Quand on est un peu fatigué, que l’envie de lire n’est plus trop au rendez-vous, rien ne vaut une petite bd. On retrouve alors les plaisirs de lecture de l’enfance, quand on lisait à plat ventre sur son lit…
Non mais je déraille complètement ! D’abord, je n’ai jamais lu à plat ventre sur mon lit (mais j’ai lu ça chez Perec, et ça avait l’air d’être une lecture tout spécialement agréable). Et puis, je n’ai pas tellement lu de bd pendant mon enfance. Si, les Astérix de mes grands frère et soeur. Et plus tard, à l’adolescence, quelques Gaston Lagaffe et surtout Gotlib que j’ai adoré. Mais en fait, si pendant longtemps je n’ai pas raffolé de la bd, c’est que je n’adhère pas trop au principe des séries. Je me lasse assez vite, et l’idée de retrouver le même univers sans surprise d’un album à l’autre me déprime un peu (c’est comme pour les séries télé, passée la première saison. je décroche, quand ce n’est pas même après seulement quelques épisodes). Alors en fait, je me suis vraiment mise à aimer la bd à partir de Maus. Et depuis je cultive un certain goût pour la bd autobiographique. La bd autobiographique et ce qui lui ressemble plus ou moins. Et c’est comme ça que je me suis offert dernièrement une bd qui se présente comme le journal intime d’une adolescente.

“J’ai rêvé que je plongeais mes mains dans ma poitrine pour attraper mon coeur et tâcher de la calmer.”
La scénariste de cette bd, Mariko Tamaki, a un nom japonais mais elle est canadienne et vit à Toronto. Quant à la dessinatrice, Jillian Tamaki, elle a le même nom japonais, mais elle vit à New York. Elles sont cousines et ont d’abord publié quelques planches dans un magazine underground canadien avant que cela ne devienne le “roman graphique” dont je vais vous parler (si vous ne savez pas ce qu’est un roman graphique, un tour par ici s’impose (parce que dans la vie, il n’y a pas que les réponses, il y a les questions aussi !)). Arrivés à ce stade, je pense que vous avez compris que mon introduction n’avait aucun sens. Il ne s’agit pas vraiment d’une bd autobiographique. C’est un roman graphique qui se présente comme le journal intime de Kim, une adolescente.
Kim s’appelle en fait Kimberley, mais on l’appelle Skim, mot-valise créé à partir de Kim et slim, pour se moquer de ses petites rondeurs. Elle a seize ans, vit au Canada, va au lycée en seconde, a une meilleure amie, Lisa, et des parents divorcés. Ses entrées de journal commencent souvent par le bien connu : “Cher journal”. Et puis elle fait des choses que bien des diaristes ont fait, par exemple elle fait des listes : liste des choses qu’elle ne dira jamais à Lisa, liste des choses qui la rendent triste, liste des choses qui la rendent heureuse… Un suicide vient d’avoir lieu au lycée. Alors tout le mond s’inquiète pour Kim, à cause de son air dépressif et de son look gothique. Ce à quoi elle répond : “Franchement, c’est vrai que je suis un peu déprimée, mais c’est juste parce que j’ai seize ans et que les gens sont cons (ha ha ha).” Et c’est dans ce contexte, entre deux rites “wikka”, que Kim va vivre son premier amour, avec sa prof de théâtre…
“Le noir ne me fait pas si peur.
C’est juste que c’est silencieux.”
Je vous dirais bien que c’est une bd sur la différence, mais ce serait si réducteur ! C’est une très jolie bd, malheureusement en noir et blanc, mais si sensible, si fine qu’on ne peut pas s’empêcher de penser qu’elle est sûrement un petit peu autobiographique quand même… (même si c’est pas très important, mais bon !). J’ai beaucoup aimé toutes les cases muettes, les ratures de Kim, ses phrases inachevées, ses récits de rêve… Bref, un très bel album qui dit joliment un âge douloureux et fragile…
Skim / Jillian Tamaki & Mariko Tamaki, traduit de l’anglais (Canada) par Fanny Soubiran, Casterman (Écritures), 2008, ISBN 978-2-203-01250-9
Et c’est une nouveauté !!!
Challenge du 1% littéraire 2008