Un noyau d’ombre en forme de coin

La promenade au phare

La famille Ramsay est en vacances en Écosse dans sa maison des îles Hébrides. James Ramsay, le petit garçon de six ans, aimerait bien faire une promenade au phare le lendemain. Mais fera-t-il assez beau ? Non, la promenade au phare ne se fera pas. En tous cas, pas tout de suite. Et dans dix ans, quand le temps permettra enfin cette promenade, le désir ne sera peut-être plus au rendez-vous…

La première partie du roman, la plus longue, dure à peine quelques heures. La deuxième, la plus courte, laisse s’écouler dix ans. Enfin la troisième et dernière dure le temps d’une promenade.

Si le temps est élastique chez Virginia Woolf, c’est qu’aux actes des personnages, aux menus faits qui occupent une soirée, elle superpose les pensées, les souvenirs, les rêves d’avenir de chacun. Plus qu’elle ne les superpose, elle les fait s’entrelacer avec les actes et les dialogues.

« Car maintenant elle n’avait plus besoin de songer à personne. Elle pouvait être elle-même, à elle-même. Et c’était de cela maintenant qu’elle éprouvait souvent le besoin : penser, non pas même penser, se taire, être seule. Tout l’être, toute l’action avec ce qu’il y a en eux d’expansif, de scintillant, de vocal s’évaporent et l’on se réduit, avec un sentiment de solennité, à n’être plus que soi, un noyau d’ombre en forme de coin, quelque chose d’invisible aux autres. »

On découvre les personnages petit à petit dans la première partie, sans qu’ils nous soient réellement présentés. Pas vraiment décrits, ils sont esquissés plutôt par petites touches, par une accumulation de détails qui finit par donner une vue d’ensemble de la maison et de ses occupants à instant donné. Dans cette maison, on trouve la famille Ramsay composée des parents et des huit enfants, et puis les amis qui tournent autour de la famille. Parmi eux, je retiendrai surtout Lily Briscoe, personnage très intéressant et très touchant, qui peint comme Virginia Woolf écrit.

La deuxième partie du roman est magnifique. Dix ans s’écoulent. Mrs Ramsay décède soudainement. Sa fille meurt en couches. Et la guerre de 14-18 emporte un des fils. La maison est inhabitée, elle se détériore, hantée par le souvenir de ceux qui ont disparu.

Il ne se passe rien finalement dans ce roman. C’est juste la vie qui passe, et la mort avec. L’art de Virginia Woolf est plus proche sans doute de la musique ou de l’art abstrait que du roman proprement dit. On dira que c’est de la littérature abstraite. Mais bien que l’écriture soit absolument sublime, le plaisir n’est pas qu’esthétique. Il y a une émotion vraie, intense, parfois violente. L’expérience de lecture est passionnante et délicieuse, émouvante, troublante… C’est un moment de lecture à passer ailleurs, hors du temps présent, dans une autre dimension.

La promenade au phare / Virginia Woolf, taduit de l’anglais par M. Lanoire (titre original : To the Lighthouse), Le livre de poche Biblio, 2006, 277 p., ISBN 978-2-253-03153-6

“La promenade au phare” ou “Vers le phare” (1927) est le cinquième roman de Virginia Woolf après “La traversée des apparences” (1915), “Nuit et jour” (1919), “La chambre de Jacob” (1922), “Mrs Dalloway” (1925). Pour ce roman, elle obtint le prix Fémina-Vie heureuse Anglais en 1928. Plus tard dans “Les vagues” (1931), elle écrira la même histoire, filant la même métaphore maritime, mais poussant encore l’abstraction un peu plus loin.

Les avis de LillyFab, Dominique, Les Rats de Biblio-net

Publié dans: on 29 août 2009 at 12:00 Commentaires (9)
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La première des robinsonnades

 Robinson Crusoé

“Moi, pauvre misérable Robinson Crusoé, après avoir fait naufrage au large durant une horrible tempête, tout l’équipage étant noyé, moi-même étant à demi mort, j’abordai à cette île infortunée, que je nommai l’Île du désespoir.” 

Robinson Crusoé est un roman à la première personne que son auteur, Daniel Defoe, a lors de sa première parution présenté comme un récit autobiographique. Sur l’édition originale de 1719, on peut en effet lire en guise de titre La vie et les aventures étranges et surprenantes de Robinson Crusoé, marin natif de York, qui vécut vingt-huit ans tout seul sur une île déserte de la côte de l’Amérique près de l’embouchure du fleuve Orénoque, après avoir été jeté à la côte au cours d’un naufrage dont il fut le seul survivant et ce qui lui advint quand il fut mystérieusement délivré par les pirates, ce titre à rallonge étant suivi de la mention “écrit par lui-même”. Et le récit qui suit est celui de toute la vie de Robinson Crusoé depuis sa naissance en 1632 jusqu’en 1694.

C’est donc l’histoire de Robinson, qui tout jeune rêvait d’aventures, et dont les voeux ont été plus qu’exaucés. A 19 ans, contre l’avis de sa famille, il quitte le Yorkshire et embarque pour Londres, puis part faire du commerce en Guinée, devient l’esclave d’un corsaire turc, s’évade par la mer et accoste finalement au Brésil où il devient planteur de cannes à sucre et fait lui-même travailler un esclave. Et c’est pour aller en chercher d’autres en Afrique, qu’il repart et fait naufrage. Seul rescapé, il a 27 ans quand, au bout d’une centaine de pages, il se retrouve sur l’île déserte où il va passer les 28 années suivantes. Pendant les 25 première années, il sera seul. Mais après 200 pages passées à élever des chèvres, faire son pain, fabriquer ses propres vêtements et lire la Bible, Robinson rencontre Vendredi, un indigène cannibale qu’il sauve de la mort avant d’en faire son esclave. Pendant les trois années qui suivront, Robinson sera occupé à transmettre sa langue et sa culture à son jeune disciple. Et c’est grâce à la connaissance qu’a Vendredi de la région, mais aussi grâce à l’arrivée inopinée de marins espagnols victimes d’une mutinerie, qu’ils vont finalement pouvoir quitter l’île. Enfin les cinquante dernières pages du roman racontent la suite des aventures de Robinson et de son fidèle serviteur Vendredi, après qu’ils ont quitté l’île. D’Angleterre au Brésil, en passant par l’Espagne et la France, ils auront encore l’occasion notamment de combattre quelques loups et un ours avant qu’à la dernière page du roman, le lecteur ne s’aperçoive qu’il ne s’agit que de la fin de la première partie. Car les aventures de Robinson Crusoé forment en fait une trilogie, dont la première partie est bien sûr la plus connue. 

“Robinson Crusoé” est tout à fait le genre de livre qu’on aborde en ayant l’impression de le connaître déjà. C’est pourquoi l’essentiel du roman, à savoir les 28 années passées par Robinson sur son île, est ce qui m’intéressait le moins a priori. J’étais beaucoup plus curieuse de la fin et du début du roman, c’est-à-dire du contexte, des conditions de son arrivée et de son départ, ainsi que des circonstances de la rencontre avec Vendredi. J’étais aussi curieuse du style, de la langue. Comme ce roman est souvent édité dans des collections pour la jeunesse, je me demandais quelle était son accessibilité à de jeunes lecteurs. Et c’est donc avec toutes ces questions en tête que j’ai abordé le texte.

J’ai été assez surprise par le début du roman, par tous ces développements sur les premières aventures de Robinson et j’avoue que j’étais alors assez impatiente que le naufrage ait lieu. Je pense d’ailleurs que si l’on devait proposer une version expurgée à de jeunes lecteurs, c’est dans cette première partie qu’il faudrait faire des coupes. Contrairement à ce que je redoutais, je me suis ensuite passionnée pour les aventures de Robinson sur son île. Tous les efforts que fait le naufragé pour organiser sa survie nous sont racontés dans les détails avec beaucoup de réalisme mais aussi beaucoup d’imagination, sans que jamais le lecteur ne s’ennuie. Car en même temps que nous suivons sa vie pratique, nous partageons la vie intérieure de Robinson, ses moments de désespoir et surtout les moments où il savoure le bonheur simple d’une vie proche de la nature, dans l’autosuffisance la plus parfaite, avec une foi nouvelle. Et ce n’est finalement qu’après sa rencontre avec Vendredi que j’ai vraiment pris conscience des valeurs véhiculées par ce que je croyais n’être qu’un roman d’aventures et que sa lecture m’est alors devenue plus pénible. Difficile en effet d’adhérer aujourd’hui à un roman qui fait l’apologie du colonialisme et de l’esclavage et se termine sur la glorification du capitalisme le plus sauvage.

Ce qui est le plus surprenant dans ce roman, c’est finalement l’absence d’évolution de Robinson. Comme si son aventure ne lui avait rien appris, comme si sa rencontre avec Vendredi ne l’avait pas changé, il revient à sa vie d’avant sans se sentir le moins du monde en décalage par rapport aux valeurs de son temps. Je me rends bien compte que mon petit billet va paraître terriblement naïf, mais il y a une explication à cela : je ne savais en fait absolument pas de quoi parlait ce roman !

Robinson Crusoé / Daniel Defoe, édition présentée et annotée par Michel Baridon, traduction de Pétrus Borel, Folio classique, 2008, 508 p., ISBN 978-2-07-041822-0

Challenge ABC 2009

Quelque chose à te dire

“Mon fonds de commerce, c’est les secrets :
on me paie pour les garder.
Les secrets du désir,
ce que les gens veulent réellement,
ce qui leur fait le plus peur.”

Jamal Khan est psychanalyste. Il est donc le gardien des secrets, et pourtant lui aussi a son secret, un secret à l’origine de sa vocation de psychanalyste. Il s’agit d’un meurtre, pas moins. Parce que des témoins de ce meurtre réapparaissent dans sa vie, il va nous raconter ce qu’il appelle l’histoire-dans-l’histoire, à savoir sa rencontre avec la jeune et jolie Ajita, quand il était étudiant, au milieu des années 70…

A partir de l’entrée en scène d’Ajita, le roman fait des allers et retours entre passé et présent, avec pour fil rouge ce meurtre qui continue de hanter Jamal. C’est donc bien sûr un roman très nostalgique. Il nous plonge au coeur des années 70, dont il restitue l’ambiance, la musique, les luttes sociales, tout en déroulant sous nos yeux trente ans d’histoire de l’Angleterre. Il est aussi assez mal fichu, pas construit, abordant mille et un sujets, débordant de partout. J’en ai fait une lecture en dents de scie, passant de la jubilation à l’ennui le plus profond.

Kureishi aime la marge, la nuit, les milieux un peu décadents, le sexe, la drogue. Au début du roman, il accuse la lecture d’avoir fait de Jamal un garçon sérieux, doué pour les études et finalement pour une vie rangée. Il avait pourtant également des dispositions pour la délinquance, qu’il regrette de n’avoir pas davantage exploitées…

Est-ce un roman pour homme dans la cinquantaine ? Sans doute que oui (et je vous rappelle que je ne suis ni homme, ni dans la cinquantaine, vous en déduirez ce que vous voudrez). J’y ai vu Kureishi partout : dans Jamal bien sûr (comme lui, il est d’origine pakistanaise ; comme lui, il habite le même quartier pauvre de Londres depuis toujours ; l’un est psychanalyste, l’autre éternel analysant…), mais aussi dans son ami Henry, à qui Kureishi prête son côté libidineux. J’ai trouvé à ce roman un petit côté “vieux con”. (Peut-on écrire ça dans une critique ? Mais oui, sur un blog, on peut écrire n’importe quoi, c’est ça qui est bien).  Bref, je ne vous le recommande pas ! Quoique… Malins comme vous êtes, je suis sûre que vous avez compris, entre les piques, que j’aime bien l’univers de Kureishi, ses paradoxes, son côté bon vivant toujours au bord du gouffre. Alors je relirai ce roman quand je serai cinquantenaire, analysée, et homme !

Quelque chose à te dire / Hanif Kureishi, traduit de l’anglais par Florence Cabaret (titre original : Something to tell you), C. Bourgois, 2008, 568 p., ISBN 978-2-267-01992-6 

P.S. Si vous êtes un lecteur régulier de ce blog, vous êtes habitué aux critiques “grand-n’importe-quoi”. Mais pour célébrer la fin de saison, je tenais à vous offrir ce feu d’artifice. Allez donc maintenant lire plutôt les avis de Sylvie, Leiloona, Papillon, Sybilline, Clochette

“Quelque chose à te dire” est le 5e roman de Hanif Kureishi (1954-….) après “Le bouddha de banlieue” (1990), “Black album” (1995), “Intimité” (1998), “Le don de Gabriel” (2001). Kureishi est également auteurs de théâtre, nouvelles, souvenirs et scénarios de films.

Challenge du 1% littéraire 2008

La Reine des lectrices

La Reine des lectrices

Découvrant par hasard un bibliobus dans la cour intérieure du palais royal, la reine d’Angleterre emprunte un premier livre avant de se découvrir une véritable passion pour la lecture…

Le début de ce très court roman est à mourir de rire. La toute première scène est un pur régal pour le lecteur français, car elle met en scène notre Président lors d’un dîner avec la Reine d’Angleterre décidée à le faire parler de Jean Genet. Tandis que le malheureux bien embarrassé et demeuré muet cherche des yeux sa ministre de la Culture qui pourrait lui venir en aide, nous découvrons grâce à un petit retour en arrière comment la Reine en est venue à s’intéresser à la littérature…

Deux livres auront suffi pour faire de la Reine une mordue de lecture. Au départ, il lui faudra un conseiller pour la guider dans ses choix. Elle jettera son dévolu sur un employé des cuisines du Palais, lui-même grand lecteur mais exclusivement de littérature gay. Puis elle découvrira le pouvoir magique qu’ont les livres de se recommander les uns les autres. De la lecture qui isole à celle qui permet de mieux comprendre les autres, c’est tout un cheminement que va faire la Reine, se découvrant au passage une sensibilité qu’elle ignorait, se sentant devenir meilleure lectrice, découvrant le plaisir de la relecture, s’ouvrant aux classiques et s’autorisant petit à petit à prendre la plume pour noter une citation, oser un commentaire et peut-être écrire à son tour…

“Le bibliothécaire de Windsor était l’une des nombreuses personnes à avoir vanté à Sa Majesté les charmes de Jane Austen, mais le fait que tout le monde lui dise qu’elle allait adorer ses livres l’en avait plutôt détournée. (…) Ce fut seulement lorsqu’elle eut progressé dans sa compréhension tant de la littérature que de la nature humaine, qu’ils acquirent enfin leur charme et leur relief.”

Difficile d’en dire plus sans en dire trop. Sachez seulement que tout grand lecteur ne peut que se reconnaître dans l’évolution de la Reine et que l’humour décapant d’Alan Bennett rend la lecture de son parcours absolument jubilatoire. Pour être tout à fait honnête, le roman ayant démarré trè fort, il y a eu à un moment un léger fléchissement d’intérêt pour la lectrice que je suis, un léger ennui à peine sauvé par la pirouette finale. Mais qu’importe, ce petit roman mérite d’être lu, ne serait-ce que pour rire un peu (croyez-moi les dialogues d’Alan Bennett ne peuvent vous laisser indifférents), et pourquoi pas réfléchir avec la Reine à tout ce que la lecture nous apporte…

La Reine des lectrices / Alan Bennett, traduit de l’anglais par Pierre Ménard (titre original : The Uncommon Reader), Denoël (Denoël & d’ailleurs), 2009, 173 p., ISBN 978-2-20726012-8 

Quelques noms d’auteurs lus par la Reine pour finir de tenter les plus récalcitrants : E. M. Forster, Sylvia Plath, Henry James, Dickens, Thomas Hardy, les Brontë, Jane Austen, Proust…

Beaucoup de blogueurs de lecture sont déjà tombés sous le charme de ce petit roman. Parmi eux Ys, Cuné, Amanda,  Keisha… et tous les autres ici.

Quatre mariages et pas un seul enterrement

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De l’orgueil, je ne crois pas, mais des préjugés, certainement !

Il n’y a pas si longtemps, j’imaginais que les romans de Jane Austen racontaient des histoires de jolies jeunes filles enjouées à marier avec de charmants et riches jeunes hommes et cela ne m’inspirait aucune envie de lecture. Mais son succès sur la blogoboule m’a convaincue de célébrer mon premier blog-anniversaire par la lecture du roman sans doute le plus présent et le plus adulé sur les blogs à savoir “Orgueil et préjugés”. Je me suis procuré ce roman dans une ravissante reliure rose qui n’augurait rien de bon et j’ai lu la première phrase :

“C’est une vérité universellement reconnue qu’un célibataire pourvu d’une belle fortune doit avoir envie de se marier, et, si peu que l’on sache de son sentiment à cet égard, lorsqu’il arrive dans une nouvelle résidence, cette idée est si bien fixée dans l’esprit de ses voisins qu’ils le considèrent sur-le-champ comme la propriété légitime de l’une ou l’autre de leurs filles.”

Et là, quelque chose de magique s’est produit. C’est-à-dire que cette première phrase à réussi à confirmer et dissiper mes craintes dans un même mouvement. Emportée par mon élan, j’ai continué par un dialogue savoureux entre Mr et Mrs Bennet, j’ai ri dés les premières pages, et j’ai su très rapidement que j’allais me ranger du côté des amateurs de Jane Austen. Maintenant que j’ai anéanti tout suspens, je vais m’adresser à ceux qui n’ont pas encore lu ce roman, car il y en a peut-être encore…

Ce roman situe son intrigue dans une famille bourgeoise d’une petite bourgade anglaise à la fin du XVIIIe ou au tout début du XIXe siècle. Si on peine à dater l’histoire avec précision, c’est que Jane Austen ne s’intéresse absolument pas à l’actualité de son temps. Elle ne manifeste pas non plus d’intérêt pour les autres classes sociales. Seuls l’intéressent la famille Bennet et le milieu social dans lequel elle évolue. Dans cette famille, cinq soeurs sont en âge de se marier : Jane, Elizabeth, Mary, Catherine et Lydia. Le mariage est même leur seul avenir possible. En effet, elles savent que leur propriété familiale reviendra par héritage à leur cousin et qu’il leur faut donc trouver un mari du même milieu qu’elles, si elles souhaitent pouvoir conserver le même train de vie (et la même vie oisive, cela va sans dire). Mais c’est surtout leur mère, Mrs Bennet, qui voit les choses sous cet angle. Ses filles, quant à elles, n’aspirent qu’à faire un mariage d’amour et, en attendant, à s’amuser dans les bals. Au tout début du roman arrive un nouveau voisin, Mr Bingley, séduisant jeune homme qui plaira tout de suite beaucoup à Jane. Par son intermédiaire, les Bennet font aussi connaissance de Mr Darcy, beau, riche et arrogant jeune homme qui déplaira à toute la famille et particulièrement à Elizabeth, jusqu’à ce que les sentiments de chacun évoluent…

“Orgueil et préjugés” est en quelque sorte un roman de formation, puisqu’il s’intéresse à de jeunes personnages au moment où ceux-ci découvrent la vie en société et éprouvent leurs premiers sentiments amoureux. De bals en invitation à dîner, ce sont tous les codes sociaux de ce milieu que nous montre Jane Austen avec humour. Elle s’intéresse autant à la psychologie des personnages, leurs pensées et sentiments secrets, qu’à la comédie des relations sociales qui sont les leurs. Comme le père Bennet parlant de ses filles, elle se permet de malmener un peu ses personnages, de se moquer d’eux sans méchanceté. La condition féminine est dénoncée et une certaine rébellion féministe incarnée par Elizabeth. Les dialogues sont extrêmement vifs et on prend beaucoup de plaisir à leur lecture. C’est à la fois un roman sentimental et une satire de ce genre de romans, et c’est sans doute la raison pour laquelle il réconcilie tous les lecteurs.

Je pense donc poursuivre ma lecture de Jane Austen, mais il me reste tout de même une petite crainte, c’est-à-dire que je me demande maintenant si ses autres romans racontent exactement la même histoire ou si j’aurai encore des surprises… Et d’ailleurs lequel me conseillez-vous pour continuer ?

Orgueil et préjugés / Jane Austen, traduit de l’anglais par V. Leconte et Ch. Pressoir (titre original : Pride and prejudice), préface de Virginia Woolf traduite de l’anglais par Denise Getzler, note biographique établie par Jacques Roubaud, 10-18 (Domaine étranger), 2008, 379 p., ISBN 978-2-264-04883-7

Jane Austen (1775-1817) est l’auteur de Raison et sentiments (1811), Orgueil et préjugés (1813), Mansfield Park (1814), Emma (1815), Persuasion (1818), Northanger Abbey (1818).

Il y a beaucoup de billets sur “Orgueil et préjugés” sur les blogs de lecture. Alors je ne vais pas tous les citer, mais je vous recommande particulièrement les avis enthousiastes et argumentés de LillySylvie, Katell, Aelys et Gaël.

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Par ce billet, je commence (encore) un nouveau challenge (mais il n’est pas non plus tout à fait impossible que ma participation à ce challenge s’arrête où elle a commencé) ! J’ai appris l’existence de ce challenge chez Yueyin, mais on le doit paraît-il à Fashion. Un petit visuel a été préparé par Isil et Mr Kiki. Mais il paraît qu’un autre est en préparation chez Emjy. Bref, plein de blogueurs sont sur le coup ! En quoi consiste ce challenge ? Il s’agit de lire et voir tout ce qu’on peut dénicher de, sur, ou autour de Jane Austen. (Ajout du 15 mars : ca y est j’ai créé ma page du challenge)

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Evidemment ce roman fait également partie du défi Blog-o-trésors. Il a été proposé par Blogueuse cornue, Christina, Mango, Chimère, Cécile (Riestling) et Karine (et ses livres).

blog-o-tresors

La sorcière de Salem

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En 1691, Loïs Barclay, une jeune fille de dix-huit ans devenue orpheline, quitte la vieille Angleterre pour la Nouvelle. Elle s’installe alors dans la petite ville de Salem, non loin de Boston, chez son oncle, sa tante, son cousin et ses deux cousines…

Pour écrire ce roman, Elizabeth Gaskell (1810-1865) s’est inspirée d’une histoire vraie (si vous ne la connaissez pas et voulez vous en réserver la découverte par la lecture, glissez au paragraphe suivant) : en 1692, des jeunes filles au comportement étrange (probablement atteintes d’hystérie) se plaignirent d’avoir été envoûtées par des habitants de leur petite ville de Salem qu’elles accusèrent donc d’être des sorciers ou des sorcières. A l’issue d’une célèbre série de procès pour sorcellerie, un grand nombre de personnes furent emprisonnées et 25 pendues. L’originalité du roman d’Elizabeth Gaskell est de se situer en amont de l’histoire que l’on connaît et d’adopter le point de vue d’une des accusées. On y assiste à la montée de la crise de paranoïa collective qui s’empare d’une petite ville minée par les querelles religieuses et les conflits ethniques.

Ceux d’entre vous qui ne savent pas du tout de quoi il est question dans ce roman se demandent certainement qui est la sorcière annoncée par le titre et qui elle a ensorcelé. Naturellement je ne vous le dirai pas. Je vous propose plutôt un moyen de savoir si vous-même avez été ensorcelé. Pour cela, une petite question : vous arrive-t-il parfois d’avoir très envie d’un aliment particulier ? Si la réponse est oui, prenez garde, car c’est le premier symptôme. Autre question : avez-vous déjà ressenti la crispation d’un doigt, l’engourdissement d’un pied ou une crampe à la jambe ? Si la réponse est à nouveau oui, j’ai bien peur que que vous ne soyez envoûté ! Il ne vous reste alors plus qu’une question à vous poser : qui, avec l’aide de Satan, étend son pouvoir maléfique sur vous ??? 

“La sorcière de Salem” est un court roman (une novela) tout à fait réussi, dont j’ai particulièrement apprécié la fin. Mais pour être tout à fait franche, ce roman ne m’a pas réellement enthousiasmée tout au long de ma lecture (la faute probablement aux discussions religieuses qui ont le don de m’ennuyer), cependant il m’a suffisamment intéressée pour que je n’en reste pas là avec cet auteur. Merci donc à Isil de me l’avoir fait découvrir dans le cadre de la Chaîne des livres 2009 !

La sorcière de Salem / Elizabeth Gaskell, traduit de l’anglais par Roger Kann et Bertand Fillaudeau (titre original : Loïs the witch), J. Corti (Collection Romantique ; n° 73), 1999, 210 p., ISBN 2-7143-0696-9

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Lutte des classes à Howards End

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“N’avons-nous pas tous à lutter
contre la grisaille de l’existence journalière,
contre la mesquinerie, la gaieté mécanique, les soupçons ?”

A Londres au début du XXe siècle, deux familles, les Schlegel et les Wilcox, se rencontrent par hasard, sympathisent, puis s’affrontent.

Dans la famille Schlegel nous avons Margaret, la fille aînée (29 ans quand nous faisons sa connaissance), Hélène sa soeur (21 ans), et Tibby leur frère (16 ans). Comme ils ont tous trois perdu leurs parents, Margaret a pour ainsi dire élevé ses jeunes frère et soeur. Chez les Wilcox, nous avons des jeunes gens sensiblement du même âge, Charles, Paul et Evie, ainsi que leurs parents. Malgré la différence d’âge, c’est avec Mme Wilcox que Margaret se lie d’amitié alors que celle-ci vit ses derniers jours. Et c’est donc à Margaret que Mme Wilcox lègue, par une lettre écrite sur son lit de mort, sa propriété d’Howards End. Mais le reste de la famille Wilcox dissimule la lettre et garde la propriété (les vilains !), jusqu’à ce que…

Trois classes sociales sont représentées dans Howards End. Les Schlegel représentent l’aristocratie, mais une aristocratie progressiste, notamment en ce qui concerne l’émancipation des femmes. Les Schlegel ne travaillent pas. Ils vivent de leurs rentes, mais ne sont pas très riches et donc considèrent qu’ils appartiennent à la classe moyenne. Ils se cultivent (ou plutôt entretiennent une culture déjà acquise), brillent en société et jouent avec des idées socialistes. Les Wilcox, quant à eux, représentent la haute bourgoisie. C’est-à-dire qu’ils travaillent, ce sont des patrons. Ils font des affaires et de l’argent en méprisant les classes inférieures. Il n’y a bien sûr chez eux aucun intérêt pour la culture. Et puis parmi les personnages secondaires, nous avons ceux que les autres appellent “les pauvres”. Ce sont en fait les masses laborieuses, obligées de travailler pour vivre (quelle horreur !). Le personnage de Leonard appartient à cette catégorie. C’est un modeste employé d’assurance, amateur de littérature et de musique, qu’un licenciement économique va précipiter dans une véritable pauvreté. Inutile de préciser que règne entre ces trois mondes une indépassable incommunicabilité.

“Après le dîner, il demanda à Margaret si elle consentirait à faire un tour sur l’Esplanade. Elle accepta sans pouvoir réprimer un peu de terreur : ce serait sa première vraie scène d’amour. Mais en mettant son chapeau, elle éclata de rire. L’amour ressemblait si peu au plat cuisiné des romans : authentique pourtant, la joie en était différente ; le mystère, inattendu.”

Voici un roman bien surprenant, car il s’agit d’un roman sans âge (quoique publié en 1910) : un peu vieillot par le style, il est moderne par les idées qu’il véhicule. J’ai bien aimé Margaret, jeune femme au caractère fort à qui Forster prête de grandes théories sur la société britannique qui sont très probablement les siennes. J’ai malgré tout une préférence pour Hélène, la véritable héroïne, plus sentimentale, plus idéaliste, et finalement plus libre. Je ne suis pas sûre d’avoir tout compris aux préoccupations politiques de Forster, mais je ne me suis pas ennuyée un seul instant en lisant ce roman, dont j’ai apprécié les digressions et les adresses au lecteur, ainsi que les rebondissements de l’intrigue toujours inattendus. Je m’associe donc à ICBLillyPapillon, Bob August et Grominou pour vous le recommander !

Howards End / E. M. Forster, traduit de l’anglais par Charles Mauron, 10-18 (Domaine étranger), 2006, 382 p., ISBN 2-264-01486-5

Publié dans: on 3 février 2009 at 6:43 Commentaires (12)
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Pierre de lune

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“Lisez, doux ami, lisez et attendez avec patience.”

La pierre de lune est en fait un diamant jaune doté de pouvoirs magiques, qui aurait été incrusté dans le front d’un dieu hindou personnifiant la lune. La pierre est volée une première fois en 1799 par un certain Herncastle.  N’ayant pas hésité à tuer plusieurs personnes pour s’emparer du diamant, Herncastle est depuis lors porteur d’une malédiction : “La pierre de lune se vengera sur vous et sur tous les vôtres”. Et voilà qu’à sa mort, Herncastle fait léguer le diamant à une partie de sa famille avec laquelle il était brouillé. Vengeance post-mortem ? Quoiqu’il en soit, en 1848 la pierre est remise à la jeune Rachel Verinder le jour de ses 18 ans et disparaît le soir même, dérobée pendant la nuit dans le boudoir de la jeune fille. Ainsi commence une intrigue policière qui nous tient en haleine pendant plus de 500 pages.

Parce qu’il estime avoir été injustement soupçonné et pour se disculper aux yeux de Rachel dont il est amoureux, Franklin Blake demande à différentes personnes présentes dans la maison le jour du vol de lui livrer un témoignage écrit sur l’affaire de la pierre de lune. Ce sont ces témoignages qui vont constituer le coeur du roman. C’est donc un roman à plusieurs voix. Outre un prologue et un épilogue, il est composé de deux parties, la première consacrée au récit de Gabriel Betteredge, l’intendant de la maison. Et cette première partie est un pur régal. De par sa position d’intendant, Gabriel Betteredge sait  beaucoup de choses, tant sur la vie de ses patrons que sur la vie des domestiques qu’il dirige. Et il raconte tout cela avec un tel humour, apostrophant constamment le lecteur, créant ainsi une telle connivence que même sa misogynie en devient délectable. Et puis Betteredge a une petite particularité charmante. Il est lui-même lecteur, mais lecteur d’un seul livre, Robinson Crusoé, qui lui sert de consolation à la moindre contrariété et lui apporte toujours toutes les réponses qu’il attend.

Mais voilà, la première partie était si magistrale, que la deuxième ne pouvait que me décevoir (un peu). Composée de différents témoignages, d’un extrait de journal intime, d’une lettre, de rapports de police… cette deuxième partie donne au roman un côté puzzle, dont les différentes pièces ne présentent pas toutes autant d’intérêt, puzzle que le lecteur ne pourra d’ailleurs jamais totalement reconstituer.  Aucune frustration pourtant à la fin du roman, tant l’intrigue policière est en cours de lecture devenue secondaire. Et puis j’ai tellement aimé la première partie, qu’elle me suffit pour beaucoup apprécier ce roman.

Je n’avais jamais entendu parler de Wilkie Collins avant le Victorian Christmas Swap organisé par Lou et Cryssilda. C’est un auteur anglais (1824-1889) que la quatrième de couverture présente comme un “ami et rival de Dickens”. Et j’avoue avoir été d’autant plus stupéfaite par l’immense qualité du roman, que j’avais l’impression de lire un parfait inconnu. Il est en fait l’auteur d’une oeuvre monumentale (une vingtaine de romans, une cinquantaine de nouvelles, des pièces de théâtre…) et semble très connu en Grande-Bretagne. A mon tour, j’en recommande vivement la lecture.

Pierre de lune / W. Wilkie Collins, traduit de l’anglais par L. Lenob (titre original : The Moonstone), édition présentée par Charles Palliser, Phébus Libretto, 2005, 508 p., ISBN 978-2-85940-552-6

Un grand merci à Cendre du blog Ludique et fantasmagorique pour m’avoir offert ce livre dans le cadre du Victorian Christmas Swap !

Les avis de Carolyn Grey, ErzébethKeisha, Madame Charlotte.

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P.S. C’est fou ce que je lis lentement ! J’avais emporté 8 livres en vacances et je n’ai pratiquement lu que celui-ci en deux semaines. Et bien entendu je suis revenue de vacances avec deux fois plus de livres qu’à l’aller…

L’homme qui ne voulait plus se lever

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Trouver un auteur en L n’est pas aussi problématique que dénicher un auteur en U, mais tout de même… J’avais prévu de lire un Lermontov, mais j’ai beau aimer les livres qui ont vécu, celui-là a tellement mal vieilli que son papier est devenu d’un jaune vraiment peu engageant et son toucher tout rêche. Et puis voilà, j’avais décidé de le lire alors que j’établissais ma liste en février, or nous sommes en décembre et pour le moment l’envie n’est plus là (c’est d’ailleurs le problème des challenges de lecture au long cours). J’ai donc finalement opté pour “L’homme qui ne voulait plus se lever”, un petit recueil de six nouvelles écrites par David Lodge entre 1966 et 1992. Son format est extrêmement motivant, son papier d’une couleur tout à fait sympathique, mais j’avoue ne rien pouvoir dire de sa douceur car je l’ai lu avec des gants, une écharpe, et trois paires de chaussettes. Et comme j’écris ce billet dans le même accoutrement, vous voudrez bien être indulgents avec les fautes de frappe (eh oui j’ai passé une semaine difficile entre agonie de téléphone portable et panne de chauffage).

Ce que j’ai préféré de ce recueil, c’est la préface. Et cela ne veut pas du tout dire que les nouvelles ne sont pas bonnes. La quatrième de couverture qualifie cette préface de passionnante, mais en bonne lectrice habituée aux quatrièmes de couv. publicitaires, je n’y croyais pas. Eh bien j’avais tort. Mieux vaut tout de même la lire en dernier (d’ailleurs en tant que membre du comité de défense des postfaces, je suis farouchement opposée au principe même des préfaces, mais c’est une autre histoire). Commençons donc par présenter brièvement chacune des six nouvelles.

Sous un climat maussade raconte les timides et drôlatiques premières aventures sexuelles de quatre étudiants et étudiantes en vacances à Ibiza en 1955.

Mon premier job est le récit que fait un prof d’université à ses étudiants de son premier petit boulot imposé par son père en 1952, l’été de ses 17 ans, job à l’origine de sa conception du travail.

L‘hôtel des Paires et de l’Impair raconte le séjour d’un couple d’Anglais sur la Côte d’Azur, occasion pour l’homme, un auteur de nouvelles, de découvrir la mode des seins nus au bord de la piscine de l’hôtel…

L‘homme qui ne voulait plus se lever nous raconte l’histoire d’un homme qui n’aime plus la vie et décide un beau matin de rester au lit.

L’avare conte la triste aventure de Timothy, un petit garçon plus fourmi que cigale, qui peu après la guerre avait voulu conserver précieusement ses fusées de feu d’artifice en prévision d’une fête et qui finalement regrettera de ne pas en avoir profité plus tôt.

Pastorale se déroule à Noël dans les années 50, alors que le jeune Simon organise un spectacle sur la Nativité avec l’espoir d’embrasser la jeune fille incarnant la Sainte Vierge.

Qu’ont donc en commun ces six nouvelles ? Écrites à la première ou troisième personne, elles ont toutes pour personnage principal un personnage masculin. Elles sont toutes au passé et plusieurs se déroulent dans les années cinquante, ce qui laisse à penser qu’elles sont probablement inspirées par les souvenirs de David Lodge, ce qu’il confirme d’ailleurs dans sa préface.

Dasns cette préface, David Lodge se présente comme un romancier ayant écrit très peu de nouvelles au cours de sa vie. Il considère les quelques textes réunis dans ce recueil comme des “fragments issus de l’établi d’un romancier” (reprenant en cela la formule de Kingsley Amis). Chacune de ces nouvelles a été inspirée par un ou plusieurs épisode(s) vécu(s), mais les dénouements sont souvent imaginaires. Bien que le mot soit un peu galvaudé, on pourrait donc dire qu’il y a de l’autofiction dans ces textes (mais n’y en a-t-il pas dans toutes les oeuvres de fiction ?). Pour chacune des nouvelles, David Lodge raconte dans la préface les conditions de l’écriture et les événements qui en sont à l’origine. Et il relit ces nouvelles en les associant aux romans écrits à la même époque.  Ainsi par exemple met-il en relation sa nouvelle “L’homme qui ne voulait plus se lever” avec son roman “Thérapie” et un épisode dépressif qu’il a réellement traversé. Et il fait de même pour chacune des nouvelles du recueil. Ce qui  m’a surprise dans cette préface est la simplicité et la lucidité avec lesquelles finalement l’air de rien David Lodge démonte le processus de la création. Pour cette raison, même si les nouvelles bien que très agréables à lire n’ont rien d’extraordinaire, l’ensemble du recueil m’a donné très envie de refaire connaissance avec le romancier David Lodge (dont je n’ai lu qu’Un tout petit monde) et peut-être plus encore de me tourner vers ses textes critiques… 

Lecture avec des gants

L‘homme qui ne voulait plus se lever et autres nouvelles / David Lodge, nouvelles traduites de l’anglais par Suzanne V. Mayoux, Rivages poche (Bibliothèque étrangère), 2005, 121 p., ISBN 2-7436-0194-X 

Au seuil d’une vie nouvelle

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Plus tard, c’est ce qui les fascinerait le plus :
que leur rencontre n’ait tenu qu’à un fil.

Un soir dans les années soixante, en Angleterre, deux jeunes gens, Florence et Edward, viennent de se marier. Et le roman de Ian McEwan nous raconte comment leur nuit de noces va tourner au fiasco.

Il y a donc une soirée, une seule. Mais il y a aussi le passé de chacun des deux personnages que l’on découvre à mesure que la soirée avance. Et puis il y a l’avenir, une quarantaine d’années racontées dans les cinq ou six dernières pages du roman. Et quel brio dans ces jeux sur le temps ! Car dans chaque instant de cette soirée cruciale, McEwan réussit à faire tenir tout le poids du passé et encore tous les futurs possibles.

L’Angleterre des années soixante est très présente en arrière-plan. Le déterminisme social pèse de tout son poids. Elle et lui ne sont pas du même milieu, et puis il y a cette époque, les non-dits, les tabous. A cette société là, McEwan oppose des individus, libres malgré tout, mais totalement ignorants de la liberté qui est pourtant la leur. Des individus qui auraient pu agir autrement, dire les mots qu’il fallait, faire le geste qui sauve, au bon moment. Plus tard il n’y aura plus que les regrets, le petit vertige qui saisira Edward quand il pensera à ce qu’aurait pu être sa vie, si…

“Dans la plage de Chesil” est un roman brillant. Il est très court. On le lit d’une traite, entre ironie et compassion. Et puis une émotion passe, à la toute fin, le temps d’un regret. Une de ces émotions qui dure, une fois le livre refermé. Magique !

Sur la plage de Chesil / Ian McEwan, traduit de l’anglais par France Camus-Pichon (titre original : On Chesil Beach), Gallimard, 2008, ISBN 978-2-07-078546-9

Les avis de Sylvie, Amanda, Lau, Bellesahi, Jules

Challenge du 1% littéraire 2008