L’homme qui ne voulait plus se lever

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Trouver un auteur en L n’est pas aussi problématique que dénicher un auteur en U, mais tout de même… J’avais prévu de lire un Lermontov, mais j’ai beau aimer les livres qui ont vécu, celui-là a tellement mal vieilli que son papier est devenu d’un jaune vraiment peu engageant et son toucher tout rêche. Et puis voilà, j’avais décidé de le lire alors que j’établissais ma liste en février, or nous sommes en décembre et pour le moment l’envie n’est plus là (c’est d’ailleurs le problème des challenges de lecture au long cours). J’ai donc finalement opté pour “L’homme qui ne voulait plus se lever”, un petit recueil de six nouvelles écrites par David Lodge entre 1966 et 1992. Son format est extrêmement motivant, son papier d’une couleur tout à fait sympathique, mais j’avoue ne rien pouvoir dire de sa douceur car je l’ai lu avec des gants, une écharpe, et trois paires de chaussettes. Et comme j’écris ce billet dans le même accoutrement, vous voudrez bien être indulgents avec les fautes de frappe (eh oui j’ai passé une semaine difficile entre agonie de téléphone portable et panne de chauffage).

Ce que j’ai préféré de ce recueil, c’est la préface. Et cela ne veut pas du tout dire que les nouvelles ne sont pas bonnes. La quatrième de couverture qualifie cette préface de passionnante, mais en bonne lectrice habituée aux quatrièmes de couv. publicitaires, je n’y croyais pas. Eh bien j’avais tort. Mieux vaut tout de même la lire en dernier (d’ailleurs en tant que membre du comité de défense des postfaces, je suis farouchement opposée au principe même des préfaces, mais c’est une autre histoire). Commençons donc par présenter brièvement chacune des six nouvelles.

Sous un climat maussade raconte les timides et drôlatiques premières aventures sexuelles de quatre étudiants et étudiantes en vacances à Ibiza en 1955.

Mon premier job est le récit que fait un prof d’université à ses étudiants de son premier petit boulot imposé par son père en 1952, l’été de ses 17 ans, job à l’origine de sa conception du travail.

L‘hôtel des Paires et de l’Impair raconte le séjour d’un couple d’Anglais sur la Côte d’Azur, occasion pour l’homme, un auteur de nouvelles, de découvrir la mode des seins nus au bord de la piscine de l’hôtel…

L‘homme qui ne voulait plus se lever nous raconte l’histoire d’un homme qui n’aime plus la vie et décide un beau matin de rester au lit.

L’avare conte la triste aventure de Timothy, un petit garçon plus fourmi que cigale, qui peu après la guerre avait voulu conserver précieusement ses fusées de feu d’artifice en prévision d’une fête et qui finalement regrettera de ne pas en avoir profité plus tôt.

Pastorale se déroule à Noël dans les années 50, alors que le jeune Simon organise un spectacle sur la Nativité avec l’espoir d’embrasser la jeune fille incarnant la Sainte Vierge.

Qu’ont donc en commun ces six nouvelles ? Écrites à la première ou troisième personne, elles ont toutes pour personnage principal un personnage masculin. Elles sont toutes au passé et plusieurs se déroulent dans les années cinquante, ce qui laisse à penser qu’elles sont probablement inspirées par les souvenirs de David Lodge, ce qu’il confirme d’ailleurs dans sa préface.

Dasns cette préface, David Lodge se présente comme un romancier ayant écrit très peu de nouvelles au cours de sa vie. Il considère les quelques textes réunis dans ce recueil comme des “fragments issus de l’établi d’un romancier” (reprenant en cela la formule de Kingsley Amis). Chacune de ces nouvelles a été inspirée par un ou plusieurs épisode(s) vécu(s), mais les dénouements sont souvent imaginaires. Bien que le mot soit un peu galvaudé, on pourrait donc dire qu’il y a de l’autofiction dans ces textes (mais n’y en a-t-il pas dans toutes les oeuvres de fiction ?). Pour chacune des nouvelles, David Lodge raconte dans la préface les conditions de l’écriture et les événements qui en sont à l’origine. Et il relit ces nouvelles en les associant aux romans écrits à la même époque.  Ainsi par exemple met-il en relation sa nouvelle “L’homme qui ne voulait plus se lever” avec son roman “Thérapie” et un épisode dépressif qu’il a réellement traversé. Et il fait de même pour chacune des nouvelles du recueil. Ce qui  m’a surprise dans cette préface est la simplicité et la lucidité avec lesquelles finalement l’air de rien David Lodge démonte le processus de la création. Pour cette raison, même si les nouvelles bien que très agréables à lire n’ont rien d’extraordinaire, l’ensemble du recueil m’a donné très envie de refaire connaissance avec le romancier David Lodge (dont je n’ai lu qu’Un tout petit monde) et peut-être plus encore de me tourner vers ses textes critiques… 

Lecture avec des gants

L‘homme qui ne voulait plus se lever et autres nouvelles / David Lodge, nouvelles traduites de l’anglais par Suzanne V. Mayoux, Rivages poche (Bibliothèque étrangère), 2005, 121 p., ISBN 2-7436-0194-X 

7 commentaires Leave a comment.

  1. David Lodge est un auteur qui m’intéresse énormément… je ne suis pas très “nouvelles” et je ne crois donc pas commencer avec celui-ci… mais bon, il me tarde de découvrir cet auteur!

  2. Je l’ai lu, celui-là ! Et pendant un cours de linguistique, d’ailleurs (non mais c’était affreux, il fallait faire autre chose pour survivre. Vraiment). Je n’en garde pas un grand souvenir, et pourtant ta présentation me remet en tête quelques-unes des intrigues… Comme je suis visiblement désignée pour laisser de longs commentaires aujourd’hui (j’en suis désolée), je continue :
    - curieux comme le L coince dans le challenge, j’ai eu le même souci, alors qu’il a quand même pléthore d’auteurs avec cette initiale !
    - je milite avec toi pour les postfaces. De toute façon, lire une préface AVANT le livre équivaut à connaître toute l’intrigue dans ses moindres détails. Dégoûtant.
    - j’espère que tu as à nouveau du chauffage… parce que ça, c’est bien monstrueux !

  3. Je ne connaissais pas ce recueil de nouvelles de Lodge, même pas le titre. De l’auteur, j’ai lu (au moins, car pour les autres, je ne suis plus sûre)”Changement de décor”, mais il y a longtemps, donc je me souviens seulement que ça m’avait plu. Toujours de David Lodge, bien sûr, mais dans un autre sytle, je te recommande “Hors de l’abri”, roman largement autobiographique, qui s’apparente à un roman d’apprentissage et que j’avais beaucoup aimé.

  4. Karine, tu sais je crois que David Lodge non plus n’est pas très “nouvelles”, alors tu as raison, mieux vaut commencer par ses romans ! Il dit d’ailleurs des choses intéressantes dans sa préface sur la différence entre nouvelle et roman. Il parle notamment de la différence pour le lecteur, qui lit généralement une nouvelle d’une traite, et ajoute : “En un sens, on est toujours impatient d’arriver à la fin d’une nouvelle, tandis qu’on peut regretter de terminer un roman par lequel on a été conquis.” Pas faux, je trouve…

    Erzébeth, je comprends, ça ne va pas non plus me laisser un souvenir impérissable (si la 1ère peut-être qui m’a bien amusée), mais ça m’a donné envie de retrouver cet auteur avec lequel je n’avais pas énormément accroché autrefois, alors ce n’était pas une lecture pour rien ! Et puis qu’est-ce que c’est que cette détestation de la linguistique? A vrai dire, ça ne me passionnait pas non plus (et j’ai tout oublié), sauf peut-être la sociolinguistique ce qui est très différent…

    Brize, voilà un très bon conseil, surtout que dés que j’entends le mot “autobiographie” mes oreilles se dressent (c’est mon côté félin). Je note donc…

  5. (il se trouve que suite à un phénomène inexpliqué, la majorité des profs de linguistique de ma fac sont incompétents. Réellement. Ça ne m’a pas aidé pour aimer leur matière… excepté la phonétique, où j’a-do-rais traduire phonétiquement des poèmes de Baudelaire).
    Tu as fini ton challenge 1% ? Non, je ne crois pas… parce que Lodge peut y entrer, avec sa “Vie en sourdine” !

  6. Je n’ai encore rien lu de cet auteur, mais je ne pense pas commencer par ses nouvelles de peur d’être déçue…

  7. Florinette, oui tu as raison, il vaut mieux commencer par un roman puisque lui-même se considère beaucoup plus romancier que nouvelliste. Je ne sais pas s’il a écrit un roman qui dépasse les autres, mais c’est en tous cas un auteur qui a beaucoup d’humour (je ne l’ai peut-être pas assez dit dans mon billet), alors il faut surtout s’attendre à un moment plaisant…


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