
En 1945 à Stettin en Allemagne, Alice abandonne sur un quai de gare son petit garçon de 7 ans. La guerre est pourtant finie. Les bombardements viennent de cesser laissant Stettin en ruine. L’Armée rouge occupe déjà la ville qui fera bientôt partie de la Pologne et beaucoup d’Allemands fuient vers l’Ouest. Alice aurait donc pu en faire autant avec son enfant. Alors pourquoi ce geste désespéré ? Pour tenter de le comprendre, Julia Franck reconstitue la vie d’Alice depuis son enfance au début du siècle, en s’attardant sur sa jeunesse dans les années folles, puis son mariage alors que l’idéologie nazie progresse en Allemagne.
“Les soupirs de Martha étaient imprévisibles, Helene les lui soutirait, elle croyait connaître chaque fibre, chaque nerf qui courait sous la peau de sa soeur, elle effleurait son corps sur toute sa longueur, tel un de ces instruments qui ne rendent de sons que losqu’on en effleure les cordes d’une manière bien précise”.
Passé le prologue où les circonstances de son abandon nous sont racontées à travers les yeux de l’enfant, le roman nous entraîne à Bautzen à la veille de la Première guerre mondiale, pour y faire la connaissance de deux soeurs, Martha et Helene. C’est cette fois à travers le point de vue d’Helene (dont nous ne tarderons pas à deviner qu’il s’agit d’Alice) que nous sont racontées son enfance, sa relation difficile avec sa mère, sa tendre relation incestueuse avec sa soeur, puis leur jeunesse à Berlin chez leur tante Fanny où elles découvrent une vie festive, un monde d’artistes et d’étudiants qui fréquentent les mêmes clubs de jazz. L’homosexualité pour l’une, un amour malheureux et un mariage raté pour l’autre, la crise de 1929, la montée du nazisme qui viendra leur rappeler leur origine juive, la guerre… ce sont là les principaux thèmes de ce roman passionnant d’un bout à l’autre.
“Carl parlait théâtre. En quelques phrases ils s’accordèrent à préférer la tragédie classique sur scène et les lectures romanesques à la maison, mais leur accord, leur acquiessement, leur oui étaient surtout dus à leur impatience, ils ne voulaient plus avancer masqués, ils voulaient se rapprocher et cherchaient à se dire leur commune façon de voir les choses.”
Ce n’est pas un roman historique, même si de toute évidence il y a eu un travail documentaire de la part de l’auteur. C’est plutôt l’histoire d’une femme avec en toile de fond l’Allemagne de l’entre-deux-guerres, une grande fresque très romanesque portée par une belle écriture. Certaines scènes sont très fortes, les scènes d’amour si périlleuses joliment ou affreusement réussies. Julia Franck écrit merveilleusement les sentiments, le désir, la folie… Elle n’en dit jamais trop, sait rester allusive, ne pas trop donner dans la psychologie. La fin du roman est à la hauteur du reste, retenue et douloureuse. Bref “La femme de midi” a été pour moi une très belle surprise de cette rentrée littéraire.
“C’était facile de marcher la main dans sa main. Plus d’ombre pesant d’un poids de plomb, plus rien ne l’oppressait comme une tombe, et la fin du monde était encore loin.”
Ce roman inspiré de l’histoire familiale de Julia Franck (son père ayant été l’enfant abandonné sur un quai de gare) a connu un grand succès en Allemagne où il est resté en tête des ventes pendant deux ans et a reçu le Prix du livre allemand en 2007. Espérons donc qu’il connaîtra le même succès en France et que cela incitera son éditeur français à faire traduire le précédent roman de son auteur.
La femme de midi / Julia Franck, traduit de l’allemand par Élisabeth Landes (titre original : Die Mittagsfrau), Flammarion, 2009, 369 p., ISBN 978-2-0812-1373-9
Je fais de ce roman un livre voyageur, c’est-à-dire que je le prête à tout blogueur de lecture connu sur ce blog qui en fait la demande en commentaire.
2/7 ![]()





















Swapounet
Challenge du 1% 2008
Jeu de la PAL 2009
Très appétissant mais je n’ai pas envie d’Allemagne nazie en ce moment.
Ce que tu en dis m’incite à lire ce roman, mais un peu plus tard, en prenant mon temps!
Ton billet me donne envie de découvrir ce livre, que je n’avais pas repéré dans les parutions de cette rentrée. Je m’inscris donc dans la liste, si tu veux bien (même si d’autres livres sont en attente de lecture).
Tu as de la chance d’avoir déjà trouvé ton bonheur dans la rentrée littéraire. Pour ma part, je désespère un peu…
Praline, quelle horreur ! Je comprends ce que tu veux dire, mais ton commentaire m’a quand même fait sursauter !
Mango, mais quand tu veux !
Virginie, c’est vrai que pour l’instant on en a peu parlé. Tu es donc la première sur la liste ! Tu m’envoies tes coordonnées par mél ?
Ys, oui j’ai vu que même Manguel t’avait déçue. Mais enfin il doit t’en rester pas mal sur les 659, alors il y a encore de l’espoir !
Je suis contente de te relire !
Et que ce soit avec un coup de cœur, c’est encore mieux. Ta présentation est très intéressante… la thématique ne m’attire pas pour l’instant, mais je te ferai signe si je change d’avis !
J’avais lu dans l’été la critique du Times Littérary supplément qui était très bonne et qui faisait envie, je surveillais la parution en france et ton billet me pousse à le lire
Hum, je ne sais pas. J’ai bien envie de le lire mais 369 pages sur cette thématique, hum again.
Bon allez, je suis une aventurière, je m’inscris aussi.
Erzébeth, tu as raison, pour bien vivre cette rentrée littéraire, mieux vaut suivre son instinct !
Dominique, c’est très intéressant ce que tu me dis là, et je vais d’ailleurs partir en quête de cette critique, car justement je m’interroge sur l’accueil que la critique va réserver à ce livre. Ce n’est pas un chef-d’oeuvre, c’est le type même du roman populaire qui a tout en lui pour être un grand succès et donc pour plaire au public et se faire descendre par la critique. Mais s’il m’a plu et s’il ma surprise, c’est que ce n’est pas un simple roman-scénario car il y a une vraiment belle écriture (et pour nous une belle traduction), de la sensibilité et de la sensualité dans les mots. Côté critique, pour l’instant j’ai lu celle de J. Savigneau dans Le Monde qui a visiblement aimé, mais passe son article à raconter l’histoire d’un bout à l’autre. Et justement une critique du Zeit dans Courrier international qui pose cette question que personnellement je me pose toujours, à savoir qu’est-ce qu’un grand roman, qu’est-ce qui manque à celui-ci malgré toutes ses qualités pour en être un (mais elle n’apporte pas vraiment la réponse, trouve seulement le roman trop didactique, ce qui est selon moi totalement faux). Bref, je suis très curieuse de l’accueil qui va être réservé à ce roman en France !
Fashion, cool ! Tu es donc en 2e après Virginie !
Moi aussi, je suis très tentée par ce roman. Première fois que j’en entends parler, ça change !
et je veux bien m’inscrire dans la suite de son voyage
J’ai hésité à l’acheter ce matin, vu ton avis je vais me précipiter lors de mes prochains achats livresques.
Bonne journée.
Je suis vraiment très très tentée mais je vais résister pour trois très mauvaises raisons : la PAL, les swaps qui me font craquer et le sujet dont j’ai peur de ne pas pouvoir supporter tant il me va droit au coeur. Merci pour ta proposition ! Si jamais je propose également un livre voyageur en ce moment…
Un livre qui me tente bien, mais plus tard, j’ai besoin de sortir un peu de cette thématique là pour le moment.
Choco, te voici donc 3e sur la liste !
Ptitlapin, et un achat de plus ! J’en suis contente, parce que j’espère vraiment que le succès de ce roman permettra au 1er roman de Julia Franck d’être publié en français !
Theoma, tu as raison, il faut savoir résister aussi parfois !
Aifelle, si tu parles de la guerre et du nazisme, c’est drôle mais moi je suis à fond dans cette thématique cette année ! Il faut dire que ça a inspiré pas mal d’oeuvres…
4ème donc, si c’est possible
Amanda, mais bien sûr ! Et de 4 femmes de midi !
Des tentations, encore…
Ce livre semble traiter avec délicatesse un sujet “grave” et sensible…
SÈCHE.
Voilà ma réponse à ton interrogation actuelle, ce qui est ravissant, puisque dès que tu auras modifié ton espace de pensées, ce commentaire sera totalement incompréhensible.
Tu trouveras un autre moyen de célébrer l’automne, va.
Je le note , un des rares livres de la rentrée semblant au dessus du lot
J’ai bien failli l’acheter ce matin mais je me suis retenue de justesse en me disant que ce ne serait pas raisonnable; ceci dit ton commentaire me fait craquer alors si je peux m’inscrire!
En passant dès que je finis Le Club des incorrigibles optimistes il deviendra également un voyageur alors n’hésite pas s’il te tente..
Mariel, c’est exactement ça !
Erzébeth, même aujourd’hui je n’ai pas compris tout de suite ce mot en capitales. J’ai cru que tu me criais dessus, que tu étais fâchée contre moi pour je ne sais quelle raison. Mais non, c’était un cri de soutien alors je t’en remercie !
Eh oui je prépare une petite tricherie !
Michel, contente que tu le notes, mais n’exagérons pas, on en a encore découverts trop peu. Et personnellement j’en ai encore deux très bien sous le coude…
Cécile, bien sûr je t’inscris, mais il faudra que tu sois patiente car tu es la 5e. Et oui il me fait bien envie ce club, même si je sais que c’est un gros pavé. Alors je postulerai. Merci de me l’avoir proposé !
Même si le thème est difficile, ta présentation donne envie de se laisser tenter sur la vie de cette femme que tout le monde pourrait détester pour un tel geste.
une histoire qui me tente, mais pas pour le moment…merci de ce partage
Thalia, c’est vrai, ça rend d’ailleurs ce roman un peu dérangeant, car on ne sait pas si on peut aimer cette héroïne.
Wictoria, plus tard donc !
J’ai detesté au point de ne pas le terminer! Tout en reconnaissant la qualité de la plume de l’auteur! Le thème, les personnages, la manière de raconter ces amours… Tout m’a paru glauque et lourd. Bref, un ratage.
Chiffonnette, dommage ! Mais si tu crois qu’un petit commentaire comme celui-ci, va suffire à me détourner du jeu de la PAL, ce que tu te goures, Chiffonnette Chiffonnette, ce que tu te goures !
Ce portrait me tente bien, malgré le commentaire de chiff! Ca semble très, très sombre. Bon, pas pour un livre voyageur, par contre, ça coûte plus cher de le renvoyer que de l’acheter, par ici!!! Donc, sur la liste d’achats!