
“Lisez, doux ami, lisez et attendez avec patience.”
La pierre de lune est en fait un diamant jaune doté de pouvoirs magiques, qui aurait été incrusté dans le front d’un dieu hindou personnifiant la lune. La pierre est volée une première fois en 1799 par un certain Herncastle. N’ayant pas hésité à tuer plusieurs personnes pour s’emparer du diamant, Herncastle est depuis lors porteur d’une malédiction : “La pierre de lune se vengera sur vous et sur tous les vôtres”. Et voilà qu’à sa mort, Herncastle fait léguer le diamant à une partie de sa famille avec laquelle il était brouillé. Vengeance post-mortem ? Quoiqu’il en soit, en 1848 la pierre est remise à la jeune Rachel Verinder le jour de ses 18 ans et disparaît le soir même, dérobée pendant la nuit dans le boudoir de la jeune fille. Ainsi commence une intrigue policière qui nous tient en haleine pendant plus de 500 pages.
Parce qu’il estime avoir été injustement soupçonné et pour se disculper aux yeux de Rachel dont il est amoureux, Franklin Blake demande à différentes personnes présentes dans la maison le jour du vol de lui livrer un témoignage écrit sur l’affaire de la pierre de lune. Ce sont ces témoignages qui vont constituer le coeur du roman. C’est donc un roman à plusieurs voix. Outre un prologue et un épilogue, il est composé de deux parties, la première consacrée au récit de Gabriel Betteredge, l’intendant de la maison. Et cette première partie est un pur régal. De par sa position d’intendant, Gabriel Betteredge sait beaucoup de choses, tant sur la vie de ses patrons que sur la vie des domestiques qu’il dirige. Et il raconte tout cela avec un tel humour, apostrophant constamment le lecteur, créant ainsi une telle connivence que même sa misogynie en devient délectable. Et puis Betteredge a une petite particularité charmante. Il est lui-même lecteur, mais lecteur d’un seul livre, Robinson Crusoé, qui lui sert de consolation à la moindre contrariété et lui apporte toujours toutes les réponses qu’il attend.
Mais voilà, la première partie était si magistrale, que la deuxième ne pouvait que me décevoir (un peu). Composée de différents témoignages, d’un extrait de journal intime, d’une lettre, de rapports de police… cette deuxième partie donne au roman un côté puzzle, dont les différentes pièces ne présentent pas toutes autant d’intérêt, puzzle que le lecteur ne pourra d’ailleurs jamais totalement reconstituer. Aucune frustration pourtant à la fin du roman, tant l’intrigue policière est en cours de lecture devenue secondaire. Et puis j’ai tellement aimé la première partie, qu’elle me suffit pour beaucoup apprécier ce roman.
Je n’avais jamais entendu parler de Wilkie Collins avant le Victorian Christmas Swap organisé par Lou et Cryssilda. C’est un auteur anglais (1824-1889) que la quatrième de couverture présente comme un “ami et rival de Dickens”. Et j’avoue avoir été d’autant plus stupéfaite par l’immense qualité du roman, que j’avais l’impression de lire un parfait inconnu. Il est en fait l’auteur d’une oeuvre monumentale (une vingtaine de romans, une cinquantaine de nouvelles, des pièces de théâtre…) et semble très connu en Grande-Bretagne. A mon tour, j’en recommande vivement la lecture.
Pierre de lune / W. Wilkie Collins, traduit de l’anglais par L. Lenob (titre original : The Moonstone), édition présentée par Charles Palliser, Phébus Libretto, 2005, 508 p., ISBN 978-2-85940-552-6
Un grand merci à Cendre du blog Ludique et fantasmagorique pour m’avoir offert ce livre dans le cadre du Victorian Christmas Swap !
Les avis de Carolyn Grey, Erzébeth, Keisha, Madame Charlotte.

P.S. C’est fou ce que je lis lentement ! J’avais emporté 8 livres en vacances et je n’ai pratiquement lu que celui-ci en deux semaines. Et bien entendu je suis revenue de vacances avec deux fois plus de livres qu’à l’aller…






















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