
“Il y aura de la musique, d’autres cannibales, d’autres manières d’utiliser la chair, deux élections, de la musique encore.
Il y aura une enquête et une autre enquête.”
Un anthropologue français passe deux mois aux États-Unis près du campus de Berkeley, pour étudier le travail d’un musicien avec son groupe d’étudiants. Dans l’école de musique, des affiches sont placardées : “We miss you Mary”. Mary était étudiante en danse dans la même école. Anorexique depuis plus d’un an, elle est décédée peu avant l’arrivée de l’anthropologue. Quand elle est tombée malade, elle revenait d’un voyage chez les Guayaki, des Indiens anthropophages. L’histoire de Mary va donc beaucoup intéresser l’anthropologue…
“Les anthropologues sont des rats de bibliothèque qui en sortent parfois, la peur au ventre, parce qu’il n’y a pas encore de livre sur les hommes qui les intéressent, et que ce livre, en dépit des fièvres et du vaudou, eh bien il faut l’écrire.”
Ce qui m’a amusée à la lecture de ce roman, c’est d’imaginer qu’il pourrait être le premier d’une série avec A. l’anthropologue en héros récurrent. A. y serait un genre de Colombo de l’anthropologie. Car il ne paie pas de mine, l’anthropologue. Il a tout de l’anti-héros qui déteste les voyages, vomit dans l’avion, ne se remet pas du jetlag, et se balade partout avec son guide Lonely Planet comme un pauvre touriste égaré aux États-Unis. Je le verrais bien, dans une prochaine aventure, troquer son guide Lonely Planet contre un plan du métro parisien et aller s’installer non loin du campus de Paris 8, histoire d’observer un peu les rappeurs de Seine-Saint-Denis. Et alors un crime aurait lieu au Stade de France… Naturellement ce genre de série policière aurait tout à fait sa place dans une collection “Grands détectives” ou équivalent. Mais ce qui vaut au roman de Jocelyn Bonnerave une publication dans la collection “Fiction & Cie” du Seuil, c’est probablement son style qui va par moments fureter du côté du slam, de la poésie sonore… (je ne sais pas exactement quel terme conviendrait à l’auteur, mais je ne manquerai pas de l’écouter prochainement dans une émission de la nuit, avec l’espoir de comprendre alors vraiment ce qu’il a voulu faire). Ce roman est donc plutôt à ranger du côté de la littérature expérimentale.
“Antoine fait la gueule parce qu’il croit que je me suis moqué de son accent québécois. C’est de plaisir que j’ai ri, à l’entendre pour la énième fois bricoler ma langue d’une autre manière. Impossible de lui faire comprendre. Il faudrait du temps pour lui dire ce que j’aime dans la langue, quelle joie ça me donne qu’on la torde, qu’on la remonte dans l’autre sens, quelle espèce de musique ça me chante. Je suis venu pour la musique, je suis peut-être venu pour la langue, ou pour autre chose encore ?”
Que dire d’autre de l’histoire ? Qu’elle se déroule sur fond de campagne électorale américaine, que certains personnages secondaires valent le détour, comme une chanteuse SDF ou un mangeur de sauce bolognaise passionné de bambous, et que l’anthropologue ne reste pas longtemps tout seul sur sa planète californienne, ce qui donne lieu à quelques scènes de sexe avec une musicienne végétarienne. Enfin, de l’énigme de la mort de Mary je ne dirai rien, si ce n’est que c’est une histoire folle, qui flirte dangereusement avec le ridicule, mais qui inspirera peut-être à nos dirigeants un nouveau plan de lutte contre l’obésité.
Un roman qu’on lit d’une traite et avec le sourire !
Nouveaux Indiens / Jocelyn Bonnerave, Seuil (Fiction & Cie), 2009, 169 p., ISBN 978-2-02-098974-9
Un petit tour sur les autres avis bloguesques est très réjouissant, car ce roman divise et je dois dire que lire tous ces billets à la suite m’a bien fait rire : “Nouveaux Indiens” a enthousiasmé Cathulu. Il a également plu à Papillon, Wictoria, Lou, Lael et Catherine. Il a déplu à Doriane qui a trouvé son style indigeste, tandis que Mariel considère que la mayonnaise n’a pas pris. Il n’a pas plu non plus à Gangoueus et Joëlle. Calypso a carrément détesté : c’est le plus mauvais roman qu’elle ait lu de sa vie. Enfin il a déconcerté Saxaoul et Stephie qui l’ont abandonné.
Nouveaux Indiens est le premier roman de Jocelyn Bonnerave, anthropologue né en 1977. Merci à Chez les filles et les Éditions du Seuil pour me l’avoir envoyé. J’en fais un livre voyageur, c’est-à-dire que je le prête à tout blogueur de lecture connu de moi qui en fera la demande en commentaire.
4/7![]()


Mais alors pourquoi ai-je aimé ce livre ? Parce qu’il y est question de la découverte de la lecture par quelques voisins réunis par le hasard et la guerre. Chacun d’eux dans ses lettres va raconter à Juliet sa propre rencontre avec la littérature. Et certains le feront fichtrement bien. C’est bien simple, en lisant certaines de ces lettres, j’ai éprouvé le même plaisir que celui que j’éprouve à lire des blogs de lecture. J’ai donc trouvé ça très agréable. Ce roman est un hommage aux livres, à la littérature, et peut-être plus encore aux lecteurs.
Et puis petit à petit, au fil des lettres, le thème de la lecture cède la place à celui de l’Occupation allemande. On apprend énormément de choses sur ce qu’ont vécu les habitants de Guernesey pendant la Guerre. Parce que les habitants de l’île prennent la plume à tour de rôle, on est en totale empathie avec eux, et on espère comme eux le retour d’Elizabeth dont ils sont sans nouvelles. Aussi avance-t-on dans l’histoire avec crainte, espoir et beaucoup de curiosité pour ce qui nous attend. Bref, c’est un roman qu’il est difficile de lâcher avant la fin, un roman qu’on a envie d’offrir, de recommander. Un roman qui mérite bien son succès !































Swapounet
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Jeu de la PAL 2009