“Les bombes tombaient comme la mousson sur l’Inde lointaine.“
Beyrouth, en pleine guerre civile. Dix mille bombes sont déjà tombées sur Beyrouth, quand nous faisons connaissance de Georges et Bassam, deux amis d’enfance alors adolescents. C’est Bassam qui raconte. Il raconte leur quotidien fait de petits boulots, de petits larcins, de virées à moto, de filles. Car la vie continue malgré la guerre, ou plutôt avec elle. Les bombes font maintenant partie de ce quotidien (comme sur la magnifique photo de couverture). Bassam sait qu’après la première bombe, arrive toujours la deuxième, exactement au même endroit. Ensuite ce sont les cris, le sang, et puis les enterrements. Leur adolescence n’est pas tout à fait ordinaire. Ils ne vont pas au lycée. Ils n’ont plus qu’une mère pour l’un, une tante pour l’autre. Ils sont armés. Mais la vie continue, avec les premières expériences et puis le goût du risque et du danger que connaissent beaucoup d’adolescents, mais qui trouve dans la guerre bien des occasions.
“La guerre, c’est pour les voyous. Les motos aussi. Pour les voyous et pour les adolescents aux cheveux longs comme nous, qui portent une arme à la ceinture, roulent avec un réservoir rempli d’essence volée et n’ont nulle part où aller.”
Au début du roman, les deux amis sont donc à peu près dans la même situation. Et pourtant leurs chemins vont se séparer. Pour Bassam ce sera l’exil, c’est en tous cas de Rome qu’il rêve dés le début du roman. Et pour Georges ce sera la milice chrétienne. Bassam restera certainement marqué à jamais par sa jeunesse sous les bombes. On le pressent. Il restera marqué, comme le sont d’ailleurs plusieurs personnages du roman, survivants d’une autre histoire. Il y a d’abord sa mère et puis le photographe, tous les deux arméniens. Il y a aussi sa grand-mère dont le frère est mort à Bir Hakeim pendant la Seconde guerre mondiale. Et puis il y a Linda d’origine portugaise et dont le père a été “tué par Salazar”.
“La brise matinale m’a frôlé, parfumée au jasmin. Un banc de papillons a remué ses ailes gigantesques, soulevant la brume des vallées, et mes paupières ont papilloté à leur tour. Mes mains se sont tendues, mes deux index ont appuyé sur la gâchette et j’ai tiré sur lui, j’ai vidé mon chargeur dans son sourire.“
Dix mille bombes, dix mille gifles, dix mille vagues, dix mille poissons… Bassam compte tout par dizaine de milliers. Tout cela est trop. Il a déjà vécu beaucoup trop de choses.
Est-ce moi qui ai eu un peu de mal à entrer dans le roman ? Ou bien le roman a-t-il gagné en intensité au fil des pages ? Quoi qu’il en soit, au début j’étais intéressée mais pas encore enthousiaste. Et j’ai finalement adoré ce roman. C’est un premier roman époustouflant, d’une grande violence mais aussi parfois d’une grande poésie, qui dit magistralement l’absurdité de la guerre. Souhaitons-lui bien plus de dix mille lecteurs.
De Niro’s game / Rawi Hage, roman traduit de l’anglais (Canada) par Sophie Voillot, Denoël (Denoël & d’ailleurs), 2008, ISBN 978-2-20725952-8
“De Niro’s game” a été écrit en anglais. Au Québec, où vit Rawi Hage, il a été publié en français sous le titre “Parfum de poussière”. Il y a reçu le Prix des libraires québécois. Son éditeur français lui a redonné son titre original, qui fait référence au film “Voyage au bout de l’enfer” et à la roulette russe à laquelle “jouaient” les jeunes beyrouthins imitant De Niro. Atom Egoyan aurait acheté les droits de “De Niro’s game” pour l’adapter au cinéma.
Ce roman va très probablement être très présent sur les blogs de lecture. Il a d’abord été chroniqué à l’occasion de sa sortie au Québec. Puis à sa sortie en France, il a été offert à plusieurs blogueurs de lecture par Denoël et Chezlesfilles (merci à eux).
Les avis de Kathel, Cathulu, Jules, Karine, Caro[line].
Challenge du 1% littéraire 2008























Swapounet
Challenge du 1% 2008
Jeu de la PAL 2009
J’ai beaucoup aimé ce roman aussi, je le trouve violent et poignant. Une très belle découverte. (Moi c’est la fin que j’ai trouvée un peu moins bonne.)
Fashion, pour moi aussi c’est une très belle découverte. J’ai hâte de lire ton billet et ceux des autres…
Lecture en cours, donc je reviendrai ultérieurement vers ton billet.
Il y a bien quelques lacunes, mais dans l’ensemble c’est un excellent bon roman!
Je le finis à l’instant, contente de pouvoir enfin lire ton billet, mais un peu sonnée, quand même.
Puis-je faire un copier/coller de ton billet, et le publier sur mon blog ? Tu décris exactement ce que je pense, le léger enthousiasme au début qui s’accroît au fur et à mesure, jusqu’à cette dernière partie que je trouve extrêmement touchante…
Très bon billet, vraiment, pour un très bon roman.
Jules, j’ai vu en effet que tu l’avais apprécié toi aussi. J’ai juste un petit point de désaccord avec toi, sur l’absence de poésie dont tu parles. Personnellement je l’ai trouvée malgré la violence du sujet…
Brize et Erzébeth, je me réjouis d’avoir bientôt deux beaux billets à lire…
Erzébeth, je ne me fais pas de soucis, je suis sûre que tu vas trouver les mots pour nous parler de ta lecture de ce roman !
Je suis en train de le lire. Ton billet est vraiment bien tourné.
C’est gentil Karine (c’est compliqué de s’y retrouver entre Karine qui l’a déjà lu et Karine qui est en train de le lire !). Mais si tu aimes les billets bien tournés, je te recommande les visites d’Erzébeth et Fashion… Et puis bien sûr, j’attends ton billet !
Eh bien, tant de gentillesse dans tes deux derniers commentaires me touche !
Je précise pour éviter les confusions! Un jour, je vais m’habituer à toujours inscrire de quelle Karine il s’agit!
C’Est un roman qui m’a beaucoup marquée (au point de m’empêcher de dormir) et qui a de très belles qualités, je trouve!
Je te rejoins tout à fait sur le “d’une grande violence mais aussi parfois d’une grande poésie” !
Moi aussi je me suis attachée progressivement au personnage que je trouve très touchant dans la dernière partie. J’aime bien la mise en relation que tu proposes avec les autres exilés, l’évocation de Linda. Et Atom Egoyan ! j’adore ce cinéaste ; ça devrait être intéressant !
Rose, c’est assez drôle, car nos commentaires (chez toi et chez moi) se sont croisés. Ah cette fameuse dernière partie…
Bonjour, quant à moi, je le commence juste : j’arrive à la page 50 et c’est maintenant le moment où je “rentre” dans le roman, le début est un peu difficile
Yv, c’est vrai, mais je suis sûre que tu ne regretteras pas d’avoir continué. Ce roman m’a laissé un fort souvenir.
[...] L’opinion de la tourneuse de page. [...]