Comme un garçon

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“C’est en fermant les yeux et surtout la bouche de mon père que j’ai ressenti l’épaisseur du temps. Je me suis dit : plus question de plaisanter avec les années qui passent. Elles ne reviennent jamais.”

Le prologue du roman de Pierre-Louis Basse est écrit à la première personne, comme le début d’une autobiographie. Il y parle de la mort de son père et de son désir de partir à la recherche d’un amour de jeunesse à travers l’écriture. Mais du prologue au premier chapitre, un glissement s’opère de la première à la troisième personne. Et il s’ensuit un roman autobiographique qui dure le temps d’une semaine. Le lundi Pierre Garçon s’installe dans un hôtel de la Place Clichy, tout près du lieu de sa première rencontre avec Lucie en 1979. Ils avaient vingt ans et ils étaient en khâgne. Trente ans plus tard il est toujours nostalgique de cet amour perdu. Il s’installe donc dans une chambre d’hôtel avec toutes sortes d’objets devant lui rappeler sa jeunesse : un ticket de métro, une affiche, un électrophone et des disques… Et il part en quête à la fois de Lucie et de l’année 1979.

Le prologue et le premier chapitre de ce roman m’ont beaucoup plu. Mais du mardi au dimanche, les journées m’ont paru de plus en plus longues. Je me suis lassée de ces énumérations de noms de célébrités de l’époque (dont beaucoup ne me disaient pas grand chose) et même des énumérations de films, de disques, de livres qui créaient petit à petit un décor, mais un décor pour un roman qui reste à écrire. L’histoire d’amour m’a paru à peine esquissée. La fin ne m’a pas vraiment convaincue non plus. Inutile donc que je m’attarde davantage sur cette petite déception !

Comme un garçon / Pierre-Louis Basse, Stock (Bleue), 2009, 140 p., ISBN 978-2-234-06026-5

“Comme un garçon” est le premier roman de Pierre-Louis Basse, déjà auteur d’une biographie de Guy Moquet et de récits.

Restling (que je remercie pour le prêt) m’avait pourtant prévenue et Saxaoul n’a pas été plus enthousiaste.

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Comment j’ai cru devenir libraire

Moi vivant

C’est l’histoire d’un blog de dessin d’humour qui est devenu une bd. C’est aussi l’histoire d’une fille qui arrive à Rennes et trouve un boulot de libraire dans une grande surface culturelle. D’abord elle est toute contente.

Toute contente

Puis après elle est toute malheureuse.

Toute triste

Entre les deux c’est la dure loi des petits boulots, avec les tâches ultra répétitives et les tout petits chefs nuls. J’imagine que ça rappelle des souvenirs à tout le monde, non ? Sauf que ça se passe dans une librairie. Et on aimerait tant que les librairies soient des temples du savoir, de la culture, de la connaissance… En tous cas Leslie Plée y croyait. Elle n’avait pas vu la différence entre une vraie librairie et ces endroits où on vend du livre comme on vendrait de la bière. Elle était donc un peu naïve !

En lisant cette BD, on n’apprend pas grand chose qu’on ne savait déjà. Mais ça ne fait rien, c’est tout de même une bd très sympa ! Je me demande d’ailleurs si je n’ai pas préféré le reste, c’est-à-dire tout ce qui ne concerne pas la librairie. Par exemple quand elle trouve un appartement, quand elle va chez la psy, quand elle prend l’autobus… Elle croque très bien le quotidien. J’ai pas mal ri au début. Mais après j’ai trouvé ça triste…

A la fin, elle démissionne et elle est de nouveau toute contente. J’étais un peu déçue qu’elle nous fasse le coup du happy end. Comme s’il suffisait de claquer la porte d’un petit boulot pour que le monde change…

Happy end

Pour moi la vraie fin, c’est son livre qui arrive dans un carton, ses anciens collègues qui vident le carton et ses anciens chefs qui font une “opé Leslie Plée” avec séance de dédicace à la librairie. Et ça c’est plus triste que tout !

Moi vivant, vous n’aurez jamais de pauses ou Comment j’ai cru devenir libraire / Leslie Plée, J.-C. Gausewitch, 2009, 95 p., ISBN 978-2-35013-157-3

P.S.1 Je me suis quand même mis un dessin de côté pour les jours où je n’aurai pas le moral :

Tu as de la chance

P.S.2 Vous saviez que Leslie Plée faisait le Challenge Jane Austen ? La preuve ici !

Les années

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Ça commence (et ça finit aussi) par une énumération d’images (images vouées à disparaître au début, images à sauver à la fin) qui ressemblent un peu à des “Je me souviens” auxquels il manquerait la formule magique. Puis nous entrons dans le vif du sujet (quelle est drôle cette expression pour une autobiographie !). Annie Ernaux passe en revue des images (essentiellement des photos, mais aussi des films) qui la représentent seule ou accompagnée. On feuillette l’album avec elle dans l’ordre chronologique. Sur chaque image, elle regarde celle qu’elle était alors, cette autre elle-même dont elle ne se résout pas à parler à la première personne. Elle l’observe, la décrit, s’attarde sur ses vêtements, sa posture, ce que tout cela trahit de sa façon d’alors d’habiter son corps. A partir d’elle, elle restitue l’époque, ses valeurs, son langage, son rapport à la consommation, la sexualité, la condition féminine, l’immigration, la mémoire… Dans un aller-retour incessant entre mémoire collective et mémoire individuelle, passant de “elle” à “on” ou “nous”, elle interroge celle qu’elle était. Quelle était sa façon d’appréhender l’époque ? Quel était son rapport au passé ? Comme envisageait-elle l’avenir ? Aussi le temps, bien que chronologique, se réécrit constamment. Le passé se recompose à mesure qu’on avance dans le livre, de même que l’avenir s’envisage autrement à mesure que le temps passe.

Comme ce livre est difficile à décrire ! C’est l’autobiographie totale. On parcourt la vie entière d’Annie Ernaux dont on connaît déjà les principaux événements racontés dans de précédents livres, comme si ce livre-ci les contenait tous, les remettait en perspective. Pourtant de ces livres il n’est pratiquement pas question. Le seul texte qui sert de fil rouge (un des multiples fils rouges) est celui du journal intime qu’elle semble avoir tenu toute sa vie. Elle en cite des extraits, qui donnent une folle envie de pouvoir un jour en lire la totalité.

Ces années qu’on parcourt avec elle vont de 1941 à 2006. Au début, pour peu qu’il soit plus jeune qu’Annie Ernaux, le lecteur d’aujourd’hui n’a pas connu les années racontées. Ce n’est pas comme un livre d’histoire pourtant, c’est trop proche. Ce passé là est déjà dans notre mémoire, notre mémoire héritée, composée d’images d’archives et de cinéma, mais aussi des récits des parents ou des grands-parents, tous ces contemporains qui, comme Annie Ernaux, ont connu la Libération ou Mai 68. En même temps, nous suivons un destin individuel, avec l’enfance, l’adolescence, la jeunesse, toutes ces étapes que lecteur a passé aussi, même à une autre époque. Alors dés le début de la lecture, l’histoire du lecteur se superpose à celle de l’auteur et à l’histoire collective. Mais à un moment particulier, le lecteur rencontre son année de naissance. Sa mémoire, ses souvenirs, se superposent alors autrement à ce qu’Annie Ernaux retient de l’époque en question. Puis vient le moment où le lecteur est en mesure d’anticiper. Il commence à se demander : que va-t-elle garder des années les plus récentes ? comment va-t-elle écrire le 11 septembre ? Et il confronte ses propres souvenirs à ceux de l’auteur.  

Évidemment, au fil de la lecture j’ai été particulièrement attentive à la façon dont elle parlait de la génération suivante, celle de ses fils, cette génération qu’on a appelé “la bof génération”. J’ai apprécié qu’elle ne la dénigre pas, comme l’a souvent fait sa génération. J’attendais au tournant celle qui a construit sa légende sur l’ascension sociale. Allait-elle aborder la question de la régression qu’a connu la génération suivante, ce qu’on appelle souvent sa précarisation ? Eh bien oui, elle aborde tout ça. Les relations familiales sont décrites notamment au moment des repas de famille, où les relations entre générations m’ont paru particulièrement justes, comme le reste. L’autre génération en tous cas reste un mystère. A propos de ses fils, plusieurs fois elle en vient à dire qu’elle ne sait pas, jusque dans cette parenthèse : “(Elle ne sait pas si leur insouciance sociale est réelle ou feinte.)”

Le titre est emprunté à Virginia Woolf, sa conception du temps aussi, qui rappelle beaucoup “Les vagues”.

“Ce qui compte pour elle , c’est au contraire de saisir cette durée qui constitue son passage sur la terre à une époque donnée, ce temps qui l’a traversée, ce monde qu’elle a enregistré rien qu’en vivant.”

Un jour, (dans les années 80 ?), apparaît le projet d’écriture du texte que nous lisons. Mais comme le reste, il change, évolue à mesure qu’il se concrétise dans l’écriture et que nous le lisons. La fin est très émouvante. Alors qu’elle dit commencer à oublier les termes savants de sa discipline, son projet pourtant très ambitieux se dit plus simplement, se désintellectualise. Et il ne reste alors plus que l’envie de sauver (des instants, des sensations, des images…).

Je mets ce livre dans la malle pour l’île déserte, celle des livres à lire et relire à des âges différents, pour s’y lire soi-même et y lire les autres, et je vous le recommande.

Les années /Annie Ernaux, Gallimard, 2008, 241 p., ISBN 978-2-07-077922-2

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Je vous renvoie au billet de Sylvie et ses liens vers les billets des autres, parmi lesquels ceux de Rose, Yohan, Aifelle, Cathe, Dasola, Dominique, AntigoneLaurent, Thom… et Christian Sauvage (qui ne fait pas une critique mais nous raconte une histoire).

Suite à la remise du Prix de lecteurs du Télégramme 2009, j’ai attribué ici aux Années le Levraoueg d’or de l’autobiographie 2008-2009.

Fleurs de tempête

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“Fleurs de tempête” est un tombeau que Philippe Le Guillou offre à Hélène, une amie de vingt ans emportée trop tôt par la maladie, alors qu’elle avait 41 ans.

“Tombeau : c’est une forme, c’est un chant dont j’aimerais qu’il n’eût pas la froideur mallarméenne. Je rêverais plutôt pour elle d’un lit de lumière, d’une nef enchantée qui l’emmène loin, dans la tradition ophélienne des dérives celtiques.”

La première partie est celle de la rencontre, d’une relation qui s’instaure très vite et très fort, fondée en partie sur une passion commune pour la littérature, mais aussi pour l’art, la chanson, la déambulation, les voyages et les tempêtes du Finistère. Le style extrêmement classique, le goût de Philippe Le Guillou pour les imparfaits du subjonctif,  le ton que je trouvais plein d’emphase me gênaient un peu au début de ma lecture. Et puis, je suis entrée dans cette langue, dans cette relation, comme j’aurais écouté des confidences, gagnée petit à petit par l’émotion. Cette première partie s’est finalement avérée extrêmement troublante pour moi, car sa géographie était aussi la mienne : des grues du port de Brest aux boîtes à musique du Palais-Royal, en passant par le port de Dieppe, Le Conquet, la place de la Mairie à Rennes, un café rue Montorgueil… Je connaissais chacun de ces lieux précisément, avec l’impression d’appartenir à la même confrérie, celle des piétons, de Paris ou d’ailleurs. Il faisait beau, la fenêtre était ouverte et les cris des mouettes omniprésents accompagnaient ma lecture.

La deuxième partie est celle de la maladie. Hélène est de retour à Brest. Et Philippe Le Guillou parle très bien de cette ville, de sa lumière, de sa capacité à être belle ou laide, selon les jours, les relations que l’on entretient avec elle, ou les états d’âme que l’on projette sur ses paysages. Et puis la maladie gagne du terrain, c’est la dégradation physique décrite au jour le jour et la mort qui l’emporte finalement. La fin m’a semblée retranscrite à partir du journal de la maladie que Philippe Le Guillou semble avoir tenu. Il nous livre donc les dates, les jours, beaucoup de détails, laissant les faits l’emporter sur les sentiments. Mais peut-on vraiment critiquer un journal de deuil ? Il a écrit ce livre pour elle, dit-il, et sans doute beaucoup pour lui. Les proches d’Hélène semblent un peu oubliés. Quant à nous, lecteurs, nous lisons ce récit avec un sentiment d’indiscrétion, auquel s’ajoutent notre propre relation à la maladie, à la mort, nos propres histoires de deuil. J’en ai fait finalement une lecture assez douloureuse, dont je retiendrai surtout l’histoire d’une amitié amoureuse, d’une passion extrêmement ambiguë. Et puis je garde un regret, celui de ne pouvoir lire le livre qu’elle-même aurait écrit de cette relation…

Fleurs de tempête / Philippe Le Guillou, Gallimard, 2008, 161 p., ISBN 978-2-07-012008-6

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Les avis de Laure, Lily, Le Bibliomane, Katell, Bladelor

Ta mémoire, petit monde

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“Prenons un petit monde au hasard dans la rue.”

Pas de “je” au début ce texte qui s’avère pourtant être autobiographique. C’est un début peut-être un peu déconcertant. Alain Foix nous amène dés les premières pages à visualiser un enfant dans les rues de Pointe-à-Pitre. Sous nos yeux de lecteurs, un monde se recompose dans la mémoire du narrateur, par bribes. Des images, des sons, des odeurs… et cet enfant qui lui est devenu étranger. Puis nous retrouvons Alain Foix devenu “je” en métropole, l’enfant qu’il était étant resté en Guadeloupe…

Je ne raffole pas des récits d’enfance. Cette collection de Gallimard semble spécialisée dans ce genre. Il semblerait même qu’au moins certains des textes publiés soient des commandes de l’éditeur. Personnellement je peine à comprendre l’intérêt du genre. J’ai donc entamé ma lecture avec beaucoup d’a priori. Je n’avais pas une grande curiosité pour les souvenirs d’enfance de quelqu’un que je ne connais absolument pas. Et je redoutais un récit un peu naïf et très nombriliste. Mais finalement cette lecture s’est révélée plutôt agréable. Le style, fait de phrases courtes, souvent sans verbe, m’a paru rythmé, musical, poétique (mais je décris ça très mal et vous renvoie aux extraits pour mieux comprendre de quoi il s’agit). Si je disais vraiment toute la vérité, alors je dirais que le début m’a paru un peu longuet. Comme le départ pour la métropole était annoncé d’emblée, la page 65 s’est faite un peu attendre…

“Ça clignotait, ça scintillait. Edison, Continental, Edison, Philips, Philips en bleu électrique et Radiola. Ça klaxonnait, ça sifflait, c’était haut et gris et froid. Des lumières qui bougeaient, qui tournaient, qui roulaient. Des écrans bleus et ronds et des gens pris dedans. Nous étions à Paris, porte de Clignancourt.”

Tandis que je lisais les souvenirs d’Alain Foix, comme toujours, d’autres textes se sont superposés à ma lecture. Tout d’abord j’ai pensé à une bd autobiographique dont j’avais lu les deux premiers tomes l’année dernière : “La vie de Pahé“. Dans cette bd il s’agissait des souvenirs d’enfance d’un dessinateur gabonais ayant fait plusieurs séjours en France dans sa jeunesse. On y trouvait donc quelques thèmes que j’ai pu retrouver dans “Ta mémoire, petit monde” : le racisme bien sûr, et aussi l’étonnement charmant de celui qui vient d’ailleurs face à des choses qui nous sont très familières. Par exemple chez Alain Foix, il y a en métropole la découverte de la neige, du bruit sourd et cotonneux des pas dans la neige. Et puis j’ai pensé à une chanson, celle d’un autre métis “café léger, au lait mélangé”. Ces références ne plairaient peut-être pas du tout à Alain Foix, mais voilà je ne connais pas la Guadeloupe, je ne connais pas la culture antillaise, alors je me raccroche à ce que je connais (et c’est moi la lectrice, alors j’ai tous les droits !). Et puis j’ai pensé aussi au maître de l’autobiographie poétique, à savoir Queneau et son “Chêne et chien“…

“On m’appela négro, j’entendis nez gros. Je me dis en moi-même que c’était un peu vrai. On m’appela Blanche-Neige. Je n’ai pas compris l’insulte. La neige était belle et j’espérais la voir. Elle était blanche, et j’étais noir. Ça n’avait rien à voir.”

Le récit d’Alain Foix ne m’a pas paru construit. C’est une succession d’entrées numérotées de 1 à 30, des petites anecdotes, les souvenirs d’école, la vie en HLM, les premières lectures… et au bout du compte une quête identitaire. Une découverte intéressante…

Ta mémoire, petit monde / Alain Foix, Gallimard (Haute enfance), 2005, 168 p., ISBN 2-07-077422-8

Merci à Stephie qui a proposé ce titre dans le cadre de la chaîne des livres ! Les avis des autres enchaînées :  Fashion, Leiloona, Yueyin et Isil.

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Dieu sait les conséquences que tu tires de tant de lectures !

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“Les derniers jours”, roman de Raymond Queneau, a commencé à me plaire vraiment au troisième chapitre, quand à Paris un personnage nommé Vincent Tuquedenne a débarqué d’un train en provenance du Havre. “Tiens, tiens  !” s’est alors dit la lectrice qui a lu “Chêne et chien” ! (Je rappelle à ceux qui ne connaîtraient pas “Chêne et chien”, qu’il s’agit de l’autobiographie en vers de Raymond Queneau qui commence ainsi : “Je naquis au Havre un vingt et un février en mil neuf cent et trois”). “Tiens, tiens”, s’est donc dit la lectrice qui, à partir de là, a lu le roman obnubilée par les points communs entre Queneau et Tuquedenne. Voici comment Tuquedenne est décrit dans le roman :

“… il était timide, individualiste-anarchiste et athée. Il ne portait pas de lunettes bien qu’il fût myope, et laissait croître sa chevelure afin de témoigner de ses opinions. Tout cela lui était venu en lisant des livres, beaucoup de livres, énormément de livres.”

Tuquedenne arrive donc à Paris pour y faire ses études. Il s’inscrit en licence de lettres à la Sorbonne et loue une chambre dans un hôtel. Dés le premier soir, il s’installe à une table, prend un cahier neuf et commence un nouveau journal, le genre de journal intime qui donne bien envie de s’intéresser à celui de Queneau. Tuquedenne n’est pas très heureux, voire franchement malheureux. Il échoue à ses examens. Les filles lui restent inaccessibles. Alors il tue le temps. Il écrit des poèmes, il lit, et puis il explore Paris, d’est en ouest et du nord au sud, “en large, en long, en rond, en zigzag”. Tuquedenne se sent seul et pourtant autour de lui gravitent bon nombre de personnages, des jeunes et des vieillards, et aussi Alfred, le garçon de café astrologue qui se fait parfois narrateur à la première personne pour parler de la fin du monde.

Il est beaucoup question de la mort dans ce roman. Les vieillards vivent leurs derniers jours et Tuquedenne remue des idées noires. J’ai aimé ce roman pour Tuquedenne. J’ai aimé le reste aussi. Mais quand j’entamais un nouveau chapitre et constatais qu’il allait être consacré à d’autres personnages, j’étais un peu déçue. Je le lisais tout de même mais le plus vite possible, et c’est toujours avec plaisir que je retrouvais ensuite Tuquedenne, ses lectures, ses déambulations dans les rues de Paris, ses états d’âme.

Dans deux mois, il allait passer son dernier certificat de licence ; sans doute serait-il reçu ; puis viendraient quatre longs mois sans espoir dont il ne savait que faire, et après ce serait fini. Un esclavage, puis un autre, puis un autre encore, et comme cela toute la vie. A moins de. A moins de quoi ? A moins d’en triompher. A moins d’en triompher ? Tuquedenne ricana diabolico-sceptiquement.” 

“Les derniers jours” est donc un roman autobiographique, grave et désenchanté (mais non dénué d’humour), que je vais ranger parmi mes lectures queniennes précédentes loin de “Pierrot mon amiet “Le Chiendent“, et plutôt du côté de “Chêne et chien” et “Un rude hiver“, bref du côté de mes préférés. 

Les derniers jours / Raymond Queneau, Gallimard (Folio), 1997, 295 p., ISBN 2-07-040323-8

“Les derniers jours”, paru en 1936, est le troisième roman de Raymond Queneau, après “Le Chiendent” et “Gueule de pierre”.

Le titre de mon billet est emprunté à Stendhal (je crois qu’il provient d’”Armance”). C’est aussi une des épigraphes du journal de Tuquedenne. Je profite aussi de ce billet pour saluer les illustrations de couverture des romans de Queneau en Folio. Elles sont signées Eric Provoost. Elles collent parfaitement aux romans et m’amusent toujours.

Comme de l’amour séparé

Un jour, chez Erzébeth, il y a eu en commentaires un débat sur Annie Ernaux. Je m’y suis étonnée que plusieurs personnes fassent référence à La place. Ce titre ne m’avait pas particulièrement marquée. Pourquoi était-il plus lu que les autres ? Un commentaire précisait qu’il s’agissait de sa relation avec son père. Je m’en souvenais un peu, mais pas assez. J’ai donc décidé de le relire et avant cela, de l’acheter. Je suis allée sur e-bay. Personne n’a surenchéri. J’ai eu La place pour un euro. Bien sûr il a fallu ajouter des frais de port, mais pas trop. J’ai obtenu ce livre dans une collection destinée aux scolaires.  Je ne suis pas parvenue à me souvenir de l’édition dans laquelle je l’avais lu autrefois. J’ai commencé ma relecture. Et ce n’est qu’au bout de quelques pages, que cela m’est apparu comme une évidence : je n’avais jamais lu La place.

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Un jour : “Les livres, la musique, c’est bon pour toi.
Moi je n’en ai pas besoin pour vivre.”

La place s’ouvre sur cette phrase : “J’ai passé les épreuves pratiques du Capes dans un lycée de Lyon, à la Croix-Rousse”. Ca commence donc comme une autobiographie professionnelle. Mais deux mois après le Capes et deux pages après le début du récit, le père d’annie Ernaux meurt soudainement. Et c’est ensuite lui, son père, leur relation, qu’elle va tenter d’écrire.

Ce n’est pas véritablement un récit. Ce sont plutôt des fragments, des bribes de souvenirs, prenant la forme de paragraphes plus ou moins courts. Elle essaie de reconstituer la vie de son père, de s’arrêter sur un geste, une parole, de commenter une photo. Elle écrit le rapport qu’il avait à l’école, aux livres, à la culture, au langage. Elle décrit la vie de ses parents, toute petite, sans désir, leur aptitude à se contenter de peu (“il y avait plus malheureux que nous”), leur infériorité admise. Elle parle de honte, d’humiliation, d’aliénation, de bonheur aussi, parfois.

“J’écris peut-être parce qu’on n’avait plus rien à se dire.”

Au lieu de commenter sa démarche, on pourrait être tenté de la citer, abondamment, car elle se commente elle-même à plusieurs reprises. Elle explique pourquoi elle n’a pas eu recours à la forme romanesque comme dans ses précédents livres, pourquoi elle a adopté “l’écriture plate”, l’épure. En la lisant, je me suis interrogée sur la place qu’il pouvait y avoir pour le lecteur dans ce texte froid, qui s’auto-analyse alors même qu’il s’écrit. Et alors qu’Annie Ernaux nous dit n’avoir eu “aucun bonheur d’écrire”, je me suis demandée s’il pouvait y avoir pour le lecteur un certain bonheur de lire.

Peut-être qu’au fond Annie Ernaux dérange, parce qu’il est de bon ton d’avoir la nostalgie de son enfance, de la réinventer, de l’enjoliver. Quant à elle, elle pense qu’il n’est pas de bon goût de se souvenir du “monde d’en bas”. Pourtant, la vision qu’elle donne du monde  d’en haut est pire encore : “Trois mots de politesse à la concierge. J’ai glissé dans cette moitié du monde pour laquelle l’autre n’est qu’un décor.” D’ailleurs la scène de fin au supermarché m’a paru d’une lucidé effroyable.

Mon édition m’étonne. Fait-on vraiment étudier ce texte aux scolaires ? En quoi peut-il intéresser des lecteurs qui n’ont eux-mêmes pas encore pris de distance par rapport à leur milieu d’origine ?

J’ai dit que ce récit était froid, pourtant il m’a touchée. J’ai lu ce livre d’une traite, dans la nuit, comme un roman qu’on ne pourrait lâcher. Bizarre, non ?

La place / Annie Ernaux, Gallimard (Folio plus), 2001, 155 p., ISBN 2-07-040010-7  

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Je vous recommande l’avis très positif de Yohan et ses liens vers les avis des autres.

Livres, lieux de mémoire et d’oubli

En 1969, Georges Perec se lançait dans un projet d’écriture intitulé “Lieux”.  Ce projet resté inachevé m’a toujours fascinée. Voilà pourquoi, j’ai (tout d’un coup) l’envie d’en dire deux mots.

En 1969 donc, Perec choisit douze lieux dans Paris (rue, place, carrefour…). Chacun de ces lieux a bien sûr un lien avec son histoire personnelle. Chaque mois, à partir de janvier 1969, il va faire la description de deux de ces lieux. L’une des descriptions est faite sur place par l’observation du lieu tel qu’il est en ce jour précis de sa visite et de l’écriture. L’autre description est faite à distance de l’autre lieu du mois, par les souvenirs que ce lieu évoque. Puis chaque description des deux séries ”lieux réels” et “lieux souvenirs” est mise sous enveloppe cachetée. Chaque année donc, chacun des douze lieux est décrit deux fois, une fois en réel et une fois en souvenir. Et Perec envisage de faire durer ce projet pendant douze ans. En 1981, un an avant sa “disparition”, il devait décacheter 2×12x12 enveloppes. En fait, au fil du temps, il a de moins en moins respecté son calendrier, jusqu’en 1975 où il a totalement abandonné son projet. Il en est tout de même resté 133 enveloppes.

De ce projet Perec espérait un triple résultat : “rien d’autre que la trace d’un triple vieillissement : celui des lieux eux-mêmes, celui de mes souvenirs et celui de mon écriture” (Espèces d’espaces). En fait, au bout de quelques années le temps lui a manqué. Et puis il était insatisfait de ce qu’il écrivait, se reprochait de ne pas savoir regarder. Il n’arrivait plus à noter objectivement ce qu’il voyait, se souvenant trop de ce qu’il avait écrit l’année précédente. Les deux séries, réel et souvenir, n’étaient plus aussi distinctes qu’il l’aurait voulu. Un jour même, il aurait traversé tout Paris pour se livrer à la description de la rue Junot, mais une fois sur place, il aurait écrit sur un papier “La rue Junot m’emmerde” avant de le glisser dans l’enveloppe à cacheter.

Aujourd’hui j’ai pensé à ce projet perecquien. Alors j’ai relu les pages d’”Espèces d’espaces” où il était question de ce projet encore en cours. Puis, dans le recueil “Je suis né”, j’ai relu la lettre que Perec adressait en 1969 à Maurice Nadeau pour lui faire part de quelques projets dont celui-ci. En suite, j’ai relu “La rue Vilin” dans le recueil “L’infra-ordinaire”. Puis j’ai cherché partout “Tentative d’épuisement d’un lieu parisien”, en vain  (vite, écrivons au Père Noël pour qu’il arrange ça sous peu).  Ensuite j’ai mis un Cd sur lequel on entend Perec expliquer en souriant l’abandon de ce projet. Enfin, j’aurais bien revu le film “Un homme qui dort”, mais ce sera (peut-être, si je suis sage) pour après Noël. Et peut-être même qu’il y aura le film “Les lieux d’une fugue” dans les bonus. Mais non, je crois que c’est un autre coffret, hélas.

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En fait, j’ai pensé à ce projet perecquien alors que nous devions choisir dix livres que nous aimons pour le défi Blog-o-trésors. J’ai choisi dix livres parmi beaucoup d’autres, dix livres lus bien avant d’avoir un blog. Je n’ai d’ailleurs fait figurer dans cette liste aucun titre de Perec, c’est pourquoi j’ai conclu avec lui un accord secret, pour en parler quand même, autrement, c’est-à-dire comme je peux. Autrefois je tenais des journaux, cahiers, carnets divers. J’y parlais de mes lectures, parfois. Je n’ai rien conservé. J’aurais aimé avoir gardé trace de ces lectures passées et confronter mes relectures à ces lectures anciennes, et au souvenir que j’en ai. J’aurais ainsi pu mesurer un triple vieillissement ;-) : celui des livres eux-mêmes, celui de mes souvenirs, celui de ma lecture-écriture. Je me demande d’ailleurs si un jour, rouvrant le premier roman que j’ai lu de Perec, je pourrais écrire : “Un homme qui dort m’emmerde”. Non, ça m’étonnerait !

Mais vous, qui pour certains avez déjà plusieurs années de blog de lecture derrière vous, avez-vous déjà essayé de relire et produire une nouvelle note de lecture sur un livre déjà ”blogué” ?

Chaos intérieur dans une pénombre tiède

“C’est la plus triste des soirées,
car je m’en vais et ne reviendrai pas.”

Le narrateur a pris sa décision. Le lendemain matin, il partira. Il quittera Susan, la femme avec qui il vit depuis six ans, et leurs deux jeunes enfants. Nous sommes le soir, la veille d’une rupture programmée, dans les pensées du narrateur. La soirée s’écoule, avec les gestes habituels, le bain des enfants, le dîner, le coucher… Susan ne se doute pas une seconde de ses intentions. Que fera-t-il après ? Provisoirement, il sera hébergé par son ami Victor. Mais ensuite, à quoi ressemblera sa vie ? Ira-t-il d’aventure en aventure comme Victor ? Fréquentera-t-il les clubs pour célibataires comme son ami comptable ? En tous cas, il ne pourra pas vivre comme Asif, cet ami dont le bonheur serein lui demeure incompréhensible.

“J’ai récemment été tenté par un rêve d’autosuffisance : un petit appartement, un chat, des livres, une télé, de la musique, un plant d’herbe, des amis à dîner (…) Oui, je comprends parfaitement les tentations de l’autarcie, cette idée que nous pouvons garder auprès de nous tout ce dont nous avons besoin, que nos propres caresses sont aussi agréables que celles d’autrui. Mais je n’ai pas envie d’être de nouveau séduit de la sorte. Je vais me jeter sur les autres, sans la moindre retenue. Je ne compte pas tergiverser à la lisière de l’existence.”

Toute la soirée et toute la nuit, il va ainsi réfléchir à sa situation personnelle, à celles de ses amis comme autant de modèles possibles, à ses relations avec les femmes, à la vie de ses parents… en passant par des considérations plus générales sur la mort du couple, l’inévitable fin de l’amour, l’ennui d’une vie bourgeoise un peu trop confortable, le monde contemporain… Sa vie ne le satisfait plus, mais il ne désire rien d’autre. Ou si justement, il désire désirer plus. De sa femme, dont il parle avec un soupçon de mépris, il dit qu’elle “ne sombrera jamais dans le chaos intérieur”. Lui a déjà sombré.

“C’est le malheur et la blessure qui me touchent. Alors je comprends, alors je peux être utile. Je me sens chez moi dans une atmosphère de dépression généralisée, dans une pénombre tiède. Si le malheur vous attire, vous ne manquerez jamais d’amis.”

Parfois le narrateur convoque Aristote, les Bouddhistes, les marxistes, les yogis… En plein désarroi, il s’interroge sur la définition du bonheur. C’est qu’il n’est pas banal ce personnage-narrateur. Il stocke LSD et ecstasy dans son frigo, se rend aux réunions de parents d’élèves sous acide et se défonce pour le réveillon de Noël. Il est très rock’n roll et semble s’être égaré dans une vie des plus conventionnelles.

“Je devrais sans doute être impressionné par le fait que je ne me suis pas attaché aux choses, que je suis assez libre et détaché pour m’en aller demain matin. Mais à quoi bon cette liberté ? Nul doute que la liberté ultime consiste à choisir, à échanger cette liberté contre les obligations qui vous lient à l’existence – à s’impliquer.” 

Nombreuses sont ces considérations sur les choses, les choses qui font le confort, et puis qui emprisonnent. Il quitte autant ses choses que sa famille. Il ne tient finalement qu’à une de ces choses : une photo de John Lennon.

“Je vais laisser ce bureau aux garçons. Et les livres ? Je ne peux ni les relire tous, ni les jeter. J’ai passé bien assez de temps le nez plongé dedans, tantôt par devoir, tantôt par plaisir. Jeune, j’ai souvent commis l’erreur de commencer un livre par le début et de le lire jusqu’à la fin.”

“Intimité” est un roman intimiste qui porte bien son titre, un roman largement autobiographique. C’est une quête de vérité. Le narrateur met sa vie à plat. Il sait qu’il a le mauvais rôle. Il est celui qui part, celui qui abandonne. Il va paraître lâche. Il accepte le blâme, pour être enfin en accord avec lui-même. Ce roman est déprimé, mais il y a tellement plus de vie dans ces questionnements que dans le bonheur béat ! Ceux qui peuvent se sentir chez eux dans cette pénombre tiède le liront dans l’enthousiasme, voulant comme moi prendre en note presque chaque phrase, et le refermeront rassérénés.

“Si vivre est un art, alors c’est un art étrange, un art de tout et surtout du plaisir intrépide.”

Hanif Kureishi (1954-…) est né à Londres d’une mère anglaise et d’un père pakistanais. Il est l’auteur de romans (Le bouddha de banlieue, Black album, Intimité, Quelque chose à te dire), de nouvelles, de pièces de théâtre, de scénarios (My beautiful Laundrette, Sammy et Rosie s’envoient en l’air). Aussi incroyable que cela puisse paraître, “Intimité” a été (librement et génialement) adapté au cinéma par Patrice Chéreau. 

Intimité / Hanif Kureishi, traduit de l’anglais par Brice Matthieussent (titre original : Intimacy), 10-18 (Domaine étranger), 2003, ISBN 2-264-02819-X

Cette brume insensée

 

“Chêne et chien” est une autobiographie en vers de Raymond Queneau, un “roman en vers” selon le sous-titre. En fait, cette autobiographie se présente comme un recueil de poèmes de formes diverses, composé de trois parties.

Le recueil  commence comme la plus classique des autobiographies, par le commencement, à savoir l’enfance et d’abord la naissance. Il s’ouvre par ces vers :

“Je naquis au Havre un vingt et un février

en mil neuf cent et trois.

Ma mère était mercière et mon père mercier :

ils trépignaient de joie.”

On le voit, la mise en vers mètrés et rimés crée un petit décalage, un effet gentiment comique. Et on entre dans ce recueil le sourire aux lèvres. On y lit les premiers souvenirs : souvenirs d’école, souvenirs de la vie de famille, souvenirs des terreurs enfantines… C’est le temps des premières fois : premier voyage, premières lectures, premiers écrits… Le vocabulaire est parfois familier, les rimes sont incongrues et toujours on sourit. Le français parlé auquel on associe souvent Queneau fait irruption aux détours de vers beaucoup plus écrits. Et ce sont ces ruptures de ton qui nous font sourir. Queneau ne se prend pas au sérieux et surtout ne semble guère croire lui-même à ce “roman familial” qu’il nous propose. 

Puis vient l’adolescence. Le monde est en guerre et l’humeur est plus sombre :

“J’ai maintenant treize ans – mais que fut mon enfance ?

Treize est un nombre impair

qui préside aux essais de sauver l’existence

en naviguant dans les enfers.”

Les angoisses surgissent, les doutes et les questions aussi. Le ton se fait de plus en plus mélancolique. La deuxième partie s’annonce :

“Cette brume insensée où s’agitent des ombres,

comment pourrais-je l’éclaircir ?

cette brume insensée où s’agitent des ombres,

- est-ce donc là mon avenir ?”

Et ce n’est qu’au début de la deuxième partie, qu’on comprend de quoi il s’agit. C’est le récit d’une analyse :

“Je me couchai sur un divan

et me mis à raconter ma vie,

ce que je croyais être ma vie.”

La première partie s’éclaire d’un jour nouveau. Dans la deuxième, il y a le quotidien de l’analyse et il y a l’intime.  Est-ce que c’est impudique ? Oui et non. Ce le serait si tout cela était dit platement. Mais la poésie recrée la brume que le lecteur à son tour est chargé d’éclaircir.  Et puis c’est émouvant. On ne sourit plus vraiment. Mais ne soyez pas inquiets, dans la troisième partie arrive la guérison.

“Chêne et chien”  a été publié en 1937. Queneau était déjà poète mais n’avait encore publié que des romans : “Le chiendent” (1933), “Les derniers jours” (1936), “Odile” (1937). Il avait une trentaine d’années et était paraît-il encore en analyse. Avec “Chêne et chien”, il nous offre une autobiographie légère et grave, tantôt souriante, tantôt bouleversante, toujours distanciée, et surtout étonamment moderne.

Chêne et chien / Raymond Queneau, Gallimard (Poésie), 1997, ISBN 2-07-030231-8

Ajout du 31 août : je viens de découvrir le blog de Rose qui aime beaucoup Queneau (et comme elle aime aussi Perec, ça vaut vraiment la peine d’aller y faire un tour) 

Août 2009 : j’attribue à Chêne et chien le Levraoueg d’or de l’autobiographie poétique !