L’ami du défunt : un roman existentiel

Andreï Kourkov (1961-….) est un romancier et nouvelliste ukrainien, connu en France pour “Le Pingouin” (2000), “Le caméléon” (2001), ”Les pingouins n’ont jamais froid” (2004), “Le dernier amour du président” (2005).

Dans ”L’ami du défunt” (1996), il est question d’un homme de 35 ans, au chômage, un mariage en déliquescence, qui décide d’en finir avec la vie. Peu enclin au suicide, il opte pour une solution plus originale : engager un tueur professionnel et commanditer sa propre mort. Mais voilà que le jour de sa mort programmée, il fait la rencontre d’une jeune prostituée débutante. La relation non tarifée qu’il va ensuite entretenir avec elle ressemblera beaucoup trop à de l’amour pour qu’il ait toujours envie de mourir.

“Je n’avais plus envie de mourir. Mon existence continuait, elle venait même d’acquérir un soupçon de sens que j’étais seul à percevoir. J’étais devenu libre de mes choix et celui que j’avais fait deux semaines plus tôt ne me convenait plus. Je voulais vivre.” 

Un tueur à gages est cependant toujours à ses trousses. Alors comment se sortir de cette situation délicate ?

Il est impossible d’en dire plus sans gâcher une partie du plaisir de lecture de ceux qui n’ont pas encore découvert ce roman. L’intrigue est d’aileurs assez mince et aurait très bien pu se concrétiser en nouvelle. Mais si ce récit est assez court, c’est bien d’un roman qu’il s’agit, avec ses digressions sur la solitude et le sens de la vie. Il n’y a en revanche pas de grands discours sur la société ukrainienne contemporaine, mais en arrière-plan apparaît une société corrompue, où tout se monnaye, et où l’individualisme règne en maître. La jeunesse ukrainienne y apparaît apolitique et amorale, dépourvue d’idéal.

Le lecteur devine la fin de l’histoire assez vite et pourtant la fin du roman est surprenante sur le plan formel. Le récit s’accélère au cours d’un petit passage au conditionnel commençant par ces mots : “J’ignorais encore que trois mois plus tard…” Ce que le lecteur avait deviné est ainsi expédié en quelques lignes. Et il s’ensuit un épilogue qui achève le roman en beauté.

L’ami du défunt / Andreï Kourkov, traduit du russe par Christine Zeytounian-Beloüs, Points, 2003, ISBN 2-02-055654-5

Lizka et ses hommes : un roman emballant

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Alexandre Ikonnikov (1974-…) est un écrivain russe découvert en Allemagne. En effet, parce qu’il ne trouvait pas d’éditeur en Russie, il y a publié en allemand “Dernières nouvelles du bourbier”, son premier recueil de nouvelles. “Lizka et ses hommes” est son premier roman, cette fois publié en russe.

L’histoire de “Lizka et ses hommes” commence en 1939 dans la bourgade de Lopoukhov, petite ville de Russie centrale. Mais très vite nous arrivons en 1970, année de la naissance de l’héroïne. L’enfance de la petite Lizka se déroule donc dans la Russie soviétique, sur fond de guerre froide :

“Comme tous les autres enfants soviétiques, Lizka se réveillait au son de l’hymne national que diffusait la radio, elle mettait son foulard de pionnier et elle se rendait à l’école de Lopoukhov où on lui enseignait, en plus de la lecture, de l’écriture et du calcul, comment démonter une kalachnikov, enfiler un masque à gaz et échapper aux bombes américaines en se terrant dans une cave.”

Son premier amant sera Pacha, l’ouvrier de la chaufferie, et l’expérience ne sera guère concluante :

“- Quoi ? C’est pour ça que les gens se tirent une balle dans la tête, se cisaillent les veines, écrivent de la poésie et ont des insomnies ? pensa-t-elle en revenant chez elle. Non, non et non. Je ne serai amoureuse de personne, jamais !”

Et c’est pour fuir la mauvaise réputation qui allait lui coller à la peau si elle restait à Lopoukhov, que Lizka fait ses valises et part pour la ville de G. faire une école d’infirmière. Voilà pour le premier chapitre d’un roman qui en compte neuf et un épilogue. 

“Lizka et ses hommes” est l’histoire d’une jeune fille de la campagne qui débarque en ville, bien décidée à échapper au destin de sa mère et de sa grand-mère. C’est une jeune femme moderne, qui rêve d’amour et de réussite sociale et va prendre sa vie à bras le corps.  

Et vous savez où la jeune Lizka va chercher les réponses à ses questions existentielles ? Dans les livres :

“Jusque-là, Lizka avait été une lectrice peu acharnée, mais à présent, que ce fût par désoeuvrement ou parce qu’elle pensait trouver dans les livres quelques-unes des réponses aux questions qu’elle se posait, elle s’était mise à aimer lire des romans. Romans d’amour, d’aventures, romans historiques, policiers, tous la captivaient, l’entraînaient corps et âme dans un autre monde, un monde fascinant, mais, en même temps, aucun ne lui donnait d’instructions pour agir, aucun ne répondait à la question essentielle qui la hantait : comment poursuivre son existence.”

Le roman d’Ikonnikov déborde de la belle énergie de son héroïne. Tout va très vite dans “Lizka et ses hommes”. En quelques pages c’est plus d’un demi-siècle de l’histoire russe que nous parcourons à grands pas, dont ces années où tout a changé. Le style est alerte, le rythme effréné, l’héroïne volontaire. On la suit d’un homme à un autre, d’un logement à un autre, d’un job à un autre, d’une espérance à une autre.

Sous la Perestroïka de Gorbatchev, puis sous Eltsine, Liza va recontrer successivement Semione, un petit escroc, Viktor, le secrétaire du Comité de la ville du Komsomol, Arthur, un conducteur de trolley, Max, un militaire, et finalement Kostia, le poète, qui reprend la narration à la 1ère personne dans le 9e chapitre. 

Les hommes de Lizka sont comme les pièces d’un puzzle qui, une fois assemblé, représenterait la Russie d’aujourd’hui. C’est un très court roman, pourtant d’une richesse étonnante, fourmillant de détails sur la vie quotidienne en Russie. Tout ce que je cherchais chez Marinina c’est finalement chez Ikonnikov que je l’ai trouvé. Ce roman m’a emballée. Je cours me procurer son recueil de nouvelles au plus vite.

Lizka et ses hommes / Alexandre Ikonnikov, traduit du russe par Antoine Volodine, Points, 2005, ISBN 2-02-082612-7

Publié dans: on 19 mai 2008 at 10:39 Commentaires (2)
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Marinina n’a rien d’une styliste

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 challengeabc2008

Alexandra Marinina (1957-….) est une criminologue ex-lieutenant de police à Moscou, reconvertie en auteure de romans policiers. Son héroïne récurrente, l’inspectrice Anastasia Kamenskaïa, est apparue dés son deuxième roman “Concours de circonstances” en 1993. On la retrouve ensuite dans une vingtaine de romans, dont seule une petite partie est traduite en français, notamment “La mort pour la mort” (1995), “La mort et un peu d’amour” (1995), “La liste noire” (1995), “Le styliste” (1996), “Je suis mort hier” (1997), “Le cauchemar” (1998), “Ne gênez pas le bourreau” (2005), “L’illusion du péché” (2007). Je découvre donc cette auteure avec un roman choisi un peu au hasard au milieu d’une série.

Dans “Le styliste”,  nous suivons deux histoires en parallèle. D’un côté l’intrigue policière : de jeunes garçons tous homosexuels et se ressemblant physiquement disparaissent à Moscou. Ils sont les uns après les autres retrouvés morts d’overdose. De l’autre une histoire vaguement sentimentale : Anastasia Kamenskaïa, bien qu’en couple avec quelqu’un d’autre, renoue, pour les besoins de son enquête, avec un ancien amant devenu paraplégique. En effet, une piste l’a conduite vers une zone résidentielle de la banlieue moscovite habitée par les “nouveaux russes” et notamment par son ancien amant. Comme ce dernier est traducteur pour une maison d’édition spécialisée dans la littérature asiatique, une troisième histoire impliquant la maison d’édition se greffe sur les deux précédentes.

Ces histoires imbriquées devraient rendre le roman palpitant ; je me suis pourtant passablement ennuyée pendant ma lecture. Un surcroît de travail et de fatigue m’ayant imposé de très courtes plages de lecture, j’ai fait du début du roman une lecture hâchée sans parvenir à m’intéresser vraiment à ces histoires. Mais je pensais que mes mauvaises conditions de lecture étaient en grande partie responsables de mon manque d’intérêt. J’ai donc laissé au roman plusieurs chances de m’intéresser davantage, saisissant le moindre rebondissement de l’intrigue comme prétexte à une poursuite de la lecture. Hélas, Marinina ne semble pas s’intéresser elle-même à son histoire policière : à chaque petite avancée de l’enquête, probablement pour ménager le suspens ou faire durer un récit trop mince, Marinina délaisse son intrigue au profit des histoires parallèles, faisant ainsi immédiatement retomber le peu d’intérêt qu’elle venait juste de réveiller chez son lecteur.  Je n’ai pas compris grand chose à la construction du roman (je me demande d’ailleurs s’il y en a vraiment une). Il y a 12 chapitres dont le découpage ne semble correspondre à rien. La partie sentimentale est franchement niaise, digne de la collection Harlequin. Le style de Marinina  est inexistant. J’ai malgré tout fini par arriver au bout de ma lecture et maintenant je peux le dire : je n’ai pas du tout aimé ce roman. Et je m’interroge sur les raisons du succès de cette auteure en tête des ventes en Russie et abondamment traduite…

Pour ceux qui, comme moi, pensent que la littérature policière est un bon moyen de découvrir un pays et sa littérature, et qui donc seraient intéressés par le roman policier russe, qu’y a-t-il d’autres ? Il y a essentiellement Akounine, mais qui écrit des romans policiers historiques. Il n’a situé à l’époque contemporaine l’action que d’un seul de ses romans, “Altyn Tolobas”, qui sera la lettre A de mon challenge ABC. Mais à part lui et Marinina, que pouvons-nous lire en français ? Si vous avez des pistes, je suis preneuse… 

Le styliste / Alexandra Marinina, traduit du russe par Galia Ackerman et Pierre Lorrain, Paris, Éd. du Seuil (Points policier), 2005, ISBN 2-07-078993-0 

Publié dans: on 2 mai 2008 at 12:32 Commentaires (0)
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Mon challenge d’escargot

Je mets fin (jusqu’à la prochaine fois) à la petite pause bd que je m’offre depuis une dizaine de jours. En plus des bd, j’avais emprunté à la bibliothèque un petit roman de Bounine qui n’était pas prévu, mais devant lequel je ne vais pas résister (d’autant plus qu’il est épuisé). Il me reste un billet à écrire sur le roman policier russe que j’ai traîné comme un boulet pendant des semaines. Et l’écriture du billet s’avère être aussi une terrible corvée. J’espère tout de même m’en acquitter ce week-end.

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C’était la lettre M de mon challenge ABC et seulement la 4e lecture des 26 prévues. Je me disperse, je lis hors challenges, et je commence à douter de terminer mes défis de lecture avant la fin de l’année.  Je viens seulement de donner une apparence définitive à ma liste. J’avais eu beaucoup d’états d’âme pour l’établir. La lettre Z m’avait posé bien des problèmes (je l’avais évoqué ici). Finalement mon choix s’est arrêté sur un roman d’Evgueni Zamiatine. Il restait la lettre U qui me laissait insatisfaite. Je viens seulement de trouver aujourd’hui le recueil de nouvelles de Brady Udall et mets donc, je l’espère, enfin un point final à cette liste.

Et pourtant, même si je suis loin d’être sûre de finir mon challenge ABC 2008, ma liste pour 2009 est déjà commencée !

 

Publié dans: on at 12:48 Commentaires (1)
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Les histoires d’amour finissent mal, en général

“Les allées sombres” d’Ivan Bounine

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Ivan Bounine (1870-1953) est le premier prix Nobel russe. Il a reçu ce prix en 1933, alors qu’il vivait en exil en France depuis 1920. Avant cela, la reconnaissance lui avait déjà été accordée en Russie, où le prix Pouchkine lui avait été décerné à trois reprises avant qu’il ne soit élu à l’Académie impériale de Russie en 1909.  Il a commencé par écrire des poèmes (La chute des feuilles), s’est fait connaître par ses nouvelles (Les pommes Antonov, La nuit, Le Monsieur de San Francisco), a écrit plusieurs romans (Le village, Soukhodol, L’amour de Mitia) ainsi qu’un roman semi-autobiographique (La vie d’Arseniev). “Les allées sombres” est son dernier recueil. Il rassemble 38 nouvelles écrites de 1938 à 1944, comme autant de variations sur la passion amoureuse.

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Les nouvelles de Bounine commencent souvent dans la légèreté et s’achèvent dans le drame. Tout bascule brutalement dans les dernières lignes des nouvelles.  On meurt beaucoup dans ce recueil : assassiné (Heinrich, Le début, Le vapeur Saratov), égorgé par un loup (Ballade), “de couches prématurées” (Nathalie). On s’y suicide parfois (Le Caucase, Galia Ganskaïa, Pelage de fer, L’oratoire). Ou on meurt de mort naturelle alors qu’on venait juste d’entrevoir le bonheur (A Paris). Les ruptures sont cruelles (Stiopa, Muse). Les amants sont généralement séparés. Et quand ils parviennent à s’aimer, leur bonheur fait le malheur d’un autre (Le Caucase, Muse).

Le souci du détail, la minutie alliée à l’économie des descriptions, voilà ce que je retiens du style de Bounine. Le lecteur est souvent saisi au détour d’une phrase par la nostalgie que peut faire naître un simple paysage, la couleur d’un ciel qui en rappelle un autre.

Les nouvelles des “Allées sombres” ne sont pas autobiographiques. On devine pourtant souvent l’auteur derrière ses personnages : un homme déjà âgé, tenté par le bilan de sa vie, et qui réalise alors, que seul l’amour demeure, “cet amour que l’on garde à jamais blotti au fond du coeur” (Les cartes de visite), car “tout passe, mais on n’oublie pas tout” (Les allées sombres). Pour Bounine, l’amour n’existe jamais tant que dans le souvenir qu’on en garde, et une vie se résume parfois à un instant où tout a basculé  : “Mais finalement qu’y a-t-il eu dans ma vie ? Et je me dis : rien d’autre que cette soirée froide d’automne. A-t-elle vraiment eu lieu ? Oui, tout de même. Et c’est la seule chose qui ait existé dans ma vie ; le reste n’est qu’un rêve inutile.” (Un automne froid).

Encore un petit bout de dialogue extrait de la nouvelle “Antigone”, pour le plaisir, et parce qu’il confirme une influence littéraire très perceptible par un lecteur français :

- Et qu’est-ce que vous aimez lire ? demanda-t-il en croisant ses yeux avec un peu plus d’assurance.

- En ce moment, Maupassant, Octave Mirbeau…

- Oui, évidemment. Les femmes aiment toutes Maupassant. Il ne parle que d’amour.

- Et que peut-il y avoir de mieux que l’amour ?

J’ai dégusté ce recueil de nouvelles lentement. Je l’avais à peine terminé, que je le relisais déjà, dans un ordre différent. Et voilà que pour écrire ce modeste billet, je m’y suis replongée totalement, jusqu’à le relire encore. Je ne le conseillerais pas en cas de crise de boulimie de lecture. Ce recueil se savoure en gourmet.

Les allées sombres / Ivan Bounine ; traduit du russe par Jean-Luc Goester et François Laurent, Le livre de poche (collection Biblio), Paris, 2003, ISBN 2-253-05246-9

Publié dans: on 11 mars 2008 at 10:24 Commentaires (1)
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Un court roman dont on ne fait qu’une bouchée

 

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Ludmila Oulitskaïa, née en 1943 en Russie, est auteur de romans, nouvelles et scénarios de films. « Sonietchka » est son premier roman, couronné en France en 1996 par le prix Médicis étranger.

« Dés son plus jeune âge, à peine sortie de la prime enfance », Sonietchka s’était plongée dans la lecture. »

Vous l’aurez compris dés la première phrase du roman, le personnage de Sonietchka est une perche à l’identification que Ludmila Oulitskaïa tend à son lecteur (ou plutôt à sa lectrice).

 

« Pendant vingt années, de sept à vingt-sept ans, Sonietchka avait lu presque sans discontinuer. Elle tombait en lecture comme on tombe en syncope,  ne reprenant ses esprits qu’à la dernière page du livre. »

 

Sonietchka nous est donc présentée véritablement comme une boulimique de lecture, qui ne peut s’empêcher d’associer les personnes de sa vie réelle à des personnages de romans. Remarquons au passage que la traductrice, Sophie Benech, a eu l’amabilité de penser au lecteur français et a agrémenté sa traduction de quelques notes en bas de page qui explicitent certaines des références à la littérature russe, rendant ainsi le roman encore plus accessible. Dommage que ces notes n’aient pas été plus nombreuses,  car les références à l’histoire de la Russie auraient tout aussi bien pu mériter quelques explications (la NEP, les camps, la relégation…), de même que la dernière phrase du roman.

 

Pendant quelques cent pages, nous suivons donc Sonietchka de son enfance dans l’entre-deux-guerres à la fin de sa vie, avec en toile de fond la vie des artistes sous Staline. Sonietchka (ou Sonia, dont on apprend à la fin, dans une note en bas de page, qu’il s’agit du diminutif de Sophia) devient bibliothécaire, doit abandonner ses études de lettres quand la seconde guerre mondiale éclate, se marie avec un artiste peintre, a un enfant, partage son mari avec sa maîtresse puis, redevenue seule, retourne à sa lecture.

 

D’ailleurs la lecture dans ce roman est toujours associée à la solitude. Ainsi Tania, la fille de Sonietchka, se noie à son tour dans la lecture après avoir rompu avec son premier petit ami :

 

« Pauvre Sonietchka, dont la belle jeunesse s’était écoulée sur les hauts sommets de la littérature mondiale ! Sa fille, dans son innocence culturelle, ne lisait que de la science-fiction, aussi bien étrangère que russe. 

 

Au fil des pages, c’est un portrait de femme qui se dessine, par petites touches. Sonietchka ne semble pas adhérer à la réalité. Elle est la spectatrice (ou la lectrice) de la vie de ceux qui l’entourent sans vraiment y prendre part. Aucune jalousie, aucun sentiment négatif chez elle. Elle reste heureuse quoi qu’il arrive, simplement, paisiblement heureuse.

Le roman était court, je n’en ai fait qu’une bouchée et c’était délicieux.

Sonietchka / Ludmila Oulitskaïa ; traduit du russe par Sophie Benech, Paris, Gallimard (collection Folio), 2007, ISBN 978-2-07-040426-1  

Publié dans: on 29 février 2008 at 9:08 Commentaires (0)
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Une belle satire sociale

 

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 “Une touche d’amour” de Jonathan Coe

Jonathan Coe (1961-…) est un écrivain britannique auteur de romans et de biographies, surtout connu à l’étranger depuis son quatrième roman « Testament à l’anglaise », le premier à avoir été traduit en français. Sept romans ont à ce jour été publiés en France :

-          La femme de hasard (1987)

-          Une touche d’amour (1989)

-          Les nains de la mort (1990)

-          Testament à l’anglaise (1994) a reçu le Femina étranger en 1995

-          La maison du sommeil (1997) a reçu le Médicis étranger en 1998

-          Bienvenue au club (2001)

-          Le cercle fermé (2004) suite de Bienvenue au club

L’action  du roman « Une touche d’amour » se déroule à Coventry en 1986. Le personnage principal, Robin Grant, est un étudiant en lettres, en cours de doctorat depuis quatre ans.  Il traverse une période de doute, de dépression. Il a le sentiment que sa vie jusqu’alors n’a été qu’une successions de ratages, ne se voit pas d’avenir. Il vit presque reclus dans un appartement crasseux et lit « La pesanteur et la grâce » de Simone Weil, œuvre dans laquelle il retrouve ses propres questionnements identitaires. Sa vie tourne au drame le jour où il se voit soupçonné de s’être exhibé devant un petit garçon et est accusé à tort d’outrage à la pudeur.

Le roman est composé de quatre parties, chacune organisée autour d’une nouvelle écrite par Robin : « Une communion d’esprits », « Le chanceux », « Une dispute d’amoureux », « Le malchanceux ». La construction, sans être extrêmement originale, est assez élaborée : voix et points de vue multiples, adresses au lecteur, romans dans le roman… L’intrigue quant à elle est assez mince. Plusieurs histoires secondaires sont à peine esquissées, laissant au lecteur un goût d’inachevé. Mais au-delà de l’histoire prétexte, on retient surtout du roman le regard sans concession que Jonathan Coe porte sur la société britannique de la fin du XXe siècle.  Dépression, crise conjugale, isolement social, trahison amicale, racisme, homophobie et préjugés en tous genres : ce serait tout à fait déprimant, s’il n’y avait l’humour grinçant de l’auteur (la description qu’il fait de l’université vaut son pesant de cacahuètes). On cherche en vain la touche d’amour annoncée par le titre, mais on trouve finalement une belle satire sociale.

Une touche d’amour / Jonathan Coe ; traduit de l’anglais par Jean Pavans, Paris, Gallimard (collection Folio), 2004, ISBN 2-07-042812-5

Publié dans: on 24 février 2008 at 11:54 Commentaires (4)
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Les états d’âme d’une girouette

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J’ai commencé un peu tard mon challenge ABC 2008, par un roman de Jonathan Coe : « Une touche d’amour ». Ma première impression sur ce roman n’avait pas été très positive, et je l’avais écrit un peu vite dans un billet rédigé en cours de lecture (Les états d’âme d’une lectoblogueuse), mais j’ai bien changé d’avis depuis. J’ai aujourd’hui le sentiment d’avoir découvert un auteur qui n’en était encore qu’à ses débuts et dont je vais très certainement lire les autres romans.  

Compte rendu de lecture à suivre.

Les états d’âme d’une lectoblogueuse

challengeabc2008

J’ai commencé mon Challenge ABC 2008 par “Une touche d’amour” de Jonathan Coe et après très exactement 66 pages, je ne suis pas du tout emballée. J’ai découvert ce livre en déballant mes cartons, suite à un déménagement. Et j’étais très étonnée de l’avoir acheté. L’envie de lire n’était pas au rendez-vous, mais j’ai voulu croire que j’aurais peut-être une belle surprise. Il est si facile de se laisser aller à ses goûts. Pour une fois, je n’étais pas contre un peu de dépaysement. Aujourd’hui je pense que c’était une erreur.

Je n’abandonne pas ce roman pour autant, ou du moins pas encore, je lui laisse encore une chance.  Mais je vais réviser mon choix de livres du Challenge ABC 2008, car je ne vois pas l’intérêt qu’il peut y avoir à s’obliger à lire des livres que l’on devine médiocres ou dont on pressent qu’il nous resteront étrangers.

Pour l’instant, ma liste est dominée par deux envies de lecture du moment : le roman russe et le polar scandinave. Mais il a fallu compléter l’alphabet avec des auteurs n’appartenant à aucune de ces deux catégories. Certaines lettres sont particulièrement problématiques, notamment la lettre Z. Quel choix avons-nous pour cette lettre ? les déjà connus Zweig et Zola ?  Pour ma part, j’avais voulu inscrire à ma liste un jeune auteur français, Florian Zeller, mais pour l’avoir un peu feuilleté en librairie, je sens que ça va être au dessus de mes forces. Je vais donc un peu tricher, en lui substituant un roman autobiographique déjà lu, mais il y a longtemps : Mars de Fritz Zorn. Ensuite, pour rester dans l’autobiographie, je vais introduire un peu de BD dans ma liste en inscrivant à la lettre N le 1er tome du journal de Fabrice Néaud que je viens juste de m’offrir. Puis je vais essayer de poursuivre dans l’autobiographie pour les lettres G, I, J, L, U, X et Y. Et si je n’y arrive pas, peut-être que je tricherai encore plus. A suivre donc.

Publié dans: on 15 février 2008 at 9:24 Commentaires (3)
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Challenge ABC 2008

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Le site Challenge ABC 2008 nous propose de composer chacun une liste de 26 livres à lire au cours de l’année, chaque lettre de l’alphabet imposant de choisir un auteur ayant cette lettre pour initiale.

Je viens juste de composer ma liste, alors que six semaines se sont déjà écoulées depuis le début de l’année. Ai-je encore une chance de réussir ce challenge ? Nous le saurons à la fin de l’année.

ABC

AUTEUR

TITRE

ETAT

A

Akounine, Boris (1956-….)

Altyn Tolobas  (polar russe)

LU

B

Bounine, Ivan (1870-1953) 

Les allées sombres (nouvelles russes)

LU

C

Coe, Jonathan (1961-….)

Une touche d’amour (roman britannique)

LU

D

Dawesar, Abha (1974-….)

Babyji (roman indien)

PAL

E

Edwardson, Ake(1953-….)

Danse avec l’ange (polar suédois)

PAL

F

Fossum, Karin(1954-….)

Ne te retourne pas (polar norvégien)

PAL

G

Gombrowicz, Witold (1904-1969) 

Cosmos (roman polonais)

PAL

H

Holt, Anne (1958-….)

La déesse aveugle (polar suédois)

PAL

I

Ikonnikov, Alexandre(1974-….) 

Lizka et ses hommes (roman russe)

LU

J

James, Henry (1843-1916) 

Le banc de la désolation (nouvelles britanniques)

PAL

K

Kourkov, Andreï (1961-….) 

L’ami du défunt (roman ukrainien)

LU

L

Lermontov, Mikhaïl (1814-1841)

Un héros de notre temps (roman russe)

PAL

M

Marinina, Alexandra (1957-….) 

Le styliste (polar russe)

LU

N

Nabokov, Vladimir (1899-1977)

Un coup d’aile (nouvelles russes)

LU

O

Oulitskaia, Ludmila (1943-….)

Sonietchka (roman russe) 

LU

P 

Pelevine, Viktor (1962-….) 

La vie des insectes (roman russe)

LU

Q

Queneau, Raymond(1903-1976)

Les derniers jours (roman français)

PAL

R

Roth, Philippe (1933-….)

Le complot contre l’Amérique (roman américain)

PAL

S

Selby Jr, Hubert (1928-2004)

Last exit to Brooklyn (roman américain)

PAL

T

Tourgueniev, Ivan (1818-1883) 

Journal d’un homme de trop (nouvelle russe)

LU

U

Udall, Brady (1971-….) 

Lâchons les chiens (nouvelles américaines)

PAL

V

Vaïner, Arkadi et Georgui  (19..-….) 

L’évangile du bourreau (polar russe)

PAL

W

Woolf, Virginia (1882-1941) 

Les vagues (roman britannique)

PAL 

X

Xiaolong, Qu (1953-….)

Encres de chine (polar chinois)

PAL

Y

Yourcenar, Marguerite (1903-1987) 

Le coup de grâce (roman français)

LU

Z

Zamiatine, Evgueni (1884-1937)

Seul (nouvelle russe)

LU

Publié dans: on 10 février 2008 at 11:15 Commentaires (1)
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