Prisonniers du paradis

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Un avion en plein vol Tokyo-New Dehli fait un amerissage forcé dans l’océan Pacifique à proximité d’une île déserte. Outre l’équipage, l’avion transportait principalement des infirmières, des sages-femmes, des médecins et des travailleurs forestiers, tous au service de l’ONU, ainsi qu’un journaliste finlandais, narrateur à la première personne de cette histoire rocambolesque. 

“Je suis journaliste. Un Finlandais tout ce qu’il y a d’ordinaire : un individu mal éduqué, avec des ambitions limitées, une veste usée et un caractère sans relief. J’ai dépassé la trentaine. Je suis d’une colossale banalité et il arrive que cela me chagrine”.

C’est ainsi que 48 personnes (26 femmes et 22 hommes) se retrouvent dans l’obligation de cohabiter sur une île déserte et d’organiser leur survie.  Quatre nationalités sont représentées : des Suédois, des Norvégiens, des Finlandais et des Anglais. Ils disposent pour s’organiser : d’un radeau pneumatique, de leurs gilets de sauvetages, de petits outils, de quelques vivres, de lait en poudre et… de milliers de stérilets. Une langue commune est choisie, un petit gouvernement élu, une distillerie et un café ouverts, ainsi qu’une infirmerie, un planning familial, un sauna… Et petit à petit, l’envie de quitter ce paradis s’éloigne de certains des rescapés…

“Lecteur, tu peux me croire, j’étais alors le plus heureux des hommes.”

Ce roman d’Arto Paasilinna a été publié en 1974 en Finlande (ce serait son deuxième roman). Derrière l’humour, la fantaisie, la loufoquerie absolue, on sent poindre une jolie critique de la société de consommation et de la propriété individuelle, assortie de questionnements très “années 70″ sur la possibilité d’organiser de nouvelles formes de vie en société, entre socialisme, autogestion et vie communautaire. J’y ai vu aussi beaucoup de nostalgie pour une époque que nous n’avons pas connue, celle des chasseurs-cueilleurs, et donc pour une vie plus proche de la nature, loin de toute pollution, avec des relations humaines authentiques, un bonheur simple. C’est un court roman, avec un épilogue peut-être un peu faible, mais c’est néanmoins une lecture des plus agréables.

Prisonniers du paradis / Arto Paasilinna, traduit du finnois par Antoine Chalvin (titre original : Paratiisisaaren vangit), Gallimard (Folio), 2008, 202 p., ISBN 978-2-07-140472-8

Merci beaucoup à Ys
pour m’avoir envoyé ce roman dans le cadre du swapounet !
Je me réjouis que la chaîne des livres
m’apporte un autre titre de Paasilinna.
Enfin, je vous recommande le joli billet de Lael,
et celui non moins enthousiaste du Bibliomane.

La déesse aveugle

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Anne Holt a été inspectrice de police, journaliste, avocate et ministre de la Justice en Norvège. “La déesse aveugle” est son premier roman, publié en 1993. Elle y fait apparaître le personnage d’Hanne Wilhelmsen, inspectrice à Oslo, que l’on retrouvera dans ses romans suivants. 

Le roman s’ouvre sur la découverte d’un cadavre, suivie de près par l’arrestation du coupable qui avoue sans difficulté. Il ne manque donc qu’une chose : son mobile. Et puis notre coupable semble avoir peur de quelque chose. Rapidement survient un deuxième assassinat et l’enquête commence véritablement. Il  y sera question de trafic de drogue et de corruption et il y aura plusieurs autres meurtres et tentatives de meurtres.

Que savons-nous de l’héroïne récurrente d’Anne Holt ? Hanne Wilhelmsen nous est décrite comme étant d’une grande beauté, d’une intelligence supérieure, aimée et admirée de tous. Elle est homosexuelle et fait en sorte de dissimuler sa vie privée à son entourage professionnel. Elle vit avec la même femme, Cécilia, depuis l’âge de 19 ans. Celle-ci est médecin, et tout aussi et belle et formidable que notre inspectrice.

Moins parfait et donc plus humain à mon sens est le deuxième personnage important et probablement récurrent, celui du procureur Hâkon Sand, qui a autant de défauts qu’Hanne a de qualités. Lui n’a pas réussi ses études brillamment mais plutôt dans la douleur, à force d’acharnement. Il court après les gardes pour améliorer son train de vie, et fait dans son travail de jolies bourdes qui ne sont pas sans conséquences. Et puis il aime en secret une avocate, Karen, ancienne camarade de fac, mariée à un autre, qui le considère comme un ami jusqu’à ce que le danger ne l’amène à chercher réconfort dans des bras accueillants.

Peut-être retrouve-t-on l’avocate dans les volumes suivants ? Et Fredrick, le journaliste ambitieux ? Pour le savoir, il me faudra lire “Bienheureux ceux qui ont soif”, puis “La mort du démon”, “Une erreur judiciaire” et “Cela n’arrive jamais”.

L’enquête nous est racontée de manière assez classique, dans le respect de la chronologie, chaque chapitre commençant d’ailleurs pas la date du jour. Le lecteur en sait plus que les deux héros et connaît donc assez rapidement l’identité de plusieurs des personnes impliquées, mais il s’interroge sur la manière dont l’inspectrice et le procureur vont découvrir la vérité et confondre les coupables. Ce n’est pas un roman d’une grande originalité, mais ce premier roman est suffisamment sympathique pour faire d’Anne Holt une auteure à suivre et d’Hanne Wilhelmsen un personnage à retrouver avec plaisir.

La déesse aveugle / Anne Holt, traduit du norvégien par Gro Tang, Points policier, 2006, ISBN2-029039514-2

Kathel l’a lu également et l’a beaucoup aimé.