“Tous les meurtres sont commis
pour sauver une existence fondée sur le mensonge”
Gerhard Selb, un détective privé, reçoit un coup de téléphone d’un certain Salger, qui lui demande d’enquêter sur la disparition de sa fille Léonore. Ce commanditaire est bien mystérieux. Il ne se montre pas, donne une fausse adresse, ne peut être joint que par l’intermédiaire d’un répondeur téléphonique, et il ne semble pas savoir grand chose de la vie de sa fille. Selb sent tout de suite que l’affaire n’est pas claire, mais la somme d’argent reçue en guise d’avance est assez coquette, alors il se lance sur la piste de Léonore. C’est une étudiante de vingt-cinq ans, qui a effectivement disparu de son école de traducteur-interprète, de son travail, de son appartement, et qui a depuis sa disparition fait un séjour dans un hôpital psychiatrique, où tout le monde semble avoir quelque chose à cacher à Selb…
Gerhard Selb est un personnage de détective dont ne sait pas vraiment quoi penser. Il est veuf et vit presque seul avec son chat Turbo, bien qu’ayant une maîtresse et le fils de celle-ci dont il s’occupe parfois. Il n’est plus tout jeune (69 ans). Il peine à monter les escaliers et a vite le souffle court quand il poursuit un suspect. C’est aussi un bon vivant, qui aime aller au restaurant et raconte volontiers ce qu’il a mangé. Il est même carrément gourmand. Rendez-vous compte qu’il lui arrive d’aller au café, d’y prendre deux chocolats chauds coup sur coup, avant de se commander une assiette de profiteroles (surtout ne lisez pas ce roman le ventre vide !). Il a un passé de procureur sous le régime nazi dont on ne sait pas grand chose, si ce n’est qu’il est depuis travaillé par cette question de la responsabilité, chère à Bernhard Schlink. Dans Un hiver à Mannheim, il est confronté à un autre thème que Schlink a repris autrement dans Le week-end, à savoir le thème du terrorisme d’extrême gauche. Enfin c’est aussi un roman sur le mensonge, tous ceux que fait Selb pour mener à bien son enquête et tous ceux qu’on lui fait.
“J’étais trop surpris, mais aussi trop épuisé et trop ivre pour esquiver ou frapper. Peut-être suis-je également trop vieux ? Jamais encore on ne m’avait menacé d’une arme. Pendant la guerre, j’étais dans les panzers, et dans les panzers, on n’est pas menacé, seulement touché. Notre panzer a été touché par une magnifique journée avec ciel bleu, soleil chaud et petits nuages blancs. Boum !”
Un hiver à Mannheim est un roman noir riche en rebondissements, aux multiples thèmes historico-politiques, qui sait maintenir l’intérêt du lecteur jusqu’au dénouement, mais qui est malgré tout assez peu original. J’ai le sentiment que ce modèle de romans policiers en série avec héros récurrent appartient vraiment au passé. Je n’ai en tous cas plus grande curiosité pour ce genre. Finalement l’intérêt principal de ce roman, pour ceux qui ont lu les romans suivants de Schlink, est qu’il permet de revenir à la source des thèmes qui l’intéressent. C’est donc une lecture qui n’est pas désagréable mais dont on peut tout à fait se passer.
Un hiver à Mannheim. Une enquête du privé Gerhard Selb / Bernhard Schlink, traduit de l’allemand par Patrick Kermann et revu par Olivier Mannoni (titre original : Selbs Betrug), Gallimard (Folio policier), 2009, 373 p.
Bernhard Schlink (1944-….), le célèbre auteur du Liseur, est également magistrat et professeur de droit en Allemagne. Dix ans avant son roman à succès, il avait commencé par écrire un roman policier à quatre mains avec Walter Popp : Brouillard sur Mannheim. Trois ans plus tard, seul cette fois, dans Un hiver à Mannheim, il en a repris le personnage principal, Selb, un ancien procureur devenu détective privé. Depuis il a mis fin à sa trilogie avec un roman intitulé La fin de Selb.
































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