Le club Jane Austen

Le club Jane Austen

“Chacun de nous possède sa propre Jane Austen.”

De nos jours en Californie, cinq femmes et un homme se réunissent une fois par mois pour parler de Jane Austen. Au cours des six mois que dure la lecture des six romans, la vie de chacun continue et un mystérieux narrateur en profite pour nous renseigner sur le passé de chacun…

Le début du roman de Karen Joy Fowler ressemble à ces tours de table que l’on fait dans les réunions où personne ne se connaît. Vous savez ces tours de tables qui ne servent à rien qu’à décliner une identité que personne ne retiendra et à se faire une première idée fausse de chacun. Car dans la vraie vie, les personnes réelles sont généralement plus complexes que ce qu’elles veulent bien dire d’elles-mêmes lors d’un premier contact ou que ce que l’on croit deviner au premier regard. Aucune subtilité de ce genre chez Karen Joy Fowler. Vous pouvez prendre pour argent comptant tout ce qui vous est dit dans le prologue. Chaque personnage possède ses petites caractéristiques immuables : Jocelyn c’est la marieuse du groupe, Bernadette c’est celle qui a de l’humour et se laisse aller, Prudie c’est la plus sombre, etc. Mais peut-on vraiment faire ce reproche à un roman qui parle de Jane Austen ? Je n’ai lu qu’Orgueil et préjugés et je dois dire que les personnages de Jane Austen ne m’ont pas paru plus subtiles (je vais peut-être me faire gronder d’avoir osé écrire cela, j’en suis consciente, mais je prends le risque :)  !). Pourtant il y est également question de la première impression qui peut être trompeuse (d’où le titre de la 1ère version du roman qui était justement “First impressions”) mais il s’agit plus d’un malentendu de départ que d’une évolution des personnages. Prenez les cinq soeurs Bennet : il y a Jane, la plus jolie et la plus douce, Elizabeth, moins jolie mais avec du charme et surtout plus d’esprit, Mary au physique ingrat qui se réfugie dans l’étude en ne demeurant pourtant qu’une pauvre idiote ridicule, et les deux dernières, Kitty et Lydia, deux petites écervelées volages. Pensez-vous qu’à un moment Jane dira une méchanceté, que Mary aura une pensée brillante et Lydia une réflexion d’une grande profondeur ? Jamais !  Les personnages de Jane Austen sont ce qu’il sont et le restent d’un bout à l’autre du roman (bon je m’avance un peu, car ça arrive peut-être dans d’autres romans). En cela Karen Joy Fowler a été fidèle à son modèle. Je l’imagine préparant son roman en rédigeant une petite fiche sur chacun de ses personnages. Dans le prologue, elle recopie ses fiches (petite précision suite aux questions en commentaires à ce billet : les associations en vert ne figurent pas dans le prologue) :

  • A l’origine du club nous avons Jocelyn. Elle a la cinquantaine, tient un chenil, et est une amie d’enfance de Sylvia. Elle apprécie chez Jane Austen les histoires de mariage. Pourtant comme la romancière, elle est restée célibataire. C’est l’entremetteuse du groupe, autrement dit une Emma
  • Bernadette est la doyenne du groupe. Elle apprécie surtout l’humour de Jane Austen. C’est Elizabeth à 67 ans (enfin je crois).
  • Sylvia vient d’être quittée par son mari. C’est une bibliothécaire d’une cinquantaine d’années. Elle apprécie beaucoup les histoires de famille et la finesse d’observation de Jane Austen. Si j’ai bien compris (et rien n’est moins sûr), elle est Anne.
  • Allegra est la fille de Sylvia. Elle a 30 ans, elle est créatrice de bijoux et est homosexuelle. Elle apprécie les préoccupations sociales et féministes de Jane Austen. Elle est très extravertie, passionnée. Elle est donc Marianne. (Et sa copine Corinne est un peu Jane Austen herself)
  • Prudie, 28 ans, est la benjamine du groupe. Elle est mariée et prof de lycée. Elle aime surtout Persuasion, considéré comme le roman le plus sombre de Jane Austen. Elle pourrait donc être Anne. Mais c’est Mansfield Park qu’elle présente chez elle. Serait-elle donc Fanny Price ou Mary Crawford ? (là j’avoue que je n’ai une fois de plus rien compris du tout)
  • Enfin Grigg est le seul homme du club. Il a la petite quarantaine. C’est Jocelyn qui le fait entrer dans le club avec l’intention de le présenter à Sylvia. Féru de science fiction, il n’a jamais lu Jane Austen, mais ne demande qu’à la découvrir. Il est donc Moi ;) ! Mais pour le club, il lit Northanger Abbey. Serait-il Catherine ? Ou alors Henry ?

Mais ça aurait été tellement mieux si le lecteur avait pu découvrir les personnages au fur et à mesure des réunions du club et se faire lui-même une idée du rapport qu’entretient chacun avec Jane Austen ! Pourquoi tout lui servir comme ça sur un plateau d’entrée de jeu ?

Contrairement à ce qu’a pu vous laisser croire le début de mon billet, j’ai tout de même apprécié ce roman. J’ai aimé sa construction et son mystérieux narrateur qui dit “nous”. En dehors du prologue et de l’épilogue, le roman est composé de six chapitres (de “Mars” à ”Août”), chacun consacré à une réunion du club autour d’un des six romans de Jane Austen. Je n’ai pas pu apprécier pleinement les discussions sur les personnages de Jane Austen, ne les ayant pas encore tous rencontrés (loin de là !). Mais justement ce roman m’a paru être une bonne introduction et à l’oeuvre de Jane Austen et à ce monde d’Austenmaniaques (surtout qu’il y a plein d’infos à la fin, notamment des petites résumés des romans d’Austen). C’est d’ailleurs un roman qui interroge la résonance que peut avoir Jane Austen aujourd’hui, et en cela c’est une idée de roman très intéressante. Mais pourquoi se dégage-t-il tout de même de ce roman un sentiment d’ennui ? C’est un peu terne, un peu sage, sans surprise… Soupirs ! La fin n’est pas mal, puisque nous avons un mariage en guise d’épilogue. Mais enfin, rien de bien extraordinaire ! Et puis surtout, c’est un roman qui n’offre pas une place bien intéressante à son lecteur. Dommage !

Le club Jane Austen / Karen Joy Fowler, traduit de l’américain par Sylvie Doizelet (titre original : The Jane Austen Book Club), Folio, 2007, 374 p., ISBN 978-2-07-03871-9

Challenge Jane Austen

D’autres avis sur les blogs de lecture : Karine (Karine et ses livres) s’est un peu ennuyée, Karine (Mon coin lecture) n’a pas trop accroché, Laure a abandonné à la page 72, Allie a beaucoup aimé, Manu a apprécié une lecture délicieuse et originale, Cuné a ressenti un authentique plaisir de lecture… Des avis partagés donc !

20 commentaires Leave a comment.

  1. Bah, je n’ai pas trop été emballée, je m’attendais à plus de vrais morceaux de Jane Austen dedans…

  2. Ce livre m’avait laissé un bon souvenir, mais c’est vrai que je l’ai lu il y a assez longtemps. Mais je me suis promis de le relire quand j’aurais enfin lu les romans de Jane Austen (pour l’instant, je n’ai lu que “Raisons et Sentiments”). En revanche, j’ai beaucoup aimé le film qui en a été tiré !

  3. Une lecture que j’avais trouvée bien agréable, mais j’avais pesté de ne découvrir les résumés des romans qu’a posteriori car mes connaissances se limitant à deux d’entre eux, ils m’auraient été utiles.

  4. J’avais bien aimé le livre, mais je dois dire qu’il ne m’était pas venu à l’idée d’essayer de voir quel personnage correspondait à quel autre dans Jane Austen,et je ne le ferais pas vu que je n’ai pas trouvé que ses personnages étaient si figés que ça.

  5. J’avais bien aimé ce roman, mais le film qui en a été tiré est à mon avis encore mieux! Des modifications ont été faites (par exemple le personnage de Grigg qui est beaucoup plus jeune et attachant) et c’est un plus, selon moi!

  6. Oups… je viens de lire ton billet précédent et je vois que le film ça n’a pas fonctionné non plus :( Dommage.

  7. Les avis sont si partagés que j’hésite fortement. Je vais peut-être me laisser tenter par le film, plutôt.

  8. Keisha, l’idée de départ est intéressante, mais on ne parvient pas à être vraiment emballé, dommage !

    Virginie, oui c’est quand même un livre plaisant, pour passer un petit moment distrayant. Et bien sûr il vaudrait mieux le garder pour la fin. Par contre, moi je n’ai pas adoré le film !

    Brize, c’est vrai que ça peut aider, mais je ne voulais pas trop lire les résumés avant de lire les oeuvres. Alors j’ai survolé, juste pour tenter de repérer les héroïnes auxquelles on associe les personnages du roman… Voilà ce qui arrive quand on ne fait pas les choses dans l’ordre !

    The Bursar, ah bon tu crois que j’ai déliré complètement ? Il y a quand même des cas où c’est flagrant (comme Jocelyn en Emma ou Allegra en Marianne), alors du coup j’ai essayé de deviner les autres, mais avec mes maigres connaissances austeniennes, ce n’était pas évident !

    Allie, non en fait tu ne sais pas encore tout, car j’ai revu le film après avoir lu le livre. Et j’en parle demain si je trouve le temps d’écrire un billet. Ah mais quel suspens sur ce blog !!! :D

    Neph, mais là encore les avis sont partagés. Certains préfèrent le film, mais pas moi !

  9. C’est toi qui a fait le parallélisme entre les personnages du livre et ceux de Jane? Ou alors l’auteur l’a vraiment écrit tel quel?

    Ça peut être sympa de le lire mais après avoir lu tous les titres de Jane surement … ^^

  10. Thalia, merci de me donner l’occasion de rectifier, car je n’ai pas été claire en effet. Dans son prologue, elle nous présente ses personnages en nous disant notamment quel rapport chacun entretient avec Jane Austen (quel est son livre préféré, s’il aime surtout l’humour, les histoires de mariage, etc.). La tentative d’associer chacun à un personnage de Jane Austen est mon petit délire personnel. Si le rapprochement est vraiment évident pour certains, il est probablement plus tiré par les cheveux pour d’autres. Et je pense qu’après avoir lu tout Jane Austen, on doit pouvoir mieux juger que je ne peux le faire actuellement (toujours ce satané désordre !)

  11. Non, j’irai pas jusqu’à délirer, c’est vrai que Jocelyn en Emma c’est ce qui saute aux yeux dès les premières pages. Pour Sylvia, c’est juste, c’est bien Anne, à cause de la fin.
    Mais après je ne suis pas sûre qu’il soit réellement possible de faire que chacun des autres personnages puissent correspondre nettement avec un personnage Austénien, je pense que le prologue nous présente plus le fait que chacun correspond à une lecture différente.

    Grigg serait plutôt Henri Tilney car il fait la différence entre le réel et l’imaginaire, ce qui n’est pas le cas de Catherine. Et là, c’est malin, maintenant je suis partie pour essayer de savoir qui peut être quel personnage^^

  12. Je n’ai pas lu le livre mais ai bien apprécié le film. Un très bon moment.

  13. En ce qui concerne le livre, c’était juste so-so… mais j’ai beaucoup aimé le film, bizarrement! Il m’a manqué d’Austen, je crois!!

  14. The Bursar, haha j’ai l’impression qu’on est d’accord finalement !

    Theoma, j’ai trouve le film un peu décevant, mais je l’aime bien quand même !

    Karine, oui le livre et le film sont très différents, alors on peut les apprécier différemment !

  15. A moitié, je ne suis pas sûre qu’il soit possible de coller à chaque personnage son équivalent austénien, par exemple, avec ses multiples mariages, c’est peu austénien. Je l’aurai plutôt rapproché de Catherine pour son goût pour les histoires et l’histoire des Corbeaux… et pour Prudie, je ne vois pas, ni pour Allegra.

  16. Le coup du narrateur m’a énervée au possible, abandon pour ma part page 50.
    Ton billet est très intéressant par contre, lui. :)

  17. The Bursar, j’imagine que tu parles de Bernadette. En fait j’ai imaginé que c’était Elizabeth, mais à la soixantaine. Il faut donc un peu extrapoler, imaginer que son mariage avec Darcy ne dure pas et qu’elle se remarie 5 fois ! Mais pourquoi pas !!! :D

    Fashion, en tous cas tu n’as pas à avoir de regrets pour ton abandon, car nous n’avons jamais la solution de l’énigme du mystérieux narrateur !

  18. J’ai eu la même impression que toi, sympatique mais sans plus. Il manque quelque chose, on reste sur sa fin.

  19. Titine, c’est pour ça qu’après on regarde le film, avec l’espoir d’être enfin rassasié !

  20. Beau billet complet ! C’est vrai que j’avais beaucoup aimé, et encore aujourd’hui, j’en garde un bon souvenir de ce livre.


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