Le voyage à Perros

Le voyage à Perros

Ambroise s’apprête à passer le réveillon de Noël seul, comme chaque année, quand on frappe à sa porte. C’est Anne, sa petite-fille de treize ans, qui a fait une fugue pour se rendre chez son grand-père en Bretagne, car elle a une question importante à lui poser…

“Le voyage à Perros” est une nouvelle pour la jeunesse. En quelques pages, on saisit la vie d’un vieil homme seul, attaché à son coin de Bretagne. On suit le parcourt d’une fillette débrouillarde, pour faire le chemin Paris-Perros en stop, en dormant dehors, échappant de peu une agression… Et on assiste à un réveillon de Noël qui réunit ces deux personnages avant qu’ils ne feuillettent ensemble l’album de famille. C’est charmant, peut-être un peu cliché, une vision vieillotte de la petite ville bretonne désertée en hiver, de la grande ville et de ses dangers, d’un grand-père bourru mais au grand coeur… Mais cela reste une jolie nouvelle doublée d’une petite anthologie poétique !

Le voyage à Perros / Jacques Thomassaint, Éd. du Petit pavé (Obzor), 2004, 83 p., ISBN 2-84712-052-1

chaîne de livres 2009

J’ai lu ce livre dans le cadre de la Chaîne des livres. Il a été proposé par Bladelor.

D’autres avis sur les blogs : Yvon, Yueyin, Fashion, Isil, Doriane, Hathaway, Stephie.

Fleurs de tempête

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“Fleurs de tempête” est un tombeau que Philippe Le Guillou offre à Hélène, une amie de vingt ans emportée trop tôt par la maladie, alors qu’elle avait 41 ans.

“Tombeau : c’est une forme, c’est un chant dont j’aimerais qu’il n’eût pas la froideur mallarméenne. Je rêverais plutôt pour elle d’un lit de lumière, d’une nef enchantée qui l’emmène loin, dans la tradition ophélienne des dérives celtiques.”

La première partie est celle de la rencontre, d’une relation qui s’instaure très vite et très fort, fondée en partie sur une passion commune pour la littérature, mais aussi pour l’art, la chanson, la déambulation, les voyages et les tempêtes du Finistère. Le style extrêmement classique, le goût de Philippe Le Guillou pour les imparfaits du subjonctif,  le ton que je trouvais plein d’emphase me gênaient un peu au début de ma lecture. Et puis, je suis entrée dans cette langue, dans cette relation, comme j’aurais écouté des confidences, gagnée petit à petit par l’émotion. Cette première partie s’est finalement avérée extrêmement troublante pour moi, car sa géographie était aussi la mienne : des grues du port de Brest aux boîtes à musique du Palais-Royal, en passant par le port de Dieppe, Le Conquet, la place de la Mairie à Rennes, un café rue Montorgueil… Je connaissais chacun de ces lieux précisément, avec l’impression d’appartenir à la même confrérie, celle des piétons, de Paris ou d’ailleurs. Il faisait beau, la fenêtre était ouverte et les cris des mouettes omniprésents accompagnaient ma lecture.

La deuxième partie est celle de la maladie. Hélène est de retour à Brest. Et Philippe Le Guillou parle très bien de cette ville, de sa lumière, de sa capacité à être belle ou laide, selon les jours, les relations que l’on entretient avec elle, ou les états d’âme que l’on projette sur ses paysages. Et puis la maladie gagne du terrain, c’est la dégradation physique décrite au jour le jour et la mort qui l’emporte finalement. La fin m’a semblée retranscrite à partir du journal de la maladie que Philippe Le Guillou semble avoir tenu. Il nous livre donc les dates, les jours, beaucoup de détails, laissant les faits l’emporter sur les sentiments. Mais peut-on vraiment critiquer un journal de deuil ? Il a écrit ce livre pour elle, dit-il, et sans doute beaucoup pour lui. Les proches d’Hélène semblent un peu oubliés. Quant à nous, lecteurs, nous lisons ce récit avec un sentiment d’indiscrétion, auquel s’ajoutent notre propre relation à la maladie, à la mort, nos propres histoires de deuil. J’en ai fait finalement une lecture assez douloureuse, dont je retiendrai surtout l’histoire d’une amitié amoureuse, d’une passion extrêmement ambiguë. Et puis je garde un regret, celui de ne pouvoir lire le livre qu’elle-même aurait écrit de cette relation…

Fleurs de tempête / Philippe Le Guillou, Gallimard, 2008, 161 p., ISBN 978-2-07-012008-6

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Les avis de Laure, Lily, Le Bibliomane, Katell, Bladelor

Lecture collective

bravo

Hier soir, j’ai vécu une expérience de lecture étonnante. C’était ma première expérience de lecture collective. Imaginez environ 1500 personnes réunies dans un théâtre pour lire une bd ensemble tandis que des musiciens jouent en live. La bd est comme projetée sur un écran, animée ou plutôt mise en mouvement, et on lit tous ensemble, intérieurement.

On appelle ça un bd-concert. Et la bd c’était “Un homme est mort” dont je vous parlais ici. De la rencontre entre ce dispositif et ce dont il était question dans la bd est née une émotion rare, un joli moment de partage pour tous les lecteurs-auditeurs. Et le final était à la hauteur de cette bonne soirée.

Alors à tous ceux qui ont été impliqués dans cette histoire de René Vautier à Christophe Rocher et Jean-Alain Kerdraon en passant par Kris et Davodeau, je n’ai qu’un mot à dire : merci !

Publié dans: on 11 novembre 2008 at 11:26 Commentaires (6)
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Un homme est mort

Il s’appelait Edouard Mazé.

Il est mort à Brest le 17 avril 1950. Il a reçu une balle en pleine tête, balle tirée par la police alors qu’il manifestait avec d’autres ouvriers travaillant à la reconstruction de Brest, ville détruite par les bombardements.  

La bd de Kris et Davodeau commence la veille de la manifestation, sur un bateau au large de la rade de Brest. René Vautier revient d’Irlande où il a tourné un documentaire. Il a reçu une lettre de ses camarades cégétistes de la Section brestoise du bâtiment. Ils sont en grève depuis un mois, avec les dockers, les traminots et le ouvriers de l’arsenal. Ils lui demandent de venir filmer la grande manifestation prévue pour le lendemain. Ils voudraient un petit film d’une dizaine de minutes, à usage interne, pour former les autres militants. C’est en fait le lendemain de la manifestation et de la mort de Mazé que son film commence. Et la bd nous en raconte le tournage, puis les projections sur les piquets de grève.

“C’est curieux quand y’a un type qui part : d’un côté, ça fout une tristesse terrible, et de l’autre, ça rend ses camarades plus unis et plus forts… C’est une connerie, la mort.”

Comme Vautier manque de matériel, il n’a pu que prendre des images muettes. C’est donc au montage qu’il choisit d’ajouter une bande-son : il va lire en voix off un poème qu’Eluard a écrit en hommage à Gabriel Péri (résistant fusillé par les Allemands). Naturellement,  il remplace le nom de Péri par celui de Mazé.

“Un homme est mort qui n’avait pour défense que ses bras ouverts à la vie

Un homme est mort qui n’avait d’autre route que celle où l’on hait les fusils

Un homme est mort qui continue la lutte contre la mort contre l’oubli

Car tout ce qu’il voulait nous le voulons aussi

Nous le voulons aujourd’hui…”

Une très belle et indispensable bd, qui fait revivre un film dont il ne reste rien, et perpétue la mémoire des luttes ouvrières.

Et à la fin de l’album, un dossier tout aussi indispensable. Il y est question du mouvement social de mars-avril 1950, de la reconstruction de Brest, puis de René Vautier, cinéaste militant, et enfin de la genèse de l’album.

Un homme est mort / Kris et Etienne Davodeau, Futuropolis, 2006, ISBN 2-75480-010-7

On en a également parlé en bien chez Sylvie, chez Nicolas et chez Leunamme.

Août 2009 : j’attribue à cet album le Levraoueg d’or de la bd  2006-2007 !

Armen

L’action de cette bd se déroule dans le phare d’Ar-Men, au large de l’île de Sein. Elle met en scène Paul Marie Fanchec, “le plus jeune gardien chef de l’Administration des phares et balises”, devenu gardien de phare pour échapper au destin de marin de tous les gars d’Ouessant.

En temps normal, Fanchec devait passer 15 jours au phare, entre 2 relèves, avec “son pote Kerninon” ou “le p’tit père Le Foll”. Mais nous sommes en 1943, le phare a été rebaptisé “Armen” par l’occupant, et Fanchec est obligé de collaborer avec l’Armée allemande pour permettre aux navires allemands d’arriver à Brest. Il doit donc partager le phare avec le lieutenant Kloetz et ses “imbéciles de subalternes”. Kloetz parle très bien français, il a d’indéniables talents de conteur, et une relation s’établit entre Fanchec et lui sur le mode du “Silence de la mer”.

Il manque malheureusement à cette bd quelques explications, une postface par exemple, qui aurait permis au lecteur de faire la part des choses entre histoire et fiction. Mais oublions ça. C’est un très beau sujet, qu’a choisi Briac pour sa première bd,  tant l’histoire de ce phare est fascinante. J’ai aimé retrouver en bd ces paysages que j’aime, la mer déchaînée, les oiseaux marins… Et puis j’ai aimé les portraits des gardiens de phare : Le Foll, qui noie son chagrin dans l’alcool, et Kerninon, le gardien de phare poète. Il y a dans cette bd un vrai suspens, une atmosphère oppressante, de beaux personnages, de superbes planches… A ne pas manquer donc.

Armen / Briac, Ed. Le Télégramme, 2008, ISBN 978-2-848339194-2

Publié dans: on 1 juin 2008 at 8:27 Laisser un commentaire
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