Alain Delon est une star au Japon

Alain Delon est une star au Japon

“Dans le noir de sa chambre, l’acteur dormait et rayonnait comme un morceau de kryptonite.”

Un matin, alors qu’Alain Delon se balade tranquillement dans Paris à vélib, il est enlevé par deux jeunes japonais qui vont le séquestrer au fin fond de la Creuse…

C’est donc Alain Delon le personnage principal de ce roman. Alain Delon, l’acteur, le vrai, le seul, l’unique ! Ou plutôt son fantasme comme échappé de l’écran pour échouer dans le roman de Benjamin Berton. C’est l’Alain Delon que nous connaissons tous, même et surtout si nous le connaissons peu. L’Alain Delon de quelques films d’action, quelques rôles de séducteurs, quelques apparitions télé au cours desquelles la star évoque volontiers ses états d’âme, et enfin l’Alain Delon de quelques faits divers, quelques histoires de famille et de recherches en paternité. C’est un Alain Delon tout en idées reçues. Et en cela le titre du roman annonce très bien la couleur.

Voici un roman que l’on aborde comme une blague de potache. Ce que l’on peut craindre devant ce genre de livre, c’est que l’idée de départ, aussi bonne soit elle, soit la seule idée que le roman développerait pendant des pages et des pages avant de la dissoudre à la fin dans un ultime baillement du lecteur. Eh bien, ce n’est pas le cas ici. Le roman apporte son lot de rebondissements, ses personnages secondaires faisant leur apparition les uns après les autres et une fin très habile et assez surprenante.

J’ai bien aimé quelques digressions, quelques réflexions sur notre société comme le petit topo d’Alain Delon sur l’incurie administrative ou les réflexions du narrateur sur l’école à la française. J’ai bien aimé également l’usage que Benjamin Berton fait des notes en bas de pages. Jouant souvent sur l’ambiguité entre fiction et ouvrage documenté sur l’acteur, la culture japonaise ou le parler de la Creuse, elles deviennent par moments un moyen de tourner en dérision le grand homme. Enfin j’ai franchement ri en lisant les passages les plus fantaisistes, comme le rêve de Delon libéré par De Gaulle et son armée, ou la vache Clarabelle se pâmant devant une photo de l’acteur.

C’est un roman qui arrachera forcément quelques sourires (à choisir dans une large palette) même au lecteur le plus ronchon. C’est aussi un roman très malin, qui du cinéma aux mangas, en passant par la téléréalité et les superhéros, Amélie Nothomb et le sudoku, passe en revue pas mal d’aspects de la culture populaire. Une très bonne surprise !

Alain Delon est une star au Japon / Benjamin Berton, Hachette Littératures, 2009, 280 p., ISBN 978-2-01-237822-3

Benjamin Berton (1974-….) a obtenu le Goncourt du premier roman en 2000 pour “Sauvageons” . “Alain Delon est une star au Japon” est son cinquième roman, après “Classe affaires”, “Pirates” et “Foudres de guerre”.

Merci à Babelio pour m’avoir envoyé ce roman dans le cadre de Masse critique !

D’autres avis sur Babelio

Masse critique

 

Dans les nuages

nuages2

Je viens de passer ma matinée dans les nuages ! J’avais d’autres projets pourtant…

Figurez-vous que, depuis quelque temps, je me pose des questions sur l’usage que l’on peut faire des tags que l’on met sur les billets de blogs.

C’est sur Babelio que j’ai commencé à mettre des tags. Au début, sans trop réfléchir, pour chaque livre j’ai indiqué le genre (nouvelles), la langue (anglais), le siècle (20e siècle). En fait, sans y penser, je crois que j’ai traduit en mots les indices Dewey qu’en bibliothèque on met sur les livres. Mais ce mode d’indexation m’a tout de suite paru à la fois beaucoup trop sommaire et en même temps asez intéressant car il donne une vue d’ensemble de mes choix de lecture. Quand je regarde l’actuel nuage de tags de mon blog, je suis la première surprise. Je n’ai pas l’impression d’accorder aujourd’hui ma préférence à la littérature française et j’ai l’impression l’année dernière d’avoir lu pas mal d’auteurs russes, mais mon nuage de tags dit le contraire. J’ai l’impression de ne pas énormément suivre l’actualité éditoriale et donc de lire assez peu de contemporains, mais là encore mon nuage de tags dit le contraire (et il le dit très fort !).

19e siècle 20e siècle albanais allemand américain anglais autobiographie babelio bd blog canadien chine contemporain dico dogons espagnol français gabon histoire irlandais irlande japonais liban livres et lecture mali norvégien nouvelles poésie polar polonais polyphonie premier roman roman roman dans le roman russe saga scandinave swaps uchronie ukraine

Aujourd’hui donc,  j’ai envie d’utiliser mon nuage de tags pour orienter mes lectures. Par exemple j’aimerais l’année prochaine, pour mon deuxième blog-anniversaire, pouvoir constater que la part accordée au 19e s. aura augmenté, que d’autres périodes seront apparues et que le français aura un peu reculé. Étant donnés mes challenges en cours et la chaîne des livres ça va être difficile, mais je vais essayer !

Parallèlement à ça, je me demande comment mieux utiliser les tags. Au fil du temps, j’ai parfois ajouté des termes qui mettaient en avant un procédé littéraire : polyphonie, uchronie, roman dans le roman… Et plus d’une fois, j’ai envisagé la possibilité de mettre des tags thématiques. Pour l’instant je me suis contentée d’ajouter un nom de pays. Par exemple, classer le roman de Rawi Hage à “roman, anglais, contemporain” en l’insérant dans la catégorie “Littérature canadienne” me paraissait tellement stupide, que j’ai voulu ajouter un tag “Liban” (c’est un auteur canadien d’origine libanaise qui a écrit un roman sur la guerre du Liban). En revanche, réduire un roman à un thème et le faire de manière systématique m’a jusqu’à présent paru difficile.

Prenons l’exemple du roman de Schlink “Le liseur“. J’avais envisagé de mettre un ou deux termes thématiques. J’avais ainsi pensé à “shoah”, “nazisme” ou “2nde GM”, et déjà j’hésitais. Et puis il y a cet autre thème qui est le secret du personnage féminin et que je ne peux donc révéler sans risque de représailles. C’est alors que j’ai eu envie d’aller, sur Babelio, regarder ce que faisaient les autres. Voici les tags obtenus pour ce roman :

2008 allemagne allemand auteur allemand contemporain guerre littérature littérature allemande littérature étrangère lu en 2002 médiathèque roman roman étranger xxème siècle

Malheureusement la dimension des tags n’a pas été conservée à la copie. Je peux malgré tout vous dire que les mots “roman” “allemagne”, “allemande”, ”littérature allemande” dominent (je les ai mis en gras). Il y a une tentative d’indexation thématique : “guerre”. Et puis une note personnelle indiquant qu’il s’agit d’un emprunt (“médiathèque”) ou encore des formules sur l’époque de la lecture (“2008″, ”lu en 2002″).

En me promenant sur Babelio, sur d’autres livres j’ai repéré des mentions d’âge ou de classe (“2nde”, “17 ans -terminale”, “à l’école”, “khâgne”, “souvenir de mes études”) et des indications concernant le lieu de conservation des livres ou leur origine (“chez maman”, “prêt”). J’ai aussi remarqué des mentions de prix littéraires (“prix Goncourt”),  des mentions de degré d’adoration (“pour une île déserte”, “merveille”) ou d’émotion (“bouleversant”), ainsi qu’un classement d’auteurs selon un critère biographique (“écrivains suicidés”). Et puis bien sûr, j’ai trouvé les grands thèmes de la littérature, par exemple l’inévitable ”amour” (je me demande d’ailleurs s’il ne serait pas plus pertinent d’indexer à “sans amour” les romans qui ne traitent pas du tout de cette question !).

Ce matin, je me suis bien amusée à rebondir de tags en tags (car Babelio nous permet de voir les tags associés à un tag), je me suis même carrément noyée dans les nuages, mais cela ne m’a pas beaucoup aidée.

C’est pourquoi maintenant (mais je suis sûre que vous m’avez vue venir), j’aimerais bien savoir ce que vous en pensez et comment vous-mêmes taguez vos billets…

Edit du 2 mars : Finalement, après mûre réflexion et grâce aux discussions en commentaires, j’ai décidé d’introduire des thèmes dans les tags. Voici donc ce que donne mon nuage aujourd’hui :

1ère guerre mondiale 2e guerre mondiale 19e siècle 20e siècle adolescence albanais allemand américain anglais art autobiographie babelio bd blog canadien chine conflit irlandais contemporain dico dogons famille français gabon histoire japonais livres et lecture mali norvégien nouvelles personnage écrivain personnage lecteur poésie polar polonais polyphonie premier roman roman roman dans le roman roman graphique russe saga suicide swaps uchronie ukraine

Publié dans:  on 1 mars 2009 at 12:30 Commentaires (23)
Tags: ,

Bon week-end !

week-end

“Si la société ne te convient pas,
tu peux entrer au couvent,
ou élever des abeilles en Provence,
ou des moutons aux Hébrides.
Ce n’est pas une raison pour tuer des gens.”

En Allemagne, de nos jours, un ancien terroriste de la Fraction Armée Rouge sort de prison après vingt-trois ans de détention. Sa soeur l’emmène à la campagne pour un premier week-end de liberté en compagnie de ses amis de jeunesse… 

La plupart des personnes réunies pour ce week-end a la cinquantaine. Ce sont cinq anciens amis (Jörg, Henner, Ilse, Ulrich et Karin) qui se connaissent depuis le lycée ou l’université. Ils ont partagé les mêmes discours révolutionnaires, mais l’un d’eux a mis ses paroles en actes, allant jusqu’à tuer quatre personnes. A ce groupe d’anciens amis s’ajoutent les conjoints de deux d’entre eux, la fille d’un des couples, la soeur de Jörg et son amie Margaret à qui la maison appartient, Andreas l’avocat de Jörg, et puis Marko, un jeune admirateur de Jörg qui aimerait le faire renouer avec l’action terroriste.

Le roman est composé de trois parties : Vendredi, Samedi et Dimanche. Le vendredi est le jour de la sortie de prison de Jörg et des retrouvailles dans la maison de campagne. C’est la partie la plus nostalgique, mélancolique aussi, où chacun mesure sur les visages des autres le temps qui a passé. Je crois que c’est la partie que j’ai préférée. Le samedi est le jour des grandes discussions de fond, des débats sur la violence politique. C’est le jour où chacun se remémore ses rêves de jeunesse et fait le point sur sa vie. C’est aussi le jour où un treizième invité arrive et où de nouveaux couples se forment. Enfin le dimanche est le jour d’une ultime révélation sur la situation présente de Jörg. C’est le jour où est abordée la grande question du pardon. C’est aussi le jour où Jörg choisit la direction à donner à sa vie.

Difficile de ne pas comparer ce roman au Liseur. Une fois de plus Bernhard Schlink s’attaque à un grand sujet lié à l’histoire récente de l’Allemagne, grand sujet qu’il traite avec une étonnante simplicité, sans jamais se montrer manichéen, en posant des questions auxquelles il ne fait que semer différents éléments de réponse. Une fois de plus c’est un roman à la fois politique, philosophique et psychologique. Le temps d’un week-end il fait vivre sous nos yeux treize personnages, accordant à chacun d’eux la même attention, comme si aucun d’eux n’était secondaire. Délicat avec chacun, toujours subtil, ce roman m’a paru d’une grande vérité. Faut-il encore ajouter que je le recommande ?

Le week-end / Bernhard Schlink , traduit de l’allemand par Bernard Lortholary (titre original : Das Wochenende), Gallimard (Du monde entier), 2008, 217 p., ISBN 978-2-07-012135-9 

livres, critiques citations et bibliothèques en ligne sur Babelio.com

Merci à Babelio et Gallimard !

D’autres avis (tous positifs) sur les blogs de lecture par Katell, LéthéeMustango, Nanou, Sybilline et Yohan.

Challenge du 1% littéraire 2008

Le complot contre la lectrice

le-complot-contre-lamerique

challengeabc2008 

“C’est la peur qui préside à ces Mémoires,
une peur perpétuelle. “

Ainsi commence “Le complot contre l’Amérique” de Philip Roth. Il s’agit donc de mémoires. Dés le deuxième paragraphe nous sommes propulsés en 1940. Nous apprenons rapidement que le narrateur à la première personne avait sept ans en 1940 (comme l’auteur), qu’il se prénomme Philip (comme l’auteur) et qu’il est né dans une famille juive (comme l’auteur). Cela ressemble donc à une autobiographie. A un petit détail près toutefois : cette année là, Roth imagine la victoire aux élections présidentielles américaines de Charles A. Lindbergh, l’aviateur proche des idées nazies. A partir de cette élection, l’histoire des États-Unis, l’histoire du monde et l’histoire de la famille Roth sont réécrites, mais réécrites à partir du vrai, ce qui donne un peu le vertige. 

Bien sûr ce début de lecture n’est pas tout à fait réel. C’est la lecture souhaitée, proposée par l’auteur. Alors la gentille lectrice a fait semblant de croire pendant quelques pages qu’il s’agissait de mémoires. Mais bien entendu, j’ai en fait ouvert ce roman sachant déjà de quoi il s’agissait.  Beaucoup considèrent Roth comme le plus grand écrivain américain contemporain. Moi j’ai manqué ma rencontre avec lui ; “Portnoy et son complexe” m’était tombé des mains. Alors je découvre son dernier roman un an après sa parution en poche grâce à un cadeau de Babelio (oui j’avais gagné un jeu, et l’expliquais ici), trois ans après la sortie de sa traduction française, 5 ans après la parution de l’édition originale. Inutile donc de préciser que j’ai déjà eu plus d’une fois l’occasion d’entendre prononcé (ou de lire) le fameux mot d’ “uchronie” pour qualifier ce roman.

Une uchronie est une réécriture de l’histoire par la modification d’un élément dont on tire de nouvelles conséquences. Il s’agit de se demander : que se serait-il passé si… ?

Je savais donc déjà un peu de quoi il était question et ça avait anéanti toute envie de lecture.  Ne restait plus qu’un vague curiosité : comment Roth allait-il réussir à tenir en haleine son lecteur pendant plus de 500 pages une fois que celui-ci aurait compris de quoi il s’agissait ? Et aussi une question subsidiaire : est-ce que ce roman fonctionne également avec les lectrices ? J’ai fait des recherches sur les blogs de lecture et trouvé beaucoup d’avis masculins : “un livre incontournable” pour LVE, “un grand roman” selon Pitou, “une surprenante et terrifiante uchronie” selon Le bibliomane, “de ces romans qui marquent” pour Loïc, enfin plus modéré, “pas si mal” selon InColdBlog. Mais je n’ai pas trouvé d’avis féminin. Est-ce le sujet politique qui rebute les lectrices ? (Mais si vous êtes une lectrice et que vous l’avez lu, n’hésitez pas à vous manifester en commentaire).

Le fait est que les considérations purement politiques ne m’ont pas captivées. A partir du moment où j’avais compris que Lindbergh allait être élu, je me suis autorisée à glisser sur tout ce qui concernait sa campagne, ses discours, etc. Dés le début donc, j’ai pris l’habitude de passer tout ce qui ne concernait pas directement la famille Roth. Mon oeil glissait sur les pages et s’arrêtait quand un paragraphe commençait par “mon frère”, “mon père”, “ma mère” ou encore “je”. Mais surtout que Philip Roth ne se vexe pas ! Je ne me force jamais à lire et j’ai infligé ce traitement à bien d’autres grandes oeuvres (“L’éducation sentimentale” par exemple). Dans le cas présent, je n’avais aucune envie de lire un essai. Je voulais un roman, avec des personnages. Pour que les idées politiques m’intéressent, il fallait qu’elles soient incarnées.

Je me suis donc intéressée aux Roth. Dans cette famille, on trouve le père (39 ans, agent d’assurances), la mère (36 ans, femme au foyer), le frère (Sandy, 12 ans), le cousin (Alvin, environ 20 ans), la tante (Evelyn), et le petit Philip (7 ans, philatéliste en herbe). L’un d’eux va trahir son camp, un autre va devenir un héros, la plupart va vivre ces années noires dans la peur.

“C’était la première fois que je voyais mon père pleurer. C’est un tournant, dans une enfance, le jour où les larmes de quelqu’un d’autre vous paraissent plus insupportables que les vôtres.”

A ce jeu du “et si” que nous propose Philip Roth (et si ça s’était passé comme ça en 40), s’ajoute le jeu du lecteur qui en lisant se demande : “laquelle de ces attitudes j’adopterais si aujourd’hui ou demain…”. Car la démocratie nous a appris la résignation. Surtout quand on a pris l’habitude d’être du côté de la minorité à chaque élection importante, de voir à chaque fois le candidat qu’on n’avait pas choisi arriver au pouvoir. On accepte le résultat de l’élection malgré tout, parce que c’est la règle du jeu démocratique. Après, quand arrivent les réformes avec lesquelles on est en total désaccord, on proteste tout de même un peu : on renonce à quelques jours de salaire dont on aurait pourtant eu besoin pour aller manifester son désaccord dans les rues. Mais à part ça que fait-on ? Est-il normal qu’une élection démocratique entraîne malgré eux des Américains à faire la guerre en Irak ? Est-il normal qu’à cause d’une majorité d’électeurs qui ne connaît majoritairement rien à la situation de la justice ou de l’enseignement supérieur,  on impose aux principaux concernés des mesures qu’ils désapprouvent ? Hitler a été élu démocratiquement. Et dans le roman de Roth, Lindbergh est également élu démocratiquement. Alors à partir de quand n’accepte-t-on plus la règle du jeu ?

Voilà, j’ai allègrement sauté par-dessus les pages purement politiques, mais j’ai quand même fait de ce roman une lecture politique. L’auteur était plus fort que la lectrice, alors il a gagné. Un roman qui revisite le passé pour nous faire réfléchir à notre présent et au futur, moi j’appelle ça un grand roman. Pourtant, je n’ai pas vraiment aimé ce roman. Un petit quelque chose m’a manqué pour que je sois vraiment conquise. D’abord ce roman ne m’a absolument jamais surprise. Ensuite la fin ne m’a pas paru très convaincante. Enfin, tout ça est peut-être un petit peu trop rationnel pour moi. Je ne suis donc pas tout à fait sûre que Roth soit le plus grand écrivain américain contemporain. Je ne sais pas encore qui est meilleur, mais je vais chercher…

Le complot contre l’Amérique / Philip Roth, traduit de l’américain par José Kamoun (titre original : The plot against America), Gallimard (Folio), 2007, 557 p., 978-2-07-033790-3

1958-2008 : ces 50 ans qui ont changé notre vie

 

Quelle déception ! Et surtout quel ennui !

Voici un ouvrage qui nous propose de parcourir les cinquante premières années de la Ve République en les regardant par le petit bout de la lorgnette, c’est-à-dire en s’intéressant à la petite histoire plutôt qu’à la grande, et en se focalisant sur ce qui a changé dans notre vie quotidienne depuis 1958. Ces intentions avaient tout pour me séduire, mais hélas…

J’ai choisi ce livre dans la liste proposée par Babelio croyant recevoir ce que dans le jargon des bibliothèques on appelle “un usuel”. J’ai en effet un faible pour ces ouvrages qui se veulent utilitaires, qui sont faits pour nous apporter une réponse à une question ponctuelle, mais dans lesquels on peut aussi entrer sans rien chercher, pour le plaisir de se perdre dans un labyrinthe de mots, de faits, de dates, d’idées… J’aime les dictionnaires, même (et surtout) les plus fantaisistes, les encyclopédies, les chronologies, les almanachs… et je m’attendais à recevoir un des ces livres aux multiples entrées et aux multiples lectures possibles. J’espérais un de ces livres inépuisables, dans lesquels on aime à se replonger encore et encore et dans lesquels on apprend énormément de choses.

Au lieu de cela, j’ai reçu un ouvrage qui ne propose aucune entrée possible, mis à part le feuilletage. Si l’ayant feuilleté une première fois, on se souvient par exemple que l’invention du minitel y figure mais qu’on en a oublié la date, on n’a même pas un index à sa disposition pour la retrouver. Si au moins des chemins de lecture nous étaient proposés à l’intérieur de l’ouvrage, on pourrait le feuilleter plusieurs fois selon des axes différents. Par exemple, ayant remarqué qu’il y avait dans ce livre des informations concernant le cinéma, on pourrait être tenté de parcourir cinquante ans d’histoire du cinéma. Mais même ça, ce n’est pas possible, les différentes rubriques n’étant pas positionnées au même endroit d’une page à l’autre. Les titres des mini-articles qui composent chaque page sont comme surlignés en jaune, en orange, en vert… mais ces couleurs sont distribuées au hasard sans qu’il soit possible d’en suivre une d’un bout à l’autre de l’ouvrage.

Et si on fait malgré tout l’effort d’entrer dans l’une des pages de l’ouvrage pour découvrir les faits retenus pour l’année à laquelle se consacre la double page, on se rend compte que la plupart des mini-articles ne sont en fait que des énumérations, ce qui s’avère donc vite lassant, souvent même absolument illisible, et pire encore, sans aucun intérêt (car une liste qui n’est pas exhaustive n’a aucun intérêt) : liste des films sortis cette année là, liste des émissions de télé nées cette année là, liste des morts de l’année, etc. Et on comprend alors mieux pourquoi il n’y a pas d’index : tout simplement parce que celui-ci aurait été au moins aussi long que l’ouvrage proprement dit.

Comme il n’y a qu’une double page pour chaque année, l’essentiel du travail des deux auteurs a été de sélectionner les événements à recenser. Cette sélection ne pouvant qu’être subjective, on aurait pu s’attendre à ce que les auteurs assument cette part de subjectivité en adoptant un ton singulier, en portant un regard qui leur soit propre sur ces années qui, pour au moins une partie d’entre elles, sont aussi les leurs. Au lieu de cela, on a un ton d’une platitude et d’un ennui incommensurables. Car à force de vouloir donner dans le consensuel, on n’intéresse plus personne.

Comme je serais bien mauvaise, si je n’essayais pas de mettre en avant ne serait-ce qu’un point positif, je dirais que j’ai bien aimé une des rares rubriques récurrentes clairement identifiable : “Le mot de l’année”.  Et comme moi aussi j’aime les listes, voici en partant de la fin, quelques uns des mots retenus pour cette rubrique : RSA, Bravitude, Chikungunya, Sudoku, Blog, SRAS, Euro, AZF, RTT…

Mais il y a tellement mieux, si on s’intéresse aux mots de l’actualité ! Je songe à ce formidable ouvrage publié par Gallimard Jeunesse et intitulé “Les 1000 mots de l’info”. Théoriquement destiné aux adolescents, cet ouvrage peut tout à fait ravir les adultes curieux dans mon genre, mais aussi les parents de jeunes adolescents qui se trouvent souvent dépourvus face aux questions suscitées par exemple par le journal télévisé. C’est en outre un ouvrage fort bien illustré, avec un index à la fin, un mode d’emploi au début, et toutes sortes de rubriques offrant ces portes d’entrée que j’ai cherchées en vain dans “1958-2008″. Mais c’est aussi un ouvrage de 360 pages (mon édition de 2003), alors que “1958-2008″ prétend raconter 50 ans en 120 pages.

 

A qui s’adresse “1958-2008″ ? Espérant ratisser large, la quatrième de couverture nous dit “un livre pour toutes les générations”. Comme on n’y apprend pas grand chose, je dirais plutôt qu’il joue avec la nostalgie qui finit par nous gagner tous, l’âge venant. C’est donc, selon moi, un livre qui s’adresse à ceux qui ont traversé ce demi-siècle.

En conclusion, si vous connaissez quelqu’un qui a cinquante ans cette année (et que vous ne l’aimez pas beaucoup), vous pouvez toujours le lui offrir.

livres, critiques citations et bibliothèques en ligne sur Babelio.com

Publié dans:  on 22 juin 2008 at 11:25 Commentaires (4)
Tags: ,

PAL critique

Je vois fleurir un peu partout des billets de blogueurs tout heureux d’annoncer qu’ils ont gagné un ou plusieurs livres dans le cadre de l’opération Masse critique de Babelio. Eh bien figurez-vous que je fais aussi partie des heureux élus ! 

Mais j’ai l’intention de faire un peu ma mystérieuse. Je vous parlerai donc de ce livre-cadeau quand je l’aurai reçu. Sachez seulement que ce n’est pas un roman, mais un ouvrage documentaire.

Merci Babelio !

Publié dans:  on 4 juin 2008 at 9:11 Commentaires (3)
Tags:

Livres à adopter

Pour vous inscrire à l’opération Masse critique de Babelio, c’est ici !

Publié dans:  on 27 mai 2008 at 11:38 Commentaires (2)
Tags:

Le complot contre ma PAL

Je viens de recevoir ce livre en cadeau. Je l’ai gagné à un jeu proposé par Babelio dont le résultat est ici. En fait j’avais perdu, mais comme les autres avaient encore plus perdu que moi, finalement Babelio a considéré que j’avais gagné et m’a envoyé le cadeau. Merci Babelio !

Ne reste plus qu’à savoir comment je vais réussir à insérer ce roman dans mon progamme de lecture déjà chargé. Je ne vais quand même pas me lancer dans un challenge des 5 continents…

Publié dans:  on 6 mai 2008 at 8:11 Commentaires (8)
Tags:

Connectons nos bibliothèques

 

babelio.gif

 

Quelques mots sur Babelio que je teste depuis un mois et dont je vais continuer à suivre l’évolution avec intérêt :

Qu’est-ce donc que Babelio ? C‘est un réseau social pour passionnés de livres sur le modèle de ceux existant déjà aux Etats-Unis (Goodreads, Librarything, Shelfari) mais pour lecteurs francophones. Il appartient à la catégorie des réseaux sociaux dits verticaux, c’est-à-dire rassemblant moins de monde que les grands réseaux sociaux dits horizontaux de type Facebook, mais réunissant des personnes autour d’un centre d’intérêt commun.

Concrètement, comment ça fonctionne ? On s’inscrit sous un pseudonyme et on entre les livres que l’on a dans sa bibliothèque. Pour ça, il suffit de saisir l’ISBN (ou le titre ou l’auteur de l’ouvrage) et alors la couverture et une petite notice sont récupérées d’Amazon. Depuis peu, il est possible aussi d’entrer les livres par la simple lecture du code-à-barres avec une webcam (mais ça je ne l’ai pas testé). On peut s’arrêter là, comme on peut ajouter des informations sur les livres de sa bibliothèque : mettre une note, écrire une critique, un commentaire objectif, saisir le commentaire de l’éditeur, des citations, mettre des tags ou mots-clés (appelés “étiquettes” sur Babelio), créer des listes pour y classer ses livres  (pour ma part, j’y ai créé la liste des livres en attente de lecture, autrement dit ma PAL, et des listes réservées à mes challenges de lecture, mais d’autres proposent aussi, par exemple, une liste de livres à échanger).

A quoi ça sert ? C’est d’abord un moyen de gérer sa bibliothèque en solitaire, comme on le ferait hors réseau social avec un logiciel de gestion de bibliothèques (le site offre d’ailleurs la possibilité de ne pas partager sa bibliothèque avec les autres). Le système des étiquettes et du nuage des étiquettes qui apparaît sur sa page de profil permet aussi à l’utilisateur de voir sa bibliothèque autrement. Mais c’est surtout un outil de recommandation. Il s’agit pour Babelio de “connecter nos bibliothèques”. C’est-à-dire que le système compare ma bibliothèque avec celle des autres. Je vais alors visiter les bibliothèques qui ressemblent à la mienne pour y puiser de nouvelles envies de lecture. Jusqu’à présent ce système était assez rudimentaire, c’est-à-dire que Babelio se contentait de repérer le nombre de livres en commun avec les autres. Les plus grosses bibliothèques de Babelio arrivaient donc en tête des bibliothèques recommandées et la visite de ces bibliothèques se révélait bien décevante, en tous cas bien loin de mes goûts. Mais ce système a évolué tout récemment. La comparaison prend maintenant en compte la taille des bibliothèques, la rareté des ouvrages en commun, etc. Les rapprochements de bibliothèques sont donc beaucoup plus pertinents.

Ce que j’apprécie sur ce réseau ? L’absence de publicité (pour le moment) : la participation à Babelio est gratuite jusqu’à  300 livres (au-delà une contibution de 30 euros est demandée à l’utilisateur pour disposer de sa bibliothèque Babelio à vie). Cela fonctionne donc comme une gentille association de lecteurs.

Les questions que je me pose ? Que va devenir Babelio quand les rapprochements avec le monde marchand se feront plus nombreux ? Il y a déjà eu un petit rapprochement avec l’opération Masse critique : il s’agissait pour le participant à cette opération de recevoir un livre gratuit en échange d’un commentaire sur l’ouvrage en question posté sur son blog. Naturellement le commentaire peut tout à fait être négatif, il n’y a donc rien à redire (et d’ailleurs, si je n’avais pas déjà eu trop à lire, je me serais bien laissée tenter). Mais que va être la suite ?

Ne terminons pas sur une réserve. Babelio, tel qu’il est aujourd’hui me plaît bien. Nous sommes à peu près 2000 à avoir connecté nos bibliothèques et je vous invite à nous rejoindre. Pour accéder à Babelio, cliquer ici .

Et bien sûr, que ce soit ici en commentaire ou sur vos propres blogs, n’hésitez pas à nous faire part de vos expériences sur Babelio et ses concurrents, ce que vous aimez ou n’aimez pas sur ces réseaux… car je suis sûre que vous êtes tout comme moi très curieux de ces nouvelles communautés qui se créent autour du livre sur la toile. Alors connectons nos point de vue…

Ma bibliothèque est ici

Publié dans:  on 22 mars 2008 at 8:14 Commentaires (8)
Tags: