le résumé en quatrième de couverture, sans même les avoir lus. Voici en effet le résumé qui nous est proposé pour “Un coup d’aile” : “Dans les montagnes enneigées de la Suisse, Kern, un étudiant hanté par la mort, éprouve une passion impossible pour l’insaisissable Isabelle”. Or je me demande d’où est venue à l’éditeur l’idée que Kern était un étudiant. Cela n’est pas dit dans la nouvelle telle que j’ai pu la lire. Tout ce que nous savons de Kern, c’est qu’il a été marié sept ans à une femme qui s’est suicidée un an plus tôt, et qu’il a trente-cinq ans. Ce n’est certainement qu’un détail, mais révélateur à mon sens du peu de soin accordé à cette édition.

Mais venons-en aux textes eux-mêmes. Dans “Un coup d’aile”, un homme, dont on est en droit d’espérer qu’il n’est plus étudiant depuis longtemps, fait du ski en Suisse. Il rencontre une charmante Isabelle. Et ce pourrait être l’histoire d’un amour impossible, si le récit ne tournait pas au fantastique. Surgit subitement la créature ailée, sans que j’aie vraiment compris s’il s’agissait d’hallucinations de notre pauvre héros suicidaire. Je n’ai pas non plus très bien compris le retournement final, me demandant quel sens donner à tout ça. Mais qu’a donc voulu dire Nabokov ? J’en arrive à plaindre le malheureux contraint d’écrire un résumé en quatrième de couverture, pour une nouvelle qu’il a visiblement encore moins comprise que moi. Cela dit, même si le traducteur ignore qu’en français le “bouton de l’électricité” se dit “interrupteur”, il est difficile de nier que la nouvelle est joliment écrite.

Vient ensuite la nouvelle intitulée “La Vénitienne”. Etant donné le talent du rédacteur de la quatrième de couverture, autant s’en remettre à lui pour le résumé : “Lorsque Simpson voit le portrait de la Vénitienne peint par Sebastiano del Plombo, il est fasciné et tombe éperdument amoureux. Le tableau exerce sur lui une telle attirance qu’il ne peut s’empêcher de revenir le contempler jour après jour, jusqu’à ce qu’il pénètre dans la toile…” Vous remarquerez que la quatrième de couverture ne nous dit pas que Simpson est étudiant, et pourtant il l’est. Remarquez aussi les points de suspension qui laissent supposer que l’essentiel de la nouvelle se situe après l’entrée dans le tableau. Mais là encore, je n’ai pas lu la même nouvelle. J’ai attendu pendant 45 pages que l’étudiant Simpson se décide à entrer dans le tableau. Et ensuite, les huit pages finales ont fort habilement achevé une nouvelle qui avait bien mal commencé, avec beaucoup de longueurs, ce qui, avouez-le,  est le comble pour une nouvelle.

Et comme je ne vous cache rien de mes états d’âme de lectrice, sachez qu’ensuite j’ai pu relire la première nouvelle avec plus d’indulgence et apprécier l’écriture de l’angoisse et de la tentation suicidaire.

Mais je ne suis pas sûre que ces textes extirpés d’un tiroir des années après la mort de l’auteur n’aient leur place dans une collection comme celle-là. Ne vaudrait-il pas mieux les destiner aux spécialistes de Nabokov (dans les oeuvres complètes par exemple) et offrir à l’amateur désargenté une oeuvre plus aboutie ? 

Un coup d’aile suivi de La Vénitienne / Vladimir Nabokov, traduit du russe par Bernard Kreise, Gallimard, Folio 2 euros, 2007, ISBN 978-2-07-041254-9

Publié dans: on 18 juin 2008 at 12:37 Commentaires (1)
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La vie des insectes, objet littéraire non identifié

challengeabc2008

Fidèle à ce qui est déjà devenu une habitude, je commence mon billet par une image de la couverture de mon édition. Et pourtant je n’aime pas du tout cette illustration (aquarelle de Michael Mathias Prechtl). Non seulement celle-ci ne me plaît pas, mais surtout elle bride mon imagination pourtant grandement et délicieusement sollicitée par le roman de Pelevine.

De quoi s’agit-il dans cet étrange roman ? D’un centre de vacances, dans une station balnéaire de Crimée. Dans le premier chapitre, nous rencontrons Sam, Arthur et Arnold, trois hommes discutant sur un balcon. Leur conversation est étrange. Ils évaluent le centre de vacances en terme de taux de vitamines, glucose, hémoglobine, et même insecticide. Puis ils décident d’aller boire un coup, pour fêter l’arrivée de Sam. Ils se jettent dans le vide, s’envolent et s’en vont pomper le sang d’un vacancier. Car Sam, Arthur et Arnold sont des moustiques. Mais ils sont aussi des hommes, et mènent en quelque sorte une double vie, une existence d’homme et une existence d’insecte en parallèle. Et c’est aussi le cas de tous les autres personnages de ce curieux roman : Marina, fourmi ailée aux escarpins rouges, Mitia l’homme-phalène, Natacha la mouche verte, Serioja le cafard, etc.

Pelevine prend un malin plaisir à nous décrire ces bestioles qui parfois nous répugnent en insistant sur le charme d’une mandibule ou d’une patte velue. Voici pour preuve la description qu’il nous offre de Natacha, la mouche verte :

“Elle était toute jeune et sa peau verte élastique brillait gaiement sous le soleil. Sam pensa que son nom anglais Greenbottle fly lui allait très bien. Ses pattes étaient couvertes de petits poils foncés et se terminaient par de tendres ventouses roses, comme si deux bouches s’entrouvraient en une invite silencieuse sur chacune de ses paumes. Sa taille était tellement fine qu’un léger souffle de vent semblait pouvoir la briser. Quant à ses ailes, comme deux feuilles de mica, elles tremblaient timidement et brillaient de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel.”  

Pelevine s’est fait plaisir, mais son plaisir est communicatif. Il s’en donne visiblement à coeur joie à multiplier les espèces d’insectes et s’attarder sur leurs particularités physiques et comportementales. Et parce qu’ils sont aussi des hommes, c’est tout naturellement que leur destin d’insecte se lit en parallèle du nôtre, mettant ainsi en lumière l’absurdité de nos existences.

Si je devais faire un reproche à ce roman, je dirais que le procédé est au début un peu répétitif. Pelevine est paraît-il un auteur de nouvelles, et en cours de lecture, je me suis demandée si une nouvelle axée sur l’un de ces nombreux personnages ne m’aurait pas suffi. Mais ce n’était encore que le début du roman, où chaque nouveau chapitre nous fait découvrir un nouveau personnage et une nouvelle espèce. Et puis tout ce petit monde va se rencontrer, se fréquenter, s’accoupler, s’entre-dévorer… faisant de “La vie des insectes” un roman jubilatoire, magnifiquement écrit, avec une précision d’entomologiste, et une imagination débordante.

La vie des insectes / Viktor Pelevine, traduit du russe  par Galia Ackerman et Pierre Lorrain, Points, ISBN 2-02-032446-6

Publié dans: on 14 juin 2008 at 11:59 Commentaires (1)
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J’aime lire dans le train

Pendant plusieurs années j’ai habité à exactement 1h45 de mon lieu de travail, soient 3h30 aller et retour avec bus, train de banlieue et métro. Comme j’avais jusque là toujours été une grande lectrice, c’est tout naturellement à la lecture que j’ai occupé mes trajets quotidiens. Et comme ces 3h30 comblaient mon appétit de lecture, j’ai rapidement pris l’habitude de ne plus lire que dans les transports en commun (à l’exception des périodes de vacances). Et puis un jour, j’ai pu déménager et habiter à 15mn de mon lieu de travail et j’ai pratiquement cessé de lire. C’était la première grosse panne de lecture de ma vie de lectrice : elle a duré quatre ans.

Depuis, j’ai de nouveau déménagé, pour cette fois une autre région et un autre travail. J’habite de nouveau à 15mn de mon lieu de travail, mais je me suis remise à lire doucement. Les blogs de lecture et les challenges m’accompagnent dans mes retrouvailles avec la lecture.

En ce moment je me cherche donc de nouvelles habitudes de lecture, et en particulier de nouveaux lieux de lecture. Mais j’ai gardé un goût certain pour la lecture en train. Justement, de temps en temps je dois me déplacer en TGV. Naturellement, à peine assise je remonte le repose-pieds, je descends la tablette et me plonge dans un bouquin.

Cette semaine dans le TGV :

Un couple de personnes âgées monte dans le train. Ils cherchent leurs places avec un brin d’excitation, sollicitent un jeune homme pour monter leurs valises,  et s’installent près de moi, de l’autre côté de l’allée. Madame est angoissée. Elle craint d’avoir oublié quelque chose d’important et dit à son mari :

- Tu as envoyé ta carte d’identité ?

Précision pour qui n’a pas l’habitude de fréquenter des Bretons : “envoyer” peut signifier “prendre avec soi”, “emporter”.

- Monsieur : Hein ?

- Madame plus fort : T’as envoyé ta carte d’identité ?

- Monsieur très fort : Elle est dans la valoche !

Madame, rassurée, sort un crayon, un journal de sudoku, et se concentre. Monsieur, quant à lui, continue de s’agiter. Le train n’est pas encore parti, qu’il s’ennuie déjà. Il gigotte sur son siège, joue avec le porte-gobelet, descend et remonte la tablette… et agace un peu Madame.

- Madame : Tu n’as pas envoyé un bouquin ?

- Monsieur : Hein ?

- Madame plus fort : T’as pas envoyé un bouquin ?

Monsieur fait un signe de tête qui signifie “non”.

- Madame assez fort : Tu veux t’asseoir près de la fenêtre pour regarder le paysage ?

- Monsieur : Hein ?

- Madame encore plus fort : Tu veux t’asseoir près de la fenêtre pour regarder le paysage ?

- Monsieur vraiment très fort : Oui comme ça je pourrai regarder le paysage !

Agitation, bousculade, bruits en tous genres, petit coup de journal de sudoku sur la tête de la voisine de voyage, puis tout semble rentrer dans l’ordre. Monsieur regarde le paysage et Madame sudokuse. Mais tout d’un coup, Madame a une illumination. Elle vient juste de comprendre, d’où lui venait tout à l’heure le sentiment d’avoir oublié quelque chose. Elle dit alors à son mari :

- T’as pas envoyé ton appareil ?

- Monsieur : Hein ?

Publié dans: on 8 juin 2008 at 8:25 Commentaires (7)
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Mes habitudes de lecture

En général, je ne suis pas fan des tags qui nous apprennent la marque de la voiture de tel blogueur, les premières histoires sentimentales d’un autre, ou encore le dégoût pour le foie de veau d’une blogueuse. Mais il passe en ce moment sur les blogs de lecture un petit tag très sympathique, qui m’a donné l’envie, non pas de m’auto-taguer, mais carrément de créer une rubrique sur mon blog, pour partager avec vous mes pratiques de lecture. En effet, le terme de “pratiques” m’a semblé plus juste, en ce qui me concerne, que celui d’ “habitudes”, sans doute parce qu’en raison d’un nouveau lieu de vie (nouvelle région, nouveau travail, nouveau rythme de vie), je me cherche en ce moment de nouvelles habitudes de lecture.

A ce soir donc, pour le premier billet de cette nouvelle rubrique… 

PAL critique

Je vois fleurir un peu partout des billets de blogueurs tout heureux d’annoncer qu’ils ont gagné un ou plusieurs livres dans le cadre de l’opération Masse critique de Babelio. Eh bien figurez-vous que je fais aussi partie des heureux élus ! 

Mais j’ai l’intention de faire un peu ma mystérieuse. Je vous parlerai donc de ce livre-cadeau quand je l’aurai reçu. Sachez seulement que ce n’est pas un roman, mais un ouvrage documentaire.

Merci Babelio !

Publié dans: on 4 juin 2008 at 9:11 Commentaires (3)
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