Le voyage à Perros

Le voyage à Perros

Ambroise s’apprête à passer le réveillon de Noël seul, comme chaque année, quand on frappe à sa porte. C’est Anne, sa petite-fille de treize ans, qui a fait une fugue pour se rendre chez son grand-père en Bretagne, car elle a une question importante à lui poser…

“Le voyage à Perros” est une nouvelle pour la jeunesse. En quelques pages, on saisit la vie d’un vieil homme seul, attaché à son coin de Bretagne. On suit le parcourt d’une fillette débrouillarde, pour faire le chemin Paris-Perros en stop, en dormant dehors, échappant de peu une agression… Et on assiste à un réveillon de Noël qui réunit ces deux personnages avant qu’ils ne feuillettent ensemble l’album de famille. C’est charmant, peut-être un peu cliché, une vision vieillotte de la petite ville bretonne désertée en hiver, de la grande ville et de ses dangers, d’un grand-père bourru mais au grand coeur… Mais cela reste une jolie nouvelle doublée d’une petite anthologie poétique !

Le voyage à Perros / Jacques Thomassaint, Éd. du Petit pavé (Obzor), 2004, 83 p., ISBN 2-84712-052-1

chaîne de livres 2009

J’ai lu ce livre dans le cadre de la Chaîne des livres. Il a été proposé par Bladelor.

D’autres avis sur les blogs : Yvon, Yueyin, Fashion, Isil, Doriane, Hathaway, Stephie.

Monde fantôme

ghost-world

“Ghost World” est une bd américaine pour ados parue en album aux États-Unis en 1997 après avoir été publiée en feuilleton. Elle raconte cette période de transition entre la fin du lycée et le début des études ou du travail. Les deux héroïnes, Enid et Rebecca, sont dans cet entre-deux, ce monde fantôme entre l’adolescence et la vie adulte. Elles passent toutes leurs journées ensemble, croisant bon nombre de personnages secondaires, d’autres jeunes ou des adultes dans lesquels il leur est difficile de se projeter, tant ceux-ci semblent eux-mêmes malheureux, voire paumés. Enid et Rebecca font un peu bande à part. Elles se sont déjà extraites du groupe et bientôt elles s’individualiseront totalement…

Au début, abordant cette bd culte, j’ai été un peu déçue par la forme que j’imaginais plus novatrice, par ce simple dialogue ininterrompu de case en case.  Et puis j’ai été charmée par la justesse du propos, le regard que portent les deux jeunes filles sur le monde qui les entoure, et le réalisme de la petite crise existentielle qu’elles traversent.

“Moi j’ai envie de devenir quelqu’un de complètement différent. (…) Avant mon projet d’aller en fac, j’avais la secrète intention de ne rien dire à personne, de monter dans un bus et d’aller m’installer dans une ville au hasard, pour y devenir cette personne complètement différente.”

ghost-world-dvd

Tant qu’à faire, après avoir lu l’album, j’ai prolongé le plaisir en visionnant l’adaptation cinématographique (datée de 2001) de la bd par Terry Zwigoff avec Thora Birch (extraordinaire) dans le rôle d’Enid et Scarlett Johansson (que j’aime d’habitude mais que dans ce film j’ai trouvée insignifiante) dans celui de Rebecca. Le scénario du film a étoffé un peu l’histoire, ajouté des personnages et des péripéties, accentué le côté artiste d’Enid, mais on y retrouve vraiment la même ambiance, les mêmes décors, le même ton, entre humour potache et tristesse adolescente. Bref, une adaptation très réussie.  A noter que l’album dans l’édition française de 2007 offre en annexe des éléments sur l’adaptation. On y apprend notamment que le film aux États-Unis a été classé R, c’est-à-dire interdit au moins de 17 ans non accompagnés d’un parent ou d’un tuteur, pour “langage grossier et un certain contenu sexuel” (!!!???)

Ghost World / Daniel Clowes, Vertige graphic, 2007, 80 p., ISBN 2-908981-62-9

Cette bd a été proposée dans le cadre du défi Blog-o-trésors. Et c’est vraiment un trésor de bd !

blog-o-tresors2

Publié dans:  on 18 janvier 2009 at 7:45 Commentaires (7)
Tags: ,

A plat ventre sur mon lit

Quand on est un peu fatigué, que l’envie de lire n’est plus trop au rendez-vous, rien ne vaut une petite bd. On retrouve alors les plaisirs de lecture de l’enfance, quand on lisait à plat ventre sur son lit…

Non mais je déraille complètement ! D’abord, je n’ai jamais lu à plat ventre sur mon lit (mais j’ai lu ça chez Perec, et ça avait l’air d’être une lecture tout spécialement agréable). Et puis, je n’ai pas tellement lu de bd pendant mon enfance. Si, les Astérix de mes grands frère et soeur. Et plus tard, à l’adolescence, quelques Gaston Lagaffe et surtout Gotlib que j’ai adoré. Mais en fait, si pendant longtemps je n’ai pas raffolé de la bd, c’est que je n’adhère pas trop au principe des séries. Je me lasse assez vite, et l’idée de retrouver le même univers sans surprise d’un album à l’autre me déprime un peu (c’est comme pour les séries télé, passée la première saison. je décroche, quand ce n’est pas même après seulement quelques épisodes). Alors en fait, je me suis vraiment mise à aimer la bd à partir de Maus. Et depuis je cultive un certain goût pour la bd autobiographique. La bd autobiographique et ce qui lui ressemble plus ou moins. Et c’est comme ça que je me suis offert dernièrement une bd qui se présente comme le journal intime d’une adolescente.

“J’ai rêvé que je plongeais mes mains dans ma poitrine pour attraper mon coeur et tâcher de la calmer.”

La scénariste de cette bd, Mariko Tamaki, a un nom japonais mais elle est canadienne et vit à Toronto. Quant à la dessinatrice, Jillian Tamaki, elle a le même nom japonais, mais elle vit à New York. Elles sont cousines et ont d’abord publié quelques planches dans un magazine underground canadien avant que cela ne devienne le “roman graphique” dont je vais vous parler (si vous ne savez pas ce qu’est un roman graphique, un tour par ici s’impose (parce que dans la vie, il n’y a pas que les réponses, il y a les questions aussi !)). Arrivés à ce stade, je pense que vous avez compris que mon introduction n’avait aucun sens. Il ne s’agit pas vraiment d’une bd autobiographique. C’est un roman graphique qui se présente comme le journal intime de Kim, une adolescente.

Kim s’appelle en fait Kimberley, mais on l’appelle Skim, mot-valise créé à partir de Kim et slim, pour se moquer de ses petites rondeurs. Elle a seize ans, vit au Canada, va au lycée en seconde, a une meilleure amie, Lisa, et des parents divorcés. Ses entrées de journal commencent souvent par le bien connu : “Cher journal”. Et puis elle fait des choses que bien des diaristes ont fait, par exemple elle fait des listes : liste des choses qu’elle ne dira jamais à Lisa, liste des choses qui la rendent triste, liste des choses qui la rendent heureuse… Un suicide vient d’avoir lieu au lycée. Alors tout le mond s’inquiète pour Kim, à cause de son air dépressif et de son look gothique. Ce à quoi elle répond : “Franchement, c’est vrai que je suis un peu déprimée, mais c’est juste parce que j’ai seize ans et que les gens sont cons (ha ha ha).” Et c’est dans ce contexte, entre deux rites “wikka”, que Kim va vivre son premier amour, avec sa prof de théâtre…

“Le noir ne me fait pas si peur.
C’est juste que c’est silencieux.”

Je vous dirais bien que c’est une bd sur la différence, mais ce serait si réducteur ! C’est une très jolie bd, malheureusement en noir et blanc, mais si sensible, si fine qu’on ne peut pas s’empêcher de penser qu’elle est sûrement un petit peu autobiographique quand même… (même si c’est pas très important, mais bon !). J’ai beaucoup aimé toutes les cases muettes, les ratures de Kim, ses phrases inachevées, ses récits de rêve… Bref, un très bel album qui dit joliment un âge douloureux et fragile…

Skim / Jillian Tamaki & Mariko Tamaki, traduit de l’anglais (Canada) par Fanny Soubiran, Casterman (Écritures), 2008, ISBN 978-2-203-01250-9

Et c’est une nouveauté !!!
Challenge du 1% littéraire 2008

Publié dans:  on 27 octobre 2008 at 7:39 Commentaires (7)
Tags: ,

Téméraire et léger

Le don de Gabriel

“L’art est ce que vous faites quand les autres quittent la pièce.”

Gabriel a 15 ans quand son père est mis à la porte par sa mère. Il reste donc seul avec sa mère, avec Hannah la jeune fille au pair engagée pour le surveiller, et avec l’ombre d’Archie, son frère jumeau mort à l’âge de deux ans, à qui Gabriel s’adresse comme à son “démon familier”. En dehors de l’école, Gabriel passe le plus clair de son temps à dessiner. Il a ce pouvoir extraordinaire de donner vie aux choses qu’il dessine, par la seule force de son imagination.

“Maman avait toujours été d’une sévérité assommante pour les devoirs. Elle ne voulait pas que Gabriel échoue à l’école, de peur qu’il devienne artiste. Ayant toujours vécu entourée de musiciens, de chanteurs, de paroliers, de stylistes de mode et de producteurs de disque, elle savait comme ils étaient rares à avoir des maisons de campagne avec studios d’enregistrement et élevages de truites. La plupart vivaient du chômage, se faisaient régulièrement désintoxiquer, dégageaient une odeur d’échec ou mouraient de déception.”

Les parents de Gabriel ont tous les deux vécu leur jeunesse dans les années soixante. Elle faisait les beaux-arts, lui était musicien de rock. Ils menaient une vie des plus bohêmes. Mais le temps a passé. La mère  de Gabriel a fait le choix d’un “vrai” métier (elle est devenue serveuse) alors que son père a persisté dans la musique sans toutefois parvenir à gagner sa vie avec cette passion. Et le fossé entre eux s’est creusé. Gabriel se retrouve pris entre deux modes de vie. D’un côté une mère raisonnable, tout en inquiétude, et de l’autre un père qualifié de téméraire et léger. Il va se charger de réconcilier ces deux mondes, alors même qu’il va choisir sa propre voie.

“Son père parlait des années soixante avec déférence, de la même façon que d’aucuns parlaient de “la guerre” : une période de grands exploits et d’effervescence exceptionnelle. Toutes les fenêtres, partout, s’étaient ouvertes et, en un “moment universel”, le disque préféré de Dieu, Sgt Pepper, était passé pour la première fois. Les phrases de papa commençaient souvent par : ” Un jour dans les années soixante…”"

“Le don de Gabriel” est un roman à la troisième personne, et pourtant la voix est celle de Gabriel, le ton un brin naïf, enfantin.  Les personnage, nombreux, sont haut en couleur. Dans ce roman de Kureishi publié en 2001, nous sommes loin du ton désenchanté de son précédent roman, “Intimité”. Ici le ton est résolument optimiste, la fin heureuse. Ce roman est formidable, je l’ai lu rapidement avec infiniment de plaisir, mais peut-être est-t-il tout de même un peu inférieur aux autres oeuvres de Kureishi. A moins que ce ne soit un excellent roman pour adolescents…

Le don de Gabriel / Hanif Kureishi, traduit de l’anglais par Mona de Pracontal (titre original : Gabriel’s gift), 10-18 (Domaine étranger), 2003, ISBN 2-264-03642-7