Quatre mariages et pas un seul enterrement

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De l’orgueil, je ne crois pas, mais des préjugés, certainement !

Il n’y a pas si longtemps, j’imaginais que les romans de Jane Austen racontaient des histoires de jolies jeunes filles enjouées à marier avec de charmants et riches jeunes hommes et cela ne m’inspirait aucune envie de lecture. Mais son succès sur la blogoboule m’a convaincue de célébrer mon premier blog-anniversaire par la lecture du roman sans doute le plus présent et le plus adulé sur les blogs à savoir “Orgueil et préjugés”. Je me suis procuré ce roman dans une ravissante reliure rose qui n’augurait rien de bon et j’ai lu la première phrase :

“C’est une vérité universellement reconnue qu’un célibataire pourvu d’une belle fortune doit avoir envie de se marier, et, si peu que l’on sache de son sentiment à cet égard, lorsqu’il arrive dans une nouvelle résidence, cette idée est si bien fixée dans l’esprit de ses voisins qu’ils le considèrent sur-le-champ comme la propriété légitime de l’une ou l’autre de leurs filles.”

Et là, quelque chose de magique s’est produit. C’est-à-dire que cette première phrase à réussi à confirmer et dissiper mes craintes dans un même mouvement. Emportée par mon élan, j’ai continué par un dialogue savoureux entre Mr et Mrs Bennet, j’ai ri dés les premières pages, et j’ai su très rapidement que j’allais me ranger du côté des amateurs de Jane Austen. Maintenant que j’ai anéanti tout suspens, je vais m’adresser à ceux qui n’ont pas encore lu ce roman, car il y en a peut-être encore…

Ce roman situe son intrigue dans une famille bourgeoise d’une petite bourgade anglaise à la fin du XVIIIe ou au tout début du XIXe siècle. Si on peine à dater l’histoire avec précision, c’est que Jane Austen ne s’intéresse absolument pas à l’actualité de son temps. Elle ne manifeste pas non plus d’intérêt pour les autres classes sociales. Seuls l’intéressent la famille Bennet et le milieu social dans lequel elle évolue. Dans cette famille, cinq soeurs sont en âge de se marier : Jane, Elizabeth, Mary, Catherine et Lydia. Le mariage est même leur seul avenir possible. En effet, elles savent que leur propriété familiale reviendra par héritage à leur cousin et qu’il leur faut donc trouver un mari du même milieu qu’elles, si elles souhaitent pouvoir conserver le même train de vie (et la même vie oisive, cela va sans dire). Mais c’est surtout leur mère, Mrs Bennet, qui voit les choses sous cet angle. Ses filles, quant à elles, n’aspirent qu’à faire un mariage d’amour et, en attendant, à s’amuser dans les bals. Au tout début du roman arrive un nouveau voisin, Mr Bingley, séduisant jeune homme qui plaira tout de suite beaucoup à Jane. Par son intermédiaire, les Bennet font aussi connaissance de Mr Darcy, beau, riche et arrogant jeune homme qui déplaira à toute la famille et particulièrement à Elizabeth, jusqu’à ce que les sentiments de chacun évoluent…

“Orgueil et préjugés” est en quelque sorte un roman de formation, puisqu’il s’intéresse à de jeunes personnages au moment où ceux-ci découvrent la vie en société et éprouvent leurs premiers sentiments amoureux. De bals en invitation à dîner, ce sont tous les codes sociaux de ce milieu que nous montre Jane Austen avec humour. Elle s’intéresse autant à la psychologie des personnages, leurs pensées et sentiments secrets, qu’à la comédie des relations sociales qui sont les leurs. Comme le père Bennet parlant de ses filles, elle se permet de malmener un peu ses personnages, de se moquer d’eux sans méchanceté. La condition féminine est dénoncée et une certaine rébellion féministe incarnée par Elizabeth. Les dialogues sont extrêmement vifs et on prend beaucoup de plaisir à leur lecture. C’est à la fois un roman sentimental et une satire de ce genre de romans, et c’est sans doute la raison pour laquelle il réconcilie tous les lecteurs.

Je pense donc poursuivre ma lecture de Jane Austen, mais il me reste tout de même une petite crainte, c’est-à-dire que je me demande maintenant si ses autres romans racontent exactement la même histoire ou si j’aurai encore des surprises… Et d’ailleurs lequel me conseillez-vous pour continuer ?

Orgueil et préjugés / Jane Austen, traduit de l’anglais par V. Leconte et Ch. Pressoir (titre original : Pride and prejudice), préface de Virginia Woolf traduite de l’anglais par Denise Getzler, note biographique établie par Jacques Roubaud, 10-18 (Domaine étranger), 2008, 379 p., ISBN 978-2-264-04883-7

Jane Austen (1775-1817) est l’auteur de Raison et sentiments (1811), Orgueil et préjugés (1813), Mansfield Park (1814), Emma (1815), Persuasion (1818), Northanger Abbey (1818).

Il y a beaucoup de billets sur “Orgueil et préjugés” sur les blogs de lecture. Alors je ne vais pas tous les citer, mais je vous recommande particulièrement les avis enthousiastes et argumentés de LillySylvie, Katell, Aelys et Gaël.

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Par ce billet, je commence (encore) un nouveau challenge (mais il n’est pas non plus tout à fait impossible que ma participation à ce challenge s’arrête où elle a commencé) ! J’ai appris l’existence de ce challenge chez Yueyin, mais on le doit paraît-il à Fashion. Un petit visuel a été préparé par Isil et Mr Kiki. Mais il paraît qu’un autre est en préparation chez Emjy. Bref, plein de blogueurs sont sur le coup ! En quoi consiste ce challenge ? Il s’agit de lire et voir tout ce qu’on peut dénicher de, sur, ou autour de Jane Austen. (Ajout du 15 mars : ca y est j’ai créé ma page du challenge)

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Evidemment ce roman fait également partie du défi Blog-o-trésors. Il a été proposé par Blogueuse cornue, Christina, Mango, Chimère, Cécile (Riestling) et Karine (et ses livres).

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Lutte des classes à Howards End

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“N’avons-nous pas tous à lutter
contre la grisaille de l’existence journalière,
contre la mesquinerie, la gaieté mécanique, les soupçons ?”

A Londres au début du XXe siècle, deux familles, les Schlegel et les Wilcox, se rencontrent par hasard, sympathisent, puis s’affrontent.

Dans la famille Schlegel nous avons Margaret, la fille aînée (29 ans quand nous faisons sa connaissance), Hélène sa soeur (21 ans), et Tibby leur frère (16 ans). Comme ils ont tous trois perdu leurs parents, Margaret a pour ainsi dire élevé ses jeunes frère et soeur. Chez les Wilcox, nous avons des jeunes gens sensiblement du même âge, Charles, Paul et Evie, ainsi que leurs parents. Malgré la différence d’âge, c’est avec Mme Wilcox que Margaret se lie d’amitié alors que celle-ci vit ses derniers jours. Et c’est donc à Margaret que Mme Wilcox lègue, par une lettre écrite sur son lit de mort, sa propriété d’Howards End. Mais le reste de la famille Wilcox dissimule la lettre et garde la propriété (les vilains !), jusqu’à ce que…

Trois classes sociales sont représentées dans Howards End. Les Schlegel représentent l’aristocratie, mais une aristocratie progressiste, notamment en ce qui concerne l’émancipation des femmes. Les Schlegel ne travaillent pas. Ils vivent de leurs rentes, mais ne sont pas très riches et donc considèrent qu’ils appartiennent à la classe moyenne. Ils se cultivent (ou plutôt entretiennent une culture déjà acquise), brillent en société et jouent avec des idées socialistes. Les Wilcox, quant à eux, représentent la haute bourgoisie. C’est-à-dire qu’ils travaillent, ce sont des patrons. Ils font des affaires et de l’argent en méprisant les classes inférieures. Il n’y a bien sûr chez eux aucun intérêt pour la culture. Et puis parmi les personnages secondaires, nous avons ceux que les autres appellent “les pauvres”. Ce sont en fait les masses laborieuses, obligées de travailler pour vivre (quelle horreur !). Le personnage de Leonard appartient à cette catégorie. C’est un modeste employé d’assurance, amateur de littérature et de musique, qu’un licenciement économique va précipiter dans une véritable pauvreté. Inutile de préciser que règne entre ces trois mondes une indépassable incommunicabilité.

“Après le dîner, il demanda à Margaret si elle consentirait à faire un tour sur l’Esplanade. Elle accepta sans pouvoir réprimer un peu de terreur : ce serait sa première vraie scène d’amour. Mais en mettant son chapeau, elle éclata de rire. L’amour ressemblait si peu au plat cuisiné des romans : authentique pourtant, la joie en était différente ; le mystère, inattendu.”

Voici un roman bien surprenant, car il s’agit d’un roman sans âge (quoique publié en 1910) : un peu vieillot par le style, il est moderne par les idées qu’il véhicule. J’ai bien aimé Margaret, jeune femme au caractère fort à qui Forster prête de grandes théories sur la société britannique qui sont très probablement les siennes. J’ai malgré tout une préférence pour Hélène, la véritable héroïne, plus sentimentale, plus idéaliste, et finalement plus libre. Je ne suis pas sûre d’avoir tout compris aux préoccupations politiques de Forster, mais je ne me suis pas ennuyée un seul instant en lisant ce roman, dont j’ai apprécié les digressions et les adresses au lecteur, ainsi que les rebondissements de l’intrigue toujours inattendus. Je m’associe donc à ICBLillyPapillon, Bob August et Grominou pour vous le recommander !

Howards End / E. M. Forster, traduit de l’anglais par Charles Mauron, 10-18 (Domaine étranger), 2006, 382 p., ISBN 2-264-01486-5

Publié dans: on 3 février 2009 at 6:43 Commentaires (12)
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Au seuil d’une vie nouvelle

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Plus tard, c’est ce qui les fascinerait le plus :
que leur rencontre n’ait tenu qu’à un fil.

Un soir dans les années soixante, en Angleterre, deux jeunes gens, Florence et Edward, viennent de se marier. Et le roman de Ian McEwan nous raconte comment leur nuit de noces va tourner au fiasco.

Il y a donc une soirée, une seule. Mais il y a aussi le passé de chacun des deux personnages que l’on découvre à mesure que la soirée avance. Et puis il y a l’avenir, une quarantaine d’années racontées dans les cinq ou six dernières pages du roman. Et quel brio dans ces jeux sur le temps ! Car dans chaque instant de cette soirée cruciale, McEwan réussit à faire tenir tout le poids du passé et encore tous les futurs possibles.

L’Angleterre des années soixante est très présente en arrière-plan. Le déterminisme social pèse de tout son poids. Elle et lui ne sont pas du même milieu, et puis il y a cette époque, les non-dits, les tabous. A cette société là, McEwan oppose des individus, libres malgré tout, mais totalement ignorants de la liberté qui est pourtant la leur. Des individus qui auraient pu agir autrement, dire les mots qu’il fallait, faire le geste qui sauve, au bon moment. Plus tard il n’y aura plus que les regrets, le petit vertige qui saisira Edward quand il pensera à ce qu’aurait pu être sa vie, si…

“Dans la plage de Chesil” est un roman brillant. Il est très court. On le lit d’une traite, entre ironie et compassion. Et puis une émotion passe, à la toute fin, le temps d’un regret. Une de ces émotions qui dure, une fois le livre refermé. Magique !

Sur la plage de Chesil / Ian McEwan, traduit de l’anglais par France Camus-Pichon (titre original : On Chesil Beach), Gallimard, 2008, ISBN 978-2-07-078546-9

Les avis de Sylvie, Amanda, Lau, Bellesahi, Jules

Challenge du 1% littéraire 2008

Une belle satire sociale

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“Une touche d’amour” se déroule à Coventry en 1986. Le personnage principal, Robin Grant, est un étudiant en lettres, en cours de doctorat depuis quatre ans. Il traverse une période de doute, de dépression. Il a le sentiment que sa vie jusqu’alors n’a été qu’une successions de ratages, ne se voit pas d’avenir. Il vit presque reclus dans un appartement crasseux et lit « La pesanteur et la grâce » de Simone Weil, œuvre dans laquelle il retrouve ses propres questionnements identitaires. Sa vie tourne au drame le jour où il se voit soupçonné de s’être exhibé devant un petit garçon et est accusé à tort d’outrage à la pudeur.

Le roman est composé de quatre parties, chacune organisée autour d’une nouvelle écrite par Robin : « Une communion d’esprits », « Le chanceux », « Une dispute d’amoureux », « Le malchanceux ». La construction, sans être extrêmement originale, est assez élaborée : voix et points de vue multiples, adresses au lecteur, romans dans le roman… L’intrigue quant à elle est assez mince. Plusieurs histoires secondaires sont à peine esquissées, laissant au lecteur un goût d’inachevé. Mais au-delà de l’histoire prétexte, on retient surtout du roman le regard sans concession que Jonathan Coe porte sur la société britannique de la fin du XXe siècle.

Dépression, crise conjugale, isolement social, trahison amicale, racisme, homophobie et préjugés en tous genres : ce serait tout à fait déprimant, s’il n’y avait l’humour grinçant de l’auteur (la description qu’il fait de l’université vaut son pesant de cacahuètes). On cherche en vain la touche d’amour annoncée par le titre, mais on trouve finalement une belle satire sociale.

Une touche d’amour / Jonathan Coe ; traduit de l’anglais par Jean Pavans, Paris, Gallimard (collection Folio), 2004, ISBN 2-07-042812-5

Jonathan Coe (1961-…) est un écrivain britannique auteur de romans et de biographies, surtout connu à l’étranger depuis son quatrième roman « Testament à l’anglaise », le premier à avoir été traduit en français. Sept romans ont à ce jour été publiés en France :

  • La femme de hasard (1987)
  • Une touche d’amour (1989)
  • Les nains de la mort (1990)
  • Testament à l’anglaise (1994) a reçu le Femina étranger en 1995
  • La maison du sommeil (1997) a reçu le Médicis étranger en 1998
  • Bienvenue au club (2001)
  • Le cercle fermé (2004) suite de Bienvenue au club