Le plus considérable des luxes

BW

“Je pars.
Toujours il dit Je pars, je me tire.”

Alors que la rentrée littéraire me faisait sombrer petit à petit dans un ennui sans fond, ce livre m’a réveillée. J’appelle ça un livre parce que je ne sais pas ce que c’est. Pas un roman, pas un essai, pas vraiment un récit. Un dialogue peut-être, avec le lecteur pour témoin, ou une biographie à deux voix.

BW c’est Bernard Wallet, le fondateur des éditions Verticales. Il a failli perdre la vue. Pendant les 15 jours qu’a duré sa cécité, il a parlé à Lydie Salvayre, sa compagne, lui a plus ou moins raconté sa vie. Le livre est né dans ce laps de temps. C’est finalement une sorte de portrait que Lydie Salvayre nous livre, mais le portrait d’un homme constamment en mouvement, toujours sur le départ, très souvent en colère.

La complicité entre celui qui parle et celle qui écrit est plus que touchante, tout comme l’admiration, l’amour qu’elle lui porte. Le dispositif d’écriture, avec les insertions  “je l’écris ?”, “écris-le” m’a au début plutôt amusée. Puis  j’y ai vu bien plus qu’un amusement, comme si Lydie Salvayre avait trouvé là la forme parfaite pour écrire ce qu’elle avait à écrire.

“BW déteste l’eau plate.
Écris-le. C’est important.
On ne peut pas éditer des livres, et boire de l’eau dite plate, enfin quoi !”

Le personnage BW aime la démesure. Il nous fait rire, il nous agace aussi bien souvent. Il prend d’ailleurs un malin plaisir à dire des énormités.

“Car BW aime la grande vie, les grands gestes, les grands horizons, les manières qui en jettent, les chaussures en serpent, les oreillers en duvet de cygne et la littérature qui est, de tous les luxes, le plus considérable.”

BW se veut un personnage d’exception, quelqu’un d’atypique. Il a pourtant fait ce que toute sa génération a fait, à savoir partir sur les routes sac au dos, aller à Katmandou et ailleurs. Le récit de ses voyages aurait pu ressembler à une soirée diapos, quand les anecdotes sont bien plus intéressantes pour celui qui raconte que pour ceux qui écoutent. Mais là encore, le dispositif de Lydie Salvayre sauve le lecteur de l’ennui. Le lecteur est d’ailleurs au coeur du dispositif, son ennui éventuel anticipé. Grâce aux allers et retours entre récit, présent de l’écriture et présent du dialogue,  ce qui s’écrit n’est jamais naïf, jamais au premier degré. Lydie Salvayre se moque parfois de BW, ponctue les paroles qu’elle rapporte de petites incises ironiques, tandis que BW, ne se prenant pas lui-même trop au sérieux, raffole des ruptures de ton.

Dans ce livre il y a donc les voyages de BW, Beyrouth en pleine Guerre du Liban, quelques souvenirs d’enfance (une enfance dont il aimerait se débarrasser), sa formation intellectuelle, ses lectures, et puis l’édition à laquelle il a consacré 30 ans de vie et qu’il est en train de quitter.

“Mais ne t’inquiète pas, dit BW. En bon professionnel du livre, je sais tourner les pages, tu ne ris pas ? Et je pars sans souffrir, puisque mon coeur n’y est plus, ni mes yeux, ni ma tête.”

BW a fondé les éditions Verticales en 1996. Dix ans plus tard, ce sont des querelles de personnes, des rivalités qui le poussent vers la sortie. Mais bien sûr ce n’est pas la seule raison. Le constat qu’il fait sur la situation actuelle de l’édition est très pessimiste. Il pense que les éditeurs actuels, par leur course au profit, sont en train de scier la branche sur laquelle ils sont assis. Il les considère responsables de la mort de la littérature qui est, selon lui, inéluctable.

Enfin il y a de beaux passages sur les gouffres de BW, sa relation à la vie, à la mort. Mais on ne s’épanche pas longtemps dans ce récit. Aussitôt l’interdiction d’aller plus loin tombe comme un couperet.

“Prière de ne pas entrer dans ma mélancolie privée, please ! De plus, le spectacle du déprimé est l’un des plus obscènes. Berk ! Il faut à tout prix dissimuler sa laideur.”

C’est bon signe, quand je truffe un billet de citations. Allez, encore une pour finir :

“J’aimerais tant, dit BW, le regard perdu, être content de vivre, serein d’esprit, imbu de moi comme de toi. “

J’ai lu BW dans la jubilation et je vous le recommande.

BW / Lydie Salvayre, Seuil (Fiction & Cie), 2009, 205 p., ISBN 978-2-02-099711-9

Lydie Salvayre (1948-…), psychiatre de formation, a déjà beaucoup écrit. Citons pour l’exemple : La compagnie des spectres, Les belles âmes, Portrait de l’écrivain en animal domestique, etc.

Les avis plutôt positifs de Mango et Gambadou, ceux un peu tièdes de George et Lau(renceV), celui tout en détestation d’un certain Michael, et l’abandon d’Esméraldaé.
Le billet en forme d’hommage de Pierre Maury, et celui, exalté, de François Bon.

P.S.1 Personnellement je pense que si quelque chose meurt, ce sera le roman. Mais heureusement les livres inclassables resteront.

P.S.2 Peut-être qu’il faut emporter ce livre sur l’île déserte. Pas pour le lire tranquillement sur le sable, en attendant que ça passe, mais plutôt pour y puiser la force de s’enfuir.

Masse critique de Babelio

Je remercie Babelio et les Éditions du Seuil pour ce livre reçu dans le cadre de l’opération Masse critique (pas sûr que ça plairait beaucoup à BW tout ça ! :) )

J’ai failli oublier :

Livres voyageurs Fidèle à mon habitude, je fais de ce livre un livre voyageur (c’est-à-dire que je le prête à tout blogueur de lecture connu de moi qui en fera la demande en commentaire). (Et ça je pense que ça plairait à BW ! :) )

8/71%

“Car BW aime la grande vie, les grands gestes, les grands horizons, les manières qui en jettent, les chaussures en serpent, les oreillers en duvet de cygne et la littérature qui est, de tous les luxes, le plus considérable.”"Car BW aime la grande vie, les grands gestes, les grands horizons, les manières qui en jettent, les chaussures en serpent, les oreillers en duvet de cygne et la littérature qui est, de tous les luxes, le plus considérable.”

Comme un garçon

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“C’est en fermant les yeux et surtout la bouche de mon père que j’ai ressenti l’épaisseur du temps. Je me suis dit : plus question de plaisanter avec les années qui passent. Elles ne reviennent jamais.”

Le prologue du roman de Pierre-Louis Basse est écrit à la première personne, comme le début d’une autobiographie. Il y parle de la mort de son père et de son désir de partir à la recherche d’un amour de jeunesse à travers l’écriture. Mais du prologue au premier chapitre, un glissement s’opère de la première à la troisième personne. Et il s’ensuit un roman autobiographique qui dure le temps d’une semaine. Le lundi Pierre Garçon s’installe dans un hôtel de la Place Clichy, tout près du lieu de sa première rencontre avec Lucie en 1979. Ils avaient vingt ans et ils étaient en khâgne. Trente ans plus tard il est toujours nostalgique de cet amour perdu. Il s’installe donc dans une chambre d’hôtel avec toutes sortes d’objets devant lui rappeler sa jeunesse : un ticket de métro, une affiche, un électrophone et des disques… Et il part en quête à la fois de Lucie et de l’année 1979.

Le prologue et le premier chapitre de ce roman m’ont beaucoup plu. Mais du mardi au dimanche, les journées m’ont paru de plus en plus longues. Je me suis lassée de ces énumérations de noms de célébrités de l’époque (dont beaucoup ne me disaient pas grand chose) et même des énumérations de films, de disques, de livres qui créaient petit à petit un décor, mais un décor pour un roman qui reste à écrire. L’histoire d’amour m’a paru à peine esquissée. La fin ne m’a pas vraiment convaincue non plus. Inutile donc que je m’attarde davantage sur cette petite déception !

Comme un garçon / Pierre-Louis Basse, Stock (Bleue), 2009, 140 p., ISBN 978-2-234-06026-5

“Comme un garçon” est le premier roman de Pierre-Louis Basse, déjà auteur d’une biographie de Guy Moquet et de récits.

Restling (que je remercie pour le prêt) m’avait pourtant prévenue et Saxaoul n’a pas été plus enthousiaste.

5/71%

Seul sur la planète Californie

Nouveaux Indiens

“Il y aura de la musique, d’autres cannibales, d’autres manières d’utiliser la chair, deux élections, de la musique encore.
Il y aura une enquête et une autre enquête.”

Un anthropologue français passe deux mois aux États-Unis près du campus de Berkeley, pour étudier le travail d’un musicien avec son groupe d’étudiants. Dans l’école de musique, des affiches sont placardées : “We miss you Mary”. Mary était étudiante en danse dans la même école. Anorexique depuis plus d’un an, elle est décédée peu avant l’arrivée de l’anthropologue. Quand elle est tombée malade, elle revenait d’un voyage chez les Guayaki, des Indiens anthropophages. L’histoire de Mary va donc beaucoup intéresser l’anthropologue…

“Les anthropologues sont des rats de bibliothèque qui en sortent parfois, la peur au ventre, parce qu’il n’y a pas encore de livre sur les hommes qui les intéressent, et que ce livre, en dépit des fièvres et du vaudou, eh bien il faut l’écrire.”

Ce qui m’a amusée à la lecture de ce roman, c’est d’imaginer qu’il pourrait être le premier d’une série avec A. l’anthropologue en héros récurrent. A. y serait un genre de Colombo de l’anthropologie. Car il ne paie pas de mine, l’anthropologue. Il a tout de l’anti-héros qui déteste les voyages, vomit dans l’avion, ne se remet pas du jetlag, et se balade partout avec son guide Lonely Planet comme un pauvre touriste égaré aux États-Unis. Je le verrais bien, dans une prochaine aventure, troquer son guide Lonely Planet contre un plan du métro parisien et aller s’installer non loin du campus de Paris 8, histoire d’observer un peu les rappeurs de Seine-Saint-Denis. Et alors un crime aurait lieu au Stade de France… Naturellement ce genre de série policière aurait tout à fait sa place dans une collection “Grands détectives” ou équivalent. Mais ce qui vaut au roman de Jocelyn Bonnerave une publication dans la collection “Fiction & Cie” du Seuil, c’est probablement son style qui va par moments fureter du côté du slam, de la poésie sonore… (je ne sais pas exactement quel terme conviendrait à l’auteur, mais je ne manquerai pas de l’écouter prochainement dans une émission de la nuit, avec l’espoir de comprendre alors vraiment ce qu’il a voulu faire). Ce roman est donc plutôt à ranger du côté de la littérature expérimentale.

“Antoine fait la gueule parce qu’il croit que je me suis moqué de son accent québécois. C’est de plaisir que j’ai ri, à l’entendre pour la énième fois bricoler ma langue d’une autre manière. Impossible de lui faire comprendre. Il faudrait du temps pour lui dire ce que j’aime dans la langue, quelle joie ça me donne qu’on la torde, qu’on la remonte dans l’autre sens, quelle espèce de musique ça me chante. Je suis venu pour la musique, je suis peut-être venu pour la langue, ou pour autre chose encore ?”

Que dire d’autre de l’histoire ? Qu’elle se déroule sur fond de campagne électorale américaine, que certains personnages secondaires valent le détour, comme une chanteuse SDF ou un mangeur de sauce bolognaise passionné de bambous, et que l’anthropologue ne reste pas longtemps tout seul sur sa planète californienne, ce qui donne lieu à quelques scènes de sexe avec une musicienne végétarienne. Enfin, de l’énigme de la mort de Mary je ne dirai rien, si ce n’est que c’est une histoire folle, qui flirte dangereusement avec le ridicule, mais qui inspirera peut-être à nos dirigeants un nouveau plan de lutte contre l’obésité.

Un roman qu’on lit d’une traite et avec le sourire !

Nouveaux Indiens / Jocelyn Bonnerave, Seuil (Fiction & Cie), 2009, 169 p., ISBN 978-2-02-098974-9

Un petit tour sur les autres avis bloguesques est très réjouissant, car ce roman divise et je dois dire que lire tous ces billets à la suite m’a bien fait rire : “Nouveaux Indiens” a enthousiasmé Cathulu. Il a également plu à Papillon, Wictoria, Lou, Lael et Catherine. Il a déplu à Doriane qui a trouvé son style indigeste, tandis que Mariel considère que la mayonnaise n’a pas pris. Il n’a pas plu non plus à Gangoueus et JoëlleCalypso a carrément détesté : c’est le plus mauvais roman qu’elle ait lu de sa vie. Enfin il a déconcerté Saxaoul et Stephie qui l’ont abandonné. 

Livres voyageurs Nouveaux Indiens est le premier roman de Jocelyn Bonnerave, anthropologue né en 1977. Merci à Chez les filles et les Éditions du Seuil pour me l’avoir envoyé. J’en fais un livre voyageur, c’est-à-dire que je le prête à tout blogueur de lecture connu de moi qui en fera la demande en commentaire.

4/71%

Obscurs dans la nuit solitaire

Contretemps

“Dés le premier instant, il s’était méfié d’elle.
Quelques battements de cils, une main frôlée et deux ou trois sourires plus tard, il l’adorait.”

Une nuit Melvin Epineuse reçoit un curieux coup de téléphone. Un certain Bruno Bar a disparu et on lui propose de le retrouver contre une coquette somme d’argent. Melvin accepte la mission et décide d’appliquer au cas de Bruno Bar sa méthode de recherche des clés. Il décide donc de ne pas le chercher mais de déambuler sur la planète jusqu’à ce que celui réapparaisse là où il s’y attendrait le moins. Et comme il a alors envie d’églises, il commence sa déambulation à Florence, où il fait la connaissance de Lorraine…

Quel curieux premier roman ! L’auteur s’y amuse visiblement beaucoup et nous entraîne avec lui dans son humour absurde. En le lisant j’ai pensé à Kourkov, cet auteur russe d’Ukraine qui manie le même genre d’humour pour conter des histoires aussi rocambolesques. J’ai aussi songé à un auteur français avec lequel pourtant ma première rencontre n’a pas été très heureuse, à savoir David Foenkinos, car comme lui Charles Marie aime s’attarder sur de toutes petites choses du quotidien et les considérer avec un humour décalé (il m’a même donné envie de revenir vers DF !). 

“Melvin voulait faire quelque chose mais il ne savait pas quoi, comme à son habitude. Ce sentiment soudain d’être une ménagère bourgeoise avec des aspirations caritatives lui donna un bref haut-le-coeur.”

Ce roman est composé d’une succession de courtes parties d’une à trois pages, chacune portant un titre pouvant être emprunté aussi bien à Virgile qu’aux Bee Gees. On y passe du coq à l’âne, de l’enquête qui continue, aux souvenirs de Melvin, en passant par des réflexions sur toutes sortes de sujets d’importance, comme par exemple la nourriture dans la littérature. On suit Melvin de Paris à Budapest en passant par Florence, et on explore avec lui les catacombes où s’affrontent de mystérieuses sociétés secrètes. On sourit très souvent en lisant ce roman, à peine contrarié par les trop nombreuses coquilles. Car il est très agréable pour le lecteur de n’avoir qu’à mettre ses pas dans ceux de l’auteur, de lui faire confiance, de se laisser entraîner sans du tout savoir où il va. Bref, c’est un roman original et léger, que j’ai pris suffisamment de plaisir à lire pour vous le recommander.

Contretemps / Charles Marie, Aux forges de Vulcain (Littératures), 2009, 163 p., ISBN 9782953025910

Livres voyageursJ’ai été ravie d’attaquer la rentrée littéraire 2009 avec Contretemps, le premier roman de Charles Marie, qui est aussi le premier roman publié dans la collection Littératures des jeunes éditions Aux forges de Vulcain. L’illustration de couverture est de Julien Pacaud. Ce roman est disponible à la vente à la Librairie internationale Jean Touzot (38 rue Saint Sulpice, Paris 6e), en ligne sur le site de l’éditeur, et il peut être commandé chez tout libraire. Je remercie l’éditeur de m’avoir envoyé cet exemplaire. J’en fais un livre voyageur, c’est-à-dire que je le prête à tout blogueur de lecture connu de moi qui en fera la demande en commentaire.

1%1/7

Deux ans de vacances

Deux ans de vacances

Quinze enfants de 8 à 14 ans se retrouvent seuls à bord d’une goélette en plein Océan Pacifique. Le groupe, en provenance d’un pensionnat néo-zélandais, s’apprêtait à faire un voyage en mer, quand les amarres du bateau se sont mystérieuresement rompues en pleine nuit, alors que l’équipage était à terre et que les enfants dormaient dans leurs couchettes. Pris dans une tempête, ils parviennent à s’échouer sur une plage, ignorant encore s’il s’agit d’une île ou d’un continent. C’est en fait une île inhabitée dont ils vont rester prisonniers pendant deux longues années…

La pension ChairmanL’aîné du groupe, Gordon, est un américain de 15 ans. C’est le plus organisé, le plus posé. C’est aussi lui qui joue régulièrement le rôle de médiateur, tentant d’apaiser la rivalité qui oppose Doniphan à Briant. Doniphan est un anglais de 14 ans. D’une famille aisée, il passe pour être particulièrement élégant et distingué. C’est également un excellent élève parmi les plus studieux. Orgueilleux, il tient à être le meilleur en tout et ne supporte pas l’autorité. Quant à Briant, c’est un français de 14 ans. Assez paresseux, bien que très intelligent, il est à la pension un élève capable du meilleur comme du pire. Le plus audacieux, et également le plus attentionné envers les plus jeunes, il est au début de l’aventure le véritable héros de la bande de rescapés. Aux côtés de ces trois vedettes, le jeune Service, 12 ans, mérite également d’être mentionné. C’est le plus joyeux, le plus rêveur, celui qui a lu Robinson Crusoé et Robinson Suisse. Très probablement, les qualités et nationalités des jeunes gens n’ont pas été distribuées au hasard par Jules Verne, mais ne comptez pas sur moi pour ce genre de considérations !

Carte de l'îleJe les ai trouvés bien débrouillards, ces jeunes gens. Ils savent manoeuvrer un voilier, construire un abri avec une voile, fabriquer un cerf-volant et même un genre de montgolfière. Ils n’ignorent rien du rythme des marées, savent nommer les plantes et les animaux, chasser, pêcher… massacrer des phoques de la manière la plus barbare qui soit, se battre avec des fauves, puis avec des bandits. Il faut dire qu’ils ont quand même eu pas mal de chance dans leur malheur. Ils n’ont en effet rien perdu de ce que contenait leur navire. Ils se sont donc installés dans une grotte comme des pachas, avec des couchettes, une table, des fauteuils, des armoires… toutes sortes d’outils, d’armes et même une bibliothèque !   

Hélas, je crois que j’ai passé l’âge de ce genre de lecture. Je me suis pourtant bien amusée au début à découvrir le groupe d’enfants et à explorer l’île avec eux, mais ça manquait beaucoup de rebondissements, de surprises. J’ai cheminé avec ces petits personnages particulièrement héroïques vers l’inévitable happy end avec un ennui grandissant. Au bout de 380 pages, il y a tout de même enfin eu un rebondissement : une femme a surgi sur l’île ! Et trente pages plus loin, à nouveau une surprise, puis une autre encore ! Bref, tout s’est accéléré pour ma plus grande joie dans les 150 dernières pages, mais je crois que je me serais bien contentée d’un an de vacances… A recommander tout de même à de jeunes lecteurs d’une dizaine d’années !

Deux ans de vacances / Jules Verne, Le livre de poche, 2008, 508 p., ISBN 978-2-253-00537-7

Blog-o-trésorsRoman lu dans le cadre du défi Blog-o-trésors organisé par Grominou où il a été proposé par Martine (10e trésor lu !).

Challenge ABC 2009

Celui ou celle avec qui fermer les yeux

Appelez-moi par mon prénom

“J’aimais l’idée d’avoir été capturée et de me laisser faire.”

La narratrice est écrivain. Un soir lors d’une séance de signatures dans une librairie à Lausanne, elle rencontre P. Il est étudiant dans une école d’art et a réalisé un film à partir du journal intime de la narratrice. Elle rentre à Paris avec le film, une lettre et une adresse de site internet. Et c’est le début d’une obsession… et finalement le début d’une histoire d’amour. Mais ne croyez pas que le roman raconte ce qui suit. Non, le roman est tout entier dans ce début d’histoire.

Il est très court ce roman, et dense. Il n’y a ni chapitre, ni paragraphe. Aussi on ne peut que le lire d’une traite, dans un souffle. Je l’ai lu il y quelques semaines, très vite, presque en apnée. Quand je l’ai refermé, je ne savais du tout ce qu’en pensais.

La relation amoureuse dont nous suivons les prémices est ancrée dans une réalité très contemporaine. Les sites Internet, les méls, les téléphones portables… toutes ces nouvelles technologies servent de support à la relation naissante. Cette inscription de la modernité dans une histoire assez classique est très réussie.  Il ne s’agit que du tout début de la relation, quand la narratrice est comme envahie, vampirisée par l’autre. Prenant la forme de cette obsession, le texte est donc assez répétitif. Il tourne sur lui-même, comme des pensées ressassées à l’infini. Il est étouffant, comme la passion qui empêcherait de respirer, de vivre autre chose, la passion qui vous engloutit. On sent qu’elle écrit après (à l’imparfait), depuis un au-delà de la passion dont elle n’a pas la nostalgie. Au contraire, la suite est une délivrance.

“Il fallait trouver quelqu’un qui ferait oublier. Oublier la peur. Oublier la violence. Oublier la jeunesse perdue. Oublier le vide. Oublier la nuit qui nous aspirait. Oublier l’idée que nous allions tous un jour disparaître et que d’autres danseraient à nos places sur les mêmes chansons.”

Ce texte est magnifiquement écrit, mais il m’a paru d’une grande froideur.  Tout ce qui est décrit m’a semblé très juste, d’une grande minutie dans la description, mais je n’ai pas ressenti à la lecture la moindre émotion. Il s’agit d’une passion, mais une passion glaciale, finalement très cérébrale. De cette passion est né ce texte, un beau texte, mais qui tient son lecteur à distance.

A la relecture j’ai préféré une autre histoire, celle de l’auteur et du lecteur, de leur rencontre à travers l’écrit, de leur échange de correspondance, tandis que la narratrice poursuit son roman en cours, l’abandonne, le reprend, émaillant son récit de réflexions sur sa relation à l’écriture…

Appelez-moi par mon prénom / Nina Bouraoui, Stock, 2008, 111 p., ISBN 978-2-234-06077-7

Je n’ai pas trouvé d’autres avis sur les blogs de lecture. Mais Erzébeth devrait en parler très bientôt, beaucoup mieux que moi.

Ajout du soir : l’avis d’Erzébeth et celui de Mango.

“Appelez-moi par mon prénom” est le 11e roman de Nina Bouraoui (1967-….) après ”La voyeuse interdite” (1991, Prix du livre Inter), “Poing mort” (1992), “Le Bal des murènes” (1996), “L’Âge blessé” (1998), “Le Jour du séisme” (1999), “Garçon manqué” (2000), “La Vie heureuse” (2002), “Poupée Bella” (2004), “Mes mauvais pensées” (2005, Prix Renaudot), “Avant les hommes” (2007).

Challenge du 1% littéraire 2008

Peut-être une histoire d’amour

 

Peut-être une histoire d'amour

 C’est Clara.
Je suis désolée, mais je préfère qu’on arrête là.
Je te quitte, Virgile. Je te quitte.”

De nos jours, à Paris, un certain Virgile quitte l’Agence de publicité pour laquelle il travaille et regagne son appartement de célibataire. Sur son répondeur téléphonique, un voyant clignotant annonce qu’il a reçu un message. C’est un message de rupture : Clara le quitte. Mais Virgile ne connaît pas de Clara…

L’histoire de ce roman est assez mince, alors je ne vais pas en dire plus, pour vous laisser le plaisir de la découverte. Je vais donc me contenter d’une critique. Mais comme je ne sais pas vraiment quoi penser de ce roman, je vous propose une critique amstramgram.

Mon avis positif : “Peut-être une histoire d’amour” est un roman qu’on lit d’une traite. C’est plaisant, légèrement décalé, gentiment comique. Mais derrière l’humour de façade, on sent poindre une mélancolie douce, le sens de l’absurde, une manière de regarder le monde en s’en tenant légèrement à l’écart, sans adhérer totalement à la réalité. Ça me plaît bien !

Mon avis négatif : Et pourtant c’est aussi un petit peu creux, assez vain. C’est le roman français contemporain par excellence, centré sur son unique personnage, très proche de son auteur. Il ne se passe pas grand chose. Ce n’est pas vraiment écrit. Sa lecture n’est peut-être pas indispensable…

Mais ne terminons pas ce billet passionnant sur une note négative. Choisissons plutôt une petite phrase de Martin Page pour conclure en beauté :

“Il n’y a pas de différence entre l’amour et les voyages,
car nous en revenons toujours.”

Magritte en couv. de Peut-être une histoire d'amour

Peut-être une histoire d’amour / Martin Page, Éd. de l’Olivier, 2008, ISBN 978-2-87929-617-3

Les avis de Gaëlle et Émeraude.

“Peut-être une histoire d’amour” est le 5e roman de Martin Page (1975-….). Il est également l’auteur de “Comment je suis devenu stupide” (2001), “Une parfaite journée parfaite” (2002), “La libellule de ses huit ans” (2003), “On s’habitue aux fins du monde” (2005), “De la pluie” (2007).

Challenge du 1% littéraire 2008

Au mauvais roman

Au bon roman  “Nous n’avons que faire des livres insignifiants,
des livres creux, des livres faits pour plaire.”

Une riche mécène s’associe à un libraire employé dans une petite librairie de Méribel pour créer à Paris la librairie idéale. Refusant les offices et n’accordant qu’une toute petite place aux nouveautés, cette librairie affirme ne proposer à la vente que de bons romans. Le succès est immédiat, mais très vite les libraires rencontrent une certaine hostilité…

J’attendais sans doute trop de ce roman, dont le sujet m’intéressait. J’ai donc été très déçue, et ce dés les premières pages. En effet, comme le début de ce roman est laborieux !!! Si vous voulez lire l’histoire de la librairie, suivez mon conseil : commencez à la page 83 (et n’hésitez pas à faire quelques coupes ultérieures). La fin est également assez ridicule (quand Laurence Cossé invente les subventions à la librairie et qu’on la sent à deux doigts d’inventer le prix unique du livre), mais n’anticipons pas !

Beaucoup de choses m’ont gênée dans la vision qu’a Laurence Cossé de la librairie idéale. D’abord la librairie “Au bon roman” semble s’opposer à toutes les autres librairies existantes, librairies dont il est dit à plusieurs reprises qu’elles vendent 80% de nouveautés. Les petites librairies indépendantes se trouvent donc mises dans le même sac que les grandes surfaces dites culturelles. Le rôle réservé au libraire dans ce roman est vraiment peu valorisant. Il se trouve cantonné au rôle de vendeur en librairie, les livres proposés à la vente étant choisis par d’autres que lui. Et qui compose le comité de lecture chargé de constituer le fonds de la librairie ? Des écrivains. Car pour Laurence Cossé, les romanciers sont meilleurs lecteurs que les autres. Ce qui me gêne n’est pas tant qu’elle pense ainsi, mais plutôt que ce genre d’affirmations ne soient mêmes pas discutées mais assennées comme des évidences.

En creux apparaît la définition du bon roman selon Laurence Cossé. En creux, car aucune définition n’est vraiment donnée. A titre d’exemples, des noms d’auteurs et des titres de bons romans sont disséminés et proposés au glanage du lecteur. Certains noms sont répétés plusieurs fois, histoire d’être vraiment sûr que le lecteur ait bien compris que Laurence Cossé voue un culte à Pierre Michon et à Cornac McCarthy. Bien sûr, elle ne se prive pas du plaisir de citer aussi des mauvais romans, ou plutôt de mauvais auteurs, avec toute la subjectivité qui convient à l’exercice : Tom Wolfe, Frédéric Dard, Helen Fielding, Dan Brown, Danielle Steel, Michel Houellebecq. Plus curieux, elle cite des romans lus et relus avec plaisir par la créatrice de la librairie, mais qu’elle ne considère malgré tout pas assez bons pour y être vendus, par exemple “L’amour dans un climat froid” de Nancy Mitford : “C’est un livre épatant, je l’ai lu plusieurs fois, il m’a fait rire tout haut, il nous en apprend plus sur l’Angleterre qu’un long séjour là-bas. Mais au Bon Roman, nous aurons mieux.”  En cela elle contredit fondamentalement ma propre définition du bon roman. Pour moi les bons romans sont ceux que l’on relit. Parmi eux il y a certainement des livres estampillés chefs d’oeuvre, de ces livres devant impérativement se trouver sur les rayons des librairies dignes de ce nom, quitte à n’y être jamais achetés. Ces bons romans là sont de bons romans pour tout le monde. Parmi ces bons romans, il y en a beaucoup que je n’ai pas lus et dont je remets toujours la lecture à plus tard, au risque de ne peut-être jamais les lire, car je leur préfère souvent de plus petits romans, plus modestes. De ces romans qui ne sont de bons romans que pour quelques uns, mais qui sont chers à notre coeur, parce qu’on les a rencontrés au bon moment, et qu’une vraie relation s’est établie entre eux et nous.

Mais revenons au roman de Laurence Cossé. Ce roman est en fait un petit essai sur la librairie idéale, essai très répétitif et assez naïf, enrobé d’un gloubiboulga mi roman policier-mi roman d’amour particulièrement indigeste. Reste un beau passage, celui dont vous avez certainement déjà lu des extraits ici ou là, à mon avis le seul passage à sauver de ce roman, un bel hommage à la littérature pour tout ce qu’elle nous apporte. A mon tour, j’en cite donc un joli petit extrait, en me demandant si Laurence Cossé pense sérieusement avoir écrit un tel livre :

“Nous voulons des livres écrits pour nous qui doutons de tout, qui pleurons pour un rien, qui sursautons au moindre bruit derrière nous.”

La lectrice de Jean-Jacques Henner

Au bon roman / Laurence Cossé, Gallimard, 2008, 496 p., ISBN 978-2-07-01326-1

Il fallait bien un avis négatif pour tempérer le flots d’éloges lus sur les blogs de lecture (alors je me suis dévouée), mais je vous renvoie aux billets généralement enthousiastes de : Cathulu, Ys, Cuné, Amanda, Laure, Fashion, Cécile, Chiffonnette

P.S. Si en commentaire à ce billet vous voulez me donner votre propre définition du bon roman, n’hésitez pas !

Alain Delon est une star au Japon

Alain Delon est une star au Japon

“Dans le noir de sa chambre, l’acteur dormait et rayonnait comme un morceau de kryptonite.”

Un matin, alors qu’Alain Delon se balade tranquillement dans Paris à vélib, il est enlevé par deux jeunes japonais qui vont le séquestrer au fin fond de la Creuse…

C’est donc Alain Delon le personnage principal de ce roman. Alain Delon, l’acteur, le vrai, le seul, l’unique ! Ou plutôt son fantasme comme échappé de l’écran pour échouer dans le roman de Benjamin Berton. C’est l’Alain Delon que nous connaissons tous, même et surtout si nous le connaissons peu. L’Alain Delon de quelques films d’action, quelques rôles de séducteurs, quelques apparitions télé au cours desquelles la star évoque volontiers ses états d’âme, et enfin l’Alain Delon de quelques faits divers, quelques histoires de famille et de recherches en paternité. C’est un Alain Delon tout en idées reçues. Et en cela le titre du roman annonce très bien la couleur.

Voici un roman que l’on aborde comme une blague de potache. Ce que l’on peut craindre devant ce genre de livre, c’est que l’idée de départ, aussi bonne soit elle, soit la seule idée que le roman développerait pendant des pages et des pages avant de la dissoudre à la fin dans un ultime baillement du lecteur. Eh bien, ce n’est pas le cas ici. Le roman apporte son lot de rebondissements, ses personnages secondaires faisant leur apparition les uns après les autres et une fin très habile et assez surprenante.

J’ai bien aimé quelques digressions, quelques réflexions sur notre société comme le petit topo d’Alain Delon sur l’incurie administrative ou les réflexions du narrateur sur l’école à la française. J’ai bien aimé également l’usage que Benjamin Berton fait des notes en bas de pages. Jouant souvent sur l’ambiguité entre fiction et ouvrage documenté sur l’acteur, la culture japonaise ou le parler de la Creuse, elles deviennent par moments un moyen de tourner en dérision le grand homme. Enfin j’ai franchement ri en lisant les passages les plus fantaisistes, comme le rêve de Delon libéré par De Gaulle et son armée, ou la vache Clarabelle se pâmant devant une photo de l’acteur.

C’est un roman qui arrachera forcément quelques sourires (à choisir dans une large palette) même au lecteur le plus ronchon. C’est aussi un roman très malin, qui du cinéma aux mangas, en passant par la téléréalité et les superhéros, Amélie Nothomb et le sudoku, passe en revue pas mal d’aspects de la culture populaire. Une très bonne surprise !

Alain Delon est une star au Japon / Benjamin Berton, Hachette Littératures, 2009, 280 p., ISBN 978-2-01-237822-3

Benjamin Berton (1974-….) a obtenu le Goncourt du premier roman en 2000 pour “Sauvageons” . “Alain Delon est une star au Japon” est son cinquième roman, après “Classe affaires”, “Pirates” et “Foudres de guerre”.

Merci à Babelio pour m’avoir envoyé ce roman dans le cadre de Masse critique !

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Le voyage à Perros

Le voyage à Perros

Ambroise s’apprête à passer le réveillon de Noël seul, comme chaque année, quand on frappe à sa porte. C’est Anne, sa petite-fille de treize ans, qui a fait une fugue pour se rendre chez son grand-père en Bretagne, car elle a une question importante à lui poser…

“Le voyage à Perros” est une nouvelle pour la jeunesse. En quelques pages, on saisit la vie d’un vieil homme seul, attaché à son coin de Bretagne. On suit le parcourt d’une fillette débrouillarde, pour faire le chemin Paris-Perros en stop, en dormant dehors, échappant de peu une agression… Et on assiste à un réveillon de Noël qui réunit ces deux personnages avant qu’ils ne feuillettent ensemble l’album de famille. C’est charmant, peut-être un peu cliché, une vision vieillotte de la petite ville bretonne désertée en hiver, de la grande ville et de ses dangers, d’un grand-père bourru mais au grand coeur… Mais cela reste une jolie nouvelle doublée d’une petite anthologie poétique !

Le voyage à Perros / Jacques Thomassaint, Éd. du Petit pavé (Obzor), 2004, 83 p., ISBN 2-84712-052-1

chaîne de livres 2009

J’ai lu ce livre dans le cadre de la Chaîne des livres. Il a été proposé par Bladelor.

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