Pendant plusieurs années j’ai habité à exactement 1h45 de mon lieu de travail, soient 3h30 aller et retour avec bus, train de banlieue et métro. Comme j’avais jusque là toujours été une grande lectrice, c’est tout naturellement à la lecture que j’ai occupé mes trajets quotidiens. Et comme ces 3h30 comblaient mon appétit de lecture, j’ai rapidement pris l’habitude de ne plus lire que dans les transports en commun (à l’exception des périodes de vacances). Et puis un jour, j’ai pu déménager et habiter à 15mn de mon lieu de travail et j’ai pratiquement cessé de lire. C’était la première grosse panne de lecture de ma vie de lectrice : elle a duré quatre ans.
Depuis, j’ai de nouveau déménagé, pour cette fois une autre région et un autre travail. J’habite de nouveau à 15mn de mon lieu de travail, mais je me suis remise à lire doucement. Les blogs de lecture et les challenges m’accompagnent dans mes retrouvailles avec la lecture.

En ce moment je me cherche donc de nouvelles habitudes de lecture, et en particulier de nouveaux lieux de lecture. Mais j’ai gardé un goût certain pour la lecture en train. Justement, de temps en temps je dois me déplacer en TGV. Naturellement, à peine assise je remonte le repose-pieds, je descends la tablette et me plonge dans un bouquin.

Cette semaine dans le TGV :
Un couple de personnes âgées monte dans le train. Ils cherchent leurs places avec un brin d’excitation, sollicitent un jeune homme pour monter leurs valises, et s’installent près de moi, de l’autre côté de l’allée. Madame est angoissée. Elle craint d’avoir oublié quelque chose d’important et dit à son mari :
- Tu as envoyé ta carte d’identité ?
Précision pour qui n’a pas l’habitude de fréquenter des Bretons : “envoyer” peut signifier “prendre avec soi”, “emporter”.
- Monsieur : Hein ?
- Madame plus fort : T’as envoyé ta carte d’identité ?
- Monsieur très fort : Elle est dans la valoche !
Madame, rassurée, sort un crayon, un journal de sudoku, et se concentre. Monsieur, quant à lui, continue de s’agiter. Le train n’est pas encore parti, qu’il s’ennuie déjà. Il gigotte sur son siège, joue avec le porte-gobelet, descend et remonte la tablette… et agace un peu Madame.
- Madame : Tu n’as pas envoyé un bouquin ?
- Monsieur : Hein ?
- Madame plus fort : T’as pas envoyé un bouquin ?
Monsieur fait un signe de tête qui signifie “non”.
- Madame assez fort : Tu veux t’asseoir près de la fenêtre pour regarder le paysage ?
- Monsieur : Hein ?
- Madame encore plus fort : Tu veux t’asseoir près de la fenêtre pour regarder le paysage ?
- Monsieur vraiment très fort : Oui comme ça je pourrai regarder le paysage !
Agitation, bousculade, bruits en tous genres, petit coup de journal de sudoku sur la tête de la voisine de voyage, puis tout semble rentrer dans l’ordre. Monsieur regarde le paysage et Madame sudokuse. Mais tout d’un coup, Madame a une illumination. Elle vient juste de comprendre, d’où lui venait tout à l’heure le sentiment d’avoir oublié quelque chose. Elle dit alors à son mari :
- T’as pas envoyé ton appareil ?
- Monsieur : Hein ?
