Le plaisir de la captive

Petite pause dans mon Challenge du 1% littéraire 2009, le temps de faire une petite place à la Chaîne des livres. Je vous en rappelle le principe, car cela fait si longtemps que je n’avais pas reçu de livre de la chaîne, que j’ai moi-même besoin de me rafraîchir la mémoire. C’est donc une chaîne de livres organisée par Ys depuis le mois de février. Nous sommes 26 enchaînés, 26 blogueurs à avoir chacun proposé un livre à faire découvrir aux autres. Nous en sommes à peu près au tiers de la chaîne, puisque j’en arrive au 9e livre reçu. Celui-ci a été proposé par Le Bookomaton.

Le plaisir de la captive

Ce recueil de récits m’est tombé des mains dés la quatrième de couverture. Ce que je viens d’écrire est très injuste, car bien entendu la quatrième de couverture n’a pas été écrite par l’auteur. Elle m’a juste donné une idée du principal thème abordé par ce recueil, à savoir l’anéantissement de la culture indienne en Argentine à la fin du XIXe siècle. Et là je dois vous avouer que le sujet même du recueil était a priori rebutant pour moi. Mais comme la littérature ne se limite pas à son sujet, j’ai pris mon courage à deux mains, je me suis rappelé la règle des 50 pages édictée par l’enchaînée en chef, et j’ai choisi au milieu du recueil une nouvelle de 20 pages pour commencer.

Dans le récit “La révélation”, le mot révélation est à prendre au sens photographique. Le narrateur développe des photos d’Indiens, des photos datant des débuts de la photographie dont il a trouvé les négatifs dans des archives. A partir des photos, des portraits d’Indiens révélés petit à petit sous ses yeux, il imagine la vie de ces Indiens avec lesquels il dialogue, leurs coutumes qu’il nous raconte, des coutumes plus barbares les unes que les autres, des histoires de femmes esclaves de leurs hommes, de femmes blanches capturées, mutilées, torturées…

Le récit suivant, “Lune rouge”, peut être résumé par son sous-titre : “Notes sur la fonction de gardien du feu dans les tribus piroguières de la Terre de Feu”.

Et si on passait plutôt à la nouvelle qui donne son titre au recueil ? Dans “Le plaisir de la captive” une fillette échappe à une attaque d’Indiens en s’enfuyant à cheval poursuivie par celui qui était en fait le nouvel empeur des Pampa, avant de tomber dans ses bras à la fin de la nouvelle.

Je n’ai lu intégralement aucun des récits qui composent ce recueil. L’écriture m’a paru très maniérée à force de vouloir faire littéraire. En conclusion, comme j’ai mauvais esprit, je dirais que ce recueil ne m’a pas captivée et ne m’a apporté aucun plaisir.

Le plaisir de la captive / Leopoldo Brizuela, traduit de l’espagnol (Argentine) par Bernard Tissier (titre original : El placer de la cautiva), José Corti (Ibériques), 2006, 260 p.

D’autres avis : Mais où est l’avis d’Isil qui m’a fait suivre ce recueil ? Je ne comprends pas du tout ce qui a pu se passer ! Ah si, elle vient de m’annoncer que son billet était prévu pour demain, ou après-demain, ou encore après. Si j’ajoute à ça les courts constats d’abandon de Stephie et Doriane, il reste finalement l’avis enthousiaste de Karine et les avis négatifs de Bladelor, Hathaway, Fashion et Yueyin (plusieurs d’entre elles n’ayant pas terminé le recueil).

chaîne de livres 20099/25

L’amour c’est du pipeau

Les lettres

“Et pourtant, un instant plus tôt, elle s’était crue parfaitement heureuse !”

A Saint-Cloud, près de Paris, la jeune américaine Lizzie West donne des leçons à domicile à la petite Juliette. Petit à petit elle tombe amoureuse du père de son élève, Vincent Deering. Ils ont à peine échangé quelques baisers, quand Deering perd sa femme et doit se rendre aux États-Unis pour régler ses affaires.  Après quelques lettres d’amour écrites pendant son voyage, très vite il la laisse sans nouvelles. Elle continue malgré tout de lui écrire quelque temps,  mais  ses lettres restent sans réponse. Trois ans plus tard, alors qu’elle s’apprête à réaliser ses rêves de mariage avec un autre, Vincent réapparaît…

“Le sang faisait bourdonner aux oreilles de Lizzie la rumeur familière et confuse du ressac de la vie, mais elle s’efforça en vain d’y percevoir encore le filet de voix ténu de la raison.”

C’est le troisième texte que je lis d’Edith Wharton après Xingu (une nouvelle sur un club de lecture) et  Le vice de la lecture (un article sur la lecture). Et plus que jamais, après cette troisième lecture, je suis partagée entre admiration et antipathie. Admiration parce que cette nouvelle est un véritable petit chef-d’oeuvre. Dans Xingu, nouvelle qui m’avait amusée et que j’avais bien appréciée, j’avais trouvé les sarcasmes de l’auteur un peu faciles car tous ses personnages étaient ridiculisés par le biais de la caricature. Rien de tel dans Les lettres. Nous sommes cette fois au coeur des pensées de l’héroïne, au plus près de ses sentiments. Nous ne quittons jamais son point de vue au point de douter de tout. Lizzie est elle-même en proie au doute. Elle ne sait pas exactement qui est ce Vincent sur qui elle a jeté son dévolu, ni quels sont ses sentiments pour elle. Nous lecteurs partageons ses doutes et plus encore, car nous doutons aussi de sa perception, de sa compréhension des choses. La nouvelle se lit dans une grande tension. La réalité paraît instable, le monde d’Edith Wharton inquiétant. On attend l’événement tragique, le retournement de situation, ou le point de vue de Vincent qui éclairerait l’histoire d’un jour nouveau. Et jusqu’à la dernière ligne, on ne sait absolument pas quelle sera la fin de la nouvelle. Pire encore, une fois la dernière phrase lue, il est bien difficile de dire si la nouvelle finit bien ou mal. Elle finit sans doute moins mal qu’on a pu le redouter en lisant. Mais cette fin est tellement amère ! C’est cette amertume qui me rend Edith Wharton antipathique. Son pessimisme est infini, un pessimisme plein d’aigreur. Elle semble haïr tous ses personnages. Ils sont tous faux. Leurs sentiments sont des mensonges. L’amour n’existe pas, l’amitié non plus. Toutes les vies sont des ratages, les vies solitaires comme les vies à deux. Et bien sûr l’incompréhension entre tous ces êtres est incommensurable. Les lettres est une nouvelle sur la faillite des illusions,  le renoncement. On y découvre au début une jeune fille naïve et amoureuse et on laisse à la fin une femme tristement lucide et résignée, qui fait le choix de positiver le ratage dans un ultime mensonge à elle-même.

Bref, une nouvelle absolument parfaite par une auteure bien intéressante que je vais continuer à lire…

Les lettres / Edith Wharton, traduit de l’américain par Anne Rolland (titre original : The Letters), Folio 2 euros, 2003, 91 p., ISBN 2-07-030408-6

Edith Wharton (1862-1937) est l’auteur notamment de Chez les heureux du monde (1905), Ethan Frome (1911) et Le temps de l’innocence (1920).

Challenge 2 eurosNouvelle lue dans le cadre du Challenge 2 euros organisé par Cynthia.

Éloge de la fuite

Fugitives

“Tout pouvait rester joyeux mais d’une joie pleine de couteaux.”

Les fugitives de ce recueil de nouvelles d’Alice Munro sont en fait des fugueuses ou de simples voyageuses. Elles décident sur un coup de tête de tout quitter, de changer de vie, et parfois elles reviennent. Ou bien elles sont juste en transit entre deux tranches de vie. Elles prennent des trains, des bus, des voitures… Leurs vies sont faites de départs et souvent de retours.

C’est une femme qui quitte son mari et leur vie en mobile home, une jeune fille qui part retrouver un homme rencontré dans un train, la même plusieurs années après avec son bébé en visite chez ses parents, la même encore des années plus tard face à la disparition de ce bébé devenu une jeune fille, une autre jeune fille qu’une virée en voiture dévie de sa trajectoire de vie, une petite fille à qui un déménagement dans une nouvelle ville va révéler un secret de famille, ou encore une jeune femme qui se rend à un rendez-vous amoureux pris un an plus tôt…

Dans les nouvelles d’Alice Munro, tout peut arriver, le meilleur comme le pire. On les lit un peu tendu, car tout peut basculer dans les dernières lignes. La chute ne se laisse jamais deviner. Les personnages font leur entrée les uns après les autres, sans que l’on sache par avance qui aura la vedette, qui emportera l’histoire vers sa conclusion. Elles sont très simples ces nouvelles. Il n’y a pas d’effet de style (quelques lourdeurs même, peut-être imputables aux traducteurs), juste l’art de camper des personnages en quelques lignes, de créer un monde avec trois fois rien. Dans la durée de la nouvelle, Alice Munro fait tenir le présent, le passé, l’avenir, et toutes les occasions manquées, les autres vies possibles.

Les récits d’Alice Munro sont à peine des nouvelles. Ce sont des romans, de grandes sagas même, mais concentrées, brèves grâce à des ellipses qui sont toujours magistrales. Alice Munro ne va jamais droit au but, surtout pas. Elle prend le temps des digressions, des personnages secondaires, des scènes qui ne sont pas indispensables à la progression de l’intrigue, mais qui éclairent ou égarent le lecteur. Elle écrit des vies entières avec le sens du détail, mais elle le fait en trente ou quarante pages. Et le lecteur la suit. Il ne sait pas où il va, mais il chemine avec l’auteur et ses héroïnes, se laisse même parfois honteusement manipuler, s’abandonne avec délice à la virtuosité de l’auteur et referme son livre admiratif.

Fugitives / Alice Munro, traduit de l’anglais (Canada) par Jacqueline Huet et Jean-Pierre Carasso (titre original : Runaway), Éd. de l’Olivier, 2008, 340 p., ISBN 978-2-87929-564-0

Les avis de Pagesàpages, Sybilline, Jules

Avec ce recueil, s’est achevé en beauté mon Challenge du 1% littéraire 2008 ! [Oui j'ai un peu triché avec les dates, mais si l'organisatrice du challenge ne triche pas, qui le fera ? (mise à part Fashion, bien sûr ;) )]

Ce recueil de nouvelles sera disponible en poche à partir du 20 août. C’était tellement bien que je vais attribuer à ce recueil la plus haute distinction qui soit : le Levraoueg d’or de la nouvelle 2008-2009 ! (pour voir les autres titres décorés par un levraoueg d’or, cliquer sur le tag dans le nuage de droite). 

Inconnu à cette adresse

Inconnu à cette adresse

Max et Martin sont deux amis d’origine allemande qui tiennent ensemble une galerie d’art à San Francisco. Martin retourne vivre en Allemagne fin 1932 et une correspondance s’établit alors entre les deux amis. Max, qui est juif, va assister depuis les États-Unis à l’arrivée d’Hitler au pouvoir, tandis que sa relation avec Martin se trouvera considérablement affectée par leur divergence d’opinions…

Ce qui surprend le plus dans cette nouvelle, c’est sa date de parution : 1938. Quand Griselle, la soeur de Max qui est juive, se rend en Allemagne, nous ne sommes encore qu’en 1933. Max écrit alors : “Cette enfant ne se rend pas compte du risque qu’elle prend.” Bien sûr nous, lecteurs d’aujourd’hui, avons pleinement conscience de ce risque, mais Max en 1933… Et quand le titre du roman est justifié une première fois alors qu’une lettre destinée à Griselle renvient à son envoyeur, une vraie émotion passe, un petit frisson d’horrreur. Mais en 1938 ce n’était encore que le début de l’horreur. Alors que Katherine Kressmann Taylor depuis les États-Unis ait pris clairement la mesure du danger, quand tant d’autres disaient ne pas savoir, cela fait froid dans le dos.

Ce très court roman épistolaire est avant tout l’histoire d’une vengeance. C’est d’une grande efficacité, mais d’une froideur et d’une sécheresse inouies. Rien de véritablement littéraire dans cette nouvelle qui m’a fait toutefois une forte impression.

Inconnu à cette adresse / Kressmann Taylor, traduit de l’américain par Michèle Lévy-Bram (titre original : Address unknown), postface par par Whit Burnett, Le livre de poche, 2008, 89 p., ISBN 978-2-253-10826-9

Dautres avis sur les blogs : Lilly et ses bémols, Lucile qui pose les questions à lire entre les lettres, InColdBlog et son slogan publicitaire…

Blog-o-trésorsLu dans le cadre du défi Blog-o-trésors organisé par Grominou. Il était proposé par Fleur, Marie et Soie.

Un classique inédit et sublime

Le voyage dans le passé

“Tout est comme autrefois, sauf nous, sauf nous !”

Louis, jeune homme pauvre, est tombé amoureux de la femme de son riche bienfaiteur. Les sentiments sont réciproques, mais l’histoire d’amour impossible. Parti en mission au Mexique pour quelques mois, Louis ne peut finalement revenir que neuf ans plus tard. Elle est devenue veuve et lui s’est marié. Il croit pouvoir la revoir comme on revoit une vieille amie, mais dés le premier regard, l’amour qu’il croyait éteint semble renaître de ses cendres. Mais s’agit-il vraiment de l’amour ou de l’illusion de l’amour ?

Cette nouvelle est inédite, je ne l’avais donc jamais lue. Pourtant le plaisir que j’ai eu à la lire est un plaisir de relecture. Car elle n’est pas très surprenante cette nouvelle, pour qui connaît déjà Zweig. Elle nous offre au contraire le plaisir de retrouver un univers et un style que l’on connaît déjà et que l’on apprécie.

Zweig excelle à refléter les états d’âme des personnages jusque dans les décors qu’il décrit. Ainsi chez le Conseiller chez qui Louis doit s’installer pour devenir son secrétaire particulier, Louis est saisi, et le lecteur avec lui, par “l’oppressante odeur de la richesse”, tandis que son unique redingote se balance “comme un pendu, dans l’armoire énorme” et que lui, Louis, se tient “dans cette pièce fermée comme un cambrioleur pris sur le fait”. Ensuite, quand il fait connaissance de la femme du Conseiller, ce sont de tout petits détails, un regard, un geste, une attention… qui vont trahir la naissance des sentiments. Tout d’un coup les lieux se décrivent autrement, ne révèlant plus le malaise de Louis mais au contraire son bonheur de vivre dans la même maison qu’elle.

Dans le paragraphe précédent, je n’ai fait allusion qu’à un petit passage choisi au début de cette nouvelle dont je ne voudrais pas trop dévoiler l’histoire, pour tenter de dire l’admiration qu’on ne peut qu’éprouver devant le style de Zweig, la justesse des sentiments décrits, leur subtilité. Comme ses personnages sont peu doués pour le bonheur ! Il l’aime. Elle l’aime. Tout devrait être si simple. Certes, ils ne sont pas seuls. Il y a le mari. Et puis il y a la guerre, la Première guerre mondiale, qui va les séparer. Neuf ans plus tard, quand ils se retrouveront et qu’une deuxième chance leur sera offerte, les sentiments qu’ils voudront croire éprouver ne seront plus que l’imitation, l’ombre de l’amour passé :

“Ils ne croisaient personne, seules leurs ombres glissaient en silence devant eux. Et chaque fois qu’un réverbère éclairait leurs silhouettes à l’oblique, leurs ombres se mêlaient, comme si elles s’embrassaient ; elles s’allongeaient, comme aspirées l’une vers l’autre, deux corps formant une même silhouette, se détachaient encore, pour s’étreindre à nouveau, tandis qu’eux-mêmes marchaient, las et distants.” 

Aux thèmes de l’amour, du temps qui nous change, s’ajoutent celui de l’ascension social d’un anti-Rastignac et celui de la guerre, de la violence de l’histoire et de son incidence sur les destins individuels. Parfois les fonds de tiroir ne révèlent que des oeuvres bien décevantes. Ce n’est pas du tout le cas ici ! 

Zweig

 P.S. Dans le dernier numéro du Magazine littéraire qui consacre son dossier à Stefan Zweig, on apprend notamment que Grasset prévoit la parution d’un nouvel inédit en novembre 2009 : “Était-il cela ?” (“War er es ?”).

Le voyage dans le passé / Stefan Zweig, traduction de Baptiste Touverey suivie du texte original allemand (titre original : Widerstand der Wirklichkeit), B. Grasset, 2008, 172 p., ISBN 978-2-246-74821-2

D’autres avis sur les blogs de lecture : Leiloona, Fashion, Lilly, AlwennCatherine, Anna Blume

Et comme c’est une nouveauté d’octobre 2008, il entre dans le cadre du :

Challenge du 1% littéraire 2008

Le voyage à Perros

Le voyage à Perros

Ambroise s’apprête à passer le réveillon de Noël seul, comme chaque année, quand on frappe à sa porte. C’est Anne, sa petite-fille de treize ans, qui a fait une fugue pour se rendre chez son grand-père en Bretagne, car elle a une question importante à lui poser…

“Le voyage à Perros” est une nouvelle pour la jeunesse. En quelques pages, on saisit la vie d’un vieil homme seul, attaché à son coin de Bretagne. On suit le parcourt d’une fillette débrouillarde, pour faire le chemin Paris-Perros en stop, en dormant dehors, échappant de peu une agression… Et on assiste à un réveillon de Noël qui réunit ces deux personnages avant qu’ils ne feuillettent ensemble l’album de famille. C’est charmant, peut-être un peu cliché, une vision vieillotte de la petite ville bretonne désertée en hiver, de la grande ville et de ses dangers, d’un grand-père bourru mais au grand coeur… Mais cela reste une jolie nouvelle doublée d’une petite anthologie poétique !

Le voyage à Perros / Jacques Thomassaint, Éd. du Petit pavé (Obzor), 2004, 83 p., ISBN 2-84712-052-1

chaîne de livres 2009

J’ai lu ce livre dans le cadre de la Chaîne des livres. Il a été proposé par Bladelor.

D’autres avis sur les blogs : Yvon, Yueyin, Fashion, Isil, Doriane, Hathaway, Stephie.

Un silence de mort

 la-douce

challengeabc2008 

“Figurez-vous un mari dont la femme, une suicidée qui s’est jetée par la fenêtre il y a quelques heures, gît devant lui sur une table. Il est bouleversé et n’a pas encore eu le temps de rassembler ses pensées. Il marche de pièce en pièce et tente de donner un sens à ce qui vient de se produire.” 

C’est ainsi que Dostoievski résume lui-même sa nouvelle “Douce” dans la note qui accompagne sa publication dans un journal en 1876. Il y a donc une femme morte et son mari qui marche en ressassant. Est-ce qu’il parle à voix haute ? Est-ce qu’il pense ? Ça ressemble en tous cas un monologue. Par instant il prend un interlocuteur imaginaire à témoin : “Notez tout cela (…) cela aussi, notez-le-bien”. Il marche, tourne en rond dans le petit deux-pièces où ils ont vécu ensemble. Et le rythme du monologue est celui de cette marche, saccadée, ininterrompue. Il se répète ou se contredit, parle, parle encore, sans parvenir à se poser, sans parvenir à dormir. Il sait que le lendemain on emportera son corps. Avant cela, il a besoin de se raconter toute l’histoire depuis le début pour tenter de se “remettre les idées dans le mille”. 

“J’attendais le matin comme un fou.”

Il raconte donc leur rencontre. Lui travaillait dans une caisse de crédit où elle venait mettre des objets en gage. Elle n’avait que quinze ans. Ses parents étaient morts trois ans plus tôt et elle vivait depuis chez ses deux tantes qui la traitaient en esclave. Puis à l’approche de ses seize ans, ses tantes avaient décidé de la marier, autrement dit de la vendre, à un épicier d’une cinquantaine d’années. C’est alors qu’elle avait commencé à mettre des objets en gage pour pouvoir passer des petites annonces. Elle espérait trouver une place de gouvernante, de garde-malade, et échapper ainsi au mariage arrangé par ses tantes. Il lui a alors offert une alternative en la demandant à son tour en mariage. Ce mariage a duré un peu plus d’un an jusqu’à son suicide. Que s’est-il passé ? Pourquoi en est-elle arrivée là ? C’est à ces questions qu’il tente de répondre.

“parce que je suis un expert pour parler du silence,
toute ma vie je l’ai parlée en silence,
j’ai vécu en silence, au fond de moi-même, des tragédies entières.”

“La douce” pourrait être l’histoire d’une jeune fille enthousiaste, joyeuse, bavarde, prête à se jeter au cou de son mari, mais qui pour son malheur a épousé un homme silencieux, taciturne, avare peut-être, parfois cruel. Il n’y a pourtant pas d’explication psychologique au suicide de la jeune femme. Toute l’histoire est racontée par le mari, selon son point de vue. Tantôt il s’accuse, tantôt il rejette sur elle la responsabilité de l’échec de leur mariage. Jamais on ne connaîtra une autre version des faits.

Je peine un peu à écrire ce que je pense de cette nouvelle, ou même à en penser quelque chose. Le lecteur est pris à parti par le narrateur, comme noyé sous un flot ininterrompu de paroles, entre douleur et folie, et se trouve à la fin du récit comme abasourdi.

Dostoïevski (1821-1881) a écrit cette nouvelle en 1876. Il avait alors déjà publié la majeure partie de son oeuvre, mis à part “Les frères Karamazov”.  A noter que la nouvelle est publiée, dans cette édition, accompagnée des notes préparatoires de l’auteur et d’un commentaire du traducteur.

La douce / Fédor Dostoïevski, traduit du russe par André Markowicz (titre original : Krotkaïa), Actes Sud (Babel), 2008, 137 p., ISBN 978-2-7427-2718-6

L’homme qui ne voulait plus se lever

lhomme-qui-ne-voulait-plus-se-lever2

challengeabc2008 

Trouver un auteur en L n’est pas aussi problématique que dénicher un auteur en U, mais tout de même… J’avais prévu de lire un Lermontov, mais j’ai beau aimer les livres qui ont vécu, celui-là a tellement mal vieilli que son papier est devenu d’un jaune vraiment peu engageant et son toucher tout rêche. Et puis voilà, j’avais décidé de le lire alors que j’établissais ma liste en février, or nous sommes en décembre et pour le moment l’envie n’est plus là (c’est d’ailleurs le problème des challenges de lecture au long cours). J’ai donc finalement opté pour “L’homme qui ne voulait plus se lever”, un petit recueil de six nouvelles écrites par David Lodge entre 1966 et 1992. Son format est extrêmement motivant, son papier d’une couleur tout à fait sympathique, mais j’avoue ne rien pouvoir dire de sa douceur car je l’ai lu avec des gants, une écharpe, et trois paires de chaussettes. Et comme j’écris ce billet dans le même accoutrement, vous voudrez bien être indulgents avec les fautes de frappe (eh oui j’ai passé une semaine difficile entre agonie de téléphone portable et panne de chauffage).

Ce que j’ai préféré de ce recueil, c’est la préface. Et cela ne veut pas du tout dire que les nouvelles ne sont pas bonnes. La quatrième de couverture qualifie cette préface de passionnante, mais en bonne lectrice habituée aux quatrièmes de couv. publicitaires, je n’y croyais pas. Eh bien j’avais tort. Mieux vaut tout de même la lire en dernier (d’ailleurs en tant que membre du comité de défense des postfaces, je suis farouchement opposée au principe même des préfaces, mais c’est une autre histoire). Commençons donc par présenter brièvement chacune des six nouvelles.

Sous un climat maussade raconte les timides et drôlatiques premières aventures sexuelles de quatre étudiants et étudiantes en vacances à Ibiza en 1955.

Mon premier job est le récit que fait un prof d’université à ses étudiants de son premier petit boulot imposé par son père en 1952, l’été de ses 17 ans, job à l’origine de sa conception du travail.

L‘hôtel des Paires et de l’Impair raconte le séjour d’un couple d’Anglais sur la Côte d’Azur, occasion pour l’homme, un auteur de nouvelles, de découvrir la mode des seins nus au bord de la piscine de l’hôtel…

L‘homme qui ne voulait plus se lever nous raconte l’histoire d’un homme qui n’aime plus la vie et décide un beau matin de rester au lit.

L’avare conte la triste aventure de Timothy, un petit garçon plus fourmi que cigale, qui peu après la guerre avait voulu conserver précieusement ses fusées de feu d’artifice en prévision d’une fête et qui finalement regrettera de ne pas en avoir profité plus tôt.

Pastorale se déroule à Noël dans les années 50, alors que le jeune Simon organise un spectacle sur la Nativité avec l’espoir d’embrasser la jeune fille incarnant la Sainte Vierge.

Qu’ont donc en commun ces six nouvelles ? Écrites à la première ou troisième personne, elles ont toutes pour personnage principal un personnage masculin. Elles sont toutes au passé et plusieurs se déroulent dans les années cinquante, ce qui laisse à penser qu’elles sont probablement inspirées par les souvenirs de David Lodge, ce qu’il confirme d’ailleurs dans sa préface.

Dasns cette préface, David Lodge se présente comme un romancier ayant écrit très peu de nouvelles au cours de sa vie. Il considère les quelques textes réunis dans ce recueil comme des “fragments issus de l’établi d’un romancier” (reprenant en cela la formule de Kingsley Amis). Chacune de ces nouvelles a été inspirée par un ou plusieurs épisode(s) vécu(s), mais les dénouements sont souvent imaginaires. Bien que le mot soit un peu galvaudé, on pourrait donc dire qu’il y a de l’autofiction dans ces textes (mais n’y en a-t-il pas dans toutes les oeuvres de fiction ?). Pour chacune des nouvelles, David Lodge raconte dans la préface les conditions de l’écriture et les événements qui en sont à l’origine. Et il relit ces nouvelles en les associant aux romans écrits à la même époque.  Ainsi par exemple met-il en relation sa nouvelle “L’homme qui ne voulait plus se lever” avec son roman “Thérapie” et un épisode dépressif qu’il a réellement traversé. Et il fait de même pour chacune des nouvelles du recueil. Ce qui  m’a surprise dans cette préface est la simplicité et la lucidité avec lesquelles finalement l’air de rien David Lodge démonte le processus de la création. Pour cette raison, même si les nouvelles bien que très agréables à lire n’ont rien d’extraordinaire, l’ensemble du recueil m’a donné très envie de refaire connaissance avec le romancier David Lodge (dont je n’ai lu qu’Un tout petit monde) et peut-être plus encore de me tourner vers ses textes critiques… 

Lecture avec des gants

L‘homme qui ne voulait plus se lever et autres nouvelles / David Lodge, nouvelles traduites de l’anglais par Suzanne V. Mayoux, Rivages poche (Bibliothèque étrangère), 2005, 121 p., ISBN 2-7436-0194-X 

Le contraire de la solitude

Si vous êtes un jeune auteur qui rêve qu’on parle de lui sur les blogs de lecture (drôle de rêve, mais bon !), inutile d’envoyer des méls à tort et à travers. Prenez plutôt un pseudonyme qui commence par la lettre U. Vous deviendrez illico un des auteurs les plus lus des participants au Challenge ABC.

lachons-les-chiens
challengeabc2008

“Mes peurs m’appartiennent et elles ne sont pas négociables.”

“Lâchons les chiens” publié en 1997 par Brady Udall, avant qu’il n’écrive son premier roman “Le destin miraculueux d’Edgar Mint”, est un recueil de onze nouvelles, la première donnant son titre au recueil.

Dans “La perruque”, un enfant a trouvé une perruque dans une poubelle. Il la porte contre l’avis de son père tout en mangeant ses céréales. Nous sommes dans l’ordinaire, le quotidien : un père, son fils un brin désobéissant, le petit déjeuner. D’où vient alors cette émotion qui nous saisit dés la deuxième et dernière page de la nouvelle ? Si on lit cette nouvelle en premier (j’aime bien lire les recueils de nouvelles du plus court au plus long), on se dit : il est fort ce Udall (et on ajoute immédiatement : vivent les auteurs en U et les challenges de lecture !).

Dans “Le serpent”, nous sommes à nouveau dans une maison habitée par une famille ordinaire. Survient le petit événement qui pourrait faire dérailler le quotidien : un serpent immense est entré dans la maison. Mais dans ce coin de l’Ouest américain, il n’y a rien de plus banal qu’un serpent à la recherche d’une souris. Et l’irruption du serpent n’est en fait qu’un prétexte pour nous faire découvrir une famille endeuillée, une famille d’Indiens qui ne parlent même plus l’Apache, la vie dans une réserve… Et c’est triste !!! Car chez Brady Udall, les personnages traînent avec eux le poids d’un passé lourd de malheurs. Il les portent en silence mais parfois, l’alcool ou les circonstances aidant, se laissent aller à une ou deux confidences. Et ils se rendent compte alors, que leurs malheurs sont aussi ceux des autres…

“Le jour se lève et teinte d’orange et de violet la neige sur les montagnes. Le ciel se dessine, clair et pur. Je n’en suis pas sûr, mais je crois qu’un endroit comme ça est un peu trop beau pour que Green le supporte.”

Peu importent en fait le début et la fin des nouvelles. Ce sont des instantanés, des portraits de groupe. Les personnages de ce recueil sont désespérément humains et Brady Udall porte sur eux un regard tendre, compatissant et non dénué d’humour. Nombreux sont les personnages qui ont perdu quelqu’un et qui ne s’en remettent pas (La perruque, Le serpent, Il se soûle profondément et fameusement). Nombreux aussi sont les personnages qui souffrent dans leur corps, les malades, les éclopés, les amputés (Le serpent, La beauté, Il se soûle profondément et fameusement, Raid nocturne, Buckeye le mormon, Basket à la casse, Lâchons les chiens). Certaines nouvelles prennent l’allure d’un road movie (La beauté). On y voit des paysages magnifiques et grandioses, des routes qui ne mènent nulle part. Et on y croise des Indiens (Raid nocturne, Le serpent, Basket à la casse, Vernon), des cow-boys (Il se soûle profondément et fameusement), des mormons (Buckeye le mormon, La beauté) ou des personnages gentiment fêlés, comme dans “Le contraire de la solitude”, ma nouvelle préférée (à égalité avec “La beauté”). Il n’y a pas une nouvelle de ce recueil, que je n’aie pas aimée. J’en ai aimé les chutes qui n’en sont pas, car les fins sont ouvertes. On quitte plusieurs personnages sur une route, parfois en marche vers une vie plus libre (La ballade du boulet et de la chaîne). Et une nouvelle se termine même sur un peut-être, un choix entre plusieurs suites possibles (Basket à la casse).

En conclusion, si vous cherchez un auteur en U, n’hésitez pas. En attendant, nous pouvons tous méditer cette phrase de Buckeye le mormon :

“Ton problème, c’est que tu lis trop.” 

Lâchons les chiens / Brady Udall, traduit de l’américain par Michel Lederer (titre original : Letting loose the hounds), 10-18 (Domaine étranger), 247 p., ISBN2-264-02922-6

On en a parlé chez Caro[line], Fantasio, Hilde

Haute teneur en testostérone

A quelques jours de la remise du prix Femina et de son jeune et joyeux concurrent le prix Virilo, il m’arrive encore parfois de me demander si la question du genre a vraiment un sens en littérature. C’est une question que je me suis encore posée dernièrement, en lisant un livre à haute teneur en testostérone. Un livre écrit par un homme, sur des hommes, et peut-être pour des hommes (?), à tel point que moi la lectrice, je me suis sentie comme une intruse.

challengeabc2008 

De ce premier livre publié en 1964 par Hubert Selby Jr (1928-2004) je ne savais pas grand chose. Mais je le classais dans la catégorie des livres cultes. Culte pour qui exactement ? Ca je ne le savais pas. Mais il me semblait que ça avait quelque chose à voir avec la beat generation. Et puis je croyais que c’était un roman. En fait “Last exit to brooklyn” est un recueil de six nouvelles. Le sommaire quant à lui préfère parler de “parties”, comme pour signifier qu ces six nouvelles forment un tout.

Après m’être donc assurée par un rapide feuilletage qu’il s’agissait bien de nouvelles, j’ai décidé de commencer par les trois plus courtes, et tout d’abord par celle au titre le plus mystérieux : “Tralala”. Et comme j’adore me contredire, je me dois de vous préciser tout de suite que Tralala est un personnage féminin. L’histoire en deux mots ? Du sexe, de la violence, de l’alcool, des marins dépouillés de quelques billets, un déchaînement de violence gratuite, un casse, un viol… et la nouvelle s’achève sur un mélange d’urine, de sperme et de sang. C’est comme ça que, n’ayant encore lu qu’une vingtaine de pages, j’étais déjà totalement écoeurée. Et pourtant quel style ! Un style coup de poing qui bouscule le lecteur. Une manière étonnante de passer du “il”, au “je”, au “nous”. L’art de raconter une vie en quelques pages, en s’attardant sur une soirée avant d’expédier des années en une seule phrase. Un goût immodéré pour les lieux sordides, le glauque, les vies misérables. Bref, je n’avais lu qu’une nouvelle et j’étais déjà dégoûtée. Dégoûtée et épatée !

Dans “Trois avec bébé”, il est question d’un mariage prononcé quelques heures avant le baptême du bébé des mariés. Cette fois, comme pour mieux apostropher le lecteur, la nouvelle est écrite à la deuxième personne, les phrases étant ponctuées de “tu vois”, “j’te le dis”, “tu comprends”. Selby me raconte donc une histoire, celle de Tommy et Suzy le jour de leur mariage. Etant donné ce que j’avais lu avant, j’ai lu cette nouvelle en tremblant, craignant que quelque chose de terrible arrive, que la violence se déchaîne soudain au coin d’une page. Mais non, juste une petite anecdote, quelques heures de la vie des jeunes mariés qui laissent entrevoir leur vie à venir. Rien de romantique, bien au contraire, mais malgré la tristesse de la vie que se prépare Suzy (ben oui, j’suis une lectrice, alors je m’accroche au premier personnage féminin qui passe), malgré tout ça donc, j’étais soulagée d’avoir échappé à pire. J’ai néanmoins poursuivi ma lecture en tremblant…

Dans “Un dollar par jour”, la première nouvelle du recueil, j’ai retrouvé le Grec que j’avais découvert dans “Tralala”, “un troquet minable ouvert toute la nuit à côté de la base militaire de Brooklyn”. Et après la passion pour les motos de Tommy, le marié de “Trois avec bébé”, cette fois j’ai eu droit à un topo sur la passion pour les voitures des protagonistes de cette nouvelle histoire. J’ai lu en diagonale les énumérations de V8, V6 et 100 cylindres. Et puis j’ai observé, Harry, Tony et les autres, passant leurs soirées chez le Grec, à regarder passer les voitures, à cracher, boire, se battre… Et comme dans “Tralala”, des filles, des marins, des bastons, des flics… On pense que ça va mal finir, et on n’a sûrement pas tort. Mais la nouvelle ne se donne pas la peine de nous offrir une chute. C’est un simple portrait de groupe, le récit d’une seule soirée qui semble contenir une vie entière. Et la nouvelle s’achève sur des points de suspension.

Des voitures, des motos et des bastons. De toute évidence ce livre n’était pas pour moi. Et pourtant, pas une seconde il ne m’était venu à l’idée de ne pas poursuivre ma lecture. C’était trop bien !  Mais il me restait encore les trois plus longues nouvelles.

Dans “La grève”, Harry, un ouvrier syndicaliste, découvre son homosexualité à l’occasion d’une grève, ou plus exactement son goût pour les travestis, ou plutôt ce qui s’avère être finalement des pulsions pédophiles, ce qui n’est pas vraiment la même chose. Si à cet amalgame qui m’a déjà mise mal à l’aise, j’ajoute que les relations entre Harry et sa femme m’ont paru absolument insoutenables, vous comprendrez que mon enthousiasme a un peu faibli avec cette nouvelle. Le livre m’est alors tombé des mains.

Après plusieurs jours sans lecture, j’ai tenté de le retrouver avec “La reine est morte”. Dans cette nouvelle, la vedette est Georgette, un travesti. Décidément la question du genre est centrale dans ce recueil (surtout qu’il y avait déjà un personnage de travesti dans “Trois avec bébé”). Mais cette fois l’émotion était au rendez-vous, car Georgette est amoureuse de Vinnie, un des personnages récurrents du recueil et pilier de bar. N’imaginez pas une histoire romantique pour autant. L’univers est le même que dans les autres nouvelles, l’alcool, la drogue et la violence omniprésents. Avec le recul, je me demande si ce n’est pas la nouvelle la plus réussie. Pourtant je saturais. Il m’a fallu encore une pause de plusieurs jours avant d’entamer la dernière nouvelle.

Enfin dans “Bout du monde”, nous sommes dans une résidence dont nous découvrons la vie quotidienne des habitants le temps d’une page ou deux avant de passer à la famille voisine. Ces bribes de la vie de l’immeuble, entrecoupées d’avis aux habitants de la résidence, ont le mérite d’être structurées de manière originale. Mais c’est à nouveau la même misère, les mêmes relations familiales faites de violence et de cris, les problèmes d’argent, l’alcool, les bagarres de rue…

Voilà, j’ai lu un livre qui n’était pas pour moi et pendant un moment j’ai adoré ça. J’aimais la place qu’avait su me faire Selby dans ce monde si loin de moi, la relation qu’il me faisait entretenir avec ses personnages. Car jamais on ne les condamne, quoi qu’ils fassent. On a même beaucoup de compassion pour eux. Et si on lit ce livre en tremblant, c’est qu’on a peur pour eux, peur de ce que ce monde sans pitié va encore leur infliger. Pendant un moment donc, bien que sous le choc, j’ai adoré ce livre. Et puis j’ai saturé. Cet univers est devenu étouffant. Il m’a fallu aller au bout, mais je referme ce livre soulagée, bien décidée à passer à tout autre chose. Non décidément ce livre n’était pas pour moi !

Last exit to brooklyn / Hubert Selby Jr, traduit de l’américain par J. Colza, 10-18 (Domaine étranger), 2007, ISBN 978-2-264-01894-6