Deux ans de vacances

Deux ans de vacances

Quinze enfants de 8 à 14 ans se retrouvent seuls à bord d’une goélette en plein Océan Pacifique. Le groupe, en provenance d’un pensionnat néo-zélandais, s’apprêtait à faire un voyage en mer, quand les amarres du bateau se sont mystérieuresement rompues en pleine nuit, alors que l’équipage était à terre et que les enfants dormaient dans leurs couchettes. Pris dans une tempête, ils parviennent à s’échouer sur une plage, ignorant encore s’il s’agit d’une île ou d’un continent. C’est en fait une île inhabitée dont ils vont rester prisonniers pendant deux longues années…

La pension ChairmanL’aîné du groupe, Gordon, est un américain de 15 ans. C’est le plus organisé, le plus posé. C’est aussi lui qui joue régulièrement le rôle de médiateur, tentant d’apaiser la rivalité qui oppose Doniphan à Briant. Doniphan est un anglais de 14 ans. D’une famille aisée, il passe pour être particulièrement élégant et distingué. C’est également un excellent élève parmi les plus studieux. Orgueilleux, il tient à être le meilleur en tout et ne supporte pas l’autorité. Quant à Briant, c’est un français de 14 ans. Assez paresseux, bien que très intelligent, il est à la pension un élève capable du meilleur comme du pire. Le plus audacieux, et également le plus attentionné envers les plus jeunes, il est au début de l’aventure le véritable héros de la bande de rescapés. Aux côtés de ces trois vedettes, le jeune Service, 12 ans, mérite également d’être mentionné. C’est le plus joyeux, le plus rêveur, celui qui a lu Robinson Crusoé et Robinson Suisse. Très probablement, les qualités et nationalités des jeunes gens n’ont pas été distribuées au hasard par Jules Verne, mais ne comptez pas sur moi pour ce genre de considérations !

Carte de l'îleJe les ai trouvés bien débrouillards, ces jeunes gens. Ils savent manoeuvrer un voilier, construire un abri avec une voile, fabriquer un cerf-volant et même un genre de montgolfière. Ils n’ignorent rien du rythme des marées, savent nommer les plantes et les animaux, chasser, pêcher… massacrer des phoques de la manière la plus barbare qui soit, se battre avec des fauves, puis avec des bandits. Il faut dire qu’ils ont quand même eu pas mal de chance dans leur malheur. Ils n’ont en effet rien perdu de ce que contenait leur navire. Ils se sont donc installés dans une grotte comme des pachas, avec des couchettes, une table, des fauteuils, des armoires… toutes sortes d’outils, d’armes et même une bibliothèque !   

Hélas, je crois que j’ai passé l’âge de ce genre de lecture. Je me suis pourtant bien amusée au début à découvrir le groupe d’enfants et à explorer l’île avec eux, mais ça manquait beaucoup de rebondissements, de surprises. J’ai cheminé avec ces petits personnages particulièrement héroïques vers l’inévitable happy end avec un ennui grandissant. Au bout de 380 pages, il y a tout de même enfin eu un rebondissement : une femme a surgi sur l’île ! Et trente pages plus loin, à nouveau une surprise, puis une autre encore ! Bref, tout s’est accéléré pour ma plus grande joie dans les 150 dernières pages, mais je crois que je me serais bien contentée d’un an de vacances… A recommander tout de même à de jeunes lecteurs d’une dizaine d’années !

Deux ans de vacances / Jules Verne, Le livre de poche, 2008, 508 p., ISBN 978-2-253-00537-7

Blog-o-trésorsRoman lu dans le cadre du défi Blog-o-trésors organisé par Grominou où il a été proposé par Martine (10e trésor lu !).

Challenge ABC 2009

Inconnu à cette adresse

Inconnu à cette adresse

Max et Martin sont deux amis d’origine allemande qui tiennent ensemble une galerie d’art à San Francisco. Martin retourne vivre en Allemagne fin 1932 et une correspondance s’établit alors entre les deux amis. Max, qui est juif, va assister depuis les États-Unis à l’arrivée d’Hitler au pouvoir, tandis que sa relation avec Martin se trouvera considérablement affectée par leur divergence d’opinions…

Ce qui surprend le plus dans cette nouvelle, c’est sa date de parution : 1938. Quand Griselle, la soeur de Max qui est juive, se rend en Allemagne, nous ne sommes encore qu’en 1933. Max écrit alors : “Cette enfant ne se rend pas compte du risque qu’elle prend.” Bien sûr nous, lecteurs d’aujourd’hui, avons pleinement conscience de ce risque, mais Max en 1933… Et quand le titre du roman est justifié une première fois alors qu’une lettre destinée à Griselle renvient à son envoyeur, une vraie émotion passe, un petit frisson d’horrreur. Mais en 1938 ce n’était encore que le début de l’horreur. Alors que Katherine Kressmann Taylor depuis les États-Unis ait pris clairement la mesure du danger, quand tant d’autres disaient ne pas savoir, cela fait froid dans le dos.

Ce très court roman épistolaire est avant tout l’histoire d’une vengeance. C’est d’une grande efficacité, mais d’une froideur et d’une sécheresse inouies. Rien de véritablement littéraire dans cette nouvelle qui m’a fait toutefois une forte impression.

Inconnu à cette adresse / Kressmann Taylor, traduit de l’américain par Michèle Lévy-Bram (titre original : Address unknown), postface par par Whit Burnett, Le livre de poche, 2008, 89 p., ISBN 978-2-253-10826-9

Dautres avis sur les blogs : Lilly et ses bémols, Lucile qui pose les questions à lire entre les lettres, InColdBlog et son slogan publicitaire…

Blog-o-trésorsLu dans le cadre du défi Blog-o-trésors organisé par Grominou. Il était proposé par Fleur, Marie et Soie.

Ombre et lumière

Anna Karénine

“Toutes les familles heureuses se ressemblent.
Chaque famille malheureuse, au contraire, l’est à sa façon.”

En Russie, dans les années 1870, une femme mariée quitte tout (mari, enfant, respectabilité sociale) pour vivre une passion tragique avec un jeune et bel officier : voilà en général ce que l’on sait du roman de Tolstoi avant même de se plonger dedans. Mais ce grand et gros roman réserve en fait bien des surprises à son lecteur…

“Tout était sens dessus dessous dans la famille Oblonskï.”

Anna Karénine n’est pas là au début du roman. En bon lecteur qui en a lu d’autres, on ne s’en étonne pas tant que cela, car Flaubert nous a déjà fait le coup (rappelez-vous le début de Madame Bovary où c’est Charles qu’on rencontre en premier). Mais chez Tolstoï l’arrivée de l’héroïne est différée d’une centaine de pages. Au début du roman, c’est avec le frère d’Anna, Stépan Oblonskï, que nous faisons connaissance. Celui-ci s’est montré infidèle envers Dolly, son épouse. Ce n’est pas la première fois mais c’est une fois de trop pour Dolly, qui envisage de quitter son mari. Anna est donc attendue pour raisonner Dolly et ainsi sauver le mariage de son frère (c’est d’ailleurs assez amusant qu’elle vienne réparer un mariage avant de détruire le sien). En l’attendant, nous faisons aussi connaissance avec Kitty, la jeune soeur de Dolly, une ravissante jeune fille de 18 ans et de ses deux prétendants : Lévine et Vronski. Mais je ne vous présente là que quelques uns des personnages principaux, car c’est en fait une multitude de personnages que nous rencontrons dans ces cent premières pages (alors même que nous ne savons pas encore reconnaître ceux qui seront vraiment importants). Et c’est bien sûr à travers eux toute une société que l’on découvre, celle des aristocrates de Moscou ou de Saint-Pétersbourg et des grands propriétaires terriens.

Anna est très différente d’Emma. Pourtant elles ont des points communs. On devine au début dans la vie conjugale d’Anna une forme d’insatisfaction. Mais il ne s’agit pas chez elle de désoeuvrement. Elle ne cherche pas à tromper l’ennui dans des aventures multiples ou de vaines distractions. Elle ne cherche rien d’ailleurs. Mais la vie lui apporte comme par surprise l’intensité qui lui manquait, les sentiments extrêmes qui conviennent à son tempérament. Elle vit une passion folle et lui sacrifie tout. Mais jamais ce n’est une passion heureuse. Dés le début de son histoire avec Vronski, Anna semble se noyer. Angoissée, cauchemardeuse, hantée par les pensées suicidaires, elle paraît perdue. C’est un très beau personnage, même si elle devient à la fin absolument insupportable.

L’histoire d’amour tragique d’Anna n’est pas la seule histoire du roman. Nous suivons particulièrement deux histoires en parallèle, celles de deux couples : Anna et son amant, Kitty et son mari. D’ailleurs Anna n’est peut-être pas le personnage principal du roman. En tous cas, elle partage la vedette avec Lévine. Celui qui nous est présenté au début comme un brave garçon débarquant de sa campagne pour demander celle qu’il aime en mariage (celui sur qui le lecteur ne parierait pas un kopeck) s’avère finalement être un personnage très attachant, sorte de porte-parole de l’auteur pour exprimer ses théories sur bien des sujets, celui avec lequel il partage sans doute une même vision de la famille et de la vie en général.

J’ai fait de ce roman une lecture égoïste, sans trop me soucier de ce qu’avait voulu écrire Tolstoï (mais je pense sincèrement que c’est ainsi qu’il faut lire). Je me suis passionnée pour les deux histoires d’amour parallèles, pour tous ces personnages dont la psychologie nous est décrite si finement, pour ces gestes minuscules, ces sourires, ces intonations sur lesquels Tolstoï s’attarde, mais je ne me suis guère intéressée aux considérations politiques et religieuses. Le pire pour moi aura été ces longs passages de réflexions agricoles de Lévine que j’ai, bien évidemment, lus en diagonale. Et pourtant j’ai adoré ce personnage de Lévine, ses questionnements sur le sens de la vie, sa recherche du bonheur… J’ai aimé aussi beaucoup la relation que Tolstoï entretient avec ses personnages. Il semble tous les comprendre, les aimer (sauf peut-être le mari d’Anna). Jamais il ne les juge. Avec lui le lecteur pénètre leurs pensées, leurs sentiments, leurs âmes (pour employer un mot cher à Tolstoï). Ce ne sont jamais des archétypes, mais des personnages complexes souvent pris au piège de leurs contradictions. Et puis ces personnages ne sont pas figés. Ils évoluent et l’idée que l’on se fait d’eux se transforme à mesure que l’on avance dans le récit. Ils sont tout simplement très humains. Enfin il y a toutes ces scènes d’anthologie : la demande en mariage refusée de Lévine, le bal où ce qui se joue entre Anna et Vronski nous est montré à travers les yeux de Kitty, la tempête de neige et de passion qui réunit Anna et Vronski sur un quai de gare, une course de chevaux à l’érotisme torride, une chandelle qui s’éteint et plonge Anna dans une hallucination suicidaire, la terrible fin d’Anna, etc. etc. Un roman à lire absolument !

Anna Karénine / Léon Tolstoï, commentaires de Marie Sémon, préface d’André Maurois, Le livre de poche (Classique), 2008, 1021 p., ISBN 978-2-253-09838-6

D’autres avis sur les blogs de lecture : Karine, Emma, Romanza, MarcF.

Challenge ABC 2009

Comme Romanza avait eu la bonne idée de proposer ce roman pour le défi Blog-o-trésors, cela me permet de faire d’une pierre deux coups !

Blog-o-trésors

Août 2009 : j’attribue à ce roman le Levraoueg d’or du classique du 19e siècle lu en 2008-2009 !

La petite voix du coeur

La petite voix du coeur

“Il l’avait laissée là,
avec ses rêves de courtepointe à l’ancienne, de porcelaines
et de photos de famille dans leur cadre doré.”

Novalee a 17 ans et est enceinte de 7 mois, quand elle est abandonnée par son petit-ami (avec 7,77 dollars en poche), dans un supermarché, au bord d’une route qui devait les conduire en Californie. Pendant deux mois, elle va revenir chaque soir se cacher dans le supermarché pour y passer la nuit, jusqu’à accoucher dans le magasin…

Avant son départ pour la Californie, Novalee avait acheté un Polaroïd avec l’intention de se faire photographier à chaque frontière d’État. Plus tard, elle achète un véritable appareil photo dans un marché aux puces. Et c’est à partir de là, que Novalee a eu pour moi les traits de Charlotte Gainsbourg ! Des images du film “La petite voleuse” se sont superposées à ma lecture. Et comme j’aime bien ce film, cela m’a rendu le roman très sympathique.

Ce roman est avant tout une histoire, celle de Novalee de 17 à 25 ans. Au début Novalee est sur une route. Au bout du voyage, elle espère trouver une maison à deux étages avec un balcon qui donne sur l’océan. Mais dés le début, nous savons que son projet va être contrarié. Novalee va rencontrer des obstacles (un abandon, un enlèvement, une tornade, un incendie…). Elle va croiser des méchants vraiment très méchants, et des gentils particulièrement gentils.  Mais nous savons que cela finira bien pour elle. Aura-t-elle la maison de ses rêves ? Sans doute que non, pas exactement. Mais elle aura autre chose, mieux peut-être. Le happy end est au bout du chemin, nous le savons dés le départ, mais le voyage n’en est pas moins agréable. Et cerise sur le gâteau : le roman s’achève sur une liste comme je les aime ! Bref, c’est un petit roman sans prétention, mais aussi une excellente surprise.

D’autres avis sur les blogs de lecture : Charlie Bobine, Les rats de biblio, Stephie, Karine, Isil, Yueyin, Hathaway et Fashion.

chaîne de livres 2009

J’ai lu ce roman dans le cadre de la Chaîne des livres. Il était proposé par Doriane. Mais il fait aussi partie du Défi Blog-o-trésors où il avait été proposé par Charlie Bobine.

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Les 4 filles du Docteur March

Les 4 filles du Dr March

Dans la famille March nous avons : Meg (16 ans, la plus jolie et la plus raisonnable), Jo (15 ans, la plus garçon manqué, douée pour l’écriture), Beth (13 ans, la plus douce et timide, douée pour la musique) et Amy (11 ans, la petite peste, douée pour le dessin). Les 4 filles vivent avec leur mère, mais leur père est parti à la guerre, car c’est en effet la Guerre de Sécession.

(Nous sommes donc aux États-Unis entre 1861 et 1865. Rappelons aux petits internautes égarés sur ce blog, que la Guerre de Sécession est une guerre civile américaine qui opposait l’Union (les États-Unis) à quelques états du Sud esclavagistes qui avaient fait sécession. Cette guerre a mis fin à l’esclavage aux États-Unis.)

Nous suivons l’histoire de la famille March pendant un an, d’un Noël à un autre. Avant la guerre, le Dr March avait perdu toute sa fortune en voulant aider un ami ruiné. Sans lui, la situation de la famille est devenue encore plus difficile. Les deux ainées travaillent donc déjà, l’une comme gouvernante d’une famille nombreuse et privilégiée, l’autre comme demoiselle de compagnie d’une grand-tante au caractère difficile. Il y a tout de même quelques distractions : la lecture, les pièces écrites par Jo que les soeurs jouent ensemble, une soirée dansante, un pique-nique… Et puis il y a un jeune garçon qui fait son apparition dans le voisinage : Laurie, 16 ans, qui va très bien s’entendra avec Jo…

N’ayant pas l’habitude de lire des romans pour la jeunesse, je ne sais pas vraiment comment évaluer celui-ci. Le personnage de Jo est le personnage principal, celui qui s’offre à l’identification de la lectrice. Ce roman est cependant à recommander à des lectrices plus jeunes que l’héroïne, disons à des petites filles de 9-10 ans. Mais bien qu’ayant largement dépassé cet âge, je me suis bien amusée à sa lecture. J’en ai suivi les péripéties au premier degré, avec toujours de la curiosité pour la suite de l’histoire dont j’ai apprécié les rebondissements. C’est un roman truffé de bons sentiments. Les 4 soeurs entretiennent entre elles et avec leur mère des relations idylliques. En dépit de leur pauvreté, elles sont d’une grande générosité, n’hésitant pas à se priver d’un repas pour nourrir une famille encore plus miséreuse, à utiliser l’argent durement gagné pour faire plaisir à leur mère, etc. Dans un roman pour adultes, tout cela m’aurait certainement agacée. Mais dans le contexte d’un roman pour la jeunesse, j’ai trouvé ça charmant. Tant qu’à apprendre quelque chose aux enfants, mieux vaut leur apprendre la générosité que le contraire, non ? J’ai tout de même trouvé ce roman très moralisateur. On y vante les vertus du travail, tandis qu’on y condamne l’oisiveté. Et Mme March enseigne à ses filles l’art d’être de bonnes petites ménagères : “Exécuter des tâches quotidiennes rend les loisirs plus doux. Et ainsi on peut avoir un foyer agréable.” On dira donc que ce roman est un petit peu daté, mais que sa lecture n’en est pas moins agréable. 

Les quatre filles du Docteur March / Louisa May Alcott, traduction nouvelle d’Anne Joba, illustrations Akos Szaho, Le livre de poche Jeunesse, 2006, 278 p., ISBN 2-01-321984-9

Louisa May Alcott (1832-1888) a écrit des pièces de théâtre, des contes, des romans, et dirigé un journal pour enfants. Elle a été infirmière pendant la guerre de Sécession. Et elle s’est inspirée de sa famille pour écrire “Les quatres filles du Docteur March” en se représentant elle-même sous les traits de Jo.

D’autres avis sur les blogs de lecture : Lilly (c’est dans les commentaires à son billet, que j’ai commencé à entrevoir l’idée que je n’avais pas lu l’édition intégrale, car il existerait en fait 4 tomes en édition jeunesse), Fée bourbonnaise et Emma.

J’ai lu ce roman dans le cadre de mon Challenge ABC 2009 et aussi dans celui du Défi Blog-o-trésors où il a été proposé par Fashion et Joëlle.

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Les déferlantes

les-deferlantes

La narratrice vit à la Hague depuis six mois.  Autrefois elle était professeur de biologie à l’université, mais il lui est arrivé un drame lié à la disparition de quelqu’un qu’elle aimait. Après un congé sabbatique, elle a repris à La Hague une activité d’observation des oiseaux pour le compte du Centre ornithologique de Caen.  Mais que lui est-il donc arrivé ? Premier mystère posé d’entrée de jeu par ce roman…

Arrive un certain Lambert. Qui est-il ? Que vient-il faire à La Hague ? Pourquoi ne répond-il que par monosyllabes aux questions qu’on lui pose ? Pourquoi la vieille Nan, une vieille folle qui a perdu toute sa famille en mer, semble le reconnaître et l’appelle Michel ? Et pourquoi Lili, la tenancière du bistrot, semble elle aussi l’avoir déjà vu ? Et enfin, quelle tombe va-t-il fleurir au cimetière ? Deuxième mystère…

Une histoire d’amour va-t-elle réunir ces deux solitaires ? Troisième mystère…

Autour de nos deux héros gravitent d’autres personnages : Raphaël (un sculpteur, chez qui la narratrice loue une chambre), Morgane (soeur de Raphaël), Max (un simple d’esprit, amoureux de Morgane), Théo (père de Lili et ancien gardien du phare), La vieille (mère de Lili), Monsieur Anselme (gardien de la mémoire de Prévert)…

Que l’exposition de la situation et des personnages m’a paru lourde ! Et qu’elle est pénible cette narratrice ! Elle ne ressemble pas à quelqu’un cherchant à soigner ses blessures dans la solitude. Elle fouine partout, se mêle de tout, écoute les conversations, espionne les autres personnages… et bien sûr recueille miraculeusement les confidences de tout le monde. Le premier mystère se dissipe rapidement, révélé comme à demi-mot. Et on se consacre alors au deuxième mystère (et accessoirement au troisième). 

Le style est fait de phrases très courtes, très simples (ce qui m’a vite paru extrêmement lassant). Le récit est truffé de dialogues, de répliques entrecoupées de :  “je le regardais”, “il a hoché la tête”, “elle a pâli”, “il a souri”, “il a ricané”, “il a dit ça brutalement”, “j’ai secoué la tête”, “il s’est raidi”, “il a levé les yeux”… Et le pire c’est que toutes ces petites formules se répètent de dialogue en dialogue. La narratrice prend ses repas à l’auberge ou avec tel ou tel personnage. Elle mange des crevettes, du crabe, du riz, une daube, une tarte aux fraises… Et tous ces cafés, toutes ces soucoupes posées par Lili sur le comptoir, avant que les tasses ne soient posées à leur tour, et que le café ne coule dans les tasses… Les auteurs ne sont pourtant plus payés à la ligne, si ?

Je n’ai pas beaucoup aimé ce roman. Dés le début je me suis beaucoup ennuyée à sa lecture. Et pourtant j’aime la mer, les tempêtes, les oiseaux, les phares… ce roman devait me plaire. En fin de compte, le vrai mystère pour moi n’était pas celui de la narratrice ni celui de Lambert, mais plutôt celui du succès de ce roman, un succès qui ne semblait même pas fabriqué, mais simplement dû à un bouche à oreille positif. Un succès sympathique donc, qui a motivé la poursuite de ma lecture. Je me suis accrochée pendant à peu près 120 pages, puis, comme le roman en compte tout de même plus de 500, j’ai décidé d’en sauter 200. Et j’ai repris ma lecture sans problème. L’histoire n’avait pas avancé d’un pouce. J’avais certainement laissé passer quelques repas et pas mal de cafés, mais le mystère n’avait pas encore été révélé. Il allait l’être bientôt (j’avais bien visé). Et j’ai donc terminé ma lecture, soulagée.

C’est un roman à l’ancienne, pour amateurs d’histoires simples, avec de la nostalgie pour une vie de village où tout le monde se connaît… Ce n’était sans doute pas un roman pour moi, mais je comprends qu’il puisse plaire. Il y est question de solitude, de deuils impossibles, d’amour ou de manque d’amour… des sujets universels.  Certains de ces sujets auraient dû me parler. Je ne sais pas expliquer pourquoi cela ne m’a pas du tout touchée. L’absence de style y est certainement pour beaucoup.

Comme ce roman est très présent sur les blogs de lecture, j’ai lu presque tous les billets qui lui étaient consacrés (les liens se trouvent en fin de billet), et  je n’ai pas trouvé de critiques vraiment négatives. Mais il faut dire qu’il est difficile de vraiment critiquer ce que tant d’autres ont adoré. Alors je me suis tournée vers la critique professionnelle et à ma grande surprise, je n’y ai pas non plus lu la moindre réserve. Les critiques ont-ils vraiment aimé ou se sentent-ils obligés de dire du bien d’un livre qui a été un grand succès public ? C’est la question que je me pose aujourd’hui, car je me sens un peu seule face à ce roman qui n’est pas antipathique mais qu m’a tout de même beaucoup ennuyée.

Les déferlantes / Claudie Gallay, Éd. du Rouergue (La brune), 2008, 524 p., ISBN 978-2-8415-6934-2

Certains blogueurs aiment sans réserve, d’autres sont plus nuancés :

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Et cerise sur le gâteau : ce livre fait partie de la mégaliste de Grominou pour le Défi Blog-o-trésors ! Il avait été proposé par Aliénor.

Blog-o-trésors

84, Charing Cross Road

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Helene Hanff a 33 ans, quand en 1949 elle écrit sa première lettre à la librairie Marks & Co située à Londres au 84 Charing Cross Road. Elle est américaine et vit à New York, où elle écrit des pièces de théâtre qu’elle n’arrive pas à faire produire, et elle vivote grâce à des scénarios écrits pour la télévision. C’est une autodidacte qui, un beau jour de 1949, décide de rattraper les années d’études qu’elle n’a jamais pu faire et d’acquérir par elle-même une vraie culture classique. Ne trouvant pas les livres qui l’intéressent dans les librairies américaines, elle décide de s’adresser à une librairie londonienne. Commence alors une correspondance qui durera 20 ans. 

C’est une histoire extraordinaire que celle de cette correspondance (histoire que nous raconte Thomas Simonnet dans sa postface). Pendant des années, Helene Hanff projettera des voyages en Angleterre qui ne se feront pas. Quand enfin en 1971 elle pourra se rendre à Londres, la librairie Marks & Co sera fermée et son principal correspondant sera mort. Pendant des années également, elle tentera de vivre de sa plume, et c’est finalement la publication d’une correspondance qui lui vaudra le succès et la reconnaissance. Enfin, dernière ironie du sort : alors que personne n’a jamais voulu produire les pièces qu’elle écrivait, sa correspondance sera finalement adaptée au théâtre par un autre.

Au cours des premiers mois de sa correspondance, Helene Hanff apprend que le rationnement existe encore en Angleterre (60 g de viande par semaine et par famille et un oeuf par personne et par mois). Alors en plus des lettres, elle se met à envoyer des colis aux contenus improbables (je ne savais même pas que les oeufs en poudre avaient existé !).

Et puis au fil du temps, au fil des lettres, Helene Hanff dévoile les relations qu’elle entretient avec les livres et la littérature.

“J’adore les dédicaces sur les pages de garde et les notes dans les marges, j’aime ce sentiment de camaraderie qu’on éprouve à tourner les pages que quelqu’un d’autre a déjà tournées, à lire les passages sur lesquels quelqu’un, disparu depuis longtemps, attire mon attention.”

“Je fais le ménage de mes livres chaque printemps et je jette ceux que je ne relirai jamais, comme je jette les vieux vêtements que je ne remettrai jamais. Ça choque tout le monde. Mes amis sont soigneux avec les livres. Ils lisent tous les best-sellers, ils les parcourent le plus vite possible, en en sautant beaucoup de passages, je crois. Et comme ils ne les relisent JAMAIS, un an après ils ne se rappellent plus un traître mot. Cependant ils sont profondément choqués de me voir jeter un livre à la corbeille ou le donner à quelqu’un. Selon eux, vous achetez un livre, vous le lisez, vous le mettez sur une étagère, vous ne le rouvrez jamais de toute votre vie, mais VOUS NE LE JETEZ PAS ! PAS S’IL EST EN EDITION RELIEE ! Et pourquoi pas ? Personnellement je ne vois rien de moins sacro-saint qu’un mauvais livre ou même un livre médiocre.” 

Helene Hanff commande des livres théoriques, des anthologies, des journaux, des partitions de musique vocale… Elle lit un peu de tout, sauf des romans : “je ne peux jamais m’intéresser à des choses qui  ne sont pas arrivées, à des gens qui n’ont jamais existé.” Un jour pourtant, elle va découvrir Jane Austen (mais je mettrai quelques citations dans un prochain billet, car j’ai un challenge à tenir).

Comme beaucoup de lecteurs avant moi, je suis tombée sous le charme de cette correspondance, du ton employé par Helene Hanff dés sa première lettre, de sa passion pour la littérature, de son humour, de son sens de l’autodérision, de ses colères feintes, des relations qu’elle réussit à établir par ses lettres avec différents membres du personnel de la librairie et leurs familles. Alors je vous en conjure, si vous ne l’avez pas encore lue, courez immédiatement à librairie la plus proche ! 

84, Charing Cross Road / Helene Hanff, traduit de l’anglais par Marie-Anne de Kisch, postface de Thomas Simonnet, Éd. Autrement (Littératures), 2004, 113 p., ISBN 2-7467-0058-1

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Dans la série “Mais à quoi pensent les éditeurs ?” : vous avez vu ce qui est écrit sur la couverture ? Est-ce que je viens de lire un “roman” ? Ou alors prétendre qu’une correspondance est un roman serait-il un argument commercial ? Pfff !

Les avis de FashionKarine, LaurenceYue, Yvon

Ce livre a été lu dans le cadre du défi Blog-o-trésors (c’est-à-dire qu’après l’avoir lu, je me suis dit : “il n’aurait pas été proposé pour le Blog-o-trésors ?”). Il avait été proposé par Kroustik. Et d’ailleurs j’ai fini ce défi, puisque j’ai lu 4 livres de la méga-liste ! Hourrah !

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Quatre mariages et pas un seul enterrement

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De l’orgueil, je ne crois pas, mais des préjugés, certainement !

Il n’y a pas si longtemps, j’imaginais que les romans de Jane Austen racontaient des histoires de jolies jeunes filles enjouées à marier avec de charmants et riches jeunes hommes et cela ne m’inspirait aucune envie de lecture. Mais son succès sur la blogoboule m’a convaincue de célébrer mon premier blog-anniversaire par la lecture du roman sans doute le plus présent et le plus adulé sur les blogs à savoir “Orgueil et préjugés”. Je me suis procuré ce roman dans une ravissante reliure rose qui n’augurait rien de bon et j’ai lu la première phrase :

“C’est une vérité universellement reconnue qu’un célibataire pourvu d’une belle fortune doit avoir envie de se marier, et, si peu que l’on sache de son sentiment à cet égard, lorsqu’il arrive dans une nouvelle résidence, cette idée est si bien fixée dans l’esprit de ses voisins qu’ils le considèrent sur-le-champ comme la propriété légitime de l’une ou l’autre de leurs filles.”

Et là, quelque chose de magique s’est produit. C’est-à-dire que cette première phrase à réussi à confirmer et dissiper mes craintes dans un même mouvement. Emportée par mon élan, j’ai continué par un dialogue savoureux entre Mr et Mrs Bennet, j’ai ri dés les premières pages, et j’ai su très rapidement que j’allais me ranger du côté des amateurs de Jane Austen. Maintenant que j’ai anéanti tout suspens, je vais m’adresser à ceux qui n’ont pas encore lu ce roman, car il y en a peut-être encore…

Ce roman situe son intrigue dans une famille bourgeoise d’une petite bourgade anglaise à la fin du XVIIIe ou au tout début du XIXe siècle. Si on peine à dater l’histoire avec précision, c’est que Jane Austen ne s’intéresse absolument pas à l’actualité de son temps. Elle ne manifeste pas non plus d’intérêt pour les autres classes sociales. Seuls l’intéressent la famille Bennet et le milieu social dans lequel elle évolue. Dans cette famille, cinq soeurs sont en âge de se marier : Jane, Elizabeth, Mary, Catherine et Lydia. Le mariage est même leur seul avenir possible. En effet, elles savent que leur propriété familiale reviendra par héritage à leur cousin et qu’il leur faut donc trouver un mari du même milieu qu’elles, si elles souhaitent pouvoir conserver le même train de vie (et la même vie oisive, cela va sans dire). Mais c’est surtout leur mère, Mrs Bennet, qui voit les choses sous cet angle. Ses filles, quant à elles, n’aspirent qu’à faire un mariage d’amour et, en attendant, à s’amuser dans les bals. Au tout début du roman arrive un nouveau voisin, Mr Bingley, séduisant jeune homme qui plaira tout de suite beaucoup à Jane. Par son intermédiaire, les Bennet font aussi connaissance de Mr Darcy, beau, riche et arrogant jeune homme qui déplaira à toute la famille et particulièrement à Elizabeth, jusqu’à ce que les sentiments de chacun évoluent…

“Orgueil et préjugés” est en quelque sorte un roman de formation, puisqu’il s’intéresse à de jeunes personnages au moment où ceux-ci découvrent la vie en société et éprouvent leurs premiers sentiments amoureux. De bals en invitation à dîner, ce sont tous les codes sociaux de ce milieu que nous montre Jane Austen avec humour. Elle s’intéresse autant à la psychologie des personnages, leurs pensées et sentiments secrets, qu’à la comédie des relations sociales qui sont les leurs. Comme le père Bennet parlant de ses filles, elle se permet de malmener un peu ses personnages, de se moquer d’eux sans méchanceté. La condition féminine est dénoncée et une certaine rébellion féministe incarnée par Elizabeth. Les dialogues sont extrêmement vifs et on prend beaucoup de plaisir à leur lecture. C’est à la fois un roman sentimental et une satire de ce genre de romans, et c’est sans doute la raison pour laquelle il réconcilie tous les lecteurs.

Je pense donc poursuivre ma lecture de Jane Austen, mais il me reste tout de même une petite crainte, c’est-à-dire que je me demande maintenant si ses autres romans racontent exactement la même histoire ou si j’aurai encore des surprises… Et d’ailleurs lequel me conseillez-vous pour continuer ?

Orgueil et préjugés / Jane Austen, traduit de l’anglais par V. Leconte et Ch. Pressoir (titre original : Pride and prejudice), préface de Virginia Woolf traduite de l’anglais par Denise Getzler, note biographique établie par Jacques Roubaud, 10-18 (Domaine étranger), 2008, 379 p., ISBN 978-2-264-04883-7

Jane Austen (1775-1817) est l’auteur de Raison et sentiments (1811), Orgueil et préjugés (1813), Mansfield Park (1814), Emma (1815), Persuasion (1818), Northanger Abbey (1818).

Il y a beaucoup de billets sur “Orgueil et préjugés” sur les blogs de lecture. Alors je ne vais pas tous les citer, mais je vous recommande particulièrement les avis enthousiastes et argumentés de LillySylvie, Katell, Aelys et Gaël.

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Par ce billet, je commence (encore) un nouveau challenge (mais il n’est pas non plus tout à fait impossible que ma participation à ce challenge s’arrête où elle a commencé) ! J’ai appris l’existence de ce challenge chez Yueyin, mais on le doit paraît-il à Fashion. Un petit visuel a été préparé par Isil et Mr Kiki. Mais il paraît qu’un autre est en préparation chez Emjy. Bref, plein de blogueurs sont sur le coup ! En quoi consiste ce challenge ? Il s’agit de lire et voir tout ce qu’on peut dénicher de, sur, ou autour de Jane Austen. (Ajout du 15 mars : ca y est j’ai créé ma page du challenge)

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Evidemment ce roman fait également partie du défi Blog-o-trésors. Il a été proposé par Blogueuse cornue, Christina, Mango, Chimère, Cécile (Riestling) et Karine (et ses livres).

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Le liseur et la lectrice

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“je me sentais dans le monde
comme si lui et moi n’avions rien à voir ensemble”

Ça commence comme un fantasme adolescent, de ceux qui ont inspiré des romans comme “Le diable au corps” ou des films comme “Le lauréat”. En Allemagne dans les années 50, un jeune garçon de 15 ans, Mickaël, rencontre une femme de 36 ans, Hanna. Parce qu’elle lui est venue en aide alors qu’il se sentait mal, il est allé chez elle, l’a vue repasser sa lingerie, mettre ses bas, et cela a nourri ses fantasmes jusqu’à ce qu’il devienne effectivement son amant. Au cours de cette liaison qui a duré six mois, Michaël a  pris l’habitude charmante de faire la lecture à haute voix à Hanna, d’où le titre du roman.

“Pourquoi suis-je aussi triste, quand je repense à ce temps-là ?
Est-ce le regret du bonheur passé ?”

Cette histoire, qui occupe la première des trois parties du roman, pourrait à elle seule être une nouvelle que l’on qualifierait de légère, sensuelle, passionnelle. Pourtant dés la deuxième partie le roman va devenir grave, bouleversant, passionnant. Mickaël revoit Hanna sept ans plus tard. Nous sommes alors en 1965. Étudiant en droit, il est venu assister à un procès sur les camps de concentration en cour d’assises. Et Hanna se trouve sur le banc des accusés. A partir de là, le roman devient celui d’une génération d’allemands nés après la guerre, qui ne sait pas quelle attitude adopter face au passé nazi : “Est-ce que nous n’avons qu’à nous imposer ce silence de l’horreur, de la honte et de la culpabilité ?” Et puis il y a cette question posée par Hanna l’accusée : “Qu’est-ce que vous auriez fait ?” Le roman pose donc de grandes questions sur la culpabilité, la honte, la responsabilité collective… mais il n’apporte pas de réponse tranchée. Au contraire, il montre un personnage tiraillé entre condamnation et compréhension, un personnage qui au fil du temps va apprendre que la réalité ne se laisse pas facilement partager entre le bien et le mal, que tout est toujours plus complexe, plus nuancé.

Enfin il y a le secret d’Hanna, seule petite faiblesse du roman, car l’auteur nous donne dés le début tellement d’indices nous permettant de le deviner, que sa révélation au cours de la deuxième partie tombe finalement un peu à plat. Mais qu’importe, c‘était un grand sujet et Bernhard Schlink en a fait un grand roman, court roman pourtant qui surprend par sa simplicité, mais un grand roman tout de même, qui s’achève sur une troisième partie absolument bouleversante.

Quand on lit un roman dont on sait qu’il est un best-seller à l’échelle mondiale, on le lit en s’interrogeant sur les raisons de son succès. Bien sûr je n’ai pas la réponse, mais j’en envie d’hasarder une hypothèse. Peut-être que la force de ce roman est d’avoir traité ce que j’ai appelé un grand sujet, c’est-à-dire un sujet qui touche à la grande histoire, à de grandes questions philosophiques, et de l’avoir combiné avec une histoire individuelle, une histoire à taille humaine, qui dure d’ailleurs presque le temps d’une vie humaine, avec des sentiments simples, ceux d’un homme pour une femme, d’un fils pour son père, avec les questions existentielles d’un individu qui se retourne sur sa vie passée et se dit, simplement : “c’est désormais devenu ma vie, voilà tout”.

Le liseur / Bernhard Schlink, traduit de l’allemand par Bernard Lortholary (titre original :  Der Vorleser), Gallimard (Folio), 1999, 242 p., ISBN 2-07-040458-7

Bernhard Schlink (1944-….) est juge et professeur de droit en Allemagne. Avant d’écrire “Le liseur”, il était déjà auteur de romans policiers.

“Le liseur”  a été proposé par Mustango et XL dans le cadre du défi Blog-o-trésorsSur les blogs, on trouve aussi les avis de Ys (qui m’avait bien donné envie de le lire), Lilly, Keisha, SybillineKarine, ArgantelJules, Pitou, Sébastien, Allie, Fantasio

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Monde fantôme

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“Ghost World” est une bd américaine pour ados parue en album aux États-Unis en 1997 après avoir été publiée en feuilleton. Elle raconte cette période de transition entre la fin du lycée et le début des études ou du travail. Les deux héroïnes, Enid et Rebecca, sont dans cet entre-deux, ce monde fantôme entre l’adolescence et la vie adulte. Elles passent toutes leurs journées ensemble, croisant bon nombre de personnages secondaires, d’autres jeunes ou des adultes dans lesquels il leur est difficile de se projeter, tant ceux-ci semblent eux-mêmes malheureux, voire paumés. Enid et Rebecca font un peu bande à part. Elles se sont déjà extraites du groupe et bientôt elles s’individualiseront totalement…

Au début, abordant cette bd culte, j’ai été un peu déçue par la forme que j’imaginais plus novatrice, par ce simple dialogue ininterrompu de case en case.  Et puis j’ai été charmée par la justesse du propos, le regard que portent les deux jeunes filles sur le monde qui les entoure, et le réalisme de la petite crise existentielle qu’elles traversent.

“Moi j’ai envie de devenir quelqu’un de complètement différent. (…) Avant mon projet d’aller en fac, j’avais la secrète intention de ne rien dire à personne, de monter dans un bus et d’aller m’installer dans une ville au hasard, pour y devenir cette personne complètement différente.”

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Tant qu’à faire, après avoir lu l’album, j’ai prolongé le plaisir en visionnant l’adaptation cinématographique (datée de 2001) de la bd par Terry Zwigoff avec Thora Birch (extraordinaire) dans le rôle d’Enid et Scarlett Johansson (que j’aime d’habitude mais que dans ce film j’ai trouvée insignifiante) dans celui de Rebecca. Le scénario du film a étoffé un peu l’histoire, ajouté des personnages et des péripéties, accentué le côté artiste d’Enid, mais on y retrouve vraiment la même ambiance, les mêmes décors, le même ton, entre humour potache et tristesse adolescente. Bref, une adaptation très réussie.  A noter que l’album dans l’édition française de 2007 offre en annexe des éléments sur l’adaptation. On y apprend notamment que le film aux États-Unis a été classé R, c’est-à-dire interdit au moins de 17 ans non accompagnés d’un parent ou d’un tuteur, pour “langage grossier et un certain contenu sexuel” (!!!???)

Ghost World / Daniel Clowes, Vertige graphic, 2007, 80 p., ISBN 2-908981-62-9

Cette bd a été proposée dans le cadre du défi Blog-o-trésors. Et c’est vraiment un trésor de bd !

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Publié dans:  on 18 janvier 2009 at 7:45 Commentaires (7)
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