
![]()
“Les derniers jours”, roman de Raymond Queneau, a commencé à me plaire vraiment au troisième chapitre, quand à Paris un personnage nommé Vincent Tuquedenne a débarqué d’un train en provenance du Havre. “Tiens, tiens !” s’est alors dit la lectrice qui a lu “Chêne et chien” ! (Je rappelle à ceux qui ne connaîtraient pas “Chêne et chien”, qu’il s’agit de l’autobiographie en vers de Raymond Queneau qui commence ainsi : “Je naquis au Havre un vingt et un février en mil neuf cent et trois”). “Tiens, tiens”, s’est donc dit la lectrice qui, à partir de là, a lu le roman obnubilée par les points communs entre Queneau et Tuquedenne. Voici comment Tuquedenne est décrit dans le roman :
“… il était timide, individualiste-anarchiste et athée. Il ne portait pas de lunettes bien qu’il fût myope, et laissait croître sa chevelure afin de témoigner de ses opinions. Tout cela lui était venu en lisant des livres, beaucoup de livres, énormément de livres.”
Tuquedenne arrive donc à Paris pour y faire ses études. Il s’inscrit en licence de lettres à la Sorbonne et loue une chambre dans un hôtel. Dés le premier soir, il s’installe à une table, prend un cahier neuf et commence un nouveau journal, le genre de journal intime qui donne bien envie de s’intéresser à celui de Queneau. Tuquedenne n’est pas très heureux, voire franchement malheureux. Il échoue à ses examens. Les filles lui restent inaccessibles. Alors il tue le temps. Il écrit des poèmes, il lit, et puis il explore Paris, d’est en ouest et du nord au sud, “en large, en long, en rond, en zigzag”. Tuquedenne se sent seul et pourtant autour de lui gravitent bon nombre de personnages, des jeunes et des vieillards, et aussi Alfred, le garçon de café astrologue qui se fait parfois narrateur à la première personne pour parler de la fin du monde.
Il est beaucoup question de la mort dans ce roman. Les vieillards vivent leurs derniers jours et Tuquedenne remue des idées noires. J’ai aimé ce roman pour Tuquedenne. J’ai aimé le reste aussi. Mais quand j’entamais un nouveau chapitre et constatais qu’il allait être consacré à d’autres personnages, j’étais un peu déçue. Je le lisais tout de même mais le plus vite possible, et c’est toujours avec plaisir que je retrouvais ensuite Tuquedenne, ses lectures, ses déambulations dans les rues de Paris, ses états d’âme.
“Dans deux mois, il allait passer son dernier certificat de licence ; sans doute serait-il reçu ; puis viendraient quatre longs mois sans espoir dont il ne savait que faire, et après ce serait fini. Un esclavage, puis un autre, puis un autre encore, et comme cela toute la vie. A moins de. A moins de quoi ? A moins d’en triompher. A moins d’en triompher ? Tuquedenne ricana diabolico-sceptiquement.”
“Les derniers jours” est donc un roman autobiographique, grave et désenchanté (mais non dénué d’humour), que je vais ranger parmi mes lectures queniennes précédentes loin de “Pierrot mon ami” et “Le Chiendent“, et plutôt du côté de “Chêne et chien” et “Un rude hiver“, bref du côté de mes préférés.
Les derniers jours / Raymond Queneau, Gallimard (Folio), 1997, 295 p., ISBN 2-07-040323-8
“Les derniers jours”, paru en 1936, est le troisième roman de Raymond Queneau, après “Le Chiendent” et “Gueule de pierre”.
Le titre de mon billet est emprunté à Stendhal (je crois qu’il provient d’”Armance”). C’est aussi une des épigraphes du journal de Tuquedenne. Je profite aussi de ce billet pour saluer les illustrations de couverture des romans de Queneau en Folio. Elles sont signées Eric Provoost. Elles collent parfaitement aux romans et m’amusent toujours.
































Swapounet
Challenge du 1% 2008
Jeu de la PAL 2009