
“C’est terrible, de ne pas vieillir.”
Jean est chauffeur de taxi. Un jour dans son taxi monte un certain Salomon Rubinstein, 84 ans. Jean découvre alors un homme qui passe ses vieux jours à faire le bien autour de lui. Il va à son tour faire quelque chose pour Salomon, en l’aidant à renouer avec un amour passé…
L’histoire nous est racontée par Jean à la première personne. Jean est un autodidacte. Il passe sa vie dans les dictionnaires à la bibliothèque municipale ou à la librairie où il est d’ailleurs tombé amoureux de la libraire. Le ton est assez naïf, la formulation souvent comique. Dans ce roman, il est beaucoup question de la vieillesse et de la mort, mais ces sujets sont abordés avec beaucoup de légèreté, de fantaisie, et de souriantes trouvailles langagières. C’est l’histoire d’un jeune homme de vingt-cinq ans qui regarde un vieillard en se demandant : à partir de quel âge se couche-t-on incertain de se réveiller le lendemain ? Ou encore : à partir de quel âge cesse-t-on de rêver ? C’est un roman sur la fragilité de la vie, car comme les goélands englués dans le mazout, nous sommes tous des animaux en voie de disparition. Et c’est finalement un roman sur ce petit drame intime et universel : on ne vieillit pas vraiment, les apparences sont trompeuses.
“Si je te disais que moi, ici présent, Salomon Rubinstein, je voudrais encore m’asseoir dans un jardin, ou peut-être même un square public avec peut-être des lilas au-dessus et des mimosas autour, mais c’est facultatif, et tenir tendrement une main dans la mienne, les gens tomberaient de rire comme des mouches.”
Si j’avais lu ce roman en blind test (non pas les yeux fermés mais la couverture ôtée, ce qui pourrait être une idée pour une chaîne à venir), s’il n’avait été question tout au long du roman du naufrage de l’Amoco et s’il n’y avait eu cette phrase “Prévert est mort et Raymond Queneau aussi”, je crois que je l’aurais pris pour un roman de Queneau. C’est un roman extrêmement touchant, le genre de roman qui vous émeut et vous fait du bien en même temps. Bref, il m’a beaucoup beaucoup plu. Ses préoccupations et ses références rencontraient les miennes de manière si magique, que ce roman que je découvre trente ans après sa première publication me semble presque avoir été écrit pour moi et moi seule (que les enchaînés et surtout Yueyin que je remercie infiniment pardonnent mon égocentrisme). La preuve en image :

Enfin, je termine par un petit conseil aux enchaînés :
Parfois on se demande vraiment à quoi pensent les éditeurs ! Au début de ce livre, on trouve une présentation de l’auteur sur une page et au dos de cette page le résumé du livre. On pourrait croire qu’il s’agit de la suite de la présentation de l’auteur et on ne se rend compte qu’il s’agit d’un résumé qu’en le lisant. Aussi je vous recommande de ne pas commettre la même erreur que moi et de sauter par-dessus ce résumé.
L’angoisse du roi Salomon / Romain Gary (Émile Ajar), Gallimard (Folio), 1987, 349 p, ISBN 2-07-037797-0
“L’angoisse du roi Salomon” est le quatrième et dernier roman publié par Romain Gary sous le nom d’Émile Ajar en 1979. Ce roman m’a été envoyé dans le cadre de la Chaîne des livres 2009. Il a été proposé par Yueyin et a déjà été lu par Isil. Sur les blogs on trouve aussi l’avis de Praline.
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Swapounet
Challenge du 1% 2008
Jeu de la PAL 2009
C’est une belle rencontre que tu nous racontes là, une belle harmonie entre livre et lecteur. Et c’est ok pour le conseil : j’éviterai le résumé.
Ah non, c’est à MOI qu’il s’adressait! Non? Peut-être que c’est un thème universel après tout. C’est un beau roman en tout cas.
J’ai son autobiographie en stock depuis la première, mais je ne l’ai jamais lue. Encore un auteur à découvrir un jour…
Je l’ai lu il y a bien longtemps et j’avais adoré.
Ys, le pire c’est que dans l’édition récente le résumé est toujours à la même place !
Isil, tu ne veux pas me laisser mes illusions ? En tous cas pour le reste de la chaîne, maintenant pour moi la barre est haute !
Lilly, mais qu’est-ce que tu attends !? Moi j’avais lu et aimé La vie devant soi mais bizarrement j’en étais restée là…
Aifelle, ce que je me demande maintenant c’est si on peut ne pas aimer ce livre… Je vais le suivre à la trace dans la chaîne pour savoir !
Comme quoi, il faut se méfier des titres… celui de ce roman m’aurait fait passer mon chemin sans aucun regret, mais maintenant que tu nous as montré un peu ce qu’il recélait… j’ai envie de voir si la rencontre entre ce livre et moi pourrait être aussi belle que la tienne.
C’est une découverte. Tout comme Erzébeth, je n’étais pas attirée par le titre… Mais maintenant, c’est différent ! Merci
Erzébeth et Pagesapages, vous m’en voyez ravie ! Suivons-le maintenant dans la chaîne et voyons s’il enthousiasme tout le monde autant que moi…
Et dire que pendant 20 ans j’ai cru qu’il l’avait écrit pour moi
Cela me fait chaud au coeur de voir que tu l’as autant aimé, car au départ on ne sait pas grand chose des gouts des participants de la chaîne et même s’il est tout à fait normal qu’un roman ne plaise pas à tout le monde, on n’aime à voir ses préférés appréciés
Yueyin, je n’en reviens pas moi-même de m’être autant emballée. Merci de l’avoir fait voyager !
Cette chaîne a encore fait une heureuse