Obscurs dans la nuit solitaire

Contretemps

“Dés le premier instant, il s’était méfié d’elle.
Quelques battements de cils, une main frôlée et deux ou trois sourires plus tard, il l’adorait.”

Une nuit Melvin Epineuse reçoit un curieux coup de téléphone. Un certain Bruno Bar a disparu et on lui propose de le retrouver contre une coquette somme d’argent. Melvin accepte la mission et décide d’appliquer au cas de Bruno Bar sa méthode de recherche des clés. Il décide donc de ne pas le chercher mais de déambuler sur la planète jusqu’à ce que celui réapparaisse là où il s’y attendrait le moins. Et comme il a alors envie d’églises, il commence sa déambulation à Florence, où il fait la connaissance de Lorraine…

Quel curieux premier roman ! L’auteur s’y amuse visiblement beaucoup et nous entraîne avec lui dans son humour absurde. En le lisant j’ai pensé à Kourkov, cet auteur russe d’Ukraine qui manie le même genre d’humour pour conter des histoires aussi rocambolesques. J’ai aussi songé à un auteur français avec lequel pourtant ma première rencontre n’a pas été très heureuse, à savoir David Foenkinos, car comme lui Charles Marie aime s’attarder sur de toutes petites choses du quotidien et les considérer avec un humour décalé (il m’a même donné envie de revenir vers DF !). 

“Melvin voulait faire quelque chose mais il ne savait pas quoi, comme à son habitude. Ce sentiment soudain d’être une ménagère bourgeoise avec des aspirations caritatives lui donna un bref haut-le-coeur.”

Ce roman est composé d’une succession de courtes parties d’une à trois pages, chacune portant un titre pouvant être emprunté aussi bien à Virgile qu’aux Bee Gees. On y passe du coq à l’âne, de l’enquête qui continue, aux souvenirs de Melvin, en passant par des réflexions sur toutes sortes de sujets d’importance, comme par exemple la nourriture dans la littérature. On suit Melvin de Paris à Budapest en passant par Florence, et on explore avec lui les catacombes où s’affrontent de mystérieuses sociétés secrètes. On sourit très souvent en lisant ce roman, à peine contrarié par les trop nombreuses coquilles. Car il est très agréable pour le lecteur de n’avoir qu’à mettre ses pas dans ceux de l’auteur, de lui faire confiance, de se laisser entraîner sans du tout savoir où il va. Bref, c’est un roman original et léger, que j’ai pris suffisamment de plaisir à lire pour vous le recommander.

Contretemps / Charles Marie, Aux forges de Vulcain (Littératures), 2009, 163 p., ISBN 9782953025910

Livres voyageursJ’ai été ravie d’attaquer la rentrée littéraire 2009 avec Contretemps, le premier roman de Charles Marie, qui est aussi le premier roman publié dans la collection Littératures des jeunes éditions Aux forges de Vulcain. L’illustration de couverture est de Julien Pacaud. Ce roman est disponible à la vente à la Librairie internationale Jean Touzot (38 rue Saint Sulpice, Paris 6e), en ligne sur le site de l’éditeur, et il peut être commandé chez tout libraire. Je remercie l’éditeur de m’avoir envoyé cet exemplaire. J’en fais un livre voyageur, c’est-à-dire que je le prête à tout blogueur de lecture connu de moi qui en fera la demande en commentaire.

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Comment j’ai cru devenir libraire

Moi vivant

C’est l’histoire d’un blog de dessin d’humour qui est devenu une bd. C’est aussi l’histoire d’une fille qui arrive à Rennes et trouve un boulot de libraire dans une grande surface culturelle. D’abord elle est toute contente.

Toute contente

Puis après elle est toute malheureuse.

Toute triste

Entre les deux c’est la dure loi des petits boulots, avec les tâches ultra répétitives et les tout petits chefs nuls. J’imagine que ça rappelle des souvenirs à tout le monde, non ? Sauf que ça se passe dans une librairie. Et on aimerait tant que les librairies soient des temples du savoir, de la culture, de la connaissance… En tous cas Leslie Plée y croyait. Elle n’avait pas vu la différence entre une vraie librairie et ces endroits où on vend du livre comme on vendrait de la bière. Elle était donc un peu naïve !

En lisant cette BD, on n’apprend pas grand chose qu’on ne savait déjà. Mais ça ne fait rien, c’est tout de même une bd très sympa ! Je me demande d’ailleurs si je n’ai pas préféré le reste, c’est-à-dire tout ce qui ne concerne pas la librairie. Par exemple quand elle trouve un appartement, quand elle va chez la psy, quand elle prend l’autobus… Elle croque très bien le quotidien. J’ai pas mal ri au début. Mais après j’ai trouvé ça triste…

A la fin, elle démissionne et elle est de nouveau toute contente. J’étais un peu déçue qu’elle nous fasse le coup du happy end. Comme s’il suffisait de claquer la porte d’un petit boulot pour que le monde change…

Happy end

Pour moi la vraie fin, c’est son livre qui arrive dans un carton, ses anciens collègues qui vident le carton et ses anciens chefs qui font une “opé Leslie Plée” avec séance de dédicace à la librairie. Et ça c’est plus triste que tout !

Moi vivant, vous n’aurez jamais de pauses ou Comment j’ai cru devenir libraire / Leslie Plée, J.-C. Gausewitch, 2009, 95 p., ISBN 978-2-35013-157-3

P.S.1 Je me suis quand même mis un dessin de côté pour les jours où je n’aurai pas le moral :

Tu as de la chance

P.S.2 Vous saviez que Leslie Plée faisait le Challenge Jane Austen ? La preuve ici !

La Reine des lectrices

La Reine des lectrices

Découvrant par hasard un bibliobus dans la cour intérieure du palais royal, la reine d’Angleterre emprunte un premier livre avant de se découvrir une véritable passion pour la lecture…

Le début de ce très court roman est à mourir de rire. La toute première scène est un pur régal pour le lecteur français, car elle met en scène notre Président lors d’un dîner avec la Reine d’Angleterre décidée à le faire parler de Jean Genet. Tandis que le malheureux bien embarrassé et demeuré muet cherche des yeux sa ministre de la Culture qui pourrait lui venir en aide, nous découvrons grâce à un petit retour en arrière comment la Reine en est venue à s’intéresser à la littérature…

Deux livres auront suffi pour faire de la Reine une mordue de lecture. Au départ, il lui faudra un conseiller pour la guider dans ses choix. Elle jettera son dévolu sur un employé des cuisines du Palais, lui-même grand lecteur mais exclusivement de littérature gay. Puis elle découvrira le pouvoir magique qu’ont les livres de se recommander les uns les autres. De la lecture qui isole à celle qui permet de mieux comprendre les autres, c’est tout un cheminement que va faire la Reine, se découvrant au passage une sensibilité qu’elle ignorait, se sentant devenir meilleure lectrice, découvrant le plaisir de la relecture, s’ouvrant aux classiques et s’autorisant petit à petit à prendre la plume pour noter une citation, oser un commentaire et peut-être écrire à son tour…

“Le bibliothécaire de Windsor était l’une des nombreuses personnes à avoir vanté à Sa Majesté les charmes de Jane Austen, mais le fait que tout le monde lui dise qu’elle allait adorer ses livres l’en avait plutôt détournée. (…) Ce fut seulement lorsqu’elle eut progressé dans sa compréhension tant de la littérature que de la nature humaine, qu’ils acquirent enfin leur charme et leur relief.”

Difficile d’en dire plus sans en dire trop. Sachez seulement que tout grand lecteur ne peut que se reconnaître dans l’évolution de la Reine et que l’humour décapant d’Alan Bennett rend la lecture de son parcours absolument jubilatoire. Pour être tout à fait honnête, le roman ayant démarré trè fort, il y a eu à un moment un léger fléchissement d’intérêt pour la lectrice que je suis, un léger ennui à peine sauvé par la pirouette finale. Mais qu’importe, ce petit roman mérite d’être lu, ne serait-ce que pour rire un peu (croyez-moi les dialogues d’Alan Bennett ne peuvent vous laisser indifférents), et pourquoi pas réfléchir avec la Reine à tout ce que la lecture nous apporte…

La Reine des lectrices / Alan Bennett, traduit de l’anglais par Pierre Ménard (titre original : The Uncommon Reader), Denoël (Denoël & d’ailleurs), 2009, 173 p., ISBN 978-2-20726012-8 

Quelques noms d’auteurs lus par la Reine pour finir de tenter les plus récalcitrants : E. M. Forster, Sylvia Plath, Henry James, Dickens, Thomas Hardy, les Brontë, Jane Austen, Proust…

Beaucoup de blogueurs de lecture sont déjà tombés sous le charme de ce petit roman. Parmi eux Ys, Cuné, Amanda,  Keisha… et tous les autres ici.

Alain Delon est une star au Japon

Alain Delon est une star au Japon

“Dans le noir de sa chambre, l’acteur dormait et rayonnait comme un morceau de kryptonite.”

Un matin, alors qu’Alain Delon se balade tranquillement dans Paris à vélib, il est enlevé par deux jeunes japonais qui vont le séquestrer au fin fond de la Creuse…

C’est donc Alain Delon le personnage principal de ce roman. Alain Delon, l’acteur, le vrai, le seul, l’unique ! Ou plutôt son fantasme comme échappé de l’écran pour échouer dans le roman de Benjamin Berton. C’est l’Alain Delon que nous connaissons tous, même et surtout si nous le connaissons peu. L’Alain Delon de quelques films d’action, quelques rôles de séducteurs, quelques apparitions télé au cours desquelles la star évoque volontiers ses états d’âme, et enfin l’Alain Delon de quelques faits divers, quelques histoires de famille et de recherches en paternité. C’est un Alain Delon tout en idées reçues. Et en cela le titre du roman annonce très bien la couleur.

Voici un roman que l’on aborde comme une blague de potache. Ce que l’on peut craindre devant ce genre de livre, c’est que l’idée de départ, aussi bonne soit elle, soit la seule idée que le roman développerait pendant des pages et des pages avant de la dissoudre à la fin dans un ultime baillement du lecteur. Eh bien, ce n’est pas le cas ici. Le roman apporte son lot de rebondissements, ses personnages secondaires faisant leur apparition les uns après les autres et une fin très habile et assez surprenante.

J’ai bien aimé quelques digressions, quelques réflexions sur notre société comme le petit topo d’Alain Delon sur l’incurie administrative ou les réflexions du narrateur sur l’école à la française. J’ai bien aimé également l’usage que Benjamin Berton fait des notes en bas de pages. Jouant souvent sur l’ambiguité entre fiction et ouvrage documenté sur l’acteur, la culture japonaise ou le parler de la Creuse, elles deviennent par moments un moyen de tourner en dérision le grand homme. Enfin j’ai franchement ri en lisant les passages les plus fantaisistes, comme le rêve de Delon libéré par De Gaulle et son armée, ou la vache Clarabelle se pâmant devant une photo de l’acteur.

C’est un roman qui arrachera forcément quelques sourires (à choisir dans une large palette) même au lecteur le plus ronchon. C’est aussi un roman très malin, qui du cinéma aux mangas, en passant par la téléréalité et les superhéros, Amélie Nothomb et le sudoku, passe en revue pas mal d’aspects de la culture populaire. Une très bonne surprise !

Alain Delon est une star au Japon / Benjamin Berton, Hachette Littératures, 2009, 280 p., ISBN 978-2-01-237822-3

Benjamin Berton (1974-….) a obtenu le Goncourt du premier roman en 2000 pour “Sauvageons” . “Alain Delon est une star au Japon” est son cinquième roman, après “Classe affaires”, “Pirates” et “Foudres de guerre”.

Merci à Babelio pour m’avoir envoyé ce roman dans le cadre de Masse critique !

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