Un hiver à Mannheim

“Tous les meurtres sont commis
pour sauver une existence fondée sur le mensonge”

Gerhard Selb, un détective privé, reçoit un coup de téléphone d’un certain Salger, qui lui demande d’enquêter sur la disparition de sa fille Léonore. Ce commanditaire est bien mystérieux. Il ne se montre pas, donne une fausse adresse, ne peut être joint que par l’intermédiaire d’un répondeur téléphonique, et il ne semble pas savoir grand chose de la vie de sa fille. Selb sent tout de suite que l’affaire n’est pas claire, mais la somme d’argent reçue en guise d’avance est assez coquette, alors il se lance sur la piste de Léonore. C’est une étudiante de vingt-cinq ans, qui a effectivement disparu de son école de traducteur-interprète, de son travail, de son appartement, et qui a depuis sa disparition fait un séjour dans un hôpital psychiatrique, où tout le monde semble avoir quelque chose à cacher à Selb…

Gerhard Selb est un personnage de détective dont ne sait pas vraiment quoi penser. Il est veuf et vit presque seul avec son chat Turbo, bien qu’ayant une maîtresse et le fils de celle-ci dont il s’occupe parfois. Il n’est plus tout jeune (69 ans). Il peine à monter les escaliers et a vite le souffle court quand il poursuit un suspect. C’est aussi un bon vivant, qui aime aller au restaurant et raconte volontiers ce qu’il a mangé. Il est même carrément gourmand. Rendez-vous compte qu’il lui arrive d’aller au café, d’y prendre deux chocolats chauds coup sur coup, avant de se commander une assiette de profiteroles (surtout ne lisez pas ce roman le ventre vide !). Il a un passé de procureur sous le régime nazi dont on ne sait pas grand chose, si ce n’est qu’il est depuis travaillé par cette question de la responsabilité, chère à Bernhard Schlink. Dans Un hiver à Mannheim, il est confronté à un autre thème que Schlink a repris autrement dans Le week-end, à savoir le thème du terrorisme d’extrême gauche. Enfin c’est aussi un roman sur le mensonge, tous ceux que fait Selb pour mener à bien son enquête et tous ceux qu’on lui fait.

“J’étais trop surpris, mais aussi trop épuisé et trop ivre pour esquiver ou frapper. Peut-être suis-je également trop vieux ? Jamais encore on ne m’avait menacé d’une arme. Pendant la guerre, j’étais dans les panzers, et dans les panzers, on n’est pas menacé, seulement touché. Notre panzer a été touché par une magnifique journée avec ciel bleu, soleil chaud et petits nuages blancs. Boum !”

Un hiver à Mannheim est un roman noir riche en rebondissements, aux multiples thèmes historico-politiques, qui sait maintenir l’intérêt du lecteur jusqu’au dénouement, mais qui est malgré tout assez peu original. J’ai le sentiment que ce modèle de romans policiers en série avec héros récurrent appartient vraiment au passé. Je n’ai en tous cas plus grande curiosité pour ce genre. Finalement l’intérêt principal de ce roman, pour ceux qui ont lu les romans suivants de Schlink, est qu’il permet de revenir à la source des thèmes qui l’intéressent. C’est donc une lecture qui n’est pas désagréable mais dont on peut tout à fait se passer.

Un hiver à Mannheim. Une enquête du privé Gerhard Selb / Bernhard Schlink, traduit de l’allemand par Patrick Kermann et revu par Olivier Mannoni (titre original : Selbs Betrug), Gallimard (Folio policier), 2009, 373 p.

Bernhard Schlink (1944-….), le célèbre auteur du Liseur, est également magistrat et professeur de droit en Allemagne. Dix ans avant  son roman à succès, il avait commencé par écrire un roman policier à quatre mains avec Walter Popp : Brouillard sur Mannheim. Trois ans plus tard, seul cette fois, dans Un hiver à Mannheim, il en a repris le personnage principal, Selb, un ancien procureur devenu détective privé. Depuis il a mis fin à sa trilogie avec un roman intitulé La fin de Selb.


Les mains rouges de l’automne

Les mains rouges

En 1977, un étudiant travaillant à la Gare centrale de Copenhague rencontre une jeune femme mystérieuse descendue d’un train en provenance d’Allemagne. Elle lui demande de l’héberger quelques jours et disparaît en lui laissant une clef de consigne. Dans celle-ci l’étudiant-narrateur trouve un sac rempli de billets de banque. Quinze ans plus tard, alors qu’il n’a pu oublier cette brève rencontre, il retrouve par hasard l’inconnue et la suit avant qu’elle ne lui raconte son histoire…

“Les événements dont je vais parler se sont passés avant que ma vie ne prenne forme. Elle pouvait encore partir dans toutes les directions, comme lorsque l’on erre au hasard, par un soir d’été. On est jeune, on se dit que tout est possible, même s’il n’arrive pas grand-chose pour autant. On est encore seul face à l’existence, détaché, parce que la vie ne s’est pas encore intéressée à nous, parce que nous n’y avons pas encore apposé nos marques. On peut même avoir l’impression d’être un intrus, un importun. La liberté a le goût amer du fruit vert tandis que l’on prolonge son errance à travers la ville assez longtemps pour la voir se vider des gens qui rentrent chez eux.”

Parce qu’il traite du même thème, à savoir le terrorisme d’extrême gauche en Allemagne dans les années 70, ce roman m’a beaucoup  fait penser à Week-end de Bernhard Schlink. Grøndahl et Schlink partagent d’ailleurs aussi la simplicité et la justesse du propos, une grande délicatesse et un certain désenchantement. Je suis totalement sous le charme de ce roman avec lequel je découvre Jens Christian Grøndahl, pour tous ses à-côtés, pour tout ce qui ne fait pas avancer l’intrigue, ses digressions, sa manière de voir le monde et de dire les choses, autant de signes qui me laissent penser que je devrais aimer ses autres romans, quels qu’en soient les sujets.

Le roman de Schlink était également une réflexion sur le temps qui passe et nous change, sur ce qui reste des idéaux, mais aussi des amitiés et des amours de jeunesse. Celui de Grøndahl est à son tour l’occasion d’un retour sur le passé pour deux personnages dans la quarantaine, quand les remords se mêlent à la nostalgie de la jeunesse perdue et que le sentiment de culpabilité grandit. Ce pourrait aussi être une histoire d’amour entre deux personnages qui se retrouvent à l’hôtel pour se raconter leur vie, ”trompant” ainsi leurs conjoints bien plus qu’ils ne le feront plus tard par une véritable liaison. C’est enfin l’histoire d’un homme qui, se retournant sur son passé, remet en cause sa vie présente au point d’y renoncer.

Les mains rouges / Jens Christian Grøndahl, traduit du danois par Alain Gnaedig (titre original : Røde Hænder), Gallimard (Du monde entier), 2009, 203 p., ISBN 978-2-078205-5

Malheureusement Clarabel n’a pas du tout aimé ce roman.

Livres voyageursCe roman est très court. En dépit de son statut de nouveauté, il a déjà le format d’un livre de poche. Comment donc résister à la tentation d’en faire un livre voyageur ? Je le prête donc à tout blogueur de lecture connu sur ce blog qui en fait la demande en commentaire.

3/7 Challenge du 1% littéraire 2009

Challenge VivaldiC’est pas beau de tricher !

Leur adolescence brillait trop fort

La traversée de l'été

“Un silence suivit, volant bas comme un oiseau blessé.”

A New York dans les années 40, Grady Mc Neil, une jeune fille de bonne famille de 17 ans, renonce à un voyage en Europe en famille, pour vivre le temps d’un été une histoire d’amour avec Clyde Manzer, un jeune gardien de parking…

“Grady sentit un rire irrépressible monter en elle, une joyeuse agitation qui semblait envahir la blancheur du ciel d’été étendu devant elle comme une toile vierge sur laquelle elle pouvait dessiner les premiers élans imparables de la liberté.”

Quelques mots d’abord sur l’édition de ce texte :

Commencé en 1943 alors que Truman Capote n’avait que 19 ans, repris en 1949, après publication d’un roman (Les domaines hantés) et d’un recueil de nouvelles (Un arbre de nuit), puis de nouveau abandonné et considéré inachevé par son auteur, ce court roman a été redécouvert dans une vente aux enchères en 2005. La petite histoire dit même que Capote aurait voulu détruire ce texte, qu’il croyait l’avoir fait, mais que celui-ci a en fait été conservé par son concierge.

L’édition française au Livre de poche comporte une préface de Charles Dantzig qui a le mérite de situer Capote dans son temps, de nous faire croiser Harper Lee, Carson McCullers et Norman Mailer, mais une préface au ton horripilant. Charles Dantzig y raconte la vie de Truman Capote en émaillant son récit de réflexions amères, sans qu’on sache s’il les attribue à Truman Capote ou s’il ne s’agit pas plutôt de considérations personnelles. Un exemple : “A la fin de l’année, il n’a plus d’amies à New York, elles sont allées se marier ailleurs, l’une avec William Saroyan, l’autre avec Charlie Chaplin : l’amitié des femmes avec les homosexuels cesse avec leur mariage, pour reprendre une fois qu’elles ont élevé leurs enfants et ont besoin d’un animal de compagnie qui parle pour faire des courses ou prendre le thé.” (j’ai trouvé ça agaçant, mais en même temps je dois dire que le ton biographique me paraît souvent extrêmement chiant, ce qui n’est pas du tout le cas ici !)

Quant à la postface, signée Alan U. Schwartz, l’avocat de Capote, elle apporte un éclairage sur la fin de sa vie et sur les conditions dans lesquelles ont été édités les textes posthumes.

Ce que j’ai pensé du roman :

Tour d’abord, il ne s’agit pas véritablement d’un roman inachevé. Il a un début, un milieu, une fin, une histoire qui se tient. Si quelque chose était inachevé, c’était la relecture de Truman Capote et sa réécriture. Ensuite, il ne s’agit pas d’un fond de tiroir destiné aux seuls fanatiques de Capote, mais d’un court roman qui mérite tout à fait d’être lu par tout un chacun.

“Les plus petits détails de la cuisine sautèrent soudain aux yeux de Grady, une horloge invisible égrena chaque seconde, un fil rouge monta dans le thermomètre, des taches de lumière pareilles à des araignées grouillèrent sur le rideau, une goutte d’eau parfaitement immobile demeura suspendue au robinet de l’évier.”

L’histoire de Grady et Kyle est vouée à l’échec. L’accent est mis sur la différence sociale, sur la liberté qu’il faut à Grady pour choisir ce garçon qui déplaira à sa famille, mais c’est surtout sur le profil psychologique de Grady qu’insiste Capote (un peu trop peut-être ?), sur ses relations difficiles à sa mère, sur son destin d’enfant non désirée, tout juste bonne à remplacer un frère mort, lui-même substitut d’un oncle décédé. Mais à mesure qu’on avance dans le récit, que la canicule s’abat sur New York, un vertige s’empare de Grady, Clyde laisse apparaître ses propres fêlures, et la suite de l’histoire ne se laisse pas deviner si facilement. Il y a une réelle montée dramatique, de superbes accélérations soudaines du récit, un style riche, très chargé en métaphores (un peu trop peut-être ?), qui crée une atmosphère de manière particulièrement convaincante. Bref, ce texte n’est peut-être pas parfait mais il se lit avec un réel plaisir (accompagné de la voix de Billie Holiday) et peut même servir de porte d’entrée à l’oeuvre de Capote. Justement, comme c’était pour moi une première rencontre avec cet auteur, je crois que je vais être mainteant obligée de lire ses livres suivants dans l’ordre chronologique !

La traversée de l’été / Truman Capote, traduit de l’anglais par Gabrielle Rolin titre original : Summer crossing), préface de Charles Dantzig, postface de Alan U. Schwartz, Le livre de poche, 2008, 151 p., ISBN 978-2-253-12112-1

D’autres avis chez Lilly, ErzébethKathel, Karine,  Laurence, Uncoindeblogles ratsdebiblio, LauAgnès, Papillon

saisons

Vous ne pensiez quand même pas que j’en avais fini avec le Challenge Vivaldi !? Le mouvement des saisons est un éternel recommencement et ce challenge est destiné à durer, durer, durer… 

Chien de printemps

 chien-de-printemps1

“Je ne pouvais présager de l’avenir, mais d’ici une trentaine d’années, quand j’aurais atteint l’âge de Jansen, je ne répondrais plus au téléphone et je disparaîtrais, comme lui, un soir de juin, en compagnie d’uun chien fantôme.”

En 1992, au printemps, le narrateur de ce court roman retrouve une photo. C’est une photo de lui à dix-neuf ans avec une amie dans un café. Elle a été prise au printemps 1964 par un photographe, Francis Jansen, qu’il venait de rencontrer par hasard. A partir de ces coïncidences, une photo retrouvée et un printemps qui en rappelle un autre, le narrateur va se souvenir de Francis Jansen. Il va se remémorer leur rencontre, les quelques informations biographiques qu’il avait rassemblées à l’époque et les circonstances de sa disparition en juin 1964…

“Il m’a dit qu’au bout d’un certain nombre d’années nous acceptons une vérité que nous pressentions mais que nous nous cachions à nous-même par insouciance ou lâcheté : un frère, un double est mort à notre place à une date et dans un lieu inconnus et son ombre finit par se confondre avec nous.”

Il y avait longtemps que je n’avais pas lu Modiano. J’ai l’impression d’avoir retrouvé bon nombre de ses thèmes récurrents : une quête, presque une enquête sur une personnalité mystérieuse, des traces, des archives (ici des photos) qu’on interroge afin de tenter de reconstituer le passé, le hasard, la mémoire, l’oubli, la disparition, le silence, la création, l’identité flottante… tout ça dans un Paris on ne peut plus réel, avec ses noms de rue et force détails. Je suis charmée par ces thèmes, par cette écriture si simple et si précise, mais… c’est un petit Modiano, un court roman ou une longue nouvelle, comme une introduction au reste de l’oeuvre ou une invitation à y revenir.

Chien de printemps / Patrick Modiano, Éd. du Seuil (Points), 1995, 120 p., ISBN 2-02-025260-0

Ce roman a été lu pour célébrer le printemps dans le cadre du Challenge Vivaldi.  Moins en retard que l’organisatrice, les autres participants ont déjà publié leur billet printannier :

Arlette a lu

Lune de printemps de Bette Bao Lord

MarcF a lu

Le printemps d’Helliconia de Brian Wilson Aldiss

Martine a lu

Printemps volé de Martine Pouchain

C’était la dernière saison d’un petit challenge commencé à huit l’été dernier et terminé à quatre ce printemps.  Naturellement, le cycle des saisons étant sans fin, chacun peut s’il le souhaite continuer le challenge en solitaire (c’est d’ailleurs ce que j’envisage…). Merci à tous les participants !

4 saisons

Ah tiens, voilà le printemps !

Il paraît que le printemps commence le 20 mars. Moi je croyais que c’était le 21, mais bon. Quoiqu’il en soit, je suis en retard pour publier mon billet pour le Challenge Vivaldi. Et si même les organisateurs de challenge sont en retard, alors où va-t-on ?

En tous cas, vous remarquerez que je ne vous oublie pas, puisque j’ai pensé à programmer un billet pour vous dire qu’il n’y aurait pas de billet ! Et je suis sûre que vous trouverez de beaux billets chez les autres challengers (enfin j’espère…).

Je reviens bientôt. Et alors peut-être que j’aurai lu mon livre printannier et mes livres de la chaîne et le reste…

Mais peut-être pas…

(Mais non Ys, ne panique pas ! J’ai mis mes chaînes avant de partir…)

Publié dans:  on 20 mars 2009 at 8:00 Commentaires (9)

Moi je préfère l’hiver

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Nous voici en hiver. Et bien sûr les challengers vivaldi ont célébré ce changement de saison sur leurs blogs.

Arlette a lu La ville d’hiver de Dominique Bona

Levraoueg a lu Un rude hiver de Raymond Queneau

MarcF a lu Le combat d’hiver de Jean-Claude Mourlevat

Martine a lu Faits d’hiver de Cathy Ribeiro

Philo a lu Contes d’hiver de Karen Blixen

*** 

“Moi je préfère l’hiver, on est bien plus pénard

Y’a personne dans la ville, on est bien plus tranquille

Seul avec son cafard…”

(Cette chanson si joyeuse fait partie d’un vieux disque de Pierre Bachelet au ton très surprenant. Le texte est-il de lui ? Je n’en sais rien. Je n’ai pas entendu ça depuis une éternité… mais je le sais encore par coeur, ou presque)

Publié dans:  on 21 décembre 2008 at 10:14 Commentaires (11)
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C’est aujourd’hui le jour le plus court de l’année

 

“Je ne suis pas malheureux.
Je ne suis pas heureux, ce n’est pas la même chose.”

Nous sommes au Havre en 1916. Voilà treize ans que Bernard Lehameau vit en hiver, depuis qu’un incendie a fait mourir sa femme. Il a trente trois ans et a été blessé à la guerre. La guerre continue. Quand sa jambe ira mieux, il y retournera. Dans l’incendie, il a perdu sa femme donc, mais aussi sa mère et sa belle-soeur. Son frère s’est remarié, pas lui. Jour après jour, il traîne sa mélancolie dans les rues du Havre. Il se promène lentement, en boîtant légèrement, selon des itinéraires immuables. Tous les dimanches, il déjeune chez son frère. Dans chacun des lieux qu’il fréquente, il rencontre des femmes : Amélie la petite bonne, Mme Dutertre la libraire, Thérèse sa belle-soeur, Mlle Duplanchet l’invitée de son frère. Il y a surtout Helena, une jeune militaire anglaise rencontrée dans la rue, avec qui Lehameau aura un petit “fleurte”. Et puis il y a Annette rencontrée dans le tram. Elle n’a que 14 ans, nous est présentée comme une petite fille, mais elle a troublé Lehameau…

“Il se sentit malade de désir.”

Dans ce roman, comme dans d’autres textes de Queneau, on retrouve les jeux avec le langage qu’il affectionne, les mots d’argot glissés dans des phrases plus soutenues, l’écriture phonétique quand Lehameau essaie de parler anglais (aïe laï-ke zatt). Je ne raffole pas de ces effets de style ; ça m’agace même un peu. Mais dans ce roman, cet enrobage humoristique devenait pudeur pour dire la mélancolie du personnage principal. En cela, ça m’a paru tout de même assez joli.

Les considérations météorologiques sont omniprésentes. Il pleut, le vent souffle, la mer gronde :

Il s’arrêta soudain pour mesurer le fracas des vagues. saisi par le tragique de l’Océan. Comme quoi la mer est tragique : elle l’avait tiré brusquement par le bras ; en braillant. Mais il ne pouvait trouver en lui que de médiocres échos de ces déchaînements, quelques vulgaires traversées de moins d’un jour agrémentées de vomissures, quelques trempettes jusqu’au genou, car il ne savait pas nager. Ce n’est que dans les livres de son enfance qu’il avait rencontré tempêtes et naufrages, cyclones et orages, et le calme plat sous un ciel de plomb ; et dans sa propre vie, l’incendie.”

Il ne se passe pas grand chose dans ce roman : quelques balades, quelques repas, l’ennui des jours qui passent et un homme qui tout doucement sort d’un trop long hiver. J’aime bien ! 

Un rude hiver / Raymond Queneau, Gallimard (L’Imaginaire), 2003, ISBN 2-07-029648-2

“Un rude hiver” est le sixième roman de Raymond Queneau publié en 1939. A noter qu’il est le premier titre de la collection “L’Imaginaire”, collection de semi-poches créée en 1977 par Antoine Gallimard pour faire revivre des textes du fonds Gallimard quelque peu oubliés. Il est publié brut, sans commentaire, avec seulement une quatrième de couverture signée Georges Perec, qui laisse voir que Perec et Queneau ne sont pas aussi éloignés l’un de l’autre qu’ils le paraissent de prime abord et qu’ils partagent notamment une même manière d’encrypter des éléments  autobiographiques. 

Les avis de Tirui et Rose

saisons1

Tu vois, je n’ai pas oublié

C‘est l’automne !

Les blogueurs participant à l’excellent Challenge Vivaldi ont célébré l’événement sur leur blog en publiant un billet sur un livre comportant dans son titre le mot “automne”. Il y a bien eu quelques petits cafouillages, car tous ne situaient pas le début de l’automne le même jour (c’était en fait le 22 à ce qu’il paraît), mais aussi car les challenges sont faits pour ne pas être tenus, ce qui est bien connu. Les billets de lecture ne se ramassent donc pas à la pelle. On en compte tout de même 4 :

Arlette a lu

Légendes d’automne de Jim Harrison

Levraoueg a lu

Attente en automne de Charles Juliet

MarcF a lu

Légendes d’automne de Jim Harrison

Martine a lu

Les mouches d’automne d’Irène Némirovski

PetiteMarie a lu

Les feux de l’automne d’Irène Némirovski

Rendez-vous le 21 décembre (environ) !

Publié dans:  on 23 septembre 2008 at 11:55 Commentaires (2)

P’tit déj en automne

Un écrivain rencontre une jeune fille secrète, un peintre tombe amoureux d’une comédienne plus âgée que lui, un industriel s’éprend d’une photographe qui n’a rien en commun avec lui : ce sont là les thèmes des trois nouvelles qui composent le recueil de Charles Juliet. Trois nouvelles sur l’amour donc. Trois nouvelles dont les personnages principaux sont des artistes. Trois nouvelles à la première personne, dont le personnage masculin principal est le narrateur.

La première nouvelle donne son titre au recueil : “Attente en automne“. Il y est question d’un écrivain parisien qui part s’isoler dans un hameau non loin de Rodez. Il aimerait écrire mais n’y parvient pas et passe donc ses journées à se promener dans la nature. Hélas, notre écrivain-narrateur de nous épargne rien de ses ennuyeuses journées. J’ai eu parfois l’impression de lire le journal intime de quelqu’un qui, n’ayant pas plus de vie intérieure que de vie sociale, en arriverait à noter des choses aussi intéressantes que : “Après un solide petit-déjeuner, j’ai fait des courses et je suis rentré.” Heureusement, un événement finit par se produire. Alors qu’il vient de rompre avec Martine, notre écrivain-narrateur rencontre Nadine, une jeune fille aux “formes pleines, encore gonflées par les sèves de l’adolescence”. Diantre, ai-je alors pensé. Cette nouvelle insipide va-t-elle se transformer en un texte à l’érotisme torride ? C’est cette passionnante question qui m’a aidée à poursuivre ma lecture (en accéléré tout de même). Quelques “regards hésitants, chargés de perplexité” plus tard… la nouvelle s’achevait sans qu’il ne se soit rien passé. 

Comme c’est vilain ce que je viens de faire ! C’est si facile de tourner en dérision un texte quel qu’il soit. J’en connais qui se régalent à réduire la Recherche à une histoire de petit gâteau trempé dans une tasse de thé. Mais voilà, je ne me suis tellement ennuyée à lire cette première nouvelle, que je n’ai pas eu le courage de lire les deux suivantes.

“Je suis arrivé hier en fin d’après-midi. Dans le train, je continuais à m’interroger. Je me demandais encore si j’avais été bien inspiré en décidant de partir. Comment allais-je supporter la solitude dans ce hameau ? Paris n’allait-il pas me manquer ?” (incipit de “Attente en automne”)

Personnellement, je ne me demande pas si j’ai été bien inspirée de choisir ce recueil, car je sais maintenant que ce n’était pas un bon choix. Le style de Charles Juliet est sobre, très sobre, beaucoup trop à mon goût. Ses phrases sont courtes, créant un rythme de lecture saccadé assez désagréable et ne collant pas du tout au contenu de la nouvelle, à ces longues marches dans la nature, à ces jours qui passent sans qu’aucun événement important ne se produise. Je ne sais pas bien quelle idée je me faisais a priori de Juliet, mais j’ai été très surprise de ce que j’ai lu et surtout très déçue. Je ne m’attendais pourtant pas à beaucoup d’action, mais j’espérais du style, une certaine profondeur. Il ressort de tout cela un grand ennui.

Après des récits autobiographiques, un journal intime, des poèmes et des écrits sur l’art, ”Attente en automne” paru en 1999 serait la première oeuvre de fiction de Charles Juliet.

Attente en automne ; suivi de Maria ; et de Turbulences / Charles Juliet, Gallimard (Folio), 2005, ISBN 2-07-042010-8 

Maintenant que je me suis acquittée de mon billet automnal, je vais prendre un solide petit-déjeuner, puis je sortirai. Et peut-être que ce soir je ferai des courses car, comme l’écrivait si bien charles Juliet, “mes placards eux aussi étaient vides” !

Challenge Vivaldi : été (bis)

Je refais un point sur la première saison du Challenge Vivaldi, car le nombre des billets publiés est passé de 4 à 8 depuis le premier jour de l’été.

Les comptes rendus de lecture devaient en effet être publiés sur les blogs des participants le 21 juin, mais certains ont profité du fait que l’été allait durer trois mois, pour s’autoriser un peu de retard. Ce délai supplémentaire nous a aussi permis de démasquer un challenger clandestin, honteusement dénoncé par une de ses camarades. Voici donc des liens vers les comptes rendus de lecture estivale des challengers, tous consacrés à des livres différents :

Arlette a lu

 Un été pour mémoire de Philippe Delerm

Crapo dosalé a lu

L’arbre de l’été de Guy Gavriel Kay

Levraoueg a lu

 La mort en été de Yukio Mishima

MarcF a lu

Le bel été de Cesare Pavese

Martine a lu

 L’été en pente douce  de Pierre Pelot

PetiteMarie a lu

La fin de l’été de Danielle Steel 

Philo15 a lu

La traversée de l’été de Truman Capote

Webdouwap a lu

Un été Lakota de Sophie Bages

Rendez-vous le 23 septembre !

Publié dans:  on 9 juillet 2008 at 9:00 Commentaires (1)