Le narrateur et son ami Fuchs louent une chambre dans une pension tenue par Mme Wojtys avec son mari Léon, leur nièce Catherette, leur fille Léna, son mari Lucien et son chat Jacquot. En chemin Fuchs et le narrateur ont remarqué quelque chose d’étrange : non loin de la pension, dans la campagne, un moineau était pendu dans un arbre par un fil de fer, trop haut pour que cela soit l’oeuvre d’un enfant. Pourquoi ce moineau a-t-il été pendu et par qui ? Autre source d’interrogation pour le narrateur : les lèvres de Catherette et celles de Léna. A son arrivée à la pension, il a en effet remarqué une anomalie à la bouche de Catherette, mais voilà que dans ses pensées les lèvres de Catherette se retrouvent associées à celles de Léna pourtant bien différentes. Pourquoi cette association ? Et ce sont ces deux étranges questions que le narrateur va ressasser.
De Fuchs nous savons qu’il a deux semaines de vacances et essaie d’oublier sa mésentente avec son chef de bureau. Du narrateur nous savons qu’il est étudiant et que sa présence dans cette pension est liée à une brouille avec sa famille, à Varsovie.
Non seulement le narrateur passe son temps à ressasser deux questions absurdes, mais en plus il interprète tout ce que dit ou fait son ami Fuchs en fonction de ses problèmes relationnels avec son chef. Et surtout il porte un drôle de regard sur les choses, observant chaque détail comme s’il regardait le monde pour la première fois, s’interrogeant sur chaque ligne du plafond, les mains de Lucien, un bout de bois dans le jardin…
Difficile de raconter l’histoire de ce roman qui se commente d’ailleurs ainsi dans le dernier chapitre :
“Il me sera difficile de raconter la suite de cette histoire. D’ailleurs je ne sais pas si c’est bien une histoire. On hésite à appeler “histoire” une telle… accumulation et dissolution… continuelle… d’éléments…”
Difficile d’apposer un discours rationnel sur une oeuvre pareille. Alors on se tourne vers l’auteur. On interroge ses propres écrits sur l’oeuvre, dont la préface nous donne des extraits. Ainsi en 1962, dans son journal, Gombrowicz écrivait :
“Qu’est-ce qu’un roman policier ? Un essai d’organiser le chaos. C’est pourquoi mon Cosmos, que j’aime appeler “un roman sur la formation de la réalité”, sera une sorte de récit policier.”
C’est donc un roman sur la formation de la réalité. Je suis sceptique. Est-ce un roman policier ? Pas vraiment, mais il y a des meurtres. Ce roman m’échappe, me déstabilise. Et plus j’y pense et plus je me dis que j’aime être déstabilisée.
Si vous êtes arrivés au bout de ce billet sans queue ni tête, vous vous demandez : mais finalement elle en pense quoi de “Cosmos” ? Je ne sais pas, mais c’était bien. Je vous le prête, si ça vous tente.
Cosmos / Witold Gombrowicz, traduit du polonais par Georges Sédir, Gallimard (Folio), 2004, ISBN 2-07-036-400-3
“Cosmos”, paru en 1964, est le dernier roman de Witold Gombrowicz (1904-1969).






















Swapounet
Challenge du 1% 2008
Jeu de la PAL 2009
Je ne connais Gombrowicz que de réputation, et ce livre dont tu parles fait presque peur. On sent à travers ton billet qu’il peut effectivement être déstabilisant.
Tes questions sont très intéressantes; histoire de te mettre encore plus de doutes, tu peux aussi te demander : A quoi bon parler de ce qu’on aime ? Certains l’ont déjà fait avant nous. Qu’est-ce que ça apporterait d’ajouter un nouveau billet sur un sujet déjà abordé ?
(je suis cruelle !)
Personnellement, j’ai décidé de bloguer “pour moi”. Pour me souvenir de mes lectures, et parce que ça m’amuse, ensuite, de relire ce que j’ai pu écrire il y a six mois. Ce sont des traces de ma vie de lectrice. Et parler de ses doutes (face à un livre), de ses réticences, je trouve ça aussi important que d’évoquer ses coups de cœur. Il faut (à mes yeux) parler de ce qu’on aime et de ce qu’on n’aime pas, même si on n’est pas obligé d’évoquer TOUT ce qu’on aime et TOUT ce qu’on n’aime pas.
Je suis longue, pardon. Je ne découvrirai pas Gombrowicz avec “Cosmos”, mais ton billet est excellent, on a l’impression d’entrer dans ton intimité de lectrice, et c’est délectable.