The Reader / Stephen Daldry (2009)

The Reader (affiche)

Attention : ceci est un billet écrit à chaud ! Écrire un petit billet en sortant du cinéma, ce n’est pas comme parler d’un film qu’on a en dvd, qu’on a vu et revu, ou dont on s’est repassé quelques petits extraits. D’ailleurs alors que je commence ce billet, je ne sais pas du tout ce que je vais écrire !

Michael fait la lecture à Hanna

Aujourd’hui donc je suis allée au cinéma voir l’adaptation que Stephen Daldry a faite du roman Le liseur de Bernhard Schlink. Comme je suis particulièrement douée pour l’analyse filmique, mon avis se résume à peu près à ces quelques paroles de fin de séance : “Ça m’a plu. Ça ressemble au livre. Les acteurs sont très bien. Et j’ai beaucoup pleuré.” Maintenant que l’essentiel a été dit, vous pouvez vous dispenser de lire la suite de mon billet qui n’apportera rien de plus. 

Michael fait encore la lecture à Hanna

J’ai été surprise et pas emballée du tout par la première scène du film. Surprise parce que cette scène n’est pas dans le roman. Je comprends pourtant très bien ce qu’a voulu faire le réalisateur (ou scénariste). Il a voulu inscrire le récit dans le présent. Il a voulu d’entrée de jeu nous montrer le Michael d’aujourd’hui, celui qui se souvient. En fait par cette scène il a illustré le “je” et un temps du passé. J’admets donc la nécessité d’une telle scène, mais je n’ai pas aimé celle que j’ai vue. Je n’ai pas aimé le décor trop américain de ce qui nous est présenté comme étant l’appartement de Michael aujourd’hui. Je n’ai pas non plus aimé qu’on nous fasse comprendre de manière un peu lourde qu’il continue sa vie malgré tout, et qu’on nous montre une des ses jeunes maîtresses expédiée au petit-déjeuner. Cette scène n’est pas élégante et absolument pas fidèle à la voix toute en délicatesse de Bernhard Schlink. Lors de cette première scène, j’ai cru que j’allais détester ce film, mais vous savez déjà qu’il n’en a finalement rien été.

Michael fait toujours la lecture à Hanna

Ensuite le film m’a paru très fidèle au roman. Il en a repris le découpage en 3 parties, 3 époques. La première partie du film est peut-être un peu longue, les spectateurs les moins romantiques le déploreront certainement. Personnellement j’ai trouvé cette partie charmante. La deuxième partie restitue fidèlement toutes les grandes questions posées par le roman. Quant à la troisième partie, elle m’a paru aussi bouleversante que dans le roman. J’ai donc retrouvé les différentes tonalités du roman que j’ai lu, mais il y a fort à parier que ceux qui ont tendance à réduire le roman à sa deuxième partie (les questions sur la culpabilité allemande) reprocheront au film un excès de sentimentalisme. Le personnage de Michael est interprété par deux acteurs différents : l’un pour l’adolescence et la jeunesse (David Kross), l’autre pour l’âge mûr (Ralph Fiennes). En revanche Hanna est interprétée par Kate Winslet d’un bout à l’autre du film, donc artificiellement vieillie à mesure que le temps passe. J’ai trouvé ces interprètes idéalement choisis et absolument parfaits. David Kross et Kate Winslet m’ont même particulièrement impressionnée.

Mais que font donc Michael et Hanna ?

Je n’ai eu que quelques petits regrets, deux pertes à déplorer par rapport au roman. Tout d’abord la disparition du père de Michael, qu’on ne revoit pas après le temps de l’adolescence. La relation père-fils m’avait pourtant paru importante dans le roman, mais le réalisateur a choisi de remplacer dans le film le père par le prof. Dommage ! Ensuite j’ai regretté également quelque chose qui n’était sans doute pas indispensable, mais qui m’avait plu dans le roman : les promenades dans la nature de Michael pendant le procès. A la place de ces promenades, il y a dans le film une visite de camp par Michael (était-elle dans le roman ? je ne m’en souviens pas). Cette visite en solitaire est un peu irréelle et à mon sens inutile, car nous avons déjà tous ces images à l’esprit. Enfin nous, Français et Allemands, mais n’oublions pas que ce film est américain.

Kate Winslet et Ralph Fiennes

A la fin de la troisième époque, une scène m’a un peu gênée. C’est pourtant une scène qui est dans le roman, mais je l’avais un peu oubliée. Il s’agit de la rencontre entre le Michael d’aujourd’hui et une rescapée de la Shoah. Cette scène est très dure, très froide. Le décor est encore une fois très mal choisi, trop chic. Et alors que le film nous amène à avoir de la compassion pour Hanna pourtant du côté des coupables, il nous rend antipathique la victime. Je n’avais pas trouvé cela aussi choquant à la lecture. J’ai eu peur que le film ne s’achève trop vite après cette scène, brisant l’émotion de la troisième partie et réduisant le film à un message douteux. Ensuite le dernier chapitre du roman était inadaptable, sauf à user de la voix off à laquelle le réalisateur n’a fort heureusement jamais eu recours. Seule la dernière phrase a donc été adaptée avec l’introduction du personnage de la fille de Michael, petite invention pas mal trouvée pour illustrer la transmission de la mémoire, ce récit qui au lieu de s’écrire va donc se faire oralement. J’ai bien aimé cette fin. J’ai bien aimé ce film. Et je vous parie que les quelques spectateurs qui n’ont pas encore lu le roman vont maintenant se ruer en libairie et c’est tant mieux ! Quant à moi, j’ai maintenant une envie folle de relire “La dame au petit chien”…

The Reader / d’après le roman de Bernhard Schlink, scénario de David Hare, réalisé par Stephen Daldry, avec Kate Winslet, David Kross, Ralph Fiennes, 2009, 2h03 

Publié dans: on 19 juillet 2009 at 10:06 Commentaires (29)
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Anna Karénine / Clarence Brown (1935)

Anna Karenine de Clarence Brown

La première scène de cette adaptation d’Anna Karénine par Clarence Brown est extrêmement surprenante. Le film s’ouvre en effet sur un travelling qui n’en finit pas de finir dévoilant petit à petit une table de plusieurs kilomètres de long couverte de victuailles. Oblonsky (le frère d’Anna) et Vronsky (son futur amant) sont à une soirée où le caviar comme la vodka coulent à flots et où les hommes roulent sous les tables, tandis que les chants et les costumes participant au decorum de la soirée m’ont paru donner de la Russie une vision très folklorique (une vision sans doute très américaine). Le lendemain nous retrouvons les deux hommes à la gare, l’un venu chercher sa soeur, l’autre sa mère. Nous reconnaissons alors le roman dans cette scène de rencontre. Anna apparaît dans un nuage de vapeur et pour Vronsky, c’est le coup de foudre ! Puis nous voici déjà au bal, mais un bal très différent de celui du roman. Anna et Vronsky dansent ensemble et Kitty sanglote dans la pièce voisine…

Anna et Vronsky

Il ne faudrait voir les adaptations que des livres que l’on a pas lus ! Sinon c’est l’inévitable déception. Mais où est passée la scène de la patinoire ? Et la demande en mariage de Lévine ? On visionne l’adaptation et on se sent grugé. Ce n’est pas le film que l’on avait en tête en lisant le roman. Devant une adaptation, le lecteur-spectateur est contraint d’accepter le parti pris du réalisateur. Cela peut prendre quelques scènes. Le début du film est inévitablement déstabilisant. Ces décors, ces costumes, ces visages, ce n’est jamais ce qu’on avait imaginé. Parfois il faut même revoir le film pour l’apprécier vraiment, une fois acceptée l’idée que le film est une oeuvre à part entière, bien distincte du roman.

Anna Karénine (1935)Dans cette adaptation, Clarence Brown a pris le parti de ne s’intéresser qu’à l’histoire d’Anna et Vronsky. Notre cher Lévine (Gyles Isham) ne fait donc qu’une apparition au début du film (juste le temps pour la spectatrice que je suis de le trouver plus séduisant que Vronsky, cruelle erreur de casting, mais Fredric March était apparemment une grande vedette à l’époque) pour ne réapparaître qu’à la fin du film lors d’une rencontre avec Anna (la rencontre qui n’a jamais vraiment lieu dans le roman !). L’actrice jouant Kitty m’avait pourtant l’air parfaite (Maureen O’Sullivan). Dommage !

Anna Karenine par Greta GarboClarence Brown a donc fait le film d’une passion tragique entre une femme mariée et un homme célibataire qui se retrouvent tous deux en marge de la société. Greta Garbo est dans ce film absolument merveilleuse. Définitivement pour moi elle est et restera Anna Karénine (j’avais pourtant bien aimé Vivien Leigh, mais Greta Garbo la surpasse (c’est un peu étrange de dire ça, car l’interprétation de Greta Garbo est antérieure, mais voyant les films dans l’ordre inverse de la chronologie, je constate seulement aujourd’hui que le film de Duvivier n’apporte pas grand chose par rapport à celui de Clarence Brown)). Fredric March dans le rôle de Vronsky m’a moins enthousiasmée. J’ai trouvé qu’il faisait prendre un sacré coup de vieux à Vronsky que j’imaginais beaucoup plus jeune et séducteur. La famille d’Anna est très présente. Il s’agit bien pour Clarence Brown d’une histoire d’adultère. Le petit garçon est particulièrement épatant (Freddie Bartholomew).

Ce n’est donc pas mon Anna Karénine qu’a réalisé Clarence Brown, mais c’est un très beau film, plus beau que celui de Duvivier, qui m’a en plus donné le plaisir de retrouver les ombres et lumières qui m’avaient tant frappée chez Tolstoï.

Leon Tolstoï

Ce n’est que maintenant, ayant visionné trois adaptations du roman de Tolstoï, que je prends pleinement conscience des qualités immenses du film de Bernard Rose. C’est vraiment le seul à rendre compte du roman dans sa globalité. Je garderais donc de ce film la vision qu’a Bernard Rose du roman, avec la voix off de Lévine et la musique de Tchaikovsky. Je garderais aussi les interprètes de Lévine (Alfred Molina) et de la charmante Kitty (Mia Kirshner). J’ajouterais Greta Garbo dans le rôle d’Anna. Je lui laisserais ses robes et lui offrirais celles de Vivien Leigh (oui ma société de production aurait les moyens). Je lui laisserais aussi son petit garçon (Freddie Bartholomew). Comme aucun interprète de Vronsky ne m’a convaincue, je suggère d’engager Laurence Ollivier (Greta Garbo ne serait peut-être pas d’accord, mais on ne lui demanderait pas son avis. Cela dit je pourrais consentir à faire faire des essais à John Gilbert, si elle me le demandait gentiment). Je garderais les trains de Julien Duvivier, car ceux de Bernard Rose, bien qu’avançant à la vitesse d’un TGV, m’ont paradoxalement paru moins menaçants. Enfin j’envelopperais le tout dans les lumières et les ombres de Clarence Brown, pour tenter d’apporter au film de Bernard Rose la magie qui lui manque. Et j’espère obtenir ainsi le film parfait !

Anna Karenine / d’après Tolstoï, réalisé par Clarence Brown, avec Greta Garbo (Anna Karénine), Fredric March (Vronsky), Freddie Bartholomew (Sergeï), Basil Rathbone (Alexeï Karénine), Maureen O’Sullivan (Kitty), Gyles Isham (Levine), Reginald Owen (Stiva Oblonski), Phoebe Foster (Dolly), MGM 1935

Anna Karénine / Julien Duvivier (1948)

Anna-Karenina

Après l’adaptation de Bernard Rose (1997), je poursuis le visionnage des adaptations du roman de Tolstoï par celle de Julien Duvivier (1948).

Anna Karenine par Julien DuvivierLe film s’ouvre sur l’image de la première page d’Anna Karénine dont nous pouvons alors lire les deux premières phrases. Nous sommes donc bien devant une adaptation (pour ceux qui en douteraient). Juste après, l’un des serviteurs d’Oblonski ramasse un à un tous les vêtements qui traînent dans le bureau de Stepan, illustrant ainsi combien “tout était sens dessus dessous chez les Oblonski”. Un début assez amusant !

Affiche Anna Karénine 1948Quand nous voyons Anna Karénine (Vivien Leigh) pour la première fois, elle est dans le train qui l’amène de Saint-Pétersbourg à Moscou. Elle regarde dehors et semble alors d’une infinie tristesse. Puis le train entre en gare. Vronsky est sur le quai et aperçoit Anna derrière une vitre couverte de givre. C’est alors le coup de foudre, que Kieron Moore joue avec de grands yeux ahuris et la bouche ouverte.

Avant de voir le film, je craignais que Vivien Leigh ne soit pas l’interprète idéale pour Anna Karénine. Je trouve en effet à son visage un air spirituel, un côté mutin, qui ne me semblaient pas convenir à la dimension tragique d’Anna Karénine. Je craignais également qu’elle ait trop de retenue, de distance pour jouer l’abandon d’Anna Karénine à la passion, et qu’il y ait en elle trop de force, pour incarner la fragilité, la part d’ombre d’Anna Karénine. Je l’ai finalement trouvée merveilleuse. Elle est absolument magnifique dans ce rôle. Portant des robes sublimes, des fourrures, des bijoux, elle incarne Anna Karénine avec beaucoup de classe. A tel point qu’elle paraît beaucoup trop bien pour ce grand benêt de Vronsky.

Anna KarŽnine

Son mari Alexeï (Ralph Richardson), son frère Stepan, Levine et Kitty, tous sont parfaits et fidèles à ce que j’imaginais. Julien Duvivier montre bien la haute société russe, les ragots, les médisances, qui semblent être la seule occupation des femmes de ce milieu, malveillance dont Anna fera les frais. Malheureusement, centrant le film sur Anna et Vronsky, il a beaucoup délaissé Lévine, réduisant Anna Karénine à une histoire d’adultère et de mise au ban de la société.

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Julien Duvivier filme très bien les trains, les locomotives arrivant face caméra, menaçantes. Enfin il y a quelques tentatives appréciables de mise en images des cauchemars, hallucinations d’Anna et quelques jeux d’ombres et de lumière pour la scène finale rendant assez bien l’atmosphère du roman de Tolstoï. Un bon film !

Anna à la gare

Anna Karénine / d’après Tolstoï, adapté par Jean Anouilh, Julien Duvivier, Guy Morgan, réalisé par Julien Duvivier, avec Vivien Leigh (Anna), Kieron Moore (Vronsky), Ralph Richardson (Alexeï Karenine), Niall MacGinnis (Levine), Sally Ann Howes (Kitty), Hugh Dempster (Stepan Oblonski), Mary Kerridge (Dolly), 1948

Anna Karénine / Bernard Rose (1997)

Anna Karenine par Bernard Rose

A peine la lecture d’Anna Karénine achevée, j’ai visonné la dernière adaptation cinématographique du roman, celle de Bernard Rose avec Sophie Marceau dans le rôle d’Anna. Je m’étais préparée à être déçue et plutôt critique, car j’imaginais bien qu’un film ne pouvait qu’appauvrir un roman de cette dimension (“dimension” étant à prendre dans tous les sens du mot). Mais j’ai finalement été agréablement surprise.

 Anna et Vronski au bal

Malheureusement pour moi, mon DVD d’occasion est couvert de rayures et saute justement au moment de la rencontre entre Anna et Vronski (Grrrr…). Impossible donc de capturer leur premier échange de regards ! Je n’ai pas grand chose à dire des interprètes. Je dois confesser que jamais je n’ai apprécié Sophie Marceau dans aucun de ses rôles. Elle ne m’est pas du tout antipathique, mais je trouve qu’elle parle faux, qu’elle ne se laisse pas oublier derrière les personnages qu’elle incarne. Je ne l’ai donc pas non plus appréciée ici. Comme Anna est un personnage très mystérieux, je crois que j’aurais préféré une actrice encore inconnue pour l’incarner. Quant aux autres interprètes, s’ils ne sont pas inconnus, ils l’étaient de moi, et je les ai tous trouvés très bien.

Anna et son mari  Alexis au champ de courses

Les décors et les costumes du film m’on paru parfaits (mais je ne suis pas capable de juger s’ils sont fidèles à la réalité de l’époque). Les demeures sont de vrais palais, aux escaliers monumentaux, aux dorures impressionnantes… C’est un peu chargé, mais au moins on prend pleinement conscience du mileu dans lequel évoluent Anna et Vronski. La musique de Tchaïkovski me paraît aussi plutôt bien choisie (sauf peut-être sur le générique de fin, qui sort le spectateur de sa rêverie de manière un peu brutale, après une fin qui se veut ouverte comme dans le roman). Il n’y a pas vraiment de plans inoubliables, à part un peut-être, celui de la tempête de neige au coeur de laquelle se retrouvent Anna et Vronski en descendant du train. Bernard Rose n’y va pas de main morte avec la vapeur et la neige. Il en fait même des tonnes, mais j’avoue que j’ai plutôt aimé ça. Et il me semble que pour une illustrer une passion, un peu de démesure ne nuit pas.

Anna sur un quai de gare

Enfin, il y a dans ce film quelques partis pris très intéressants et fidèles beaucoup plus à l’esprit du roman qu’à sa forme. Par exemple le début est très surprenant, car le film s’ouvre sur un cauchemar de Lévine, faisant de lui non pas le personnage le plus important, car l’histoire d’Anna et Vronski est ensuite beaucoup plus développée, mais un personnage central, sorte de pilier du film. Très suprenante également cette voix off qui est celle de Lévine s’exprimant à la 1ère personne. Dans le roman, Lévine est un personnage dont nous suivons le parcours grâce au narrateur omniscient. Mais il peut difficilement échapper au lecteur que Lévine porte la voix de l’auteur. Aussi cette trouvaille de la voix off me semble une excellente idée. Là où Bernard Rose va un peu loin à mon sens, c’est en assimilant totalement Lévine à Tolstoï, en lui faisant signer le roman à la fin du film. C’est assez malin car la signature de Tolstoï laisse apparaître la ressemblance entre son prénom et le début du nom de Lévine, mais c’est aussi un peu exagéré, car cela tend à laisser penser qu’il s’agit simplement d’un roman autobiographique.

Levine et Kitty à la patinoire

Je me demande quand même un peu ce que parvient à saisir de ce film le spectateur qui n’aurait pas lu le roman. Mais pour celui qui l’a lu, c’est un excellent moyen de prolonger le plaisir de lecture !

Anna Karénine / d’après Léon Tolstoï, réalisé par Bernard Rose, avec Sophie Marceau (Anna Karénine), Sean Bean (Vronsky), Alfred Molina (Lévine), Mia Kirshner (Kitty), James Fox (Alexeï Karénine), 1997, 1 DVD TF1 vidéo, 2000.

Orgueil et préjugés / Robert Z. Leonard (1940)

O&P par Leonard

J’ai poursuivi ce week-end mon petit Challenge Jane Austen en visionnant l’adaptation cinématographique d’”Orgueil et préjugés” réalisée par Robert Z. Leonard en 1940. On y trouve Laurence Olivier dans le rôle de Darcy et Greer Garson dans celui d’Elizabeth (et curieusement Aldous Huxley en co-scénariste).

Elizabeth et Darcy

J’ai trouvé ce film délicieusement rétro. Son début est un peu déconcertant pour qui connaît bien le roman, car le film commence dans un magasin où Mrs Bennet est venue choisir des robes pour ses filles. C’est donc une scène qui n’existe pas dans le roman, une pure scène d’exposition qui permet de présenter Mrs Bennet et ses filles et d’annoncer l’arrivée des nouveaux voisins. Mais ensuite, même si  l’adaptation a continué de prendre quelques libertés avec le roman, elle m’a paru lui être tout de même assez fidèle. Tous les personnages principaux y sont, leurs caractères sont respectés et les scènes les plus connues s’y trouvent. Les principales modifications m’ont paru être des raccourcis purement pratiques. La fin est tout de même sensiblement différente de celle du roman. Plus positive, c’est une fin heureuse pour tout le monde, un happy end qui n’oublie personne. C’est donc une comédie romantique, qui n’oublie pas de nous faire rire, notamment en se moquant des travers des personnages les plus ridicules ou antipathiques.

Lady Catherine

J’ai apprécié quelques effets comiques plus spécifiquement cinématographiques, comme la musique qui ponctue chaque arrivée de Lady Catherine. Certains plans, exagérément léchés, jouant à fond la carte du romantisme, m’ont paru un peu ridicules. Mais j’y vois un second degré très austenien, un côté satirique qui n’est pas pour me déplaire, comme l’illustre le plan ci-dessous où l’on assiste aux retrouvailles de Jane et Bingley.

Jane et Bingley

Bref, j’ai passé un très bon moment de cinéma. J’ai tout de même une petite réserve à formuler, une réserve qui ne concerne pas vraiment cette adaptation, mais plutôt la spectatrice que je suis. Mais avant de m’expliquer, je conseille aux plus fanatiques de Jane Austen de ne pas lire le paragraphe qui suit.

J'suis toute penaude

Je crois que j’en ai un peu assez d’O&P (et là je tremble en écrivant cela, qu’une foudre bloguesque ne s’abatte sur moi !). J’ai lu le roman (une fois seulement pourtant), vu la série BBC de Langton, et vu le film de Leonard, et voilà que je sature. J’avais pourtant prévu de voir aussi le film de Joe Wright et la version Bollywood avant de passer à une autre oeuvre d’Austen, mais je crois que je vais changer mes plans. En ce moment je suis plongée dans un grand et long roman absolument génial qui n’a rien à voir avec Jane Austen, si ce n’est qu’il se passe au 19e s., qu’on y donne des bals et que de charmantes demoiselles y rêvent de mariage (ça fait pas mal de points communs finalement !).  Ça explique peut-être cet effet de saturation que j’ai ressenti devant les ombrelles et les robes froufrouttantes du film de Leonard. Tout d’un coup, j’ai eu envie de livres ou films un peu plus rock’n roll que l’univers austenien, d’héroïnes jeunes ou moins jeunes, mais surtout plus indépendantes, peut-être plus modernes. Bizarre, non ?

Orgueil et préjugés / réalisé par Simon Langton, scénario de Aldous Huxley et Jane Murfin d’après le roman de Jane Austen “Pride and prejudice”, avec Greer Garson et Laurence Olivier, Metro-Goldwyn-Mayer 1940, 113 mn, 1 DVD Sélection classique

Les avis d’Isil et Schlabaya.

Challenge Jane Austen

Orgueil & préjugés / Simon Langton (1995)

O&P par Langton

En cette fin de XVIIIe siècle en Angleterre, la famille Bennet compte cinq filles en âge de convoler et d’assurer ainsi l’avenir de la famille. Un roman ou 6 épisodes de série plus tard, trois d’entre elles seront mariées. Oui mais lesquelles, avec qui, et en quelles circonstances ???

Cette série produite par la BBC et datée de 1995 est une adaptation du roman ”Orgueil et préjugés” de Jane Austen que j’avais chroniqué ici. Il s’agit, disons-le d’emblée, d’une adaptation extrêment fidèle (certains disent même que c’est la plus fidèle). C’est une série de 6 épisodes, et j’avoue que je l’ai regardée en 2 fois seulement, en y prenant un plaisir certain, bien que connaissant parfaitement l’histoire. J’ai même redécouvert combien il y avait de péripéties dans le roman (me demandant d’ailleurs au passage comment d’autres ont fait pour l’adapter en un film unique). Mais je n’ai cessé, en regardant cette adaptation, de m’interroger sur ce que cela apportait au roman et ce que cela celui lui ôtait.

Tout d’abord la série présente l’avantage de mettre des images sur le roman de Jane Austen. Ça semble un peu idiot de préciser qu’un film ajoute des images au livre qu’il adapte, mais il faut bien reconnaître que les descriptions sont rares chez Jane Austen : très peu de descriptions des paysages, des décors, des costumes… Aussi pour qui connaît peu l’époque et le milieu dont il est question, il n’est pas si simple d’ajouter ses propres images mentales au roman. Et je suis persuadée qu’ayant vu cette adaptation, je ne lirai maintenant plus les autres romans d’austen, comme je l’aurais fait auparavant. La campagne anglaise m’a paru très agréable, les demeures encore plus fastueuses que je l’imaginais (Pemberley est un vrai château sur un immense parc), et les robes absolument affreuses (des robes sacs, sans taille, parfois sans décolleté, tombant sur les pieds et très souvent avec des manches longues).

En revanche, ce qui m’a manqué c’est l’humour de Jane Austen. Pourtant les dialogues sont souvent respectés. Mais il m’a semblé que l’ironie s’adaptait mal. Les personnages les plus risibles deviennent vite caricaturaux. Ainsi la mère, Mrs Bennet (jouée par Alison Steadman), qui est ridicule dans le roman parce qu’obsédée par les bons mariages dont elle rêve pour ses filles, m’a paru dans la série totalement insupportable, par sa voix, sa diction, ses émotions surjouées. Même chose pour les deux plus jeunes soeurs d’Elizabeth, qui nous sont dans le roman présentées clairement comme deux idiotes frivoles que même leur père méprise. Leur bêtise est dans le film illustrée par des gloussements proprement insupportables.

Elizabeth

A l’inverse, Elizabeth m’a paru dans la série beaucoup plus guindée que je l’imaginais. Dans le roman, on insiste beaucoup sur sa liberté, sa fantaisie, pour ne pas dire son anticonformisme. Et dans la série elle est interprétée par une actrice ravissante (Jennifer Ehle) mais limitée dans son jeu par la distinction qu’elle s’efforce de conserver en toutes circonstances, comme pour mieux se démarquer de sa mère et de ses soeurs. A peine s’autorise-t-elle le plus souvent un petit sourire lèvres serrées qui ne lui donne pas l’air le plus épanoui qui soit (jugement tout personnel, car elle a reçu le prix Bafta Award de la meilleure actrice pour ce rôle). En revanche rien à dire de Colin Firth, qui interprète Darcy. Il joue l’orgueil avec le visage fermé et antipathique qui convient au peu d’épaisseur que lui accorde Jane Austen dans le roman. On se demande d’ailleurs un peu comment il parvient malgré tout à charmer Elizabeth, mais j’avoue m’être posé la même question en lisant le roman. Langton joue d’ailleurs beaucoup sur le caractère énigmatique de Darcy. Il le filme souvent se tenant à part du groupe, lui tournant parfois le dos ostensiblement, préférant regarder par les fenêtres, comme perdu dans de mystérieuses pensées…

Darcy

Rien à dire non plus des interprètes de Jane Bennet (Susannah Harker) et Bingley (Crispin Bonham-Carter). Ils n’ont qu’à jouer la gentillesse et la douceur pour l’une, la gentillesse et le caractère enjoué pour l’autre. Parmi les personnages stupides, j’ai failli oublier le cousin Collins (David Bamber) qui en fait des tonnes dans la comédie et rend son personnage encore plus repoussant que dans le roman, à tel point qu’on a vraiment pitié de la pauvre Charlotte. Et puis nous avons les méchants : la soeur jalouse de Bingley (Anna Chancellor) qui m’a paru plus perfide dans la série, le donjuanesque Wickham (Adrian Lukis) que l’on ne parvient pas à trouver antipathique tant il joue son rôle sur le mode du charme (alors qu’il m’avait paru plus manipulateur dans le roman), et enfin l’horripilante Lady Catherine (Barbara Leigh-Hunt), qui est détestable dans le roman et une véritable sorcière dans la série.

Enfin, il en reste un, à qui je décerne le Filmaoueg d’or (j’espère qu’il en sera honoré). Il s’agit de Benjamin Whitrow, qui interprète Mr Bennet avec un humour très austenien, humour fait de distance et d’ironie, de méchanceté même parfois, mais une méchanceté bienveillante (si si !), cet esprit piquant que je n’ai pas retrouvé chez Elizabeth dans la série, alors qu’elle m’avait dans le roman semblé l’avoir hérité de son père. 

Orgueil & préjugés / d’après le chef-d’oeuvre de Jane Austen “Pride and prejudice”, réalisé par Simon Langton, avec Jennifer Ehle et Colin Firth, BBC 1995, 6 épisodes de 50 mn, 2 DVD Koba Films video

Les avis de Karine, Isil, Lilly, Ys

Challenge Jane Austen