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Fidèle à ce qui est déjà devenu une habitude, je commence mon billet par une image de la couverture de mon édition. Et pourtant je n’aime pas du tout cette illustration (aquarelle de Michael Mathias Prechtl). Non seulement celle-ci ne me plaît pas, mais surtout elle bride mon imagination pourtant grandement et délicieusement sollicitée par le roman de Pelevine.
De quoi s’agit-il dans cet étrange roman ? D’un centre de vacances, dans une station balnéaire de Crimée. Dans le premier chapitre, nous rencontrons Sam, Arthur et Arnold, trois hommes discutant sur un balcon. Leur conversation est étrange. Ils évaluent le centre de vacances en terme de taux de vitamines, glucose, hémoglobine, et même insecticide. Puis ils décident d’aller boire un coup, pour fêter l’arrivée de Sam. Ils se jettent dans le vide, s’envolent et s’en vont pomper le sang d’un vacancier. Car Sam, Arthur et Arnold sont des moustiques. Mais ils sont aussi des hommes, et mènent en quelque sorte une double vie, une existence d’homme et une existence d’insecte en parallèle. Et c’est aussi le cas de tous les autres personnages de ce curieux roman : Marina, fourmi ailée aux escarpins rouges, Mitia l’homme-phalène, Natacha la mouche verte, Serioja le cafard, etc.
Pelevine prend un malin plaisir à nous décrire ces bestioles qui parfois nous répugnent en insistant sur le charme d’une mandibule ou d’une patte velue. Voici pour preuve la description qu’il nous offre de Natacha, la mouche verte :
“Elle était toute jeune et sa peau verte élastique brillait gaiement sous le soleil. Sam pensa que son nom anglais Greenbottle fly lui allait très bien. Ses pattes étaient couvertes de petits poils foncés et se terminaient par de tendres ventouses roses, comme si deux bouches s’entrouvraient en une invite silencieuse sur chacune de ses paumes. Sa taille était tellement fine qu’un léger souffle de vent semblait pouvoir la briser. Quant à ses ailes, comme deux feuilles de mica, elles tremblaient timidement et brillaient de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel.”
Pelevine s’est fait plaisir, mais son plaisir est communicatif. Il s’en donne visiblement à coeur joie à multiplier les espèces d’insectes et s’attarder sur leurs particularités physiques et comportementales. Et parce qu’ils sont aussi des hommes, c’est tout naturellement que leur destin d’insecte se lit en parallèle du nôtre, mettant ainsi en lumière l’absurdité de nos existences.
Si je devais faire un reproche à ce roman, je dirais que le procédé est au début un peu répétitif. Pelevine est paraît-il un auteur de nouvelles, et en cours de lecture, je me suis demandée si une nouvelle axée sur l’un de ces nombreux personnages ne m’aurait pas suffi. Mais ce n’était encore que le début du roman, où chaque nouveau chapitre nous fait découvrir un nouveau personnage et une nouvelle espèce. Et puis tout ce petit monde va se rencontrer, se fréquenter, s’accoupler, s’entre-dévorer… faisant de “La vie des insectes” un roman jubilatoire, magnifiquement écrit, avec une précision d’entomologiste, et une imagination débordante.
La vie des insectes / Viktor Pelevine, traduit du russe par Galia Ackerman et Pierre Lorrain, Points, ISBN 2-02-032446-6









Vraiment original, mais les insectes… brrr, je n’aime pas trop… Je revois La Métamorphose de Kafka qui me fait des frissons partout rien que d’y penser… Donc, pas pour moi, ce livre !