Cosmos

“Cosmos”, paru en 1964, est le dernier roman de Witold Gombrowicz (1904-1969).

De quoi s’agit-il ? Le narrateur et son ami Fuchs louent une chambre dans une pension tenue par Mme Wojtys avec son mari Léon, leur nièce Catherette, leur fille Léna, son mari Lucien et son chat Jacquot. En chemin Fuchs et le narrateur ont remarqué quelque chose d’étrange : non loin de la pension, dans la campagne, un moineau était pendu dans un arbre par un fil de fer, trop haut pour que cela soit l’oeuvre d’un enfant. Pourquoi ce moineau a-t-il été pendu et par qui ? Autre source d’interrogation pour le narrateur : les lèvres de Catherette et celles de Léna. A son arrivée à la pension, il a en effet remarqué une anomalie à la bouche de Catherette, mais voilà que dans ses pensées les lèvres de Catherette se retrouvent associées à celles de Léna pourtant bien différentes. Pourquoi cette association ? Et ce sont ces deux étranges questions que le narrateur va ressasser.

De Fuchs nous savons qu’il a deux semaines de vacances et essaie d’oublier sa mésentente avec son chef de bureau. Du narrateur nous savons qu’il est étudiant et que sa présence dans cette pension est liée à une brouille avec sa famille, à Varsovie.

Non seulement le narrateur passe son temps à ressasser deux questions absurdes, mais en plus il interprète tout ce que dit ou fait son ami Fuchs en fonction de ses problèmes relationnels avec son chef. Et surtout il porte un drôle de regard sur les choses, observant chaque détail comme s’il regardait le monde pour la première fois, s’interrogeant sur chaque ligne du plafond, les mains de Lucien, un bout de bois dans le jardin…

Difficile de raconter l’histoire de  ce roman qui se commente d’ailleurs ainsi dans le dernier chapitre :

“Il me sera difficile de raconter la suite de cette histoire. D’ailleurs je ne sais pas si c’est bien une histoire. On hésite à appeler “histoire” une telle… accumulation et dissolution… continuelle… d’éléments…”

Difficile d’apposer un discours rationnel sur une oeuvre pareille. Alors on se tourne vers l’auteur. On interroge ses propres écrits sur l’oeuvre, dont la préface nous donne des extraits. Ainsi en 1962, dans son journal, Gombrowicz écrivait : 

“Qu’est-ce qu’un roman policier ? Un essai d’organiser le chaos. C’est pourquoi mon Cosmos, que j’aime appeler “un roman sur la formation de la réalité”, sera une sorte de récit policier.”

C’est donc un roman sur la formation de la réalité. Je suis sceptique. Est-ce un roman policier ? Pas vraiment, mais il y a des meurtres. Ce roman m’échappe. Il faudrait en savoir plus, lire le reste de son oeuvre, ses propres commentaires sur elle, interroger ses influences, prendre de la distance. Mais je ne suis pas dans cette démarche analytique. Je le lis entre un roman policier et une bd. Je lis pour des raisons mystérieuses (me distraire, fuir la réalité, mieux l’appréhender, me chercher, rencontrer les autres…) mais plus pour disséquer des oeuvres qui glissent entre mes mains, devant lesquelles mon jugement vacille. “Cosmos” me renvoie à mes insuffisances.

Peut-être faudrait-il le laisser poser et le reprendre plus tard. Mais voilà il y a le blog, les challenges (c’est devenu la lettre G de mon challenge ABC). Cela fait six mois que je blogue et j’ai déjà des doutes. A quoi bon parler de ce qu’on n’aime pas (voir la lettre Y) ? A quoi bon parler de ce qui nous échappe ? Je rends compte ici de mes expériences de lecture. Or ces expériences ne sont pas toujours bonnes, ou pas toujours simples. Pour Yourcenar, tout était clair. Je n’aime pas. Yourcenar a hérité d’une langue, d’une culture. Elle campe sur son héritage, le fait fructifier sans prendre aucun risque. Et elle m’ennuie. Rien de tel ici. Gombrowicz, lui, cherche, invente, explore. Et il me déstabilise. Et plus j’y pense et plus je me dis que j’aime être déstabilisée.

Et puis il y a cette question, que je posais déjà en ouvrant ce blog : comment choisissons-nous les livres que nous lisons ? Pourquoi “Cosmos”, alors qu’il y a tant et tant à lire ? Je me souviens, j’étais à la librairie, quasiment la seule de la ville, heureusement une excellente librairie. Je furetais au rayon russe, car je suis dans une période très russe. Mais j’ai glissé en Pologne sans m’en apercevoir. Si je n’ai pas lu tous les auteurs russes, généralement je connais au moins leurs noms, à force de fréquenter ce rayon. Mais là sur cette tablette, que des noms nouveaux pour moi. C’est à ça que je me suis rendu compte, que mes yeux s’étaient égarés en Pologne. Je n’avais jamais lu d’auteur polonais, c’était une expérience à tenter. J’en ai choisi un. Pourquoi “Cosmos” ? Peut-être qu’avec un titre pareil, on croit qu’on va comprendre le monde. Peut-être la mouche sur la couverture (je venais de lire “La vie des insectes”). Peut-être Maurice Nadeau. En effet, il y a sur la quatrième de couverture une petite phrase de Maurice Nadeau. Elle ne dit rien de bien extraordinaire cette petite phrase. Elle dit juste que Maurice Nadeau a aimé, qu’il l’a relu souvent, qu’il le conseille d’une certaine façon. Et Maurice Nadeau est généralement de bon conseil (je pense à Perec et Houellebecq).

“On n’a jamais fini de le découvrir. On n’a jamais fini non plus de se découvrir à travers lui.” (Maurice Nadeau)

Si vous êtes arrivés au bout de ce billet sans queue ni tête, vous vous demandez : mais finalement elle en pense quoi de “Cosmos” ? Je ne sais pas, mais c’était bien. Je vous le prête, si ça vous tente.

Cosmos / Witold Gombrowicz, traduit du polonais par Georges Sédir, Gallimard (Folio), 2004, ISBN 2-07-036-400-3

Publié dans: on 17 juillet 2008 at 6:28 Commentaires (1)
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