Il s’appelait Edouard Mazé.
Il est mort à Brest le 17 avril 1950. Il a reçu une balle en pleine tête, balle tirée par la police alors qu’il manifestait avec d’autres ouvriers travaillant à la reconstruction de Brest, ville détruite par les bombardements.
La bd de Kris et Davodeau commence la veille de la manifestation, sur un bateau au large de la rade de Brest. René Vautier revient d’Irlande où il a tourné un documentaire. Il a reçu une lettre de ses camarades cégétistes de la Section brestoise du bâtiment. Ils sont en grève depuis un mois, avec les dockers, les traminots et le ouvriers de l’arsenal. Ils lui demandent de venir filmer la grande manifestation prévue pour le lendemain. Ils voudraient un petit film d’une dizaine de minutes, à usage interne, pour former les autres militants. C’est en fait le lendemain de la manifestation et de la mort de Mazé que son film commence. Et la bd nous en raconte le tournage, puis les projections sur les piquets de grève.
“C’est curieux quand y’a un type qui part : d’un côté, ça fout une tristesse terrible, et de l’autre, ça rend ses camarades plus unis et plus forts… C’est une connerie, la mort.”
Comme Vautier manque de matériel, il n’a pu que prendre des images muettes. C’est donc au montage qu’il choisit d’ajouter une bande-son : il va lire en voix off un poème qu’Eluard a écrit en hommage à Gabriel Péri (résistant fusillé par les Allemands). Naturellement, il remplace le nom de Péri par celui de Mazé.
“Un homme est mort qui n’avait pour défense que ses bras ouverts à la vie
Un homme est mort qui n’avait d’autre route que celle où l’on hait les fusils
Un homme est mort qui continue la lutte contre la mort contre l’oubli
Car tout ce qu’il voulait nous le voulons aussi
Nous le voulons aujourd’hui…”
Une très belle et indispensable bd, qui fait revivre un film dont il ne reste rien, et perpétue la mémoire des luttes ouvrières.
Et à la fin de l’album, un dossier tout aussi indispensable. Il y est question du mouvement social de mars-avril 1950, de la reconstruction de Brest, puis de René Vautier, cinéaste militant, et enfin de la genèse de l’album.
Un homme est mort / Kris et Etienne Davodeau, Futuropolis, 2006, ISBN 2-75480-010-7
On en a également parlé en bien chez Sylvie, chez Nicolas et chez Leunamme.



















