
“Tout pouvait rester joyeux mais d’une joie pleine de couteaux.”
Les fugitives de ce recueil de nouvelles d’Alice Munro sont en fait des fugueuses ou de simples voyageuses. Elles décident sur un coup de tête de tout quitter, de changer de vie, et parfois elles reviennent. Ou bien elles sont juste en transit entre deux tranches de vie. Elles prennent des trains, des bus, des voitures… Leurs vies sont faites de départs et souvent de retours.
C’est une femme qui quitte son mari et leur vie en mobile home, une jeune fille qui part retrouver un homme rencontré dans un train, la même plusieurs années après avec son bébé en visite chez ses parents, la même encore des années plus tard face à la disparition de ce bébé devenu une jeune fille, une autre jeune fille qu’une virée en voiture dévie de sa trajectoire de vie, une petite fille à qui un déménagement dans une nouvelle ville va révéler un secret de famille, ou encore une jeune femme qui se rend à un rendez-vous amoureux pris un an plus tôt…
Dans les nouvelles d’Alice Munro, tout peut arriver, le meilleur comme le pire. On les lit un peu tendu, car tout peut basculer dans les dernières lignes. La chute ne se laisse jamais deviner. Les personnages font leur entrée les uns après les autres, sans que l’on sache par avance qui aura la vedette, qui emportera l’histoire vers sa conclusion. Elles sont très simples ces nouvelles. Il n’y a pas d’effet de style (quelques lourdeurs même, peut-être imputables aux traducteurs), juste l’art de camper des personnages en quelques lignes, de créer un monde avec trois fois rien. Dans la durée de la nouvelle, Alice Munro fait tenir le présent, le passé, l’avenir, et toutes les occasions manquées, les autres vies possibles.
Les récits d’Alice Munro sont à peine des nouvelles. Ce sont des romans, de grandes sagas même, mais concentrées, brèves grâce à des ellipses qui sont toujours magistrales. Alice Munro ne va jamais droit au but, surtout pas. Elle prend le temps des digressions, des personnages secondaires, des scènes qui ne sont pas indispensables à la progression de l’intrigue, mais qui éclairent ou égarent le lecteur. Elle écrit des vies entières avec le sens du détail, mais elle le fait en trente ou quarante pages. Et le lecteur la suit. Il ne sait pas où il va, mais il chemine avec l’auteur et ses héroïnes, se laisse même parfois honteusement manipuler, s’abandonne avec délice à la virtuosité de l’auteur et referme son livre admiratif.
Fugitives / Alice Munro, traduit de l’anglais (Canada) par Jacqueline Huet et Jean-Pierre Carasso (titre original : Runaway), Éd. de l’Olivier, 2008, 340 p., ISBN 978-2-87929-564-0
Les avis de Pagesàpages, Sybilline, Jules…
Avec ce recueil, s’est achevé en beauté mon Challenge du 1% littéraire 2008 ! [Oui j'ai un peu triché avec les dates, mais si l'organisatrice du challenge ne triche pas, qui le fera ? (mise à part Fashion, bien sûr
)]
Ce recueil de nouvelles sera disponible en poche à partir du 20 août. C’était tellement bien que je vais attribuer à ce recueil la plus haute distinction qui soit : le Levraoueg d’or de la nouvelle 2008-2009 ! (pour voir les autres titres décorés par un levraoueg d’or, cliquer sur le tag dans le nuage de droite).
























Swapounet
Challenge du 1% 2008
Jeu de la PAL 2009