Le caméléon : un roman d’aventure

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“La vie est toujours plus intéressante que la mort.”

Tout commence au printemps 1997, quand Nicolaï Sotnikov achète un studio au centre de Kiev. Il accepte alors de reprendre à ses anciens propriétaires une étagère remplie de livres. Parmi ceux-ci, il trouve un recueil de poèmes abondamment annoté. Il part alors à la recherche du mystérieux annotateur et de fil en aiguille se retrouve au Kazakhstan à la recherche d’un trésor…

Quel amateur de livres de seconde main n’a pas rêvé de vivre une histoire pareille ? Le héros de Kourkov est un Monsieur Tout le monde auquel il est facile de s’identifier. Il a quitté son métier d’enseignant pour un travail de vigile. Sa vie l’ennuie. Il est donc prêt à se jeter tête baissée dans la première aventure qui se présentera. Et c’est un livre qui lui offrira cette évasion…

“Et qu’est la grande littérature, selon vous ? Juste des mots et des métaphores ? C’est le moyen de transmission de l’énergie spirituelle, comme un fil conducteur. Vous voulez vous charger d’une énergie sombre et profonde ? Lisez Dostoievski. Vous cherchez à vous purifier et à passer un moment dans un état de grâce ? Prenez Tourgueniev.”

Je pourrais ne pas en dire plus, et si vous ne voulez rien savoir d’autre de l’histoire, je vous recommande de sauter tout de suite au dernier paragraphe de mon billet. Pour les autres, sans dévoiler toute l’intrigue, je vais vous raconter une petite histoire qui arrive dans la première moitié du roman. Notre héros a perdu connaissance dans le désert kazakh. Quand il se réveille, il se trouve dans une yourte chez l’homme qui l’a recueilli et ses deux filles. L’une est très jolie (Goulia), l’autre moins (Natacha). Un soir, Natacha prend une mandoline et se met à chanter. “Le chant parle d’un voyageur sauvé par une chamelle qui le conduit dans une maison où vivent deux jeunes filles (…) Le père des deux jeunes filles lui propose de choisir celle qui l’accompagnera dans son voyage. L’une des filles est belle et l’autre non. L’une ne l’aimera jamais, l’autre l’aimera et se souviendra toujours de lui. Mais il choisit celle qui ne l’aimera pas et part avec elle…” Natacha arrête là sa chanson. Notre héros aurait pourtant bien aimé connaître la suite, mais le père des jeunes filles lui explique que Natacha a improvisé sa chanson et ajoute : “Elle n’a pas terminé son chant, parce que les vraies histoires finissent mal ou ne finissent pas du tout. Un bon aède évite souvent de chanter la fin des histoires qui finissent mal, même quand ce sont des histoires que chacun connaît…” Naturellement le père des jeunes filles propose ensuite à Nicolaï de choisir une de ses filles et de partir avec elle. Alors laquelle choisira-t-il et comment tout cela finira-t-il ? Si vous voulez le savoir, précipitez-vous dans votre bibliothèque ou librairie préférée !

Les romans de Kourkov sont décidément très séduisants. Sans prétention, avec beaucoup d’humour, de fantaisie, d’aventure, de suspens, d’amour… avec juste ce qu’il faut de mélancolie souriante, ils ne cherchent qu’une chose : le plaisir du lecteur. Moi, j’adore ! Pas vous ?

Le caméléon / Andreï Kourkov, traduit du russe par Christine Zeytounian-Beloüs (titre original : Dobryï anghel smerti = Le bon ange de la mort), Seuil (Points), 2002, 286 p., ISBN 2-02-051183-5

Andreï Kourkov, né à Saint-Pétersbourg en Russie en 1961, vit aujourd’hui à Kiev en Ukraine. Il est l’auteur de “Le pingouin”, “L’ami du défunt“, “Les pingouins n’ont jamais froid”, “Le dernier amour du président”.

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P.S. du 13/12/08 : Je me rends compte que je n’ai rien dit du titre du roman, titre qui mérite pourtant une petite explication. Au début de ma lecture, ayant lu le titre original et sa traduction littérale “Le bon ange de la mort”, j’étais un peu contrariée par le titre français, me demandant si c’était une idée du traducteur ou une idée de l’éditeur qui aurait jugé ce titre plus vendeur. De tels procédés m’agacent toujours un peu. Je n’étais alors même pas sûre que le titre français trouverait une explication. Mais au bout d’une centaine de pages, un véritable caméléon est apparu dans le désert kazakh. J’étais donc un peu rassurée. Ce titre n’était pas totalement insensé, mais je ne savais pas encore si le caméléon méritait le premier rôle. Finalement, à l’issue de l’aventure de notre héros dans le désert, une légende nous est racontée. Depuis le début de son voyage, Nicolaï avait remarqué des traces de pas dans le sable, comme s’il était suivi. Un Kazakh finit par le rassurer en lui disant : “C’est Azra, le bon ange de la mort (…). L’ange de la mort accompagne les voyageurs solitaires et leur apparaît parfois sous la forme d’un scorpion ou d’un caméléon. (…) Pas un mais une ange. Une femme-ange qui suit le voyageur et décide si elle va l’aider ou le tuer.  Si le voyageur lui déplaît, elle lui envoie un scorpion et il meurt. S’il lui plaît, elle lui envoie un caméléon et le voyageur reste en vie. Le caméléon est un animal qui porte chance. (…) On raconte qu’elle peut apparaître sous l’aspect d’une femme amoureuse“…

Publié dans:  on 11 décembre 2008 at 8:33 Commentaires (8)
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L’ami du défunt : un roman existentiel

Andreï Kourkov (1961-….) est un romancier et nouvelliste ukrainien, connu en France pour “Le Pingouin” (2000), “Le caméléon” (2001), ”Les pingouins n’ont jamais froid” (2004), “Le dernier amour du président” (2005).

Dans ”L’ami du défunt” (1996), il est question d’un homme de 35 ans, au chômage, un mariage en déliquescence, qui décide d’en finir avec la vie. Peu enclin au suicide, il opte pour une solution plus originale : engager un tueur professionnel et commanditer sa propre mort. Mais voilà que le jour de sa mort programmée, il fait la rencontre d’une jeune prostituée débutante. La relation non tarifée qu’il va ensuite entretenir avec elle ressemblera beaucoup trop à de l’amour pour qu’il ait toujours envie de mourir.

“Je n’avais plus envie de mourir. Mon existence continuait, elle venait même d’acquérir un soupçon de sens que j’étais seul à percevoir. J’étais devenu libre de mes choix et celui que j’avais fait deux semaines plus tôt ne me convenait plus. Je voulais vivre.” 

Un tueur à gages est cependant toujours à ses trousses. Alors comment se sortir de cette situation délicate ?

Il est impossible d’en dire plus sans gâcher une partie du plaisir de lecture de ceux qui n’ont pas encore découvert ce roman. L’intrigue est d’aileurs assez mince et aurait très bien pu se concrétiser en nouvelle. Mais si ce récit est assez court, c’est bien d’un roman qu’il s’agit, avec ses digressions sur la solitude et le sens de la vie. Il n’y a en revanche pas de grands discours sur la société ukrainienne contemporaine, mais en arrière-plan apparaît une société corrompue, où tout se monnaye, et où l’individualisme règne en maître. La jeunesse ukrainienne y apparaît apolitique et amorale, dépourvue d’idéal.

Le lecteur devine la fin de l’histoire assez vite et pourtant la fin du roman est surprenante sur le plan formel. Le récit s’accélère au cours d’un petit passage au conditionnel commençant par ces mots : “J’ignorais encore que trois mois plus tard…” Ce que le lecteur avait deviné est ainsi expédié en quelques lignes. Et il s’ensuit un épilogue qui achève le roman en beauté.

L’ami du défunt / Andreï Kourkov, traduit du russe par Christine Zeytounian-Beloüs, Points, 2003, ISBN 2-02-055654-5