Les déferlantes

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La narratrice vit à la Hague depuis six mois.  Autrefois elle était professeur de biologie à l’université, mais il lui est arrivé un drame lié à la disparition de quelqu’un qu’elle aimait. Après un congé sabbatique, elle a repris à La Hague une activité d’observation des oiseaux pour le compte du Centre ornithologique de Caen.  Mais que lui est-il donc arrivé ? Premier mystère posé d’entrée de jeu par ce roman…

Arrive un certain Lambert. Qui est-il ? Que vient-il faire à La Hague ? Pourquoi ne répond-il que par monosyllabes aux questions qu’on lui pose ? Pourquoi la vieille Nan, une vieille folle qui a perdu toute sa famille en mer, semble le reconnaître et l’appelle Michel ? Et pourquoi Lili, la tenancière du bistrot, semble elle aussi l’avoir déjà vu ? Et enfin, quelle tombe va-t-il fleurir au cimetière ? Deuxième mystère…

Une histoire d’amour va-t-elle réunir ces deux solitaires ? Troisième mystère…

Autour de nos deux héros gravitent d’autres personnages : Raphaël (un sculpteur, chez qui la narratrice loue une chambre), Morgane (soeur de Raphaël), Max (un simple d’esprit, amoureux de Morgane), Théo (père de Lili et ancien gardien du phare), La vieille (mère de Lili), Monsieur Anselme (gardien de la mémoire de Prévert)…

Que l’exposition de la situation et des personnages m’a paru lourde ! Et qu’elle est pénible cette narratrice ! Elle ne ressemble pas à quelqu’un cherchant à soigner ses blessures dans la solitude. Elle fouine partout, se mêle de tout, écoute les conversations, espionne les autres personnages… et bien sûr recueille miraculeusement les confidences de tout le monde. Le premier mystère se dissipe rapidement, révélé comme à demi-mot. Et on se consacre alors au deuxième mystère (et accessoirement au troisième). 

Le style est fait de phrases très courtes, très simples (ce qui m’a vite paru extrêmement lassant). Le récit est truffé de dialogues, de répliques entrecoupées de :  “je le regardais”, “il a hoché la tête”, “elle a pâli”, “il a souri”, “il a ricané”, “il a dit ça brutalement”, “j’ai secoué la tête”, “il s’est raidi”, “il a levé les yeux”… Et le pire c’est que toutes ces petites formules se répètent de dialogue en dialogue. La narratrice prend ses repas à l’auberge ou avec tel ou tel personnage. Elle mange des crevettes, du crabe, du riz, une daube, une tarte aux fraises… Et tous ces cafés, toutes ces soucoupes posées par Lili sur le comptoir, avant que les tasses ne soient posées à leur tour, et que le café ne coule dans les tasses… Les auteurs ne sont pourtant plus payés à la ligne, si ?

Je n’ai pas beaucoup aimé ce roman. Dés le début je me suis beaucoup ennuyée à sa lecture. Et pourtant j’aime la mer, les tempêtes, les oiseaux, les phares… ce roman devait me plaire. En fin de compte, le vrai mystère pour moi n’était pas celui de la narratrice ni celui de Lambert, mais plutôt celui du succès de ce roman, un succès qui ne semblait même pas fabriqué, mais simplement dû à un bouche à oreille positif. Un succès sympathique donc, qui a motivé la poursuite de ma lecture. Je me suis accrochée pendant à peu près 120 pages, puis, comme le roman en compte tout de même plus de 500, j’ai décidé d’en sauter 200. Et j’ai repris ma lecture sans problème. L’histoire n’avait pas avancé d’un pouce. J’avais certainement laissé passer quelques repas et pas mal de cafés, mais le mystère n’avait pas encore été révélé. Il allait l’être bientôt (j’avais bien visé). Et j’ai donc terminé ma lecture, soulagée.

C’est un roman à l’ancienne, pour amateurs d’histoires simples, avec de la nostalgie pour une vie de village où tout le monde se connaît… Ce n’était sans doute pas un roman pour moi, mais je comprends qu’il puisse plaire. Il y est question de solitude, de deuils impossibles, d’amour ou de manque d’amour… des sujets universels.  Certains de ces sujets auraient dû me parler. Je ne sais pas expliquer pourquoi cela ne m’a pas du tout touchée. L’absence de style y est certainement pour beaucoup.

Comme ce roman est très présent sur les blogs de lecture, j’ai lu presque tous les billets qui lui étaient consacrés (les liens se trouvent en fin de billet), et  je n’ai pas trouvé de critiques vraiment négatives. Mais il faut dire qu’il est difficile de vraiment critiquer ce que tant d’autres ont adoré. Alors je me suis tournée vers la critique professionnelle et à ma grande surprise, je n’y ai pas non plus lu la moindre réserve. Les critiques ont-ils vraiment aimé ou se sentent-ils obligés de dire du bien d’un livre qui a été un grand succès public ? C’est la question que je me pose aujourd’hui, car je me sens un peu seule face à ce roman qui n’est pas antipathique mais qu m’a tout de même beaucoup ennuyée.

Les déferlantes / Claudie Gallay, Éd. du Rouergue (La brune), 2008, 524 p., ISBN 978-2-8415-6934-2

Certains blogueurs aiment sans réserve, d’autres sont plus nuancés :

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Et cerise sur le gâteau : ce livre fait partie de la mégaliste de Grominou pour le Défi Blog-o-trésors ! Il avait été proposé par Aliénor.

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Fleurs de tempête

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“Fleurs de tempête” est un tombeau que Philippe Le Guillou offre à Hélène, une amie de vingt ans emportée trop tôt par la maladie, alors qu’elle avait 41 ans.

“Tombeau : c’est une forme, c’est un chant dont j’aimerais qu’il n’eût pas la froideur mallarméenne. Je rêverais plutôt pour elle d’un lit de lumière, d’une nef enchantée qui l’emmène loin, dans la tradition ophélienne des dérives celtiques.”

La première partie est celle de la rencontre, d’une relation qui s’instaure très vite et très fort, fondée en partie sur une passion commune pour la littérature, mais aussi pour l’art, la chanson, la déambulation, les voyages et les tempêtes du Finistère. Le style extrêmement classique, le goût de Philippe Le Guillou pour les imparfaits du subjonctif,  le ton que je trouvais plein d’emphase me gênaient un peu au début de ma lecture. Et puis, je suis entrée dans cette langue, dans cette relation, comme j’aurais écouté des confidences, gagnée petit à petit par l’émotion. Cette première partie s’est finalement avérée extrêmement troublante pour moi, car sa géographie était aussi la mienne : des grues du port de Brest aux boîtes à musique du Palais-Royal, en passant par le port de Dieppe, Le Conquet, la place de la Mairie à Rennes, un café rue Montorgueil… Je connaissais chacun de ces lieux précisément, avec l’impression d’appartenir à la même confrérie, celle des piétons, de Paris ou d’ailleurs. Il faisait beau, la fenêtre était ouverte et les cris des mouettes omniprésents accompagnaient ma lecture.

La deuxième partie est celle de la maladie. Hélène est de retour à Brest. Et Philippe Le Guillou parle très bien de cette ville, de sa lumière, de sa capacité à être belle ou laide, selon les jours, les relations que l’on entretient avec elle, ou les états d’âme que l’on projette sur ses paysages. Et puis la maladie gagne du terrain, c’est la dégradation physique décrite au jour le jour et la mort qui l’emporte finalement. La fin m’a semblée retranscrite à partir du journal de la maladie que Philippe Le Guillou semble avoir tenu. Il nous livre donc les dates, les jours, beaucoup de détails, laissant les faits l’emporter sur les sentiments. Mais peut-on vraiment critiquer un journal de deuil ? Il a écrit ce livre pour elle, dit-il, et sans doute beaucoup pour lui. Les proches d’Hélène semblent un peu oubliés. Quant à nous, lecteurs, nous lisons ce récit avec un sentiment d’indiscrétion, auquel s’ajoutent notre propre relation à la maladie, à la mort, nos propres histoires de deuil. J’en ai fait finalement une lecture assez douloureuse, dont je retiendrai surtout l’histoire d’une amitié amoureuse, d’une passion extrêmement ambiguë. Et puis je garde un regret, celui de ne pouvoir lire le livre qu’elle-même aurait écrit de cette relation…

Fleurs de tempête / Philippe Le Guillou, Gallimard, 2008, 161 p., ISBN 978-2-07-012008-6

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Les avis de Laure, Lily, Le Bibliomane, Katell, Bladelor

C’est aujourd’hui le jour le plus court de l’année

 

“Je ne suis pas malheureux.
Je ne suis pas heureux, ce n’est pas la même chose.”

Nous sommes au Havre en 1916. Voilà treize ans que Bernard Lehameau vit en hiver, depuis qu’un incendie a fait mourir sa femme. Il a trente trois ans et a été blessé à la guerre. La guerre continue. Quand sa jambe ira mieux, il y retournera. Dans l’incendie, il a perdu sa femme donc, mais aussi sa mère et sa belle-soeur. Son frère s’est remarié, pas lui. Jour après jour, il traîne sa mélancolie dans les rues du Havre. Il se promène lentement, en boîtant légèrement, selon des itinéraires immuables. Tous les dimanches, il déjeune chez son frère. Dans chacun des lieux qu’il fréquente, il rencontre des femmes : Amélie la petite bonne, Mme Dutertre la libraire, Thérèse sa belle-soeur, Mlle Duplanchet l’invitée de son frère. Il y a surtout Helena, une jeune militaire anglaise rencontrée dans la rue, avec qui Lehameau aura un petit “fleurte”. Et puis il y a Annette rencontrée dans le tram. Elle n’a que 14 ans, nous est présentée comme une petite fille, mais elle a troublé Lehameau…

“Il se sentit malade de désir.”

Dans ce roman, comme dans d’autres textes de Queneau, on retrouve les jeux avec le langage qu’il affectionne, les mots d’argot glissés dans des phrases plus soutenues, l’écriture phonétique quand Lehameau essaie de parler anglais (aïe laï-ke zatt). Je ne raffole pas de ces effets de style ; ça m’agace même un peu. Mais dans ce roman, cet enrobage humoristique devenait pudeur pour dire la mélancolie du personnage principal. En cela, ça m’a paru tout de même assez joli.

Les considérations météorologiques sont omniprésentes. Il pleut, le vent souffle, la mer gronde :

Il s’arrêta soudain pour mesurer le fracas des vagues. saisi par le tragique de l’Océan. Comme quoi la mer est tragique : elle l’avait tiré brusquement par le bras ; en braillant. Mais il ne pouvait trouver en lui que de médiocres échos de ces déchaînements, quelques vulgaires traversées de moins d’un jour agrémentées de vomissures, quelques trempettes jusqu’au genou, car il ne savait pas nager. Ce n’est que dans les livres de son enfance qu’il avait rencontré tempêtes et naufrages, cyclones et orages, et le calme plat sous un ciel de plomb ; et dans sa propre vie, l’incendie.”

Il ne se passe pas grand chose dans ce roman : quelques balades, quelques repas, l’ennui des jours qui passent et un homme qui tout doucement sort d’un trop long hiver. J’aime bien ! 

Un rude hiver / Raymond Queneau, Gallimard (L’Imaginaire), 2003, ISBN 2-07-029648-2

“Un rude hiver” est le sixième roman de Raymond Queneau publié en 1939. A noter qu’il est le premier titre de la collection “L’Imaginaire”, collection de semi-poches créée en 1977 par Antoine Gallimard pour faire revivre des textes du fonds Gallimard quelque peu oubliés. Il est publié brut, sans commentaire, avec seulement une quatrième de couverture signée Georges Perec, qui laisse voir que Perec et Queneau ne sont pas aussi éloignés l’un de l’autre qu’ils le paraissent de prime abord et qu’ils partagent notamment une même manière d’encrypter des éléments  autobiographiques. 

Les avis de Tirui et Rose

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