Le sommeil du lecteur n’est pas celui du caïman

Le sommeil du caïman

“Je ne suis qu’un amoncellement de souvenirs. C’est là ma seule identité. Un archiviste désordonné, plein d’hallucinations et de caprices. Incohérent. L’incohérence est la seule vérité possible, la vérité de l’instant. J’ai mis beaucoup de temps à l’apprendre.”

Il est réceptionniste dans un hôtel à Toronto, au Canada, depuis plus de trente ans et à six mois de la retraite. Arrive alors dans son hôtel un certain Luis Bielsa, un espagnol de soixante-seize ans. Bielsa ne semble pas reconnaître le réceptionniste. Mais le réceptionniste se souvient. Il revoit l’été 1956 à Barcelone. Il avait alors vingt-cinq ans et croyait à la révolution…

“Dans le clignotement du téléviseur apparaît un caïman immobile. Endormi ou mort, il flotte à la dérive au bord d’une mare et un jeune daim s’approche pour boire. Soudain le daim n’est plus qu’un amas de chair, de sang qui teint la couleur ocre de la mare.”

Ce roman est l’histoire d’une trahison et d’une vengeance bien des années plus tard. On le sait dés le début du roman. On n’en sait guère plus à la fin. J’ai trouvé ce roman complètement creux, d’un ennui mortel. Je dois reconnaître à l’auteur un certain savoir faire, mais à quoi bon ?

Il y est bien question également de la mémoire, des fantômes, du souvenir d’une histoire d’amour de jeunesse, des souvenirs traumatisants des prisons franquistes, de la torture et autres joyeusetés, mais rien de bien palpitant. Comme le ressassement de la mémoire, le récit est répétitif, il tourne sur lui-même indéfiniment. Antonio Soler manie très bien la répétition, le style est élégant, mais son roman particulièrement soporiphique.

Le sommeil du caïman / Antonio Soler, traduit de l’espagnol par Françoise Rosset (titre original : El sueño del caimán), A. Michel, 2009, 207 p., ISBN 978-2-226-19396-4

Antonio Soler (1956-….) est l’auteur de Les héros de la frontière (1999), Les danseuses mortes (2001), Le spirite mélancolique (2004), Le chemin des anglais (2007).

Sur le site Rentrée littéraire, on peut lire une longue critique d’un blogueur que ce roman a de toute évidence passionné.

7/71%

Nous ne sommes pas dans le royaume de la logique

Netherland

“Je me souviens, également, avoir essayé de me débarrasser d’une nouvelle et intense tristesse que je suis capable seulement maintenant d’identifier sans hésiter : la tristesse qui nous vient quand le miroir du monde n’offre plus de surface dans laquelle on peut reconnaître son véritable reflet.”

Hans van den Broek, un anglais d’origine hollandaise, vit à Londres avec sa femme Rachel et leur petit garçon. Un soir  en 2006, il reçoit un coup de téléphone d’une journaliste qui lui apprend la mort de Chuck Ramkissoon, un américain originaire de Trinidad. Chuck a été retrouvé mort dans un canal, les poignets menottés, de toute évidence victime d’un meurtre. Alors Hans se souvient des quelques années qu’il a passées à New York.

L’essentiel du roman se situe juste après le 11 septembre. L’effondrement des tours a ébranlé l’Amérique et le couple de Hans. Rachel ne supportait plus de vivre dans la peur d’un attentat et a préféré rentrer à Londres. Hans fait donc des allers et retours fréquents entre Londres et New York. Il est assez désorienté. Tandis qu’il traîne son ennui dans New York, ses pensées vagabondent. C’est alors qu’il rencontre Chuck, très différent de lui, mais partageant sa passion pour le cricket…

Si j’étais critique littéraire, je tenterais probablement de rendre compte de ce roman avec le maximum d’objectivité. J’en vanterais donc les innombrables qualités sans parler de ma propre lecture. Pour en montrer toute la richesse, je commencerais certainement par énumérer quelques uns des thèmes abordés par ce roman : la ville de New York, l’après 11 septembre, les communautés d’immigrés aux États-Unis, le rêve américain, le cricket, les joies de la vie de famille, le déclin du couple, la nostalgie de l’enfance… J’évoquerais certainement le style superbe, “bien écrit mais pas trop”, l’habileté de l’auteur pour jouer avec le temps, balader son lecteur entre Londres aujourd’hui, New York hier et les Pays-Bas avant-hier. Je dirais certainement le plaisir qu’il y a pour un lecteur à trouver sa place dans un roman, quand l’auteur n’en dit pas trop, ne lui mâche pas trop le travail de lecture en surinterprétant tout à sa place. Bref si j’étais critique littéraire, je dirais que ce roman est un excellent roman, certainement un des meilleurs de la rentrée.

Mais comme je suis une blogueuse qui parle des livres en toute subjectivité, il faut que je vous dise combien ce roman m’a arraché des bâillements d’ennui. Au bout d’une centaine de pages, il m’est tombé des  mains. Il est resté là, fermé, m’ayant coupé toute envie de lire même autre chose, pendant des jours, peut-être des semaines. Et puis un jour quelqu’un m’a posé la question rituelle : “Qu’est-ce que tu lis en ce moment ?”. Alors j’ai raconté cet abandon de lecture et j’ai tenté  de me justifier. J’ai dit à mon interlocuteur qu’il ne se passait rien dans ce roman, qu’Hans et Rachel étaient les personnages les plus ennuyeux que j’aie rencontrés dans un roman (lui analyste financier, elle avocate, leur loft, leur bébé, les baisers qu’elle lui refuse, et plus tard l’amant, le psychothérapeute, le conseiller conjugal… (d’ailleurs, parenthèse dans la parenthèse, je pense que la petite famille traditionnelle et la réussite sociale sont les thèmes les plus chiants et les moins romanesques qui soient) ). Et puis je me suis mise à énumérer tous les thèmes abordés par ce roman, en m’étonnant qu’un roman dans lequel il ne se passe rien puisse en aborder autant. Et finalement je me suis donné envie à moi-même de reprendre ma lecture.

Alors j’ai repris ce roman. J’ai encore réprimé quelques bâillements, mais j’y ai tout de même pris goût. Et au lieu de déplorer le manque d’action, je me suis même surprise à en apprécier surtout les passages les plus contemplatifs, par exemple quand Hans surfe sur Google Earth ou quand il regarde tomber la neige pendant des heures. Enfin j’y ai même trouvé quelques (rares) notes d’humour. Finalement je crois qu’au début ce roman m’avait tout simplement communiqué sa tristesse. Et en lectrice éponge j’avais absorbé l’ennui de Hans, sa solitude et son désoeuvrement.

“Nous ne sommes pas dans le royaume de la logique mais dans celui de la mélancolie, et je persiste à penser que la mélancolie est une condition respectable et sérieuse. Comment, sinon, rendre compte d’une bonne partie de notre vie ?”

Si j’étais critique littéraire, je vous raconterais certainement l’anecdote Obama qui semble inévitable pour parler de Netherland (il a dit aimer ce roman qu’il était en train de lire et ça a dopé ses ventes). Mais comme je suis une blogueuse de lecture qui a bien failli laisser tomber ce roman, je me demande surtout si Barack Obama l’a maintenant terminé…

Enfin si j’étais critique littéraire, j’aurais certainement comparé ce roman à Gatsby le magnifique (ils le font tous). Mais comme je ne suis qu’une blogueuse qui ne sait pas apprécier la littérature américaine contemporaine parce qu’elle n’a pas lu tous ses classiques, je vais me contenter d’ajouter une ligne à mon programme de lecture.

Netherland / Joesph O’Neill, traduit de l’américain par Anne Wicke (titre original : Netherland), Éd. de l’Olivier, 2009, 296 p., ISBN 978-2-87929-655-5

Joseph O’Neill (1964-….) est né en Irlande d’une mère turque francophone et d’un père irlandais. Il a vécu aux Pays-Bas, a été avocat à Londres et vit maintenant à New York depuis plus de dix ans. Netherland est son troisième roman mais le premier traduit en français. Il a reçu pour ce roman le PEN/Faulkner Award 2009.

D’autres avis sur les blogs de lecture : Dasola et Keisha.

Livres voyageurs Fidèle à mon habitude, je fais de ce roman un livre voyageur (c’est-à-dire que je le prête à tout blogueur de lecture connu de moi qui en fera la demande en commentaire). Mais sachez que c’est à vos risques et périls. Si vous vous laissez gagner par la crise existentielle de Hans, ses doutes, sa tristesse… je décline toute responsabilité ! Sachez surtout que ce bon roman n’est peut-être pas aussi génial que la presse unanimement dithyrambique a eu tendance à l’affirmer…

6/71%

Comme un garçon

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“C’est en fermant les yeux et surtout la bouche de mon père que j’ai ressenti l’épaisseur du temps. Je me suis dit : plus question de plaisanter avec les années qui passent. Elles ne reviennent jamais.”

Le prologue du roman de Pierre-Louis Basse est écrit à la première personne, comme le début d’une autobiographie. Il y parle de la mort de son père et de son désir de partir à la recherche d’un amour de jeunesse à travers l’écriture. Mais du prologue au premier chapitre, un glissement s’opère de la première à la troisième personne. Et il s’ensuit un roman autobiographique qui dure le temps d’une semaine. Le lundi Pierre Garçon s’installe dans un hôtel de la Place Clichy, tout près du lieu de sa première rencontre avec Lucie en 1979. Ils avaient vingt ans et ils étaient en khâgne. Trente ans plus tard il est toujours nostalgique de cet amour perdu. Il s’installe donc dans une chambre d’hôtel avec toutes sortes d’objets devant lui rappeler sa jeunesse : un ticket de métro, une affiche, un électrophone et des disques… Et il part en quête à la fois de Lucie et de l’année 1979.

Le prologue et le premier chapitre de ce roman m’ont beaucoup plu. Mais du mardi au dimanche, les journées m’ont paru de plus en plus longues. Je me suis lassée de ces énumérations de noms de célébrités de l’époque (dont beaucoup ne me disaient pas grand chose) et même des énumérations de films, de disques, de livres qui créaient petit à petit un décor, mais un décor pour un roman qui reste à écrire. L’histoire d’amour m’a paru à peine esquissée. La fin ne m’a pas vraiment convaincue non plus. Inutile donc que je m’attarde davantage sur cette petite déception !

Comme un garçon / Pierre-Louis Basse, Stock (Bleue), 2009, 140 p., ISBN 978-2-234-06026-5

“Comme un garçon” est le premier roman de Pierre-Louis Basse, déjà auteur d’une biographie de Guy Moquet et de récits.

Restling (que je remercie pour le prêt) m’avait pourtant prévenue et Saxaoul n’a pas été plus enthousiaste.

5/71%

Seul sur la planète Californie

Nouveaux Indiens

“Il y aura de la musique, d’autres cannibales, d’autres manières d’utiliser la chair, deux élections, de la musique encore.
Il y aura une enquête et une autre enquête.”

Un anthropologue français passe deux mois aux États-Unis près du campus de Berkeley, pour étudier le travail d’un musicien avec son groupe d’étudiants. Dans l’école de musique, des affiches sont placardées : “We miss you Mary”. Mary était étudiante en danse dans la même école. Anorexique depuis plus d’un an, elle est décédée peu avant l’arrivée de l’anthropologue. Quand elle est tombée malade, elle revenait d’un voyage chez les Guayaki, des Indiens anthropophages. L’histoire de Mary va donc beaucoup intéresser l’anthropologue…

“Les anthropologues sont des rats de bibliothèque qui en sortent parfois, la peur au ventre, parce qu’il n’y a pas encore de livre sur les hommes qui les intéressent, et que ce livre, en dépit des fièvres et du vaudou, eh bien il faut l’écrire.”

Ce qui m’a amusée à la lecture de ce roman, c’est d’imaginer qu’il pourrait être le premier d’une série avec A. l’anthropologue en héros récurrent. A. y serait un genre de Colombo de l’anthropologie. Car il ne paie pas de mine, l’anthropologue. Il a tout de l’anti-héros qui déteste les voyages, vomit dans l’avion, ne se remet pas du jetlag, et se balade partout avec son guide Lonely Planet comme un pauvre touriste égaré aux États-Unis. Je le verrais bien, dans une prochaine aventure, troquer son guide Lonely Planet contre un plan du métro parisien et aller s’installer non loin du campus de Paris 8, histoire d’observer un peu les rappeurs de Seine-Saint-Denis. Et alors un crime aurait lieu au Stade de France… Naturellement ce genre de série policière aurait tout à fait sa place dans une collection “Grands détectives” ou équivalent. Mais ce qui vaut au roman de Jocelyn Bonnerave une publication dans la collection “Fiction & Cie” du Seuil, c’est probablement son style qui va par moments fureter du côté du slam, de la poésie sonore… (je ne sais pas exactement quel terme conviendrait à l’auteur, mais je ne manquerai pas de l’écouter prochainement dans une émission de la nuit, avec l’espoir de comprendre alors vraiment ce qu’il a voulu faire). Ce roman est donc plutôt à ranger du côté de la littérature expérimentale.

“Antoine fait la gueule parce qu’il croit que je me suis moqué de son accent québécois. C’est de plaisir que j’ai ri, à l’entendre pour la énième fois bricoler ma langue d’une autre manière. Impossible de lui faire comprendre. Il faudrait du temps pour lui dire ce que j’aime dans la langue, quelle joie ça me donne qu’on la torde, qu’on la remonte dans l’autre sens, quelle espèce de musique ça me chante. Je suis venu pour la musique, je suis peut-être venu pour la langue, ou pour autre chose encore ?”

Que dire d’autre de l’histoire ? Qu’elle se déroule sur fond de campagne électorale américaine, que certains personnages secondaires valent le détour, comme une chanteuse SDF ou un mangeur de sauce bolognaise passionné de bambous, et que l’anthropologue ne reste pas longtemps tout seul sur sa planète californienne, ce qui donne lieu à quelques scènes de sexe avec une musicienne végétarienne. Enfin, de l’énigme de la mort de Mary je ne dirai rien, si ce n’est que c’est une histoire folle, qui flirte dangereusement avec le ridicule, mais qui inspirera peut-être à nos dirigeants un nouveau plan de lutte contre l’obésité.

Un roman qu’on lit d’une traite et avec le sourire !

Nouveaux Indiens / Jocelyn Bonnerave, Seuil (Fiction & Cie), 2009, 169 p., ISBN 978-2-02-098974-9

Un petit tour sur les autres avis bloguesques est très réjouissant, car ce roman divise et je dois dire que lire tous ces billets à la suite m’a bien fait rire : “Nouveaux Indiens” a enthousiasmé Cathulu. Il a également plu à Papillon, Wictoria, Lou, Lael et Catherine. Il a déplu à Doriane qui a trouvé son style indigeste, tandis que Mariel considère que la mayonnaise n’a pas pris. Il n’a pas plu non plus à Gangoueus et JoëlleCalypso a carrément détesté : c’est le plus mauvais roman qu’elle ait lu de sa vie. Enfin il a déconcerté Saxaoul et Stephie qui l’ont abandonné. 

Livres voyageurs Nouveaux Indiens est le premier roman de Jocelyn Bonnerave, anthropologue né en 1977. Merci à Chez les filles et les Éditions du Seuil pour me l’avoir envoyé. J’en fais un livre voyageur, c’est-à-dire que je le prête à tout blogueur de lecture connu de moi qui en fera la demande en commentaire.

4/71%

Les mains rouges de l’automne

Les mains rouges

En 1977, un étudiant travaillant à la Gare centrale de Copenhague rencontre une jeune femme mystérieuse descendue d’un train en provenance d’Allemagne. Elle lui demande de l’héberger quelques jours et disparaît en lui laissant une clef de consigne. Dans celle-ci l’étudiant-narrateur trouve un sac rempli de billets de banque. Quinze ans plus tard, alors qu’il n’a pu oublier cette brève rencontre, il retrouve par hasard l’inconnue et la suit avant qu’elle ne lui raconte son histoire…

“Les événements dont je vais parler se sont passés avant que ma vie ne prenne forme. Elle pouvait encore partir dans toutes les directions, comme lorsque l’on erre au hasard, par un soir d’été. On est jeune, on se dit que tout est possible, même s’il n’arrive pas grand-chose pour autant. On est encore seul face à l’existence, détaché, parce que la vie ne s’est pas encore intéressée à nous, parce que nous n’y avons pas encore apposé nos marques. On peut même avoir l’impression d’être un intrus, un importun. La liberté a le goût amer du fruit vert tandis que l’on prolonge son errance à travers la ville assez longtemps pour la voir se vider des gens qui rentrent chez eux.”

Parce qu’il traite du même thème, à savoir le terrorisme d’extrême gauche en Allemagne dans les années 70, ce roman m’a beaucoup  fait penser à Week-end de Bernhard Schlink. Grøndahl et Schlink partagent d’ailleurs aussi la simplicité et la justesse du propos, une grande délicatesse et un certain désenchantement. Je suis totalement sous le charme de ce roman avec lequel je découvre Jens Christian Grøndahl, pour tous ses à-côtés, pour tout ce qui ne fait pas avancer l’intrigue, ses digressions, sa manière de voir le monde et de dire les choses, autant de signes qui me laissent penser que je devrais aimer ses autres romans, quels qu’en soient les sujets.

Le roman de Schlink était également une réflexion sur le temps qui passe et nous change, sur ce qui reste des idéaux, mais aussi des amitiés et des amours de jeunesse. Celui de Grøndahl est à son tour l’occasion d’un retour sur le passé pour deux personnages dans la quarantaine, quand les remords se mêlent à la nostalgie de la jeunesse perdue et que le sentiment de culpabilité grandit. Ce pourrait aussi être une histoire d’amour entre deux personnages qui se retrouvent à l’hôtel pour se raconter leur vie, ”trompant” ainsi leurs conjoints bien plus qu’ils ne le feront plus tard par une véritable liaison. C’est enfin l’histoire d’un homme qui, se retournant sur son passé, remet en cause sa vie présente au point d’y renoncer.

Les mains rouges / Jens Christian Grøndahl, traduit du danois par Alain Gnaedig (titre original : Røde Hænder), Gallimard (Du monde entier), 2009, 203 p., ISBN 978-2-078205-5

Malheureusement Clarabel n’a pas du tout aimé ce roman.

Livres voyageursCe roman est très court. En dépit de son statut de nouveauté, il a déjà le format d’un livre de poche. Comment donc résister à la tentation d’en faire un livre voyageur ? Je le prête donc à tout blogueur de lecture connu sur ce blog qui en fait la demande en commentaire.

3/7 Challenge du 1% littéraire 2009

Challenge VivaldiC’est pas beau de tricher !

La femme de midi

La femme de midi

En 1945 à Stettin en Allemagne, Alice abandonne sur un quai de gare son petit garçon de 7 ans. La guerre est pourtant finie. Les bombardements viennent de cesser laissant Stettin en ruine. L’Armée rouge occupe déjà la ville qui fera bientôt partie de la Pologne et  beaucoup d’Allemands fuient vers l’Ouest. Alice aurait donc pu en faire autant avec son enfant. Alors pourquoi ce geste désespéré ? Pour tenter de le comprendre, Julia Franck reconstitue la vie d’Alice depuis son enfance au début du siècle, en s’attardant sur sa jeunesse dans les années folles, puis son mariage alors que l’idéologie nazie progresse en Allemagne.

“Les soupirs de Martha étaient imprévisibles, Helene les lui soutirait, elle croyait connaître chaque fibre, chaque nerf qui courait sous la peau de sa soeur, elle effleurait son corps sur toute sa longueur, tel un de ces instruments qui ne rendent de sons que losqu’on en effleure les cordes d’une manière bien précise”.

Passé le prologue où les circonstances de son abandon nous sont racontées à travers les yeux de l’enfant, le roman nous entraîne à Bautzen à la veille de la Première guerre mondiale, pour y faire la connaissance de deux soeurs, Martha et Helene. C’est cette fois à travers le point de vue d’Helene (dont nous ne tarderons pas à deviner qu’il s’agit d’Alice) que nous sont racontées son enfance, sa relation difficile avec sa mère, sa tendre relation incestueuse avec sa soeur, puis leur jeunesse à Berlin chez leur tante Fanny où elles découvrent une vie festive, un monde d’artistes et d’étudiants qui fréquentent les mêmes clubs de jazz. L’homosexualité pour l’une, un amour malheureux et un mariage raté pour l’autre, la crise de 1929, la montée du nazisme qui viendra leur rappeler leur origine juive, la guerre… ce sont là les principaux thèmes de ce roman passionnant d’un bout à l’autre.

“Carl parlait théâtre. En quelques phrases ils s’accordèrent à préférer la tragédie classique sur scène et les lectures romanesques à la maison, mais leur accord, leur acquiessement, leur oui étaient surtout dus à leur impatience, ils ne voulaient plus avancer masqués, ils voulaient se rapprocher et cherchaient à se dire leur commune façon de voir les choses.”

Ce n’est pas un roman historique, même si de toute évidence il y a eu un travail documentaire de la part de l’auteur. C’est plutôt l’histoire d’une femme avec en toile de fond l’Allemagne de l’entre-deux-guerres, une grande fresque très romanesque portée par une belle écriture.  Certaines scènes sont très fortes, les scènes d’amour si périlleuses joliment ou affreusement réussies. Julia Franck écrit merveilleusement les sentiments, le désir, la folie… Elle n’en dit jamais trop, sait rester allusive, ne pas trop donner dans la psychologie. La fin du roman est à la hauteur du reste, retenue et douloureuse. Bref “La femme de midi” a été pour moi une très belle surprise de cette rentrée littéraire.

“C’était facile de marcher la main dans sa main. Plus d’ombre pesant d’un poids de plomb, plus rien ne l’oppressait comme une tombe, et la fin du monde était encore loin.”

Ce roman inspiré de l’histoire familiale de Julia Franck (son père ayant été l’enfant abandonné sur un quai de gare) a connu un grand succès en Allemagne où il est resté en tête des ventes pendant deux ans et a reçu le Prix du livre allemand en 2007. Espérons donc qu’il connaîtra le même succès en France et que cela incitera son éditeur français à faire traduire le précédent roman de son auteur.

La femme de midi / Julia Franck, traduit de l’allemand par Élisabeth Landes (titre original : Die Mittagsfrau), Flammarion, 2009, 369 p., ISBN 978-2-0812-1373-9 

Livres voyageursJe fais de ce roman un livre voyageur, c’est-à-dire que je le prête à tout blogueur de lecture connu sur ce blog qui en fait la demande en commentaire.

2/7 Challenge du 1% littéraire 2009

Obscurs dans la nuit solitaire

Contretemps

“Dés le premier instant, il s’était méfié d’elle.
Quelques battements de cils, une main frôlée et deux ou trois sourires plus tard, il l’adorait.”

Une nuit Melvin Epineuse reçoit un curieux coup de téléphone. Un certain Bruno Bar a disparu et on lui propose de le retrouver contre une coquette somme d’argent. Melvin accepte la mission et décide d’appliquer au cas de Bruno Bar sa méthode de recherche des clés. Il décide donc de ne pas le chercher mais de déambuler sur la planète jusqu’à ce que celui réapparaisse là où il s’y attendrait le moins. Et comme il a alors envie d’églises, il commence sa déambulation à Florence, où il fait la connaissance de Lorraine…

Quel curieux premier roman ! L’auteur s’y amuse visiblement beaucoup et nous entraîne avec lui dans son humour absurde. En le lisant j’ai pensé à Kourkov, cet auteur russe d’Ukraine qui manie le même genre d’humour pour conter des histoires aussi rocambolesques. J’ai aussi songé à un auteur français avec lequel pourtant ma première rencontre n’a pas été très heureuse, à savoir David Foenkinos, car comme lui Charles Marie aime s’attarder sur de toutes petites choses du quotidien et les considérer avec un humour décalé (il m’a même donné envie de revenir vers DF !). 

“Melvin voulait faire quelque chose mais il ne savait pas quoi, comme à son habitude. Ce sentiment soudain d’être une ménagère bourgeoise avec des aspirations caritatives lui donna un bref haut-le-coeur.”

Ce roman est composé d’une succession de courtes parties d’une à trois pages, chacune portant un titre pouvant être emprunté aussi bien à Virgile qu’aux Bee Gees. On y passe du coq à l’âne, de l’enquête qui continue, aux souvenirs de Melvin, en passant par des réflexions sur toutes sortes de sujets d’importance, comme par exemple la nourriture dans la littérature. On suit Melvin de Paris à Budapest en passant par Florence, et on explore avec lui les catacombes où s’affrontent de mystérieuses sociétés secrètes. On sourit très souvent en lisant ce roman, à peine contrarié par les trop nombreuses coquilles. Car il est très agréable pour le lecteur de n’avoir qu’à mettre ses pas dans ceux de l’auteur, de lui faire confiance, de se laisser entraîner sans du tout savoir où il va. Bref, c’est un roman original et léger, que j’ai pris suffisamment de plaisir à lire pour vous le recommander.

Contretemps / Charles Marie, Aux forges de Vulcain (Littératures), 2009, 163 p., ISBN 9782953025910

Livres voyageursJ’ai été ravie d’attaquer la rentrée littéraire 2009 avec Contretemps, le premier roman de Charles Marie, qui est aussi le premier roman publié dans la collection Littératures des jeunes éditions Aux forges de Vulcain. L’illustration de couverture est de Julien Pacaud. Ce roman est disponible à la vente à la Librairie internationale Jean Touzot (38 rue Saint Sulpice, Paris 6e), en ligne sur le site de l’éditeur, et il peut être commandé chez tout libraire. Je remercie l’éditeur de m’avoir envoyé cet exemplaire. J’en fais un livre voyageur, c’est-à-dire que je le prête à tout blogueur de lecture connu de moi qui en fera la demande en commentaire.

1%1/7

Un certain cercle littéraire au nom à rallonge

Le Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates

“Lire de bons livres vous empêche d’apprécier les mauvais.”

A Londres en 1946, Juliet, écrivain à la recherche d’une nouvelle inspiration, reçoit une lettre d’un certain Dawson Adams de Guernesey. Il est en possession d’un livre qui lui a appartenu et sur lequel figurent encore son nom et son adresse. Comme il aimerait se procurer d’autres livres et qu’il n’y a plus de librairie à Guernesey, il s’adresse à Juliet, espérant qu’elle pourra lui recommander une librairie londonienne à laquelle passer commande. Dés sa première lettre, il fait allusion au mystérieux Cercle des amateurs de littérature et de tourte aux épluchures de patates, cercle créé pendant la Seconde guerre mondiale par sept habitants de Guernesey qui avaient un soir dépassé l’heure du couvre-feu et n’avaient alors pas trouvé meilleur prétexte pour se justifier auprès des soldats allemands. Il n’en faut pas plus pour piquer la curiosité de Juliet. Elle va répondre à sa demande par des questions, et ce sera le début d’une correspondance à plusieurs voix… 

Ce roman épistolaire a été écrit à quatre mains par une ancienne libraire et bibliothécaire de 74 ans (Mary Ann Shaffer) et sa nièce, auteur de livres pour la jeunesse (Annie Barrows). Gravement malade, Mary Ann Shaffer est décédée peu avant la publication de ce qui allait être son premier roman. Il y a fort à parier que l’idée de ce roman a été inspirée par 84, Charing Cross Road. Mary Ann Shaffer et Annie Barrows ont en quelque sorte réincarné Helene Hanff en personnage de fiction, faisant d’elle Juliet, une anglaise vivant à Londres au lendemain de la Seconde guerre mondiale. D’Helen Hanff elles ont gardé la curiosité des autres et le ton de ses lettres, entre amour des livres et autodérision. De “84, Charing Cross Road”, qui était rappelons-le une correspondance réelle entre une américaine et le personnel d’une librairie londonienne, les deux auteurs ont également repris l’époque, les privations de l’Après-Guerre, et surtout cette forme de correspondance à plusieurs voix, dans laquelle certains correspondants reviennent régulièrement, d’autres n’apparaissent qu’une fois, tandis que certains personnages manquent à l’appel. A partir de cette idée formidable, elles ont écrit un roman qui doit certainement son succès à sa simplicité, sa facilité d’accès, mais qui n’en est pas moins original et très agréable à lire. Bien sûr c’est gentillet, plein de bons sentiments… mais j’ai passé un si bon moment sur cette île, que je ne bouderai pas mon plaisir.

Juliet est une femme de 32 ans encore célibataire. Nous apprenons rapidement qu’elle a failli se marier quelques années plus tôt, mais y a renoncé la veille de la cérémonie (pour la meilleure des raisons). Dans ses lettres à son amie Sophie, elle confie volontiers avec humour ses déboires sentimentaux. Alors quand elle entame une correspondance avec Dawson, tandis qu’elle poursuit ses bonnes relations épistolaires avec son éditeur Sidney (frère de Sophie), et qu’un mystérieux admirateur la couvre de fleurs, le lecteur amusé s’interroge… Amusé ou légèrement agacé par cet aspect marketing. Personnellement je me serais bien passée de l’histoire avec Mark (l’admirateur aux fleurs), qui fait par moments dangereusement pencher le roman vers la chick-lit.

Blason de GuerneseyMais alors pourquoi ai-je aimé ce livre ? Parce qu’il y est question de la découverte de la lecture par quelques voisins réunis par le hasard et la guerre. Chacun d’eux dans ses lettres va raconter à Juliet sa propre rencontre avec la littérature. Et certains le feront fichtrement bien. C’est bien simple, en lisant certaines de ces lettres, j’ai éprouvé le même plaisir que celui que j’éprouve à lire des blogs de lecture. J’ai donc trouvé ça très agréable. Ce roman est un hommage aux livres, à la littérature, et peut-être plus encore aux lecteurs.

“Au début,  je n’ai pas aimé Les Hauts de Hurlevent, mais à la minute où le spectre de Cathy s’est mis à gratter la vitre de ses doigts osseux, j’ai senti ma gorge se nouer, et le noeud ne s’est pas relâché avant la fin du livre. J’avais l’impression d’entendre les sanglots déchirants d’Heathcliff à travers la lande.”

Drapeau de GuerneseyEt puis petit à petit, au fil des lettres, le thème de la lecture cède la place à celui de l’Occupation allemande. On apprend énormément de choses sur ce qu’ont vécu les habitants de Guernesey pendant la Guerre. Parce que les habitants de l’île prennent la plume à tour de rôle, on est en totale empathie avec eux, et on espère comme eux le retour d’Elizabeth dont ils sont sans nouvelles. Aussi avance-t-on dans l’histoire avec crainte, espoir et beaucoup de curiosité pour ce qui nous attend. Bref, c’est un roman qu’il est difficile de lâcher avant la fin, un roman qu’on a envie d’offrir, de recommander. Un roman qui mérite bien son succès !

Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates / Mary Ann Shaffer & Annie Barrows, traduit de l’américain par Aline Azoulay-Pacvon (titre original : The Guernsey Literary and Potato Peel Pie Society), NiL, 2009, 390 p., ISBN 978-0-385-34099-1 

Les avis de Lilly, Isil, Lau, LoumanoAlwenn, Karine, Emma,  Leiloona, Stephie, Keisha, Katell, Sylire, Brize, Manu, Ys, Fashion, Caro[line], Delphine

Un noyau d’ombre en forme de coin

La promenade au phare

La famille Ramsay est en vacances en Écosse dans sa maison des îles Hébrides. James Ramsay, le petit garçon de six ans, aimerait bien faire une promenade au phare le lendemain. Mais fera-t-il assez beau ? Non, la promenade au phare ne se fera pas. En tous cas, pas tout de suite. Et dans dix ans, quand le temps permettra enfin cette promenade, le désir ne sera peut-être plus au rendez-vous…

La première partie du roman, la plus longue, dure à peine quelques heures. La deuxième, la plus courte, laisse s’écouler dix ans. Enfin la troisième et dernière dure le temps d’une promenade.

Si le temps est élastique chez Virginia Woolf, c’est qu’aux actes des personnages, aux menus faits qui occupent une soirée, elle superpose les pensées, les souvenirs, les rêves d’avenir de chacun. Plus qu’elle ne les superpose, elle les fait s’entrelacer avec les actes et les dialogues.

« Car maintenant elle n’avait plus besoin de songer à personne. Elle pouvait être elle-même, à elle-même. Et c’était de cela maintenant qu’elle éprouvait souvent le besoin : penser, non pas même penser, se taire, être seule. Tout l’être, toute l’action avec ce qu’il y a en eux d’expansif, de scintillant, de vocal s’évaporent et l’on se réduit, avec un sentiment de solennité, à n’être plus que soi, un noyau d’ombre en forme de coin, quelque chose d’invisible aux autres. »

On découvre les personnages petit à petit dans la première partie, sans qu’ils nous soient réellement présentés. Pas vraiment décrits, ils sont esquissés plutôt par petites touches, par une accumulation de détails qui finit par donner une vue d’ensemble de la maison et de ses occupants à instant donné. Dans cette maison, on trouve la famille Ramsay composée des parents et des huit enfants, et puis les amis qui tournent autour de la famille. Parmi eux, je retiendrai surtout Lily Briscoe, personnage très intéressant et très touchant, qui peint comme Virginia Woolf écrit.

La deuxième partie du roman est magnifique. Dix ans s’écoulent. Mrs Ramsay décède soudainement. Sa fille meurt en couches. Et la guerre de 14-18 emporte un des fils. La maison est inhabitée, elle se détériore, hantée par le souvenir de ceux qui ont disparu.

Il ne se passe rien finalement dans ce roman. C’est juste la vie qui passe, et la mort avec. L’art de Virginia Woolf est plus proche sans doute de la musique ou de l’art abstrait que du roman proprement dit. On dira que c’est de la littérature abstraite. Mais bien que l’écriture soit absolument sublime, le plaisir n’est pas qu’esthétique. Il y a une émotion vraie, intense, parfois violente. L’expérience de lecture est passionnante et délicieuse, émouvante, troublante… C’est un moment de lecture à passer ailleurs, hors du temps présent, dans une autre dimension.

La promenade au phare / Virginia Woolf, taduit de l’anglais par M. Lanoire (titre original : To the Lighthouse), Le livre de poche Biblio, 2006, 277 p., ISBN 978-2-253-03153-6

“La promenade au phare” ou “Vers le phare” (1927) est le cinquième roman de Virginia Woolf après “La traversée des apparences” (1915), “Nuit et jour” (1919), “La chambre de Jacob” (1922), “Mrs Dalloway” (1925). Pour ce roman, elle obtint le prix Fémina-Vie heureuse Anglais en 1928. Plus tard dans “Les vagues” (1931), elle écrira la même histoire, filant la même métaphore maritime, mais poussant encore l’abstraction un peu plus loin.

Les avis de LillyFab, Dominique, Les Rats de Biblio-net

Publié dans: on 29 août 2009 at 12:00 Commentaires (9)
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Deux ans de vacances

Deux ans de vacances

Quinze enfants de 8 à 14 ans se retrouvent seuls à bord d’une goélette en plein Océan Pacifique. Le groupe, en provenance d’un pensionnat néo-zélandais, s’apprêtait à faire un voyage en mer, quand les amarres du bateau se sont mystérieuresement rompues en pleine nuit, alors que l’équipage était à terre et que les enfants dormaient dans leurs couchettes. Pris dans une tempête, ils parviennent à s’échouer sur une plage, ignorant encore s’il s’agit d’une île ou d’un continent. C’est en fait une île inhabitée dont ils vont rester prisonniers pendant deux longues années…

La pension ChairmanL’aîné du groupe, Gordon, est un américain de 15 ans. C’est le plus organisé, le plus posé. C’est aussi lui qui joue régulièrement le rôle de médiateur, tentant d’apaiser la rivalité qui oppose Doniphan à Briant. Doniphan est un anglais de 14 ans. D’une famille aisée, il passe pour être particulièrement élégant et distingué. C’est également un excellent élève parmi les plus studieux. Orgueilleux, il tient à être le meilleur en tout et ne supporte pas l’autorité. Quant à Briant, c’est un français de 14 ans. Assez paresseux, bien que très intelligent, il est à la pension un élève capable du meilleur comme du pire. Le plus audacieux, et également le plus attentionné envers les plus jeunes, il est au début de l’aventure le véritable héros de la bande de rescapés. Aux côtés de ces trois vedettes, le jeune Service, 12 ans, mérite également d’être mentionné. C’est le plus joyeux, le plus rêveur, celui qui a lu Robinson Crusoé et Robinson Suisse. Très probablement, les qualités et nationalités des jeunes gens n’ont pas été distribuées au hasard par Jules Verne, mais ne comptez pas sur moi pour ce genre de considérations !

Carte de l'îleJe les ai trouvés bien débrouillards, ces jeunes gens. Ils savent manoeuvrer un voilier, construire un abri avec une voile, fabriquer un cerf-volant et même un genre de montgolfière. Ils n’ignorent rien du rythme des marées, savent nommer les plantes et les animaux, chasser, pêcher… massacrer des phoques de la manière la plus barbare qui soit, se battre avec des fauves, puis avec des bandits. Il faut dire qu’ils ont quand même eu pas mal de chance dans leur malheur. Ils n’ont en effet rien perdu de ce que contenait leur navire. Ils se sont donc installés dans une grotte comme des pachas, avec des couchettes, une table, des fauteuils, des armoires… toutes sortes d’outils, d’armes et même une bibliothèque !   

Hélas, je crois que j’ai passé l’âge de ce genre de lecture. Je me suis pourtant bien amusée au début à découvrir le groupe d’enfants et à explorer l’île avec eux, mais ça manquait beaucoup de rebondissements, de surprises. J’ai cheminé avec ces petits personnages particulièrement héroïques vers l’inévitable happy end avec un ennui grandissant. Au bout de 380 pages, il y a tout de même enfin eu un rebondissement : une femme a surgi sur l’île ! Et trente pages plus loin, à nouveau une surprise, puis une autre encore ! Bref, tout s’est accéléré pour ma plus grande joie dans les 150 dernières pages, mais je crois que je me serais bien contentée d’un an de vacances… A recommander tout de même à de jeunes lecteurs d’une dizaine d’années !

Deux ans de vacances / Jules Verne, Le livre de poche, 2008, 508 p., ISBN 978-2-253-00537-7

Blog-o-trésorsRoman lu dans le cadre du défi Blog-o-trésors organisé par Grominou où il a été proposé par Martine (10e trésor lu !).

Challenge ABC 2009