Mon challenge d’escargot dopé

Il y a deux mois de cela, je me lamentais sur l’état d’avancement de mon challenge ABC que j’appelais alors “mon challenge d’escargot“. Comme je m’étais quelque peu dispersée, je n’en étais alors qu’au 4e livre sur 26. Mais voici que l’escargot s’est réveillé et j’en suis maintenant à mi-chemin, avec 13 livres lus. Je vais donc pouvoir me reposer un peu sur mes lauriers et entamer enfin mon Défi Le nom de la rose.

Il y a deux mois également, je prétendais que ma liste de livres choisis pour ce challenge était définitive. Or j’ai rencontré des difficultés pour me procurer certains titres et donc décidé de les remplacer par d’autres livres acquis depuis. Cela concerne les lettres D, G, R, et S. Il y a aussi dans ma liste une petite tricherie pour la lettre X, mais celle-ci était à l’origine totalement involontaire. Quoi qu’il en soit, maintenant que je m’en suis aperçue, j’ai décidé d’assumer cette tricherie.

Ce challenge m’a déjà permis de faire de belles découvertes, et pourtant je n’envisage plus de le refaire l’année prochaine. Tout d’abord parce que ce seront toujours les mêmes lettres qui poseront problème, mais aussi parce que je ne veux plus décider de mes lectures un an à l’avance. En revanche, si de sympathiques petits challenges se présentent, je me laisserai probablement tentée. Et puis j’envisage également de me constituer de temps en temps de petites PAL thématiques de 5 ou 10 livres, comme la PAL française contemporaine prévue pour mes vacances. Ce seront en quelques sortes mes petits challenges perso.

Le principal défaut de ce gros challenge ABC est qu’il me prive (ou me priverait si je jouais totalement le jeu du challenge) de ce que j’appelle “l’effet boule de neige de la lecture”. En effet, hors challenge un livre qu’on a aimé en appelle d’autres : les autres écrits du même auteur, les oeuvres qui l’ont influencé ou qu’il a influencées, les oeuvres du même genre, du même thème, de la même langue, ses contemporains… Par exemple, mon challenge ABC 2008 m’a fait découvrir Kourkov et Ikonnikov, deux romanciers russes contemporains. J’ai adoré ce que j’en ai lu et je me suis immédiatement acheté un autre livre de chacun d’eux. Mais voulant avancer dans mon challenge, je ne les ai pas encore lus. Quel dommage ! Cela m’a fait comprendre un peu comment les PAL, dont on parle tant sur les blogs de lecture, se constituent. Avant je n’avais pas de PAL et voilà que moi aussi j’en suis arrivée à accumuler des envies de lecture non immédiatement satisfaites. Je ne souhaite pas que pareilles mésaventures m’arrivent encore l’année prochaine. Et d’ailleurs, en signe de protestation j’ajoute Kourkov et Ikonnikov à mes bagages ! 

Alors que nous en sommes à la moitié de cette année 2008, voilà donc où j’en suis de mes réflexions challengesques. Mais bien entendu, la girouette que je suis est tout à fait capable de changer d’avis…

Publié dans: on 18 juillet 2008 at 6:12 Commentaires (6)
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Cosmos

“Cosmos”, paru en 1964, est le dernier roman de Witold Gombrowicz (1904-1969).

De quoi s’agit-il ? Le narrateur et son ami Fuchs louent une chambre dans une pension tenue par Mme Wojtys avec son mari Léon, leur nièce Catherette, leur fille Léna, son mari Lucien et son chat Jacquot. En chemin Fuchs et le narrateur ont remarqué quelque chose d’étrange : non loin de la pension, dans la campagne, un moineau était pendu dans un arbre par un fil de fer, trop haut pour que cela soit l’oeuvre d’un enfant. Pourquoi ce moineau a-t-il été pendu et par qui ? Autre source d’interrogation pour le narrateur : les lèvres de Catherette et celles de Léna. A son arrivée à la pension, il a en effet remarqué une anomalie à la bouche de Catherette, mais voilà que dans ses pensées les lèvres de Catherette se retrouvent associées à celles de Léna pourtant bien différentes. Pourquoi cette association ? Et ce sont ces deux étranges questions que le narrateur va ressasser.

De Fuchs nous savons qu’il a deux semaines de vacances et essaie d’oublier sa mésentente avec son chef de bureau. Du narrateur nous savons qu’il est étudiant et que sa présence dans cette pension est liée à une brouille avec sa famille, à Varsovie.

Non seulement le narrateur passe son temps à ressasser deux questions absurdes, mais en plus il interprète tout ce que dit ou fait son ami Fuchs en fonction de ses problèmes relationnels avec son chef. Et surtout il porte un drôle de regard sur les choses, observant chaque détail comme s’il regardait le monde pour la première fois, s’interrogeant sur chaque ligne du plafond, les mains de Lucien, un bout de bois dans le jardin…

Difficile de raconter l’histoire de  ce roman qui se commente d’ailleurs ainsi dans le dernier chapitre :

“Il me sera difficile de raconter la suite de cette histoire. D’ailleurs je ne sais pas si c’est bien une histoire. On hésite à appeler “histoire” une telle… accumulation et dissolution… continuelle… d’éléments…”

Difficile d’apposer un discours rationnel sur une oeuvre pareille. Alors on se tourne vers l’auteur. On interroge ses propres écrits sur l’oeuvre, dont la préface nous donne des extraits. Ainsi en 1962, dans son journal, Gombrowicz écrivait : 

“Qu’est-ce qu’un roman policier ? Un essai d’organiser le chaos. C’est pourquoi mon Cosmos, que j’aime appeler “un roman sur la formation de la réalité”, sera une sorte de récit policier.”

C’est donc un roman sur la formation de la réalité. Je suis sceptique. Est-ce un roman policier ? Pas vraiment, mais il y a des meurtres. Ce roman m’échappe. Il faudrait en savoir plus, lire le reste de son oeuvre, ses propres commentaires sur elle, interroger ses influences, prendre de la distance. Mais je ne suis pas dans cette démarche analytique. Je le lis entre un roman policier et une bd. Je lis pour des raisons mystérieuses (me distraire, fuir la réalité, mieux l’appréhender, me chercher, rencontrer les autres…) mais plus pour disséquer des oeuvres qui glissent entre mes mains, devant lesquelles mon jugement vacille. “Cosmos” me renvoie à mes insuffisances.

Peut-être faudrait-il le laisser poser et le reprendre plus tard. Mais voilà il y a le blog, les challenges (c’est devenu la lettre G de mon challenge ABC). Cela fait six mois que je blogue et j’ai déjà des doutes. A quoi bon parler de ce qu’on n’aime pas (voir la lettre Y) ? A quoi bon parler de ce qui nous échappe ? Je rends compte ici de mes expériences de lecture. Or ces expériences ne sont pas toujours bonnes, ou pas toujours simples. Pour Yourcenar, tout était clair. Je n’aime pas. Yourcenar a hérité d’une langue, d’une culture. Elle campe sur son héritage, le fait fructifier sans prendre aucun risque. Et elle m’ennuie. Rien de tel ici. Gombrowicz, lui, cherche, invente, explore. Et il me déstabilise. Et plus j’y pense et plus je me dis que j’aime être déstabilisée.

Et puis il y a cette question, que je posais déjà en ouvrant ce blog : comment choisissons-nous les livres que nous lisons ? Pourquoi “Cosmos”, alors qu’il y a tant et tant à lire ? Je me souviens, j’étais à la librairie, quasiment la seule de la ville, heureusement une excellente librairie. Je furetais au rayon russe, car je suis dans une période très russe. Mais j’ai glissé en Pologne sans m’en apercevoir. Si je n’ai pas lu tous les auteurs russes, généralement je connais au moins leurs noms, à force de fréquenter ce rayon. Mais là sur cette tablette, que des noms nouveaux pour moi. C’est à ça que je me suis rendu compte, que mes yeux s’étaient égarés en Pologne. Je n’avais jamais lu d’auteur polonais, c’était une expérience à tenter. J’en ai choisi un. Pourquoi “Cosmos” ? Peut-être qu’avec un titre pareil, on croit qu’on va comprendre le monde. Peut-être la mouche sur la couverture (je venais de lire “La vie des insectes”). Peut-être Maurice Nadeau. En effet, il y a sur la quatrième de couverture une petite phrase de Maurice Nadeau. Elle ne dit rien de bien extraordinaire cette petite phrase. Elle dit juste que Maurice Nadeau a aimé, qu’il l’a relu souvent, qu’il le conseille d’une certaine façon. Et Maurice Nadeau est généralement de bon conseil (je pense à Perec et Houellebecq).

“On n’a jamais fini de le découvrir. On n’a jamais fini non plus de se découvrir à travers lui.” (Maurice Nadeau)

Si vous êtes arrivés au bout de ce billet sans queue ni tête, vous vous demandez : mais finalement elle en pense quoi de “Cosmos” ? Je ne sais pas, mais c’était bien. Je vous le prête, si ça vous tente.

Cosmos / Witold Gombrowicz, traduit du polonais par Georges Sédir, Gallimard (Folio), 2004, ISBN 2-07-036-400-3

Publié dans: on 17 juillet 2008 at 6:28 Commentaires (1)
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Le coup de grâce à deux euros

challengeabc2008

Chiantitude infinie

Au début de ce court roman, nous sommes en 1919 à la gare de Pise, où Eric von Lhomond, un allemand d’une quarantaine d’années, blessé au pied, attend le train qui le ramènera en Allemagne. Au petit matin, au buffet de la gare, il entreprend de raconter un épisode de sa vie à deux mystérieux et silencieux auditeurs. Commence alors un récit à la première personne, beaucoup trop écrit, dans un style absolument insupportable, prétentieux et d’un autre âge, que le lecteur ne peut en aucun cas prendre pour un récit oral.

Dans une préface datée de 1962 (alors que le roman a été écrit en 1939), Marguerite Yourcenar s’en explique en nommant cela une “convention littéraire” et en s’abritant derrière “La sonate à Kreutzer” et “L’immoraliste”. Ce qui surprend malgré tout ici, c’est l’inutilité de l’introduction immédiatement suivie d’un monologue jamais interrompu par un quelconque retour à la situation initiale, pas même à la fin du roman.

Mais passons sur cette maladresse et venons en au coeur du récit. Il s’agit de prime abord de l’histoire d’une grande amitié entre Eric et Conrad. Pour vous donner une idée du style confondant de ridicule, voici comment Marguerite Yourcenar décrit Conrad, alors qu’Eric le retrouve après une séparation :

“Il avait gardé une innocence d’enfant, une douceur de jeune fille, et cette bravoure de somnambule qu’il mettait autrefois à grimper sur le dos d’un taureau ou d’une vague ; et ses soirées se passaient à commettre de mauvais vers dans le goût de Rilke.”

C’était la guerre et Eric s’était engagé dans le corps des volontaires qui participaient à la lutte antibolchevique en Estonie et en Courlande. Il y avait retrouvé Conrad et par la même occasion Sophie, soeur de Conrad. Sophie était amoureuse d’Eric, qui ne partageait pas ses sentiments (ou du moins le croyait-il) et elle se consolait dans les bras de quelques amants de passage, tandis qu’Eric lui préfèrait les prostituées. Mais c’était la guerre, et autour de nos héros une véritable hécatombe, et ce jusqu’à la fin, ô combien tragique.

Je me suis rarement autant ennuyée en lisant et ce court roman d’une centaine de pages m’a semblé durer une éternité. Est-il représentatif de l’oeuvre de Yourcenar ? J’ai appris à me méfier de cette collection (aux 4e de couverture systématiquement à côté de la plaque) qui ne publie que le plus mauvais, mais je doute de retrouver de sitôt l’envie de lire quoi que ce soit d’autre de notre académicienne.

Le coup de grâce / Marguerite Yourcenar, Folio 2€, 2007, ISBN 978-5-07-033812-2

Plus indulgente que moi, Jules y a trouvé une “intensité stimulante”.

Deux romans en un et une collection de limericks

 

challengeabc2008

Un roman policier historique et contemporain

“Altyn Tolobas” est le premier tome de la nouvelle série policière de Boris Akounine. Son nouveau héros, Nicholas Fandorine, n’est autre que le petit-fils d’Eraste Fandorine, à qui Akounine a auparavant consacré une série de 12 romans se déroulant en Russie à la période fin du XIXe-début du XXe siècles. Il entame donc maintenant, avec ce titre, une série de romans policiers situés à l’époque contemporaine. C’est en tous cas croyant cela, que j’ai choisi ce roman, n’étant pas très friande des romans historiques. 

Quand le roman commence, Nicholas est dans un train à l’approche de la frontière russe. Nicholas a toujours vécu en Angleterre. Mais à la mort de son père, il hérite d’un mystérieux coffret ayant appartenu à sa grand-mère. Parmi différentes reliques, il trouve dans ce coffret la moitié du testament de Cornélius Von Dorn, fondateur de la lignée des Fandorine en Russie. Nicholas est alors un jeune historien en quête d’un sujet de recherche qui lui permettrait de gagner l’estime de ses pairs. Ayant appris que l’autre moitié du testament se trouvait en Russie, il part à la recherche du parchemin, et en même temps à la découverte du pays de ses ancêtres.

C’est du moins ainsi que nous découvrons la situation dans le premier chapitre. Mais au deuxième chapitre, nous voilà transportés au XVIIe siècle où nous découvrons alors l’histoire de Cornélius, avant de retrouver Nicholas au troisième chapitre, Cornélius au quatrième, etc. Mais voilà : je ne suis pas une lectrice très disciplinée. Et puis à la fin du 3e chapitre, le pauvre Nicholas était laissé pour mort. Comment vouliez-vous dans ces conditions que j’attende le cinquième chapitre pour prendre de ses nouvelles ? J’ai donc allègrement sauté par dessus le quatrième chapitre, puis au-dessus du sixième, etc., ne faisant ainsi qu’opter pour l’un des parcours de lecture gentiment proposés par l’auteur. Mais bien sûr, arrivée à la fin de ce roman avec lequel je serais bien restée un peu plus longtemps, je me suis offert le plaisir de lire cette fois le roman historique dans la continuité, comprenant alors seulement l’intérêt du dispositif d’Akounine.

Le nouveau héros d’Akounine est un jeune homme grand, blond, parlant parfaitement russe mais pourtant immédiatement identifié comme étant britannique, sans doute grâce à sa bonne éducation qui détonne en Russie (aux dires d’Akounine). Comme la langue russe qu’il possède est un peu littéraire, Nicholas consigne dans un calepin nommé “carnet folklorique” toutes les expressions à la mode du russe parlé. Et c’est grâce à la maîtrise de différents niveaux de langue, qu’il parvient à s’adapter à ses interlocuteurs et à se sortir de situations délicates. Et puis Nicholas a une particularité bien séduisante : il compose des limericks. Il en ressent le besoin impérieux quand il se trouve en grande difficulté ou quand il est de méchante humeur. Et Akounine prend un malin plaisir à faire languir son lecteur, lui annonçant l’écriture d’un nouveau limerick par Nicholas, mais différant à chaque fois la divulgation du poème, qui ne manque jamais de faire sourire.

Quel régal que ce romanS, qui réussit à être intelligent sans se prendre au sérieux, et sans jamais perdre de vue le plaisir du lecteur. Pour le lecteur étranger, l’identification avec Nicholas qui découvre la Russie opère particulièrement bien. Et on est captivé par l’histoire de ce “héros malgré lui” pris dans une chasse au trésor, échappant à la mort à plusieurs reprises… et rencontrant l’amour au passage. Bien évidemment, j’apporte cette dernière précision pour tenter les lectrices romantiques, mais romantiques ou pas, vous pouvez vous laisser tenter sans crainte. Quant à moi, j’attends le deuxième tome.

Altyn Tolobas / Boris Akounine, traduit du russe par Odette Chevalot, 10-18 (Grands détectives), 2006, ISBN 2-264-04185-4

Publié dans: on 7 juillet 2008 at 8:58 Commentaires (0)
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Un coup d’aile à deux euros

challengeabc2008 

“Le soir, la pluie cessa de façon imprévue.

Quelqu’un s’était brusquement ravisé et avait fermé les robinets.”

Connaissez-vous les Folio 2€ ? Dans cette chaîne de magasins qui étaient autrefois des librairies et ne vendent plus aujourd’hui que quelques malheureux bouquins noyés dans un océan technologique, ils attendent souvent les LCA dans nos genres sur des présentoirs disposés près des caisses, comme les bonbons attendent les enfants dans les supermarchés. Arrivé près de la sortie avec une pile de livres déjà beaucoup plus haute que prévue, on se dit qu’on n’est plus à deux euros près, ni surtout à cent pages près, et on cède à la tentation. C’est en tous cas exactement ce qui m’est arrivé. J’y ai vu l’occasion de compléter mon challenge ABC avec les lettres Y et N qui manquaient encore. Y comme Yourcenar. Je ne l’ai jamais lue, mais je la suppose d’un classicisme ennuyeux à mourir, Alors d’accord pour lui donner une chance de me faire dire que je me suis trompée, mais pas avec un pavé. N comme Nabokov. La lettre N n’a l’air de rien comme ça, mais en fait les auteurs en N ne courent pas les rues. Alors pourquoi pas renouer avec Nabokov, pas lu depuis des années, avec deux petites nouvelles ? Et voilà comment je me suis fait avoir par cette collection. Mais on ne m’y reprendra plus.

Dans “Un coup d’aile” dans sa version à deux euros, on trouve en fait deux nouvelles : “Un coup d’aile” et “La Vénitienne”. Dans le Folio plus cher intitulé “La Vénitienne et autres nouvelles”, on trouve également ces deux nouvelles, mais aussi les autres nouvelles de jeunesse de Nabokov. Ces nouvelles (ou du moins les deux que j’ai pu lire) datent des années vingt, c’est-à-dire de l’époque où Nabokov vivait en exil à Berlin. Elles ont été écrites en russe, comme toutes les premières oeuvres de Nabokov, qui est ensuite passé à l’anglais. “Un coup d’aile”  a été publiée dans une revue russe en 1924. Mais “La Vénitienne” est restée inédite jusqu’en 1990, quand les nouvelles de jeunesse de Nabokov ont pour la première fois été réunies en recueil. Toutes ces informations figurent dans le petit Folio 2€ (et j’ose espérer qu’elles sont exactes), et ce malgré l’absence de préface ou postface, et avec au début de l’ouvrage une pauvre présentation de Nabokov pouvant convenir à n’importe quelle autre oeuvre. Ce qui est en revanche plus instructif, ce sont deux petites notes en bas de page à la fin de chacune des nouvelles, qui nous permettent de situer ces textes dans l’oeuvre de Nabokov. Il serait donc injuste de dire que l’éditeur n’a pas fait son travail. Et pourtant, l’éditeur s’est permis de publier ces textes et d’en écrire le résumé en quatrième de couverture, sans même les avoir lus. Voici en effet le résumé qui nous est proposé pour “Un coup d’aile” : “Dans les montagnes enneigées de la Suisse, Kern, un étudiant hanté par la mort, éprouve une passion impossible pour l’insaisissable Isabelle”. Or je me demande d’où est venue à l’éditeur l’idée que Kern était un étudiant. Cela n’est pas dit dans la nouvelle telle que j’ai pu la lire. Tout ce que nous savons de Kern, c’est qu’il a été marié sept ans à une femme qui s’est suicidée un an plus tôt, et qu’il a trente-cinq ans. Ce n’est certainement qu’un détail, mais révélateur à mon sens du peu de soin accordé à cette édition.

Mais venons-en aux textes eux-mêmes. Dans “Un coup d’aile”, un homme, dont on est en droit d’espérer qu’il n’est plus étudiant depuis longtemps, fait du ski en Suisse. Il rencontre une charmante Isabelle. Et ce pourrait être l’histoire d’un amour impossible, si le récit ne tournait pas au fantastique. Surgit subitement la créature ailée, sans que j’aie vraiment compris s’il s’agissait d’hallucinations de notre pauvre héros suicidaire. Je n’ai pas non plus très bien compris le retournement final, me demandant quel sens donner à tout ça. Mais qu’a donc voulu dire Nabokov ? J’en arrive à plaindre le malheureux contraint d’écrire un résumé en quatrième de couverture, pour une nouvelle qu’il a visiblement encore moins comprise que moi. Cela dit, même si le traducteur ignore qu’en français le “bouton de l’électricité” se dit “interrupteur”, il est difficile de nier que la nouvelle est joliment écrite.

Vient ensuite la nouvelle intitulée “La Vénitienne”. Etant donné le talent du rédacteur de la quatrième de couverture, autant s’en remettre à lui pour le résumé : “Lorsque Simpson voit le portrait de la Vénitienne peint par Sebastiano del Plombo, il est fasciné et tombe éperdument amoureux. Le tableau exerce sur lui une telle attirance qu’il ne peut s’empêcher de revenir le contempler jour après jour, jusqu’à ce qu’il pénètre dans la toile…” Vous remarquerez que la quatrième de couv. ne nous dit pas que Simpson est étudiant, et pourtant il l’est. Remarquez aussi les points de suspension qui laissent supposer que l’essentiel de la nouvelle se situe après l’entrée dans le tableau. Mais là encore, je n’ai pas lu la même nouvelle. J’ai attendu pendant 45 pages que l’étudiant Simpson se décide à entrer dans le tableau. Et ensuite, les huit pages finales ont fort habilement achevé une nouvelle qui avait bien mal commencé, avec beaucoup de longueurs, ce qui, avouez-le,  est le comble pour une nouvelle.

Et comme je ne vous cache rien de mes états d’âme de lectrice, sachez qu’ensuite j’ai pu relire la première nouvelle avec plus d’indulgence et apprécier l’écriture de l’angoisse et de la tentation suicidaire.

Mais je ne suis pas sûre que ces textes extirpés d’un tiroir des années après la mort de l’auteur n’aient leur place dans une collection comme celle-là. Ne vaudrait-il pas mieux les destiner aux spécialistes de Nabokov (dans les oeuvres complètes par exemple) et offrir à l’amateur désargenté une oeuvre plus aboutie ? 

Un coup d’aile suivi de La Vénitienne / Vladimir Nabokov, traduit du russe par Bernard Kreise, Gallimard, Folio 2 euros, 2007, ISBN 978-2-07-041254-9

Publié dans: on 18 juin 2008 at 12:37 Commentaires (1)
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La vie des insectes, objet littéraire non identifié

challengeabc2008

Fidèle à ce qui est déjà devenu une habitude, je commence mon billet par une image de la couverture de mon édition. Et pourtant je n’aime pas du tout cette illustration (aquarelle de Michael Mathias Prechtl). Non seulement celle-ci ne me plaît pas, mais surtout elle bride mon imagination pourtant grandement et délicieusement sollicitée par le roman de Pelevine.

De quoi s’agit-il dans cet étrange roman ? D’un centre de vacances, dans une station balnéaire de Crimée. Dans le premier chapitre, nous rencontrons Sam, Arthur et Arnold, trois hommes discutant sur un balcon. Leur conversation est étrange. Ils évaluent le centre de vacances en terme de taux de vitamines, glucose, hémoglobine, et même insecticide. Puis ils décident d’aller boire un coup, pour fêter l’arrivée de Sam. Ils se jettent dans le vide, s’envolent et s’en vont pomper le sang d’un vacancier. Car Sam, Arthur et Arnold sont des moustiques. Mais ils sont aussi des hommes, et mènent en quelque sorte une double vie, une existence d’homme et une existence d’insecte en parallèle. Et c’est aussi le cas de tous les autres personnages de ce curieux roman : Marina, fourmi ailée aux escarpins rouges, Mitia l’homme-phalène, Natacha la mouche verte, Serioja le cafard, etc.

Pelevine prend un malin plaisir à nous décrire ces bestioles qui parfois nous répugnent en insistant sur le charme d’une mandibule ou d’une patte velue. Voici pour preuve la description qu’il nous offre de Natacha, la mouche verte :

“Elle était toute jeune et sa peau verte élastique brillait gaiement sous le soleil. Sam pensa que son nom anglais Greenbottle fly lui allait très bien. Ses pattes étaient couvertes de petits poils foncés et se terminaient par de tendres ventouses roses, comme si deux bouches s’entrouvraient en une invite silencieuse sur chacune de ses paumes. Sa taille était tellement fine qu’un léger souffle de vent semblait pouvoir la briser. Quant à ses ailes, comme deux feuilles de mica, elles tremblaient timidement et brillaient de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel.”  

Pelevine s’est fait plaisir, mais son plaisir est communicatif. Il s’en donne visiblement à coeur joie à multiplier les espèces d’insectes et s’attarder sur leurs particularités physiques et comportementales. Et parce qu’ils sont aussi des hommes, c’est tout naturellement que leur destin d’insecte se lit en parallèle du nôtre, mettant ainsi en lumière l’absurdité de nos existences.

Si je devais faire un reproche à ce roman, je dirais que le procédé est au début un peu répétitif. Pelevine est paraît-il un auteur de nouvelles, et en cours de lecture, je me suis demandée si une nouvelle axée sur l’un de ces nombreux personnages ne m’aurait pas suffi. Mais ce n’était encore que le début du roman, où chaque nouveau chapitre nous fait découvrir un nouveau personnage et une nouvelle espèce. Et puis tout ce petit monde va se rencontrer, se fréquenter, s’accoupler, s’entre-dévorer… faisant de “La vie des insectes” un roman jubilatoire, magnifiquement écrit, avec une précision d’entomologiste, et une imagination débordante.

La vie des insectes / Viktor Pelevine, traduit du russe  par Galia Ackerman et Pierre Lorrain, Points, ISBN 2-02-032446-6

Publié dans: on 14 juin 2008 at 11:59 Commentaires (1)
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Seul avec ses angoisses

challengeabc2008 

Zamiatine (1884-1937) est surtout connu en France pour son roman “Nous autres”, écrit en 1920 mais publié en Russie seulement en 1988, que l’on considère souvent comme la préfiguration du roman d’Orwell, “1984″. Zamiatine est cependant essentiellement un auteur de nouvelles. “Seul” est la première, écrite en 1907. 

“Seul” met en scène un étudiant arrêté pour ses activités politiques et seul dans sa cellule. Il n’est cependant pas seul dans la prison. Un jour, le prisonnier de la cellule voisine entre en contact avec lui :

“Soudain toutes les pensées se sont déchirées. Et tout est mort autour : seul le vide - et à l’intérieur tombent les bruits, effilés, étincelants. “Toc-toc ! Toc-toc-toc !” En bas… Là-bas, quelqu’un de vivant, en bas. Près du tuyau cette fois. Le coeur s’est mis à battre comme un fou et se rue à la rencontre.”

Par le tuyau qui va d’une cellule à l’autre, ils vont pouvoir communiquer en s’envoyant des bouts de papier. Ainsi son voisin se présente : il est ouvrier et se nomme Alexandre Tifléïev. L’étudiant lui répond :

“Je suis l’ex-étudiant Biélov. Je suis enfermé, seul depuis trois mois. Content de vous trouver.”

C’est par le biais des petits mots échangés par les deux détenus, que le lecteur apprend quelques éléments sur l’identité de Biélov et les raisons de sons arrestation. Le récit est écrit à la troisième personne, mais le point de vue est celui de l’étudiant dont le narrateur n’ignore aucun état d’âme. Les phrases sont courtes, le rythme saccadé, Nous sommes dans les pensées de Biélov qui ressasse. Il y a bien quelques autres personnages dans la prison, des gardiens en particulier. Mais aucun n’a d’identité propre, tous étant désignés par le pronom impersonnel “on” :

“On a éteint les lampes. Des pas ont clapoté et pataugé dans le marais pourri du couloir. Un sifflement a claqué, s’est répandu comme un filet d’eau froide. Une serrure a grincé des dents.”

Et puis un jour Biélov va se souvenir de Liélka, qui appartenait au même groupuscule révolutionnaire que lui. Dans sa solitude délirante il va imaginer qu’un sentiment amoureux était né entre eux avant son arrestation. Et par l’intermédiaire de Tifléïev qui reçoit des visites au parloir, il va lui faire parvenir des lettres et recevoir des réponses.

Par bien des aspects, “Seul” ressemble plus à un long poème en prose qu’à une nouvelle. Il n’y a pas véritablement d’histoire, pas de chute, mais juste une situation, un climat oppressant, et un style extrêmement travaillé. On en ressort un peu sonné.

Terminons donc par une citation :

“Maintenant Biélov savait ce qui l’attendait. De longues années sombres qui iraient à pas lents et lourds - dans des fers. Mais cela ne lui chuchotait plus de pensées noires - comme autrefois, et il y avait du courage et de la joie dans son âme : demain arriverait une lettre d’elle, et en elle - son amour.” 

Seul / Evguéni Zamiatine, traduit du russe par Bernard Kreise, Rivages poche (Bibliothèque étrangère), 1990, ISBN 2-86930-325-4

L’ami du défunt : un roman existentiel

Andreï Kourkov (1961-….) est un romancier et nouvelliste ukrainien, connu en France pour “Le Pingouin” (2000), “Le caméléon” (2001), ”Les pingouins n’ont jamais froid” (2004), “Le dernier amour du président” (2005).

Dans ”L’ami du défunt” (1996), il est question d’un homme de 35 ans, au chômage, un mariage en déliquescence, qui décide d’en finir avec la vie. Peu enclin au suicide, il opte pour une solution plus originale : engager un tueur professionnel et commanditer sa propre mort. Mais voilà que le jour de sa mort programmée, il fait la rencontre d’une jeune prostituée débutante. La relation non tarifée qu’il va ensuite entretenir avec elle ressemblera beaucoup trop à de l’amour pour qu’il ait toujours envie de mourir.

“Je n’avais plus envie de mourir. Mon existence continuait, elle venait même d’acquérir un soupçon de sens que j’étais seul à percevoir. J’étais devenu libre de mes choix et celui que j’avais fait deux semaines plus tôt ne me convenait plus. Je voulais vivre.” 

Un tueur à gages est cependant toujours à ses trousses. Alors comment se sortir de cette situation délicate ?

Il est impossible d’en dire plus sans gâcher une partie du plaisir de lecture de ceux qui n’ont pas encore découvert ce roman. L’intrigue est d’aileurs assez mince et aurait très bien pu se concrétiser en nouvelle. Mais si ce récit est assez court, c’est bien d’un roman qu’il s’agit, avec ses digressions sur la solitude et le sens de la vie. Il n’y a en revanche pas de grands discours sur la société ukrainienne contemporaine, mais en arrière-plan apparaît une société corrompue, où tout se monnaye, et où l’individualisme règne en maître. La jeunesse ukrainienne y apparaît apolitique et amorale, dépourvue d’idéal.

Le lecteur devine la fin de l’histoire assez vite et pourtant la fin du roman est surprenante sur le plan formel. Le récit s’accélère au cours d’un petit passage au conditionnel commençant par ces mots : “J’ignorais encore que trois mois plus tard…” Ce que le lecteur avait deviné est ainsi expédié en quelques lignes. Et il s’ensuit un épilogue qui achève le roman en beauté.

L’ami du défunt / Andreï Kourkov, traduit du russe par Christine Zeytounian-Beloüs, Points, 2003, ISBN 2-02-055654-5

Lizka et ses hommes : un roman emballant

challengeabc2008 

Alexandre Ikonnikov (1974-…) est un écrivain russe découvert en Allemagne. En effet, parce qu’il ne trouvait pas d’éditeur en Russie, il y a publié en allemand “Dernières nouvelles du bourbier”, son premier recueil de nouvelles. “Lizka et ses hommes” est son premier roman, cette fois publié en russe.

L’histoire de “Lizka et ses hommes” commence en 1939 dans la bourgade de Lopoukhov, petite ville de Russie centrale. Mais très vite nous arrivons en 1970, année de la naissance de l’héroïne. L’enfance de la petite Lizka se déroule donc dans la Russie soviétique, sur fond de guerre froide :

“Comme tous les autres enfants soviétiques, Lizka se réveillait au son de l’hymne national que diffusait la radio, elle mettait son foulard de pionnier et elle se rendait à l’école de Lopoukhov où on lui enseignait, en plus de la lecture, de l’écriture et du calcul, comment démonter une kalachnikov, enfiler un masque à gaz et échapper aux bombes américaines en se terrant dans une cave.”

Son premier amant sera Pacha, l’ouvrier de la chaufferie, et l’expérience ne sera guère concluante :

“- Quoi ? C’est pour ça que les gens se tirent une balle dans la tête, se cisaillent les veines, écrivent de la poésie et ont des insomnies ? pensa-t-elle en revenant chez elle. Non, non et non. Je ne serai amoureuse de personne, jamais !”

Et c’est pour fuir la mauvaise réputation qui allait lui coller à la peau si elle restait à Lopoukhov, que Lizka fait ses valises et part pour la ville de G. faire une école d’infirmière. Voilà pour le premier chapitre d’un roman qui en compte neuf et un épilogue. 

“Lizka et ses hommes” est l’histoire d’une jeune fille de la campagne qui débarque en ville, bien décidée à échapper au destin de sa mère et de sa grand-mère. C’est une jeune femme moderne, qui rêve d’amour et de réussite sociale et va prendre sa vie à bras le corps.  

Et vous savez où la jeune Lizka va chercher les réponses à ses questions existentielles ? Dans les livres :

“Jusque-là, Lizka avait été une lectrice peu acharnée, mais à présent, que ce fût par désoeuvrement ou parce qu’elle pensait trouver dans les livres quelques-unes des réponses aux questions qu’elle se posait, elle s’était mise à aimer lire des romans. Romans d’amour, d’aventures, romans historiques, policiers, tous la captivaient, l’entraînaient corps et âme dans un autre monde, un monde fascinant, mais, en même temps, aucun ne lui donnait d’instructions pour agir, aucun ne répondait à la question essentielle qui la hantait : comment poursuivre son existence.”

Le roman d’Ikonnikov déborde de la belle énergie de son héroïne. Tout va très vite dans “Lizka et ses hommes”. En quelques pages c’est plus d’un demi-siècle de l’histoire russe que nous parcourons à grands pas, dont ces années où tout a changé. Le style est alerte, le rythme effréné, l’héroïne volontaire. On la suit d’un homme à un autre, d’un logement à un autre, d’un job à un autre, d’une espérance à une autre.

Sous la Perestroïka de Gorbatchev, puis sous Eltsine, Liza va recontrer successivement Semione, un petit escroc, Viktor, le secrétaire du Comité de la ville du Komsomol, Arthur, un conducteur de trolley, Max, un militaire, et finalement Kostia, le poète, qui reprend la narration à la 1ère personne dans le 9e chapitre. 

Les hommes de Lizka sont comme les pièces d’un puzzle qui, une fois assemblé, représenterait la Russie d’aujourd’hui. C’est un très court roman, pourtant d’une richesse étonnante, fourmillant de détails sur la vie quotidienne en Russie. Tout ce que je cherchais chez Marinina c’est finalement chez Ikonnikov que je l’ai trouvé. Ce roman m’a emballée. Je cours me procurer son recueil de nouvelles au plus vite.

Lizka et ses hommes / Alexandre Ikonnikov, traduit du russe par Antoine Volodine, Points, 2005, ISBN 2-02-082612-7

Publié dans: on 19 mai 2008 at 10:39 Commentaires (2)
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Marinina n’a rien d’une styliste

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Alexandra Marinina (1957-….) est une criminologue ex-lieutenant de police à Moscou, reconvertie en auteure de romans policiers. Son héroïne récurrente, l’inspectrice Anastasia Kamenskaïa, est apparue dés son deuxième roman “Concours de circonstances” en 1993. On la retrouve ensuite dans une vingtaine de romans, dont seule une petite partie est traduite en français, notamment “La mort pour la mort” (1995), “La mort et un peu d’amour” (1995), “La liste noire” (1995), “Le styliste” (1996), “Je suis mort hier” (1997), “Le cauchemar” (1998), “Ne gênez pas le bourreau” (2005), “L’illusion du péché” (2007). Je découvre donc cet auteure avec un roman choisi un peu au hasard au milieu d’une série.

Dans “Le styliste”,  nous suivons deux histoires en parallèle. D’un côté l’intrigue policière : de jeunes garçons tous homosexuels et se ressemblant physiquement disparaissent à Moscou. Ils sont les uns après les autres retrouvés morts d’overdose. De l’autre une histoire vaguement sentimentale : Anastasia Kamenskaïa, bien qu’en couple avec quelqu’un d’autre, renoue, pour les besoins de son enquête, avec un ancien amant devenu paraplégique. En effet, une piste l’a conduite vers une zone résidentielle de la banlieue moscovite habitée par les “nouveaux russes” et notamment par son ancien amant. Comme ce dernier est traducteur pour une maison d’édition spécialisée dans la littérature asiatique, une troisième histoire impliquant la maison d’édition se greffe sur les deux précédentes.

Ces histoires imbriquées devraient rendre le roman palpitant ; je me suis pourtant passablement ennuyée pendant ma lecture. Un surcroît de travail et de fatigue m’ayant imposé de très courtes plages de lecture, j’ai fait du début du roman une lecture hâchée sans parvenir à m’intéresser vraiment à ces histoires. Mais je pensais que mes mauvaises conditions de lecture étaient en grande partie responsables de mon manque d’intérêt. J’ai donc laissé au roman plusieurs chances de m’intéresser davantage, saisissant le moindre rebondissement de l’intrigue comme prétexte à une poursuite de la lecture. Hélas, Marinina ne semble pas s’intéresser elle-même à son histoire policière : à chaque petite avancée de l’enquête, probablement pour ménager le suspens ou faire durer un récit trop mince, Marinina délaisse son intrigue au profit des histoires parallèles, faisant ainsi immédiatement retomber le peu d’intérêt qu’elle venait juste de réveiller chez son lecteur.  Je n’ai pas compris grand chose à la construction du roman (je me demande d’ailleurs s’il y en a vraiment une). Il y a 12 chapitres dont le découpage ne semble correspondre à rien. La partie sentimentale est franchement niaise, digne de la collection Harlequin. Le style de Marinina  est inexistant. J’ai malgré tout fini par arriver au bout de ma lecture et maintenant je peux le dire : je n’ai pas du tout aimé ce roman. Et je m’interroge sur les raisons du succès de cette auteure en tête des ventes en Russie et abondamment traduite…

Pour ceux qui, comme moi, pensent que la littérature policière est un bon moyen de découvrir un pays et sa littérature, et qui donc seraient intéressés par le roman policier russe, qu’y a-t-il d’autres ? Il y a essentiellement Akounine, mais qui écrit des romans policiers historiques. Il n’a situé à l’époque contemporaine l’action que d’un seul de ses romans, “Altyn Tolobas”, qui sera la lettre A de mon challenge ABC. Mais à part lui et Marinina, que pouvons-nous lire en français ? Si vous avez des pistes, je suis preneuse… 

Le styliste / Alexandra Marinina, traduit du russe par Galia Ackerman et Pierre Lorrain, Paris, Éd. du Seuil (Points policier), 2005, ISBN 2-07-078993-0 

Publié dans: on 2 mai 2008 at 12:32 Commentaires (0)
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