
“Fleurs de tempête” est un tombeau que Philippe Le Guillou offre à Hélène, une amie de vingt ans emportée trop tôt par la maladie, alors qu’elle avait 41 ans.
“Tombeau : c’est une forme, c’est un chant dont j’aimerais qu’il n’eût pas la froideur mallarméenne. Je rêverais plutôt pour elle d’un lit de lumière, d’une nef enchantée qui l’emmène loin, dans la tradition ophélienne des dérives celtiques.”
La première partie est celle de la rencontre, d’une relation qui s’instaure très vite et très fort, fondée en partie sur une passion commune pour la littérature, mais aussi pour l’art, la chanson, la déambulation, les voyages et les tempêtes du Finistère. Le style extrêmement classique, le goût de Philippe Le Guillou pour les imparfaits du subjonctif, le ton que je trouvais plein d’emphase me gênaient un peu au début de ma lecture. Et puis, je suis entrée dans cette langue, dans cette relation, comme j’aurais écouté des confidences, gagnée petit à petit par l’émotion. Cette première partie s’est finalement avérée extrêmement troublante pour moi, car sa géographie était aussi la mienne : des grues du port de Brest aux boîtes à musique du Palais-Royal, en passant par le port de Dieppe, Le Conquet, la place de la Mairie à Rennes, un café rue Montorgueil… Je connaissais chacun de ces lieux précisément, avec l’impression d’appartenir à la même confrérie, celle des piétons, de Paris ou d’ailleurs. Il faisait beau, la fenêtre était ouverte et les cris des mouettes omniprésents accompagnaient ma lecture.
La deuxième partie est celle de la maladie. Hélène est de retour à Brest. Et Philippe Le Guillou parle très bien de cette ville, de sa lumière, de sa capacité à être belle ou laide, selon les jours, les relations que l’on entretient avec elle, ou les états d’âme que l’on projette sur ses paysages. Et puis la maladie gagne du terrain, c’est la dégradation physique décrite au jour le jour et la mort qui l’emporte finalement. La fin m’a semblée retranscrite à partir du journal de la maladie que Philippe Le Guillou semble avoir tenu. Il nous livre donc les dates, les jours, beaucoup de détails, laissant les faits l’emporter sur les sentiments. Mais peut-on vraiment critiquer un journal de deuil ? Il a écrit ce livre pour elle, dit-il, et sans doute beaucoup pour lui. Les proches d’Hélène semblent un peu oubliés. Quant à nous, lecteurs, nous lisons ce récit avec un sentiment d’indiscrétion, auquel s’ajoutent notre propre relation à la maladie, à la mort, nos propres histoires de deuil. J’en ai fait finalement une lecture assez douloureuse, dont je retiendrai surtout l’histoire d’une amitié amoureuse, d’une passion extrêmement ambiguë. Et puis je garde un regret, celui de ne pouvoir lire le livre qu’elle-même aurait écrit de cette relation…
Fleurs de tempête / Philippe Le Guillou, Gallimard, 2008, 161 p., ISBN 978-2-07-012008-6

Les avis de Laure, Lily, Le Bibliomane, Katell, Bladelor.