The Jane Austen Book Club (le film)

 The Jane Austen Book Club - Affiche

Est-ce qu’elle n’est pas belle l’affiche du film avec son petit coeur de papier ??? Est-ce qu’elle n’annonce pas bien la couleur ??? Ah la jolie comédie romantique que voilà !!!

The Jane Austen Book Club-DVD“Six membres d’un club de lecture, six livres de Jane Austen, six intrigues étroitement imbriquées, durant six mois. The Jane Austen Book Club traite de la vie de cinq femmes et d’un homme qui, tous les mois, se réunissent au sein d’un club de lecture pour analyser un roman de Jane austen. Les membres de ce club découvrent bientôt que leurs propres histoires présentent de nombreuses similitudes avec les intrigues de leur romancière favorite.” (je ne me foule pas, je recopie ici le début du résumé figurant sur la jaquette du DVD).

Le club au complet

BernadetteCe film est l’adaptation du roman “Le club Jane Austen” de Karen Joy Fowler. Il y a beaucoup de différences entre le roman et ce film. Mais j’avoue que si le film n’avait été qu’une illustration du roman, cela ne m’aurait pas beaucoup intéressée. Pour le relevé des écarts (et particulièrement les modifications dans l’ordre des réunions du Club et ce que nous perdons dans l’adaptation), je vous renvoie au billet de The Bursar. Personnellement je retiendrais surtout deux différences que je déplore.

SylviaD’abord dans le film, il n’est presque plus question du passé des personnages (à part une petite histoire racontée par Allegra à sa copine Corinne, et une ou deux autres racontées par Prudie). C’est dommage car non seulement cela appauvrit la psychologie des personnages, mais cela fait disparaître toutes les petites histoires qui étaient imbriquées dans le roman, bousculaient la chronologie et donnaient à l’ensemble un côté puzzle. C’étaient aussi des histoires traumatiques qui ouvraient le roman sur l’imaginaire, le cauchemar, la folie de chacun. Les personnages du film m’ont paru plus plats.

JocelynEnsuite dans le film, il n’est pratiquement plus question de Jane Austen (c’est un comble !) à part peut-être lors de la première réunion du club. Mais tout ce que j’en ai retenu, c’est que tout le monde avait l’air de considérer que Northanger Abbey était le roman le plus nul de Jane Austen (?). L’avantage du film, si on le voit en VO, c’est tout de même de prendre un petit cours de prononciation du nom de Jane Austen (pour des explications sur la prononciation du nom, je vous renvoie à un billet d’Isil et à ses commentaires). En revanche, les discussions sur les romans de Jane Austen sont vraiment faiblardes.

AllegraLes réunions du Club sont assez courtes, c’est pourquoi on parle très peu de Jane Austen dans le film (j’exagère, on en parle, mais on n’approfondit pas). L’essentiel du film, ce sont les histoires personnelles des uns et des autres. Sylvia va-t-elle se remettre du départ de Daniel ? Le mariage de Prudie avec Dean va-t-il tenir ou bien va-t-elle craquer pour un de ses élèves ? Allegra va-t-elle pardonner à Corinne le vol de ses petites histoires ? Enfin Grigg va-t-il parvenir à séduire Jocelyn ? Jane Austen  n’est donc plus qu’un prétexte pour une comédie romantique assez quelconque.

GriggVous l’avez compris, je ne suis pas du tout d’accord avec Emjy et Cuné qui ont préféré le film au roman. Hier j’écrivais que le roman était un peu terne, mais en comparaison du film, il me paraît très riche et beaucoup plus original. J’ai quand même aimé certaines choses dans le film : que chacun soit filmé en train de lire (c’est idiot, ce n’est pas grand chose, mais cela m’a plu), et également que le monde moderne soit bien rendu et ce dés le générique du début du film, ce qui manifeste bien la volonté d’intégrer la lecture de Jane Austen à notre époque. Et comme beaucoup, j’aime bien le personnage de Grigg  (rendez-vous compte que l’acteur s’appelle Hugh Dancy ! à une lettre près…).

Enfin sur le DVD nous avons des bonus et ceux-ci sont vraiment excellents ! Particulièrement le petit film sur la vie de Jane Austen, composé d’un montage de dessins et d’images des lieux aujourd’hui. Et pourquoi n’ont-ils pas conservé toutes ces scènes coupées au montage ???

PrudieJe termine ce billet sans queue ni tête sur une petite phrase qui m’a fait rire dans le film (mais était-elle dans le roman ?). C’est Prudie qui parle :

“Quand il me regarde, j’ai la sensation qu’il est la petite cuillère et que moi je suis le pot de crème Chantilly.”

 Bref, j’ai trouvé le film un peu décevant et paradoxalement j’ai envie de vous le recommander ! Au moins aux challengers, car comment faire un Challenge Jane Austen sans ce roman et sans ce film ??? Franchement, ce serait une aberration ! Mais bien sûr c’est vous qui voyez… moi ce que j’en dis… c’est juste pour votre bien ! :) Et puis si je ne vous ai pas convaincus avec toutes mes réserves, allez plutôt lire le billet le plus enthousiaste que j’aie lu !

The Jane Austen Book Club / d’après le roman de Karen Joy Fowler, adapté et réalisé par Robin Swicord, avec Maria Bello, Emily Blunt, Kathy Baker, Hugh Dancy, Amy Brenneman, Maggie Grace, 2007

Challenge Jane Austen

 

Le club Jane Austen

Le club Jane Austen

“Chacun de nous possède sa propre Jane Austen.”

De nos jours en Californie, cinq femmes et un homme se réunissent une fois par mois pour parler de Jane Austen. Au cours des six mois que dure la lecture des six romans, la vie de chacun continue et un mystérieux narrateur en profite pour nous renseigner sur le passé de chacun…

Le début du roman de Karen Joy Fowler ressemble à ces tours de table que l’on fait dans les réunions où personne ne se connaît. Vous savez ces tours de tables qui ne servent à rien qu’à décliner une identité que personne ne retiendra et à se faire une première idée fausse de chacun. Car dans la vraie vie, les personnes réelles sont généralement plus complexes que ce qu’elles veulent bien dire d’elles-mêmes lors d’un premier contact ou que ce que l’on croit deviner au premier regard. Aucune subtilité de ce genre chez Karen Joy Fowler. Vous pouvez prendre pour argent comptant tout ce qui vous est dit dans le prologue. Chaque personnage possède ses petites caractéristiques immuables : Jocelyn c’est la marieuse du groupe, Bernadette c’est celle qui a de l’humour et se laisse aller, Prudie c’est la plus sombre, etc. Mais peut-on vraiment faire ce reproche à un roman qui parle de Jane Austen ? Je n’ai lu qu’Orgueil et préjugés et je dois dire que les personnages de Jane Austen ne m’ont pas paru plus subtiles (je vais peut-être me faire gronder d’avoir osé écrire cela, j’en suis consciente, mais je prends le risque :)  !). Pourtant il y est également question de la première impression qui peut être trompeuse (d’où le titre de la 1ère version du roman qui était justement “First impressions”) mais il s’agit plus d’un malentendu de départ que d’une évolution des personnages. Prenez les cinq soeurs Bennet : il y a Jane, la plus jolie et la plus douce, Elizabeth, moins jolie mais avec du charme et surtout plus d’esprit, Mary au physique ingrat qui se réfugie dans l’étude en ne demeurant pourtant qu’une pauvre idiote ridicule, et les deux dernières, Kitty et Lydia, deux petites écervelées volages. Pensez-vous qu’à un moment Jane dira une méchanceté, que Mary aura une pensée brillante et Lydia une réflexion d’une grande profondeur ? Jamais !  Les personnages de Jane Austen sont ce qu’il sont et le restent d’un bout à l’autre du roman (bon je m’avance un peu, car ça arrive peut-être dans d’autres romans). En cela Karen Joy Fowler a été fidèle à son modèle. Je l’imagine préparant son roman en rédigeant une petite fiche sur chacun de ses personnages. Dans le prologue, elle recopie ses fiches (petite précision suite aux questions en commentaires à ce billet : les associations en vert ne figurent pas dans le prologue) :

  • A l’origine du club nous avons Jocelyn. Elle a la cinquantaine, tient un chenil, et est une amie d’enfance de Sylvia. Elle apprécie chez Jane Austen les histoires de mariage. Pourtant comme la romancière, elle est restée célibataire. C’est l’entremetteuse du groupe, autrement dit une Emma
  • Bernadette est la doyenne du groupe. Elle apprécie surtout l’humour de Jane Austen. C’est Elizabeth à 67 ans (enfin je crois).
  • Sylvia vient d’être quittée par son mari. C’est une bibliothécaire d’une cinquantaine d’années. Elle apprécie beaucoup les histoires de famille et la finesse d’observation de Jane Austen. Si j’ai bien compris (et rien n’est moins sûr), elle est Anne.
  • Allegra est la fille de Sylvia. Elle a 30 ans, elle est créatrice de bijoux et est homosexuelle. Elle apprécie les préoccupations sociales et féministes de Jane Austen. Elle est très extravertie, passionnée. Elle est donc Marianne. (Et sa copine Corinne est un peu Jane Austen herself)
  • Prudie, 28 ans, est la benjamine du groupe. Elle est mariée et prof de lycée. Elle aime surtout Persuasion, considéré comme le roman le plus sombre de Jane Austen. Elle pourrait donc être Anne. Mais c’est Mansfield Park qu’elle présente chez elle. Serait-elle donc Fanny Price ou Mary Crawford ? (là j’avoue que je n’ai une fois de plus rien compris du tout)
  • Enfin Grigg est le seul homme du club. Il a la petite quarantaine. C’est Jocelyn qui le fait entrer dans le club avec l’intention de le présenter à Sylvia. Féru de science fiction, il n’a jamais lu Jane Austen, mais ne demande qu’à la découvrir. Il est donc Moi ;) ! Mais pour le club, il lit Northanger Abbey. Serait-il Catherine ? Ou alors Henry ?

Mais ça aurait été tellement mieux si le lecteur avait pu découvrir les personnages au fur et à mesure des réunions du club et se faire lui-même une idée du rapport qu’entretient chacun avec Jane Austen ! Pourquoi tout lui servir comme ça sur un plateau d’entrée de jeu ?

Contrairement à ce qu’a pu vous laisser croire le début de mon billet, j’ai tout de même apprécié ce roman. J’ai aimé sa construction et son mystérieux narrateur qui dit “nous”. En dehors du prologue et de l’épilogue, le roman est composé de six chapitres (de “Mars” à ”Août”), chacun consacré à une réunion du club autour d’un des six romans de Jane Austen. Je n’ai pas pu apprécier pleinement les discussions sur les personnages de Jane Austen, ne les ayant pas encore tous rencontrés (loin de là !). Mais justement ce roman m’a paru être une bonne introduction et à l’oeuvre de Jane Austen et à ce monde d’Austenmaniaques (surtout qu’il y a plein d’infos à la fin, notamment des petites résumés des romans d’Austen). C’est d’ailleurs un roman qui interroge la résonance que peut avoir Jane Austen aujourd’hui, et en cela c’est une idée de roman très intéressante. Mais pourquoi se dégage-t-il tout de même de ce roman un sentiment d’ennui ? C’est un peu terne, un peu sage, sans surprise… Soupirs ! La fin n’est pas mal, puisque nous avons un mariage en guise d’épilogue. Mais enfin, rien de bien extraordinaire ! Et puis surtout, c’est un roman qui n’offre pas une place bien intéressante à son lecteur. Dommage !

Le club Jane Austen / Karen Joy Fowler, traduit de l’américain par Sylvie Doizelet (titre original : The Jane Austen Book Club), Folio, 2007, 374 p., ISBN 978-2-07-03871-9

Challenge Jane Austen

D’autres avis sur les blogs de lecture : Karine (Karine et ses livres) s’est un peu ennuyée, Karine (Mon coin lecture) n’a pas trop accroché, Laure a abandonné à la page 72, Allie a beaucoup aimé, Manu a apprécié une lecture délicieuse et originale, Cuné a ressenti un authentique plaisir de lecture… Des avis partagés donc !

La Reine des lectrices

La Reine des lectrices

Découvrant par hasard un bibliobus dans la cour intérieure du palais royal, la reine d’Angleterre emprunte un premier livre avant de se découvrir une véritable passion pour la lecture…

Le début de ce très court roman est à mourir de rire. La toute première scène est un pur régal pour le lecteur français, car elle met en scène notre Président lors d’un dîner avec la Reine d’Angleterre décidée à le faire parler de Jean Genet. Tandis que le malheureux bien embarrassé et demeuré muet cherche des yeux sa ministre de la Culture qui pourrait lui venir en aide, nous découvrons grâce à un petit retour en arrière comment la Reine en est venue à s’intéresser à la littérature…

Deux livres auront suffi pour faire de la Reine une mordue de lecture. Au départ, il lui faudra un conseiller pour la guider dans ses choix. Elle jettera son dévolu sur un employé des cuisines du Palais, lui-même grand lecteur mais exclusivement de littérature gay. Puis elle découvrira le pouvoir magique qu’ont les livres de se recommander les uns les autres. De la lecture qui isole à celle qui permet de mieux comprendre les autres, c’est tout un cheminement que va faire la Reine, se découvrant au passage une sensibilité qu’elle ignorait, se sentant devenir meilleure lectrice, découvrant le plaisir de la relecture, s’ouvrant aux classiques et s’autorisant petit à petit à prendre la plume pour noter une citation, oser un commentaire et peut-être écrire à son tour…

“Le bibliothécaire de Windsor était l’une des nombreuses personnes à avoir vanté à Sa Majesté les charmes de Jane Austen, mais le fait que tout le monde lui dise qu’elle allait adorer ses livres l’en avait plutôt détournée. (…) Ce fut seulement lorsqu’elle eut progressé dans sa compréhension tant de la littérature que de la nature humaine, qu’ils acquirent enfin leur charme et leur relief.”

Difficile d’en dire plus sans en dire trop. Sachez seulement que tout grand lecteur ne peut que se reconnaître dans l’évolution de la Reine et que l’humour décapant d’Alan Bennett rend la lecture de son parcours absolument jubilatoire. Pour être tout à fait honnête, le roman ayant démarré trè fort, il y a eu à un moment un léger fléchissement d’intérêt pour la lectrice que je suis, un léger ennui à peine sauvé par la pirouette finale. Mais qu’importe, ce petit roman mérite d’être lu, ne serait-ce que pour rire un peu (croyez-moi les dialogues d’Alan Bennett ne peuvent vous laisser indifférents), et pourquoi pas réfléchir avec la Reine à tout ce que la lecture nous apporte…

La Reine des lectrices / Alan Bennett, traduit de l’anglais par Pierre Ménard (titre original : The Uncommon Reader), Denoël (Denoël & d’ailleurs), 2009, 173 p., ISBN 978-2-20726012-8 

Quelques noms d’auteurs lus par la Reine pour finir de tenter les plus récalcitrants : E. M. Forster, Sylvia Plath, Henry James, Dickens, Thomas Hardy, les Brontë, Jane Austen, Proust…

Beaucoup de blogueurs de lecture sont déjà tombés sous le charme de ce petit roman. Parmi eux Ys, Cuné, Amanda,  Keisha… et tous les autres ici.

Le liseur et la lectrice

le-liseur

“je me sentais dans le monde
comme si lui et moi n’avions rien à voir ensemble”

Ça commence comme un fantasme adolescent, de ceux qui ont inspiré des romans comme “Le diable au corps” ou des films comme “Le lauréat”. En Allemagne dans les années 50, un jeune garçon de 15 ans, Mickaël, rencontre une femme de 36 ans, Hanna. Parce qu’elle lui est venue en aide alors qu’il se sentait mal, il est allé chez elle, l’a vue repasser sa lingerie, mettre ses bas, et cela a nourri ses fantasmes jusqu’à ce qu’il devienne effectivement son amant. Au cours de cette liaison qui a duré six mois, Michaël a  pris l’habitude charmante de faire la lecture à haute voix à Hanna, d’où le titre du roman.

“Pourquoi suis-je aussi triste, quand je repense à ce temps-là ?
Est-ce le regret du bonheur passé ?”

Cette histoire, qui occupe la première des trois parties du roman, pourrait à elle seule être une nouvelle que l’on qualifierait de légère, sensuelle, passionnelle. Pourtant dés la deuxième partie le roman va devenir grave, bouleversant, passionnant. Mickaël revoit Hanna sept ans plus tard. Nous sommes alors en 1965. Étudiant en droit, il est venu assister à un procès sur les camps de concentration en cour d’assises. Et Hanna se trouve sur le banc des accusés. A partir de là, le roman devient celui d’une génération d’allemands nés après la guerre, qui ne sait pas quelle attitude adopter face au passé nazi : “Est-ce que nous n’avons qu’à nous imposer ce silence de l’horreur, de la honte et de la culpabilité ?” Et puis il y a cette question posée par Hanna l’accusée : “Qu’est-ce que vous auriez fait ?” Le roman pose donc de grandes questions sur la culpabilité, la honte, la responsabilité collective… mais il n’apporte pas de réponse tranchée. Au contraire, il montre un personnage tiraillé entre condamnation et compréhension, un personnage qui au fil du temps va apprendre que la réalité ne se laisse pas facilement partager entre le bien et le mal, que tout est toujours plus complexe, plus nuancé.

Enfin il y a le secret d’Hanna, seule petite faiblesse du roman, car l’auteur nous donne dés le début tellement d’indices nous permettant de le deviner, que sa révélation au cours de la deuxième partie tombe finalement un peu à plat. Mais qu’importe, c‘était un grand sujet et Bernhard Schlink en a fait un grand roman, court roman pourtant qui surprend par sa simplicité, mais un grand roman tout de même, qui s’achève sur une troisième partie absolument bouleversante.

Quand on lit un roman dont on sait qu’il est un best-seller à l’échelle mondiale, on le lit en s’interrogeant sur les raisons de son succès. Bien sûr je n’ai pas la réponse, mais j’en envie d’hasarder une hypothèse. Peut-être que la force de ce roman est d’avoir traité ce que j’ai appelé un grand sujet, c’est-à-dire un sujet qui touche à la grande histoire, à de grandes questions philosophiques, et de l’avoir combiné avec une histoire individuelle, une histoire à taille humaine, qui dure d’ailleurs presque le temps d’une vie humaine, avec des sentiments simples, ceux d’un homme pour une femme, d’un fils pour son père, avec les questions existentielles d’un individu qui se retourne sur sa vie passée et se dit, simplement : “c’est désormais devenu ma vie, voilà tout”.

Le liseur / Bernhard Schlink, traduit de l’allemand par Bernard Lortholary (titre original :  Der Vorleser), Gallimard (Folio), 1999, 242 p., ISBN 2-07-040458-7

Bernhard Schlink (1944-….) est juge et professeur de droit en Allemagne. Avant d’écrire “Le liseur”, il était déjà auteur de romans policiers.

“Le liseur”  a été proposé par Mustango et XL dans le cadre du défi Blog-o-trésorsSur les blogs, on trouve aussi les avis de Ys (qui m’avait bien donné envie de le lire), Lilly, Keisha, SybillineKarine, ArgantelJules, Pitou, Sébastien, Allie, Fantasio

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En lisant Flaubert ou Emma en Irlande

“…les trop courts instants de cet après-midi suffiraient-ils à nourrir une vie entière ?”

De nos jours en Irlande, une femme de cinquante-sept ans va bientôt devoir quitter l’asile où elle vit pour retourner chez elle avec son mari. Elle s’appelle Marie-Louise. Et c’est son histoire, l’histoire de son mariage que le roman de William Trevor, “En lisant Tourgueniev”, va nous raconter. 

Dés le deuxième chapitre donc, nous voici en 1955 à Culleen, un lieu-dit isolé à 5kms de la première ville. Marie-Louise y vit dans la ferme familiale avec son frère, sa soeur et leurs parents. C’est une famille protestante, très modeste. Ni son frère, ni sa soeur n’ont encore trouvé à se marier. Elle-même n’a pas de travail. Alors le jour où Elmer l’invite au cinéma, elle accepte l’invitation et ce qui suivra avec résignation. Elle a 21 ans, il en a 35. il n’est pas vraiment séduisant, mais il est d’une famille aisée, également protestante. Il vit en ville avec ses deux soeurs restées célibataires. Et il possède un commerce où Marie-Louise pourra travailler. Voici donc dans quelles conditions sera célébré ce qu’il est convenu d’appeler un mariage de raison.

Bien sûr cela va mal tourner. On le sait depuis le début. Marie-Louise vit aujourd’hui dans un asile, elle a donc perdu la raison (comme elle a beaucoup lu Tourgueniev, elle s’attend à tout moment à recevoir la visite d’Insarov, un de ses personnages). Son histoire passée se déploie dans une quinzaine de longs chapitres, mais un chapitre sur deux, nous la retrouvons le temps d’une page ou deux, de nos jours dans son asile qui va bientôt fermer ses portes. Ces retours au présent sont comme un rappel de la fatalité qui pèse sur son mariage. Et on lit toute son histoire en fonction de ce dénouement que l’on croit connaître. Mais ce n’est pas si simple. William Trevor est un auteur très habile et “En lisant Tourgueniev” un très joli roman, délicat, subtile et mélancolique.

Il y a un très joli passage, quand Marie-Louise croit avoir enfin trouvé l’amour qui manque tant à sa vie, en la personne de son cousin malade et bientôt emporté par la maladie. Il a le même âge qu’elle et vit reclus dans sa maison isolée, avec sa mère. Il occupe ses journées à jouer avec des soldats de plomb, se promener dans la nature et lire et relire ses trois livres préférés de Tourgueniev. De cette rencontre entre deux solitudes, naîtra un amour dans lequel Marie-Louise va pouvoir se blottir pour le reste de ses jours, en lisant et relisant Tourgueniev.

Je l’ai touvré triste et mélancolique ce roman, et pourtant je l’ai refermé avec le sourire. Car Marie-Louise se révèle à la fin beaucoup plus maligne qu’elle en avait l’air, alors même que William Trevor nous fait le plaisir d’un petit clin d’oeil à notre chère Emma. J’ai donc refermé le roman en souriant, avec comme un petit goût d’encre au bord des lèvres…

En lisant Tourgueniev / William Trevor, traduit de l’anglais par Cyril Veken (titre original : Reading Turgenev), Phébus Libretto, 2006, ISBN 2-85940-551-8

William Trevor (1928-….) est un auteur irlandais, surtout nouvelliste, mais aussi dramaturge, scénariste et romancier. Il a reçu de nombreux prix littéraires dont le Booker Prize en 1991 pour “En lisant Tourgueniev”.

Les avis de Cuné, DominiqueSibylline et Yvon.

Zut ! J’apprends après lecture que “En lisant Tourgueniev” est le premier volet d’un diptyque poursuivi avec “Ma maison en Ombrie”. Voilà comment, refermant à peine un livre, on en a déjà un de plus à lire…

Snobisme au club de lecture

Dans la petite ville de Hillbridge, le club de lecture fondé par Mrs Ballinger s’apprête à recevoir une personnalité : la romancière Osric Dane. Elles sont ainsi six dames de la bonne société à se réunir chaque mois autour d’un déjeuner pour parler littérature. A l’exception de Mrs Roby, la dernière à avoir intégré le Lunch club, toutes ont préparé leur rencontre avec Osric Dane en consacrant le déjeuner du mois précédent à son dernier roman “Les ailes de la mort”. Quant à Mrs Roby, non seulement elle n’a pas lu “Les ailes de la mort”, mais elle n’a même pas lu “L’instant suprême”, le roman précédent de l’invitée. Elle a préféré profiter du peu de temps dont elle disposait pour lire un roman de Trollope. Or, selon Mrs Ballinger ”plus personne ne lit Trollope de nos jours”.

Vous l’avez compris, le club regrette d’avoir recruté Mrs Roby. Elle n’est pas du même monde, ne partage pas les références des autres, passe facilement pour inculte à leurs yeux. Elle aime Trollope parce qu’elle le trouve drôle. Et tout ce qui l’intéresse dans “Les ailes de la mort”,  c’est de savoir si “la fille et le gars” se marient à la fin. Alors comment va-t-elle se comporter avec leur illustre invitée ?

Xingu est une nouvelle très féroce, qui se moque du snobisme intellectuel. Ce n’est pas toujours d’une grande finesse. Les personnages, tous plus antipathiques les uns que les autres, sont très caricaturaux. Et pourtant c’est délectable !  Un court mais excellent moment de lecture !

Et une nouvelle indispensable pour les lecteurs que nous sommes…

Xingu / Edith Wharton, Éd. Mille et une nuits, 2000, ISBN 2-84205-491-1

On en parle chez les rats de biblio-net, Papillon, Lou, Gachucha, Stéphanie, Laconteuse, Cathulu, Lilly, Malice

Un court roman dont on ne fait qu’une bouchée

sonietchka

“Dés son plus jeune âge, à peine sortie de la prime enfance, Sonietchka s’était plongée dans la lecture.”

Vous l’aurez compris dés la première phrase du roman, le personnage de Sonietchka est une perche à l’identification que Ludmila Oulitskaïa tend à son lecteur (ou plutôt à sa lectrice).

“Pendant vingt années, de sept à vingt-sept ans, Sonietchka avait lu presque sans discontinuer. Elle tombait en lecture comme on tombe en syncope,  ne reprenant ses esprits qu’à la dernière page du livre. ”

Sonietchka nous est donc présentée véritablement comme une boulimique de lecture, qui ne peut s’empêcher d’associer les personnes de sa vie réelle à des personnages de romans. Remarquons au passage que la traductrice, Sophie Benech, a eu l’amabilité de penser au lecteur français et a agrémenté sa traduction de quelques notes en bas de page qui explicitent certaines des références à la littérature russe, rendant ainsi le roman encore plus accessible. Dommage que ces notes n’aient pas été plus nombreuses,  car les références à l’histoire de la Russie auraient tout aussi bien pu mériter quelques explications (la NEP, les camps, la relégation…), de même que la dernière phrase du roman.

Pendant quelques cent pages, nous suivons donc Sonietchka de son enfance dans l’entre-deux-guerres à la fin de sa vie, avec en toile de fond la vie des artistes sous Staline. Sonietchka (ou Sonia, dont on apprend à la fin, dans une note en bas de page, qu’il s’agit du diminutif de Sophia) devient bibliothécaire, doit abandonner ses études de lettres quand la seconde guerre mondiale éclate, se marie avec un artiste peintre, a un enfant, partage son mari avec sa maîtresse puis, redevenue seule, retourne à sa lecture. D’ailleurs la lecture dans ce roman est toujours associée à la solitude. Ainsi Tania, la fille de Sonietchka, se noie à son tour dans la lecture après avoir rompu avec son premier petit ami :

“Pauvre Sonietchka, dont la belle jeunesse s’était écoulée sur les hauts sommets de la littérature mondiale ! Sa fille, dans son innocence culturelle, ne lisait que de la science-fiction, aussi bien étrangère que russe.”

Au fil des pages, c’est un portrait de femme qui se dessine, par petites touches. Sonietchka ne semble pas adhérer à la réalité. Elle est la spectatrice (ou la lectrice) de la vie de ceux qui l’entourent sans vraiment y prendre part. Aucune jalousie, aucun sentiment négatif chez elle. Elle reste heureuse quoi qu’il arrive, simplement, paisiblement heureuse
Le roman était court, je n’en ai fait qu’une bouchée et c’était délicieux.

Sonietchka / Ludmila Oulitskaïa ; traduit du russe par Sophie Benech, Paris, Gallimard (collection Folio), 2007, ISBN 978-2-07-040426-1

Ludmila Oulitskaïa, née en 1943 en Russie, est auteur de romans, nouvelles et scénarios de films. « Sonietchka » est son premier roman, couronné en France en 1996 par le prix Médicis étranger.

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