
“je me sentais dans le monde
comme si lui et moi n’avions rien à voir ensemble”
Ça commence comme un fantasme adolescent, de ceux qui ont inspiré des romans comme “Le diable au corps” ou des films comme “Le lauréat”. En Allemagne dans les années 50, un jeune garçon de 15 ans, Mickaël, rencontre une femme de 36 ans, Hanna. Parce qu’elle lui est venue en aide alors qu’il se sentait mal, il est allé chez elle, l’a vue repasser sa lingerie, mettre ses bas, et cela a nourri ses fantasmes jusqu’à ce qu’il devienne effectivement son amant. Au cours de cette liaison qui a duré six mois, Michaël a pris l’habitude charmante de faire la lecture à haute voix à Hanna, d’où le titre du roman.
“Pourquoi suis-je aussi triste, quand je repense à ce temps-là ?
Est-ce le regret du bonheur passé ?”
Cette histoire, qui occupe la première des trois parties du roman, pourrait à elle seule être une nouvelle que l’on qualifierait de légère, sensuelle, passionnelle. Pourtant dés la deuxième partie le roman va devenir grave, bouleversant, passionnant. Mickaël revoit Hanna sept ans plus tard. Nous sommes alors en 1965. Étudiant en droit, il est venu assister à un procès sur les camps de concentration en cour d’assises. Et Hanna se trouve sur le banc des accusés. A partir de là, le roman devient celui d’une génération d’allemands nés après la guerre, qui ne sait pas quelle attitude adopter face au passé nazi : “Est-ce que nous n’avons qu’à nous imposer ce silence de l’horreur, de la honte et de la culpabilité ?” Et puis il y a cette question posée par Hanna l’accusée : “Qu’est-ce que vous auriez fait ?” Le roman pose donc de grandes questions sur la culpabilité, la honte, la responsabilité collective… mais il n’apporte pas de réponse tranchée. Au contraire, il montre un personnage tiraillé entre condamnation et compréhension, un personnage qui au fil du temps va apprendre que la réalité ne se laisse pas facilement partager entre le bien et le mal, que tout est toujours plus complexe, plus nuancé.
Enfin il y a le secret d’Hanna, seule petite faiblesse du roman, car l’auteur nous donne dés le début tellement d’indices nous permettant de le deviner, que sa révélation au cours de la deuxième partie tombe finalement un peu à plat. Mais qu’importe, c‘était un grand sujet et Bernhard Schlink en a fait un grand roman, court roman pourtant qui surprend par sa simplicité, mais un grand roman tout de même, qui s’achève sur une troisième partie absolument bouleversante.
Quand on lit un roman dont on sait qu’il est un best-seller à l’échelle mondiale, on le lit en s’interrogeant sur les raisons de son succès. Bien sûr je n’ai pas la réponse, mais j’en envie d’hasarder une hypothèse. Peut-être que la force de ce roman est d’avoir traité ce que j’ai appelé un grand sujet, c’est-à-dire un sujet qui touche à la grande histoire, à de grandes questions philosophiques, et de l’avoir combiné avec une histoire individuelle, une histoire à taille humaine, qui dure d’ailleurs presque le temps d’une vie humaine, avec des sentiments simples, ceux d’un homme pour une femme, d’un fils pour son père, avec les questions existentielles d’un individu qui se retourne sur sa vie passée et se dit, simplement : “c’est désormais devenu ma vie, voilà tout”.
Le liseur / Bernhard Schlink, traduit de l’allemand par Bernard Lortholary (titre original : Der Vorleser), Gallimard (Folio), 1999, 242 p., ISBN 2-07-040458-7
Bernhard Schlink (1944-….) est juge et professeur de droit en Allemagne. Avant d’écrire “Le liseur”, il était déjà auteur de romans policiers.
“Le liseur” a été proposé par Mustango et XL dans le cadre du défi Blog-o-trésors. Sur les blogs, on trouve aussi les avis de Ys (qui m’avait bien donné envie de le lire), Lilly, Keisha, Sybilline, Karine, Argantel, Jules, Pitou, Sébastien, Allie, Fantasio…


















Swapounet
Challenge du 1% 2008
Jeu de la PAL 2009
J’avais beaucoup aimé ce roman et je suis tout à fait d’accord avec ton analyse sur les raisons de ce succès.
Ahlala, je t’ai lu en sautant quelques mots de temps en temps, il FAUT que je le lise, celui-là, je sais qu’il me plaira, beaucoup… mais le sujet m’impressionne un peu, je l’avoue.
Et c’est amusant, parce que j’ai justement terminé “Le diable au corps” hier soir…
tu me donnes envie de le relire. Je l’ai lu il y a fort longtemps, et j’avoue ne pas m’en souvenir énormément:)
Un billet qui me pousse (irrésistiblement ?)vers un livre dont j’avais déjà entendu parler mais qui jusqu’à présent ne m’attirait pas plus que ça.
Je ne l’ai pas encore lu mais ta critique me donne envie de le découvrir!
J’ai lu ce livre il y a longtemps et j’en garde un souvenir fort. J’avais énormément aimé.
Ton article est vraiment fouillé et devrait convaincre les derniers qui hésitent à le lire !
je vais faire tâche mais je ne l’ai pas encore lu, il est dans ma PAL et ton billet me donne envie de le lire, allez je finis le portrait de Dorian Gray et ensuite je m’y mets! ton billet est chouette et très complet!
Manu, je suis bien contente qu’on soit d’accord !
Erzebeth, tu as raison moi aussi je lis en diagonale les billets sur les livres qui m’attendent encore. Et je suis contente d’apprendre que tu lis quand même un peu ! Alors bientôt un petit billet sur le Radiguet ???
Amanda, peut-être que le film achèvera de te remettre toute l’histoire en mémoire (il sort le 1er avril et j’ai hâte de voir ça !)
Brize, c’est gentil et c’est un peu l’effet que m’avait fait le billet d’Ys, parce que jusqu’alors ce roman ne me faisait pas vraiment envie (et c’était idiot !)
Keltia, merci ! Et dépêche toi parce que quand le film va sortir, le secret d’Hanna va être partout dans les médias, alors le lire après ne sera plus la même chose…
Aifelle, je ne pense pas non plus oublier cette histoire de sitôt !
Keisha, vraiment (je réagis à “fouillé”) ? En tous cas j’ai essayé de ne dire que le minimum sur l’histoire et je serais ravie que d’autres soient tentés.
Lael, ma pauvre, un billet sur Dorian Gray !!! Je l’ai lu l’année dernière et j’ai renoncé à écrire dessus, tant je n’avais rien d’intéressant à dire et pas vraiment aimé d’ailleurs (même si le sujet est très fort, mais le connaissant déjà, j’avais été déçue par la lecture). Mais je vais lire ça chez toi avec intérêt !
(aucun billet sérieux n’est prévu avant le 9 février… même si je risque de faire une exception pour Radiguet, que j’ai lu pour le club de lecture toulousain, mais bon, rien n’est écrit et je ne me sens pas pressée du tout…
)
Je l’ai lu l’an dernier et c’était un coup de coeur pour moi. Je l’ai trouvé très émouvant !
Erzébeth, choix habile étant donné le thème retenu !
Alwenn, moi aussi ! Vivement le film !
En effet, un billet qui donne envie de lire le livre et qui me fait penser que mes articles sont bien légers ! hihihi
PetiteMarie, en fait pour moi ce blog est aussi un aide-mémoire. ALors je suis partagée quand j’écris : ne pas en dire trop sur l’histoire pour ne pas gâcher le plaisir de lecture de ceux qui n’ont pas encore lu le roman, mais écrire mes impressions de manière assez précise pour m’en souvenir plus tard (car je constate avoir oublié même les livres que j’ai beaucoup aimés)
Après un billet comme le tien, il n’y a plus à hésiter !!
)
Florinette, 3 parties, 3 séances de lecture : non y’a pas à hésiter !
J’ai aimé ce livre et j’en garde un bon souvenir (je l’ai jutement prêté à ma mère tout à l’heure) mais bizarrement, j’étais restée à distance du personnage d’Hanna, probablement parce que je n’avais pas réussi à lui “coller” un visage qui me plaisait…
C’est un livre qui m’avait enervé, mais qui m’a vraiment marquée. Un des rares dont je me souvienne à ce point (du livre et de mes impressions). Contrairement à toi, ce n’est pas l’attitude face au passé nazi qui m’avait le plus marquée, mais l’attitude face au secret d’Hanna. Est-ce qu’on doit aider et sauver les gens malgré eux? Est-ce que la Justice et la vérité priment sur les choix individuels? J’en ai beaucoup voulu au narrateur de n’avoir rien dit, et puis finalement je ne sais plus…
En tous cas, tu me donnes envie de le relire!
Mo, c’est vrai que le choix du narrateur ne laisse pas indifférent. Personnellement je crois que j’aurais fait comme lui, car il a aidé Hanna à sa façon. Mais je n’ai pas dit que son attitude face au passé nazi m’avait plus marquée (ou disons, si je me suis mal expliquée, que ce n’est pas ce que je voulais dire). En fait j’ai raconté la 1ère partie, présenté l’amorce de la 2e (le procès du nazisme), et je n’ai rien voulu dire de la 3e (le secret d’Hanna) pour ne pas gâcher le plaisir de futurs lecteurs, si ce n’est que je l’avais trouvée bouleversante. Il y a dans ce roman une histoire humaine qui nous touche plus qu’un essai sur le nazisme, et je crois que cela vient de la recontre entre petite et grande histoires. Bref, je suis bien d’accord avec toi et ravie de ton commentaire ! Et je crois qu’au moment de la sortie du film, tout le monde va avoir envie de le relire !
J’ai lu ce roman avant qu’il soit un best-seller et il fait parti des livres qui m’ont marqué et que je place dans mon panthéon personnel des livres à lire absolument !
Anjelica, et son dernier roman est très bien aussi (billet de lecture à venir) !
Bonjour, j’ai lu ce roman lors de sa parution. J’avais vraiment aimé. J’attends l’adaptation ciné (avec Kate Winslet). Je me demande ce que cela donne. Bonne journée.
C’est drôle, ce roman ne m’a pas bouleversé. Il se lit bien, mais après coup, je me dis que ce n’est qu’un roman de plus sur la Seconde Guerre mondiale. Au final, j’ai été assez déçu par ce roman.
je l’ai lu et j’ai beaucoup aimé. Ton hypothèse à propose du succès du livre me paraît compréhensible et juste. Une grande histoire qui pose des questions essentielles celle de la responsabilité, du poids des actes liée à une belle histoire d’amour qui me semble dramatique!
Dasola, j’ai l’impression de découvrir ton commentaire un mois après, désolée ! Mais comme le film n’est toujours pas sorti, je peux de encore te répondre que comme toi j’ai vraiment hâte de voir l’adaptation !
Nicolas, un roman de plus tu dis ? Moi il me semble qu’il n’y en a pas tant que ça qui aborde la question du point de vue des allemands de la génération suivante… Mais je comprends que tu n’adores pas. Schlink n’est pas à classer parmi les auteurs génialissimes, mais moi j’aime beaucoup le peu que j’ai lu de lui pour l’instant. Je lui trouve une belle sensibilité, de la délicatesse, une finesse qui me plaît beaucoup.
Lael, chouette ! Je suis toujours contente de voir les livres que j’aime appréciés par d’autres. Vivement le film qu’on prolonge un peu notre plaisir !