Le sommeil du lecteur n’est pas celui du caïman

Le sommeil du caïman

“Je ne suis qu’un amoncellement de souvenirs. C’est là ma seule identité. Un archiviste désordonné, plein d’hallucinations et de caprices. Incohérent. L’incohérence est la seule vérité possible, la vérité de l’instant. J’ai mis beaucoup de temps à l’apprendre.”

Il est réceptionniste dans un hôtel à Toronto, au Canada, depuis plus de trente ans et à six mois de la retraite. Arrive alors dans son hôtel un certain Luis Bielsa, un espagnol de soixante-seize ans. Bielsa ne semble pas reconnaître le réceptionniste. Mais le réceptionniste se souvient. Il revoit l’été 1956 à Barcelone. Il avait alors vingt-cinq ans et croyait à la révolution…

“Dans le clignotement du téléviseur apparaît un caïman immobile. Endormi ou mort, il flotte à la dérive au bord d’une mare et un jeune daim s’approche pour boire. Soudain le daim n’est plus qu’un amas de chair, de sang qui teint la couleur ocre de la mare.”

Ce roman est l’histoire d’une trahison et d’une vengeance bien des années plus tard. On le sait dés le début du roman. On n’en sait guère plus à la fin. J’ai trouvé ce roman complètement creux, d’un ennui mortel. Je dois reconnaître à l’auteur un certain savoir faire, mais à quoi bon ?

Il y est bien question également de la mémoire, des fantômes, du souvenir d’une histoire d’amour de jeunesse, des souvenirs traumatisants des prisons franquistes, de la torture et autres joyeusetés, mais rien de bien palpitant. Comme le ressassement de la mémoire, le récit est répétitif, il tourne sur lui-même indéfiniment. Antonio Soler manie très bien la répétition, le style est élégant, mais son roman particulièrement soporiphique.

Le sommeil du caïman / Antonio Soler, traduit de l’espagnol par Françoise Rosset (titre original : El sueño del caimán), A. Michel, 2009, 207 p., ISBN 978-2-226-19396-4

Antonio Soler (1956-….) est l’auteur de Les héros de la frontière (1999), Les danseuses mortes (2001), Le spirite mélancolique (2004), Le chemin des anglais (2007).

Sur le site Rentrée littéraire, on peut lire une longue critique d’un blogueur que ce roman a de toute évidence passionné.

7/71%

4 commentaires Leave a comment.

  1. Ben, celui-là, tu ne le proposes pas en livre voyageur ? Je suis déçue. J’espère que c’est uniquement parce qu’il ne t’appartient pas.
    (mais rassure-toi, je n’aurais pas été candidate)

  2. Erzébeth, bien deviné ! Sinon tu imagines que je l’aurais prêté avec grand plaisir, s’il y avait eu des courageux malgré ma critique dissuasive. En tous cas Josyane Savigneau a aimé et l’a écrit dans Le Monde, alors c’est sûrement très bien et c’est moi qui suis une mauvais lectrice ! :)

  3. Je dois avoir qqes trains de retard, mais Savigneau n’ avait-elle pas quitté Le Monde ?

  4. Dominique, je n’ai pas tout très bien suivi non plus. Alors je te dis ce que je sais : elle a dirigé Le Monde des livres puis a été “remercié”. Après je ne sais pas. Mais aujourd’hui elle écrit de nouveau dans Le Monde des livres. Et elle a bien aimé La femme de midi !


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